Ivan est un duo australien qui utilise le doom comme un terreau propice aux mélanges et aux expérimentations diverses.
AU PIF
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Voidhaven | S/T (2018)
C'est plus fort qu'eux : les doomeux ont bien souvent le genre chevillé au corps. Raison pour laquelle ils ne peuvent généralement se contenter d'un seul groupe pour épancher leur soif de mélancolie, pour endiguer ce besoin d'exprimer un désespoir qui paraît intarissable.
KröniK | Luna - Swallow Me Leaden Sky (2018)
Nous nous souvenons encore de cette vague funéraire qui s'est abattue, il y a plus de quinze ans, se répandant comme une lèpre blafarde depuis l'Europe de Nord et essaimant au quatre coins du globe. S'il puise ses racines dans les années 90 et les travaux de Cathedral ("Forest Of Equilibirum"), Winter et surtout du diptyque finlandais Thergothon et Unholy, c'est au début de la décennie suivante que le funeral doom s'impose comme un (sous) genre à part entière dont les caractéristiques sont fixées par Shape Of Despair, Tyranny, Comatose Vigil, Until Death Overtakes Me et tous les flagellants du défunt label Firebox. Depuis, malheureusement, les (bonnes) surprises se font rares, expliquant pourquoi "Swallow Me Leaden Sky" trouve un écho aussi funèbre que précieux chez tous les dépressifs que nous sommes.
Luna, son auteur, n'invente pourtant rien, fidèle à ce credo mortuaire dont il utilise toutes les cordes, du tempo englué dans une éternelle nuit hivernale jusqu'à ces nappes brumeuses qui répandent à l'infini un suaire fantomatique. Mais c'est justement par son orthodoxie que l'Ukrainien nous séduit accouchant d'une offrande de pur doom funéraire dans les bras de laquelle il est tellement bon de s'endormir... Pour ne plus jamais se réveiller. Ceci étant, si elle cherche nullement à le rénover, l'âme solitaire qui se cache derrière ce projet, n'hésite cependant pas à offrir au style une expression plus démesurée encore, repoussant à l'extrême les limites d'une lancinance cafardeuse. Le format dilaté des deux monumentales pistes qui remplissent ce troisième album, lesquelles franchissent généreusement la barre des vingt minutes au garrot, témoigne déjà de ce jusqu'auboutisme aussi admirable qu'absolu. Enfin, sa dimension intégralement instrumentale nourrit l'emphase symphonique de ce "Swallow Me Leaden Sky" dont la majestueuse beauté évoque une nature sombre et romantique à la fois. Corollaire de cette absence de chant d'outre-tombe pourtant consubstantiel au funeral doom death et du primat des claviers sur la guitare, l'ensemble arbore finalement des traits plus mélancoliques que vraiment suicidaires. Ce qui n'enlève rien, ni à sa valeur et encore moins à sa puissance émotionnelle. Entre deux coups de caisse claire qui s'apparentent à d'ultimes battements de coeur, 'Everything Becomes Dust' perce dans le brouillard un grandiose paysage forestier que nimbe l'aube de son voile spectral. C'est long, c'est lent, c'est répétitif mais vibre néanmoins d'une splendeur transie et laiteuse. Après quelques arpèges boisés, la plainte éponyme étire un voile funèbre en s'enfonçant inexorablement dans un éther liturgique. Le temps parait suspendu autour de la toile que tissent des synthés vaporeux figés dans les eaux gelées d'un lac nocturne. Si le tempo s'emballe parfois, ces tentatives d'accélération sont vite avortées, prisonnières d'une gangue éthérée. Vous l'aurez donc compris, "Swallow Me Leaden Sky" est le gemme le plus étincelant que le funeral doom nous ait livré depuis très longtemps. (13/02/2018)
Luna, son auteur, n'invente pourtant rien, fidèle à ce credo mortuaire dont il utilise toutes les cordes, du tempo englué dans une éternelle nuit hivernale jusqu'à ces nappes brumeuses qui répandent à l'infini un suaire fantomatique. Mais c'est justement par son orthodoxie que l'Ukrainien nous séduit accouchant d'une offrande de pur doom funéraire dans les bras de laquelle il est tellement bon de s'endormir... Pour ne plus jamais se réveiller. Ceci étant, si elle cherche nullement à le rénover, l'âme solitaire qui se cache derrière ce projet, n'hésite cependant pas à offrir au style une expression plus démesurée encore, repoussant à l'extrême les limites d'une lancinance cafardeuse. Le format dilaté des deux monumentales pistes qui remplissent ce troisième album, lesquelles franchissent généreusement la barre des vingt minutes au garrot, témoigne déjà de ce jusqu'auboutisme aussi admirable qu'absolu. Enfin, sa dimension intégralement instrumentale nourrit l'emphase symphonique de ce "Swallow Me Leaden Sky" dont la majestueuse beauté évoque une nature sombre et romantique à la fois. Corollaire de cette absence de chant d'outre-tombe pourtant consubstantiel au funeral doom death et du primat des claviers sur la guitare, l'ensemble arbore finalement des traits plus mélancoliques que vraiment suicidaires. Ce qui n'enlève rien, ni à sa valeur et encore moins à sa puissance émotionnelle. Entre deux coups de caisse claire qui s'apparentent à d'ultimes battements de coeur, 'Everything Becomes Dust' perce dans le brouillard un grandiose paysage forestier que nimbe l'aube de son voile spectral. C'est long, c'est lent, c'est répétitif mais vibre néanmoins d'une splendeur transie et laiteuse. Après quelques arpèges boisés, la plainte éponyme étire un voile funèbre en s'enfonçant inexorablement dans un éther liturgique. Le temps parait suspendu autour de la toile que tissent des synthés vaporeux figés dans les eaux gelées d'un lac nocturne. Si le tempo s'emballe parfois, ces tentatives d'accélération sont vite avortées, prisonnières d'une gangue éthérée. Vous l'aurez donc compris, "Swallow Me Leaden Sky" est le gemme le plus étincelant que le funeral doom nous ait livré depuis très longtemps. (13/02/2018)
4/5
KröniK | Mesmur - S (2017)
Si l’époque, à l’aube du nouveau millénaire, où nous découvrions avec un plaisir masochiste le funeral doom, paraît loin désormais, le genre nous réserve cependant encore de belles et douloureuses surprises. La première prière éponyme de Mesmur en a fait partie, il y a trois ans. Nous attendions depuis lors que le projet guidé par Jeremy Lewis, tête pensante du groupe de black metal progressif Dalla Nebbia, mais dont les autres membres sont basés entre les Etats-Unis, l’Italie et l’Australie, se fende d’une seconde offrande. C’est enfin chose (bien) faite. D’abord hébergé chez Code666, ce montage international a rejoint l’écurie de Solitude Productions qui publie cet album au nom énigmatique.
