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KröniK | Epica - The Solace System (2017)


Un an après "The Holographic Principle", Epica est déjà de retour non pas avec un véritable nouvel album mais avec un EP, le premier de sa carrière. Habitués aux créations pantagruéliques, il peut paraître surprenant que les Hollandais se frottent à cet exercice dans lequel on l'imagine à l'étroit. Ceci dit, fidèles à leurs standards, les Bataves se délestent toutefois d'une offrande longue d'une bonne demi-heure, ce dont se contenteraient nombre de formations.
Par ailleurs, composé de titres issus des sessions d'enregistrement de son septième opus, que le groupe avait dû laisser de côté faute de place, nous aurions pu craindre que "The Solace System" ne soit qu'un objet bouche-trou livré pour de basses raisons mercantiles. Il n'en est rien car les six pistes qui l'animent n'ont rien de fonds de tiroir ni de chutes de studio honteuses. Celles-ci se seraient ainsi glissées dans le menu de "The Holographic Principle" sans dénoter. C'est dire leur qualité. On mesure à ce titre combien l'inspiration de Mark Jansen et sa bande semble intarissable, donnant naissance tous les deux ans à des pavés longs de plus d'une heure sans jamais souffrir d'une baisse de régime. Mieux, ce format étriqué, en l'obligeant à contenir son bourgeonnement symphonique, voit le groupe renouer à cette occasion avec une simplicité bienvenue quoique relative. L'éponyme porte d'entrée et 'Fight Your Demons' témoignent que les Hollandais peuvent parfaitement s'exprimer en quatre minutes sans pour autant déborder de toute part. En toute logique, cet opuscule s'inscrit dans le sillage de son prédécesseur dont il ferme le chapitre, en le complétant de ses pièces délaissées pour aboutir à un ensemble qui impressionne par son ampleur et sa cohérence. Ceux qui ont aimé ce dernier ne peuvent donc être déçus. Plus que jamais maîtres d'un art au sein duquel ils n'ont (plus) aucuns rivaux, les musiciens proposent des compositions certes sans surprise ('Decoded Poetry') mais qui n'en demeurent pas moins de véritables bijoux d'écriture et d'arrangements ('Architect Of Light'), symbiose qui n'appartient qu'à eux, entre majesté orchestrale et dureté furieuse qui puise sa férocité dans les guitares tranchantes et les saillies caverneuses de Mark Jansen ('Wheel Of Destiny'). Bien évidemment, l'attraction qu'exerce la voix ensorcelante de Simone Simons n'est plus à démontrer mais l'acoustique 'Immortal Melancholy' confirme que c'est bien lorsqu'elle s'accouple à l'organe d'outre-tombe de son acolyte sur fond d'orages déchaînés que la belle prend toute son envergure. Pour Epica, "The Solace System" est une manière de solder l'ère ouverte par "The Holographic Principle" tout en faisant un don à ses nombreux fans ravis de pouvoir savourer ce qui est davantage un demi album qu'un simple agrégat de faces B. Ceux qu'agacent son caractère pompeux, (re)découvriront même un groupe encore capable d'une certaine sobriété. 3.5/5 (18/09/2017)






KröniK | Epica - Design Your Universe (2009)


Quelques mois à peine après avoir livré un live orchestral (quelle originalité !) dispensable, "The Classical Conspiracy", Epica peuple de nouveau les bacs avec sa quatrième offrande. Malgré un capital sympathie jamais remis en question et un charme que les Hollandais doivent (forcément) beaucoup à leur sculpturale chanteuse, la flamboyante Simone Simons, on a un peu l'impression que depuis "The Divine Conspiracy", le groupe peine à se renouveler et à transcender une signature qui l'a néanmoins imposée parmi les ténors du métal symphonique et gothique à chant féminin (pléonasme).
Pourtant, le recrutement en 2007 de l'ex-batteur de God Dethroned, Ariën Van Weesenbeek, a su lui conférer une dureté, une patte plus brutale qui lui faisait défaut.  Alors "Design Your Universe" n'est-il qu'un album de plus pour Epica ? Oui et non en fait. Non, car ce dernier commence de la plus belle des manières avec une poignée de compositions de haute volée. Après une intro grandiloquente aux accents symphoniques, déboule le furieux "Resign To Surrender" où dialoguent avec beaucoup de réussite la voie d'outre-tombe de Mark Jensen et celle plus angélique de la rouquine. Avec ses choeurs majestueux et son rempart rythmique implacable, tout est dit en un peu plus de six minutes conjuguant profondeur orchestrale, métal gothique et puissance. "Unleashed", durant lequel la jeune femme, bouleversante, libère toute l'émotion dont elle est capable, et "Martyr Of The Free World", se révèlent être du même tonneau. Jamais sans doute depuis l'inaugural "The Phantom Agony", le groupe n'avait atteint un tel degré de perfection, une telle maîtrise de son style. Succédant à une ballade, "Our Destiny", "Kingdom Of Heaven" s'impose enfin, du haut de ses treize minutes, comme le morceau de bravoure de l'ensemble. Il témoigne en outre de l'influence de la musique de film qui alimente l'inspiration des Hollandais et surtout du guitariste Mark Jensen. Grandiose, épique et riche en arabesques, il permet à Epica de donner la pleine mesure de son talent et se présente de fait comme une forme d'aboutissement pour ses auteurs. Jusque là donc, rien à dire, "Design Your Universe" n'est grevé d'aucun faux pas. On se dit alors que le miracle va encore durer...  Las, la suite s'avère ne pas être totalement à la hauteur de cette première partie qui se serait presque suffit à elle-même. Ainsi, les morceaux qui suivent semblent moins marquants ("Burn To A Cinder", la roucoulade "Tides Of Time"...) et le long final constitué de la pièce éponyme n'apporte pas grand chose que l'on ne sache déjà. Même le duo unissant, sur "White Waters", Simone au chanteur de Sonata Arctica, Toni Kakko, déçoit quelque peu par sa mièvrerie. Seuls "Deconstruct" et "Semblance Of Liberty", deux chansons au relief lourd et aux multiples aplats symphoniques, sauvent cette seconde moitié du ronron sinon de la banalité. Dommage que le groupe ne se soit pas souvenu que la durée idéale d'un disque reste celle des deux faces d'un vinyle. Il aurait ainsi été bien inspiré de se délester de quelques pistes. 73 minutes, c'est un peu trop long. Bien entendu, ses admirateurs contrediront certainement cette affirmation. Il n'en demeure pas moins que "Design Your Universe", aurait, avec quelques coups de ciseaux bien placés, irradié une intensité, un sentiment d'achevé qui, en l'état, lui manquent. Reste que l'on tient là probablement le meilleur album depuis son galop d'essai, d'une entité qui continue à surnager bien au-dessus de la mêlée du métal à voix féminine. 3.5/5 (2009) | Facebook