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Undantagsfolk | Den Ondes Fingrar (2019)


"Den Ondes Fingrar" est une plongée belle et mélancolique dans la géographie du comté de Västra Götaland dont Undantagsfolk capte l'âme avec une noble épure. 

Il était sans doute écrit que Êlea, la sirène de Noêta et Erik Gärdefors (Grift), mêleraient un jour leur talent au sein d'un projet composé à quatre mains et guidé par cette muse forestière qui ne les quitte jamais, quand bien même ils l'honorent chacun à leur manière, plus atmosphérique et ambient pour la première, plus black et boisée pour le second. C'est donc désormais chose (bien) faite avec Undantagsfolk. Le fruit de leur union se dévoile par l'entremise d'une courte carte postale venue des forêts suédoises. 

Publié par le précieux Nordvis Produktion, "Den Ondes Fingrar" est un 7 pouces enchanteur, promenade poétique à travers des paysages septentrionaux vierges de la souillure humaine. Moins de dix minutes suffisent au duo pour nous transporter loin, très loin d'un quotidien morose et grisâtre, chamanes qui nous entraînent le long d'une sente figée dans le temps. De squelettiques arpèges, quelques nappes blafardes et surtout cette voix cristalline, d'une pâleur fantomatique, qui se répand comme la brume matinale, installent un décor folklorique empreint d'une grande tristesse. Si l'ombre de Grift plane tout du long et notamment sur ce 'Da All Tid Försvinner' hanté, cet opuscule puise avant tout sa sève dans l'humus des premiers Ulver ou de Lönndom, à l'image du morceau éponyme dont les notes de guitares semblent taillées dans l'écorce d'arbres crépusculaires. Bien entendu, le menu est maigre mais par son dépouillement et la spiritualité qui s'en dégage, "Den Ondes Fingrar" donne cependant envie d'en goûter bien davantage, promesse d'une plongée plus belle et mélancolique encore à travers la géographie du comté de Västra Götaland dont Undantagsfolk capte l'âme avec une noble épure. (30/12/2018)


KröniK | Grift - Vilsna Andars Boning (2018)


Hanté par les fantômes du passé, Vilsna Andars Boning est une ode aux temps anciens, tendre et triste à la fois.

Entre deux albums, Grift aime multiplier les offrandes plus courtes mais non moins précieuses. Ainsi, aux côtés des Syner (2015) et Arvet (2017), ce ne sont pas moins de trois splits (dont un partagé avec Drudkh quand même) et autant de EP qui enrichissent régulièrement une oeuvre au ton très personnelle, écrin d'un black metal presque intimiste dans son expression forestière et mélancolique. Edité par l'indispensable Nordvis Produktion sous la forme d'un 7 pouces, Vilsna Andars Boning constitue la nouvelle petite échappée du solitaire Suédois.

Le très beau visuel qui l'habille suffit déjà à poser le cadre boisé d'une écoute qui évoquera les paysages traditionnelles d'une Suède ancestrale. Erik Gärdefors nous convie ainsi à un voyage dans le temps où l'homme était encore inféodé à la terre et à la nature, peinture d'une époque révolue qui commande la dimension acoustique de cet essai aux traits épurés, presque osseux. Ce dénuement austère permet à Grift de souligner encore davantage les velléités folkloriques de cet art (pas si) noir dont la beauté automnale se conjugue à un tendre désespoir. Une tristesse empreinte de solennité suinte de ces deux plaintes aux lignes dépouillées. Bortom Berget est une ballade rustique aux arpèges délicats qu'accompagnent la voix désenchantée et poétique du maître des lieux dont la gravité hachure l'horizon d'une mélancolie nocturne. Cinq minutes belles comme un chat qui dort en boule. Plus douloureux est Dårarnas massiv qui baigne dans une ambiance crépusculaire où toute trace de lumière et de joie est avalée par une nuit éternelle. Les percussions qui sont convoquées lui confèrent un éclat à la fois sinistre et envoûtant qui rappelle certains travaux de Lik. Squelettique, la guitare tisse une toile dont chaque fil est une note de mélancolie que les cuivres lointains de Dísa (Turdus Merula) drapent dans un suaire fantomatique et néanmoins terreux. Hanté par les fantômes du passé, Vilsna Andars Boning est une ode aux temps anciens, tendre et triste à la fois. (05/05/2018)


KröniK | Drudkh & Grift - Betrayed By The Sun / Hägringar (2016)