"S", tel est son titre. Derrière cette simple lettre se cache à nouveau une exploration sonore enveloppante et vertigineuse qui se répand en de tentaculaires nappes blafardes. Si, à l’image du démentiel ‘Singularity’, plongée caverneuse dans les arcanes de l’indicible, il n’innove en rien, alignant comme des pinces à linge sur un fil tous les invariants propres au doom funéraire, du chant d’outre-tombe d’une abyssale profondeur à ces claviers brumeux sans oublier ces guitares léthargiques qui tissent une toile dans laquelle les ambiances cotonneuses s’engluent, Mesmur sait que le genre reste davantage une question d’atmosphères que d’originalité. Ce qui ne l’empêche pas d’inoculer une sève cosmique à ce tempo tellement paresseux que le batteur a le temps d’aller pisser entre deux coups de caisse claire. De fait, par l’entremise de plaintes qui se dilatent à l’infini, "S" se drape dans un linceul plus spectral encore que son aîné. L’usage d’un orgue Hammond embrumé sur ‘Exile’ concourt à colorer cet opus d’un pigment quasi astral, qui bourgeonne à travers une nuit glaciale et opaque en une myriade d’effluves funèbres. S’ouvrant sur des notes squelettiques et nimbé d’un voile scintillant de noirceur, ‘Distension’ a quelque chose d’une inexorable errance à travers l’étendue opaque du cosmos. Le groupe y étale sa science du canevas à la fois cafardeux et aérien, tellurique et fantomatique, fouillant l’espace dans lequel il semble dériver à la manière d’un astéroïde venu du fond des âges avant d’être avalé par un gigantesque trou noir. Fruit de musiciens dont l’habileté technique n’est plus à démontrer, "S" vibre d’une puissance sourde et étouffée qui prend toute sa dimension lors de la conclusion éponyme, piste instrumentale qui brille d’une beauté fascinante. Se détachant quelque peu de l’influence Evoken qui drapait son premier album, sans pour autant se rapprocher d’un Esoteric qui demeure le maître incontesté du funeral doom cosmique, Mesmur affine son art plus évocateur que jamais d’un abîme nocturne depuis lequel nous parviennent de faibles signaux d’espoir. 3.5/5 (20/12/2017)
"S", tel est son titre. Derrière cette simple lettre se cache à nouveau une exploration sonore enveloppante et vertigineuse qui se répand en de tentaculaires nappes blafardes. Si, à l’image du démentiel ‘Singularity’, plongée caverneuse dans les arcanes de l’indicible, il n’innove en rien, alignant comme des pinces à linge sur un fil tous les invariants propres au doom funéraire, du chant d’outre-tombe d’une abyssale profondeur à ces claviers brumeux sans oublier ces guitares léthargiques qui tissent une toile dans laquelle les ambiances cotonneuses s’engluent, Mesmur sait que le genre reste davantage une question d’atmosphères que d’originalité. Ce qui ne l’empêche pas d’inoculer une sève cosmique à ce tempo tellement paresseux que le batteur a le temps d’aller pisser entre deux coups de caisse claire. De fait, par l’entremise de plaintes qui se dilatent à l’infini, "S" se drape dans un linceul plus spectral encore que son aîné. L’usage d’un orgue Hammond embrumé sur ‘Exile’ concourt à colorer cet opus d’un pigment quasi astral, qui bourgeonne à travers une nuit glaciale et opaque en une myriade d’effluves funèbres. S’ouvrant sur des notes squelettiques et nimbé d’un voile scintillant de noirceur, ‘Distension’ a quelque chose d’une inexorable errance à travers l’étendue opaque du cosmos. Le groupe y étale sa science du canevas à la fois cafardeux et aérien, tellurique et fantomatique