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David Cronenberg | Dead Zone (1983)


Remarqué grâce à un corpus de films fantastiques extrêmement singuliers (à l'exception du méconnu Fast Company"), David Cronenberg trouve avec cette adaptation du roman éponyme de Stephen King, son passeport hollywoodien. Et s'il n'est pas encore celui qui va courir les festivals les plus prestigieux dans une quête de respectabilité, le Canadien signe alors là son métrage le plus accessible. Après Vidéodrome, ce n'était du reste pas trop difficile. Pourtant, bien qu'il ne soit pas, pour la première fois, l'auteur du scénario, Dead Zone porte incontestablement sa griffe, de la musique, certes composée par Michael Kamen mais d'une veine très proche de celle de Howard Shore, à ces paysages figés par le froid. Surtout, il puise dans le récit imaginé par l'auteur de Carrie, matière à explorer son thème de prédilection, la mutation du corps humain à travers cet homme qui, après le réveil d'un long coma, se découvre des pouvoirs de médium.
Mais le traitement se révèle moins organique et clinique, plus commercial diront certains. Plus tragique sans aucun doute, aidé en cela par un Christopher Walken mélancolique et presque fantomatique. Johnny est certes revenu du monde des morts mais il est comme en sursis, silhouette fragile qui s'amenuise au fur et à mesure que son "don" grandit, le rongeant de l'intérieur à la manière d'une tumeur. Le  comédien exprime avec sobriété la solitude et les regrets de ce personnage dont la vie va brutalement basculer, moins à cause d'un accident que de la fatalité, tristesse surlignée par une bouleversante partition. En outre, Dead Zone s'inscrit dans un certain courant du cinéma américain, entre politique-fiction et paranoïa. (Vu le 29/04/2018 / Source : DVD)
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Tom Gries | Will Penny le solitaire (1968)


Si on devine que son réalisateur, Tom Gries, dont c'est le baptême du feu sur grand écran, a fait ses classes à la télévision, Will Penny le solitaire n'en demeure pas moins un (très) bon et beau western. Charlton Heston le considérait d'ailleurs comme un de ses meilleurs films. Il doit cet honneur à de nombreuses qualités. Il y a cette réjouissante affiche pleine à craquer de ces vraies gueules de cinéma comme on  les aime, de Ben Johnson à Bruce Dern, de Anthony Zerbe à Slim Pickens, sans oublier Donald Pleasence qui compose un personnage de prédicateur dément tout à fait jubilatoire et finalement curieux dans un western de ce genre. Il y a également le ton du film, empreint de tendresse et de tristesse, qui le distingue des autres westerns crépusculaires et démythifiants alors en vogue.
Même si Heston lui prête sa massive carrure, Will Penny n'est pas un homme fort mais un cowboy vieillissant et fatigué. Illettré et solitaire, il est un personnage attachant  dont la lucidité l'empêche de rester avec cette femme et son fils qu'il aime pourtant. Il sait que leur vie à tous les deux est ailleurs qu'à ses côtés. Si on aurait souhaité bien sûr une fin plus heureuse et hollywoodienne, le film ne sort que grandi de cette conclusion désenchantée. Face au grand Chuck, la trop tôt disparue Joan Hackett incarne un rôle de femme en dehors des sentiers battus dont on se demande pourquoi nombre d'actrices plus célèbres qu'elle l'ont refusé... Complices, les deux comédiens n'ont nul besoin de grands discours pour montrer l'attirance réciproque de leurs deux personnages auxquels quelques gestes, quelques regards suffisent pour cela. Guidé par un admirable souci d'authenticité, c'est un western dont le caractère intimiste ne rend que plus brutal les rares effusions de violence qui le jonchent. (Vu le 31/03/2018 / Source : DVD)
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Clint Eastwood | Jugé coupable (1999)