Drudkh ne reste jamais absent très longtemps, crachant sa semence païenne et atmosphérique à un rythme soutenu, entre offrandes longue durée, rares EP et splits, exercice initié par une alliance avec Winterfylleth en 2014 et poursuivi cette année coup sur coup avec One Who Talks With The Fog / Pyre Era, Black ! et Betrayed By The Sun / Hägringar qui voient les Ukrainiens s'associer respectivement aux Norvégiens d'Hades Almighty puis au suédois Grift. Encore une fois, certains jamais mécontents ou d'autres ayatollahs restés bloqués sur ses premiers méfaits, argueront que Roman Saenko serait inspiré de rompre avec cette frénésie créatrice qui ne donnent, selon eux, plus rien d'aussi bons que Forgotten Legends (2003), Autumn Aurora (2004) et Blood In Ours Wells (2006), sommet inaccessible, il est vrai, d'une carrière qui pourtant continue à s'enrichir, quand bien même elle ne surprend plus guère. Il faut cependant être sourd ou de mauvaise foi pour ne pas reconnaître la valeur de A Furrow Cut Short, dernier album en date, gravé en 2015 et dans le sillage duquel s'inscrit naturellement ce second split livré en quelques mois. His Twenty-Fourth Spring et Autumn In Sepia se révèle être ainsi deux pièces épiques dans la lignée de ce que le groupe forge depuis ces dernières années. La première d'entre elles démarre sur les chapeaux de roues, martelant un black metal fielleux et rapide comme un torrent en crue, jusqu'à cette fissure qui vient briser cette cadence effrénée. Le tempo se fait plus lancinant et cette mélancolie coutumière étend alors un tapi automnal dont les guitares grésillantes sont les fils de désespoir. Le titre, certainement un des plus beaux composés depuis longtemps par les Ukrainiens, se poursuit ensuite, plus noir encore, creusé par le chant abrupt de l'indéboulonnable Thurios. L'autre morceaux s'avère tout aussi réussi, fait de ce même bois sinistre et majestueux, avec cette basse qui claque et ces choeurs empreints d'une noble solennité tandis que les ambiances agressives galopent à travers de vastes paysages aux couleurs de feu. One-man band, Grift se fend lui aussi d'une doublette aux dimensions étirées, gravitant autour des neuf minutes au jus. A la tristesse forestière de Drudkh succèdent des émotions blafardes, cafardeuses qu'égrène une guitare squelettique cependant que le maître des lieux, Erik Gärdefors, hurle dans une nuit engluée par le froid. Tavelé de mélodies obsédantes, 'Källan' renoue avec les atmosphères désenchantées de mise sur Syner notamment. Quant à Cirkeln, une longue partie instrumentale l'entraîne à mi chemin dans une sente plongée dans l'obscurité. Et si on préfère la partition des Ukrainiens, le Suédois n'a pas à rougir de la comparaison, artisan d'un black enraciné dans la froide terre nordique. Quatre pistes, deux groupes et un même sentiment de désespoir gravé dans une nature austère. 3.5/5 (2016)


                                   

Soon | Drudkh & Grift - Betrayed By The Sun / Hägringar


Date : 16/09/2016
Label : Nordvis /  Season Of Mist
Genre : Black Metal

                                      

Grift | Syner (2015)


On l'attendait celui-ci, ce premier album de Grift, duo suédois, devenu depuis entité onanique, remarqué il y a deux ans grâce à un EP séminal et prometteur. Inutile de tourner autour du pot plus longtemps et osons affirmer que Syner fait plus que confirmer un potentiel dont on mesure aujourd'hui qu'il n'avait été qu'effleuré par l'inaugural Fyra Elegier puis par le split associant ses auteurs à Saiva et offert plus tôt dans l'année, lesquels tissaient un Black Metal dans la belle tradition mélancolique, classique certes bien que séduisant dans son lustre sinistre. Avant même de plonger dans les replis de sa sombre intimité, on se doutait déjà que cette offrande serait à la hauteur de l'attente et des espoirs suscités par ces préliminaires. Il y a déjà cet écrin visuel d'une lugubre et terreuse beauté, promesse d'un contenu délicieusement dépressif, errements solitaires empreints de tristesse à travers un paysage désolé figé par une brume hivernale. Surgissent ensuite les premières mesures de 'Aftonlandet', que pose un clavier sinistre. Lancé par cette longue plainte de plus de huit minutes, "Syner" s'ouvre donc sur les meilleurs auspices, alternant tempo enlevé, chant hurlé et arpèges mélancoliques. Relativement plus resserrées, les cinq pistes suivantes maintiennent une belle qualité d'écriture, rarement agressives, exception faite de 'Det Bortvända Ansiktet' et, quoique dans une moindre mesure, de 'Eremiten Esaias' dont le rythme soutenu se pare d'oripeaux entêtants avant de mourir sur les mêmes notes lugubres sur lesquelles l'écoute a démarré, le plus souvent engourdies, grésillant d'un inexorable désespoir. C'est le cas de 'Svältorna' irrigué par des lignes de guitares touchantes comme un chat qui dort en boule. Vient le tour du curieux 'Slutet Hav', d'une noble épure instrumentale, hanté par ce clavier dont les sonorités mornes sont la signature du Suédois. Lui succède enfin 'Undergörare', pulsation étonnante où s'enchaînent introduction intimiste, riffs pollués d'une majesté suicidaire, solo dépouillé au lustre déchirant et choeurs solennels. En définitive, Grift réussit magistralement avec "Syner" l'étape du premier album longue durée, affirmant au passage une réelle personnalité, à la fois mélodique et dépressive, belle et sinistre. (2015)