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KröniK | The True Endless - Blacklight Inferno (2017)


Au moment où vous lirez ces quelques lignes, The True Endless aura tiré sa révérence, ne pouvant survivre à la mort de celui qui était son âme, Marco De Rosa, emporté par la maladie le 16 novembre dernier. Le black metal perd un musicien de grande valeur, chanteur, guitariste et bassiste dont il restera de nombreuses offrandes gravées, entre (beaucoup) d'autres, avec A Forest,Opera IX chez lequel il aura remplacé un temps Cadaveria derrière le micro et surtout le sujet de cette chronique, entité culte de la chapelle noire italienne qui durant vingt ans aura su honorer le genre avec dévotion et frénésie, ne cessant jamais de cracher sa semence à grand coup de démos, splits, EP et une poignée de messes noires longue durée.
Blackight Inferno, la dernière d'entre elles, ferme donc pour toujours le caveau où reposera le groupe. Au moins celui-ci nous quitte-il par la grande porte tant ce sixième opus réunit toutes les qualités pour faire de lui une oeuvre maîtresse. Une prise de son claire et puissante sans être trop lisse, une écriture extrêmement fertile et un sens affûté des ambiances ténébreuses définissent un album qui brille tout du long d'un éclat sombrement fascinant. Aucune approximation ne vient grever une partition dont la redoutable précision ne l'exonère pas d'un feeling aussi glacial que tranchant. On devine derrière ces compos aux allures de pièces d'orfèvres des musiciens au savoir-faire éprouvé. Aux côtés du regretté Marco, on retrouve ainsi l'actuel batteur de Forgotten Tomb, Allesandro Comerio et la bassiste Soulfucker. Les atours mélodiques que répandent de parcimonieux claviers n'altèrent jamais la force noire d'un matériau plein de fureur et de fiel que les Italiens travaillent comme une sculpture obscure, témoin le burzumien  Pale Waves, funèbre et majestueux. Il en résulte une oeuvre torrentielle d'une grande densité dont le flot emporte tout et dont l'écume charrie une noirceur macabre. Connectées aux limbes, les guitares sont des rouleaux qui propulsent ces compositions percutantes et pulsatives, sèches et enveloppantes (Black Swamp). Encadré par une intro (Leaking From The Abyss) et une outro (Staring At The Flame) aux relents sinistres, le menu déverse un art noir véloce et atmosphérique tout ensemble. Si les racines thrash affleurent à la surface des Wings Of Wrath, The Fire Inside et autre Glorify The Reaper, qui accueillent d'ailleurs le guitariste de Bulldozer Andy Bull Panigada, la majorité des titres suit un chemin accidenté, percé de crevasses au fond desquelles bouillonnent des ambiances morbides (I Drink The Devil's Blood). Et si le trio serre parfois le frein à main, comme sur l'envoûtant Margoroth, c'est une hampe implacable qu'il dresse le plus souvent, dont le méat sécrète un fluide evil. Fouillant les ombres épaisses de la nuit, Blacklight Inferno est une prière pour les morts qui laisse dans son sillage un goût de cendres...  4/5 (19/11/2017)





KröniK | Neraeon - N.H.S.H. (2017)


N.H.S.H., c'est sous le sceau de ces quatre lettres assemblées mystérieusement que vient s'offrir à nous Neraeon, nouveau vassal d'un art noir hexagonal plus que jamais bouillonnant d'un stupre créateur. Signée chez Asgard Hass Productions, la bête adopte la forme d'une hydre à deux têtes, celles des anciens Crystalium, Kra Cillag, par ailleurs actuel vocaliste de Pavillon Rouge et Ksg, chacun se partageant tous les instruments. Ceux qui espèrent croiser dans cette hostie séminale la fureur autoritaire, la négativité haineuse qui pulsaient dans les veines des inégalés De Aeternitate Commando et Diktat Omega en seront cependant pour leur frais car c'est un black metal de prime abord plus orthodoxe qui écarte ici les lèvres béantes de sa ténébreuse intimité.
De loin seulement car de près, la réalité se révèle plus nuancée, empruntant des chemins de traverse. Au moins le pedigree de ses géniteurs assure à cette offrande, outre une incontestable sincérité doublée d'une habileté ad hoc, une cohérence dans son expression froide et séculaire d'un mal tapi dans les replis de l'âme depuis le fond des âges. S'il s'inscrit dans la glaciale tradition épique et funèbre des années 90, on devine pourtant chez Neraeon le refus d'être inféodé à une lecture passéiste du genre. N.H.S.H.  est un album aux dimensions et strates multiples, plus complexe qu'il n'y parait. La durée dilatée de ses pistes qui oscillent entre sept et quatorze minutes au garrot, lui offre l'espace pour bourgeonner à l'envie, prendre son temps pour dérouler ses racines sous la terre figée par l'hiver de paysages abrupts noircis par le désespoir, témoin Un signe clair de puissance sans discussion, pièce d'orfèvrerie aux allures de dédale tumultueux qui n'est pas exempte d'une sourde beauté. Grésillantes et polluées, les guitares étirent une toile lancinante que recouvre un chant heurté craché depuis les profondeurs d'un gouffre méphitique dont Memento Audere Semper se révèle être le cénotaphe le plus abouti. Foudroyantes et malsaines, les lignes vocales forment le scalpel d'une poésie macabre dont on goûte brutalement les troubles sécrétions. Tout du long riche de ses nombreuses nuances, l'opus se voit travaillé de l'intérieur par une ambivalence obscure. Tantôt mélodique ou sinistre mais toujours puissamment organique et évocateur, il pénètre dans nos veines à la manière d'un poison vicieux. Par le biais de plaintes douloureusement lancinantes, que sabrent parfois de fulgurants blitzkriegs (Perdre le jour), il nous convoque pour un périple cyclopéen à travers un monde ténébreux qui nous égarent au fil d'une funèbre défloration. N.H.S.H. compte parmi ces oeuvres qui offre ses trésors intimes par petites touches pointillistes, imposant à celui qu'il la visite de nombreux va-et-vient. Il est comme un tertre gigantesque dont la forme nous échappe tout d'abord avant de livrer ses secrets et ses richesses une fois qu'on l'a appréhendé dans son immersive globalité. 4/5 (05/11/2017)