Même s’il est vrai que Clint Eastwood ne déçoit jamais lorsqu’il passe derrière la caméra, livrant de bons ou d’excellents films, on a parfois l’impression qu’il se montre moins ambitieux quand il s’attaque au film d’action, contrairement au western (les quatre qu’il a réalisé sont des chefs-d’œuvre) ou à des genres qui lui sont à priori plus étrangers (le drame par exemple).
Ainsi Jugé coupable, sa vingt et unième réalisation tournée entre Minuit dans le jardin du bien de du mal et Space Cowboys, ne constitue sans doute pas son film le plus brillant, ni le plus original. Mais un Clint, même mineur, demeure toujours bien supérieur à la plupart des longs métrages sortis ces dernières années. L’histoire est on ne peut plus classique et le scénario ne va pas sans quelques faiblesses. Mais Clint, en vieux briscard de la pelloche qu’il est désormais, en joue avec classe. Par exemple, son personnage prouve en quelques heures l’innocence de l’accusé, ce que des avocats en plusieurs années n’ont pas réussi à révéler. Tout cela n’est pas très crédible, mais cette invraisemblance est carrément mise en évidence durant le film, lors d’une tirade entre le journaliste et le directeur du journal. Quelque part, c’est une leçon ! De fait, l’intérêt de Jugé coupable ne réside pas dans son scénario, ni même dans la mise en œuvre de celui-ci, bien que le cinéaste démontre une fois encore sa parfaite maîtrise de la réalisation et de la direction d’acteurs. Déjà, le film est un plaidoyer contre la peine de mort, dont Eastwood, malgré ses opinions républicaines, est un fervent opposant. Mais plus encore, c’est son personnage et sa rédemption qui intéresse l’acteur. Il s’agit d’un thème récurrent à toute son œuvre. Clint a mis beaucoup de lui-même dans ce journaliste multipliant les conquêtes féminines, père pas toujours exemplaire (la visite du zoo constitue un grand moment). C’est un individualiste, un paria. Eastwood nous livre un regard sur sa vie et la présence au générique de sa fille (Francesca), de sa femme (Dina) et de son ex femme (Frances Fisher) n’est sans doute pas fortuite. De plus, le film, froid, presque austère (toutes les scènes dans le pénitencier, lesquelles ne sont pas sans évoquer L’évadé d’Alcatraz de Don Siegel) est efficacement mené et non dénué du cynisme coutumier de son auteur. Le suspense s’avère parfaitement distillé, notamment durant les dernières scènes où l’accusé se trouve à deux doigts de mourir. Il se pare enfin d’une valeur documentaire des plus intéressante. Ainsi, les dernières heures d’un condamné à mort sont traitées avec beaucoup de réalisme, d’une manière très sèche, loin de tout glamour hollywoodien. Un dernier mot à propos des comédiens. Il va s’en dire qu’ils sont tous impeccables, comme toujours avec Clint. Outre le Maître lui-même, citons Isaiah Washington, Denis Leary et surtout James Woods, qui, en directeur du journal, nous offre un numéro parfaitement jubilatoire. Ses joutes verbales avec Eastwood, forment de savoureux moments, notamment par le contraste entre les deux acteurs, l’un étant le roi de l’underplaying (Clint), l’autre se montrant souvent excessif (Woods).




Dick Richards | Adieu ma jolie (1975)


En quelques mots : Seconde adaptation du roman de Raymond Chandler, cette version fidèlement embrouillée, réalisée, par Dick Richards, dont on avait aimé "La poussière, la sueur et la poudre" (1972) ne vaut pas celle livrée par Edwards Dmytryk en 1944. Si, plus charismatique de Dick Powell, Robert Mitchum, pourtant franchement vieillissant campe un bon Marlowe, le film possède moins de charme. Le fait d'être en couleur n'est peut-être pas étranger à cette (relative) déception. Bien que soigné, "Adieu ma jolie" semble totalement anachronique au milieu du cinéma des années 70 et il faut alors tout le talent d'un Robert Altman ("Le privé") pour adapter le personnage quitte à s'en éloigner. Reste, comme pour "Le grand sommeil" mis en scène en 1978 par Michael Winner et toujours avec Mitchum, une oeuvre plaisante mais académique sauvée par un séduisant casting. Aux côtés d'un autre vétéran, John Ireland, Charlotte Rampling brûle la pellicule tandis que Stallone et son pote Joe Spinell jouent les gros bras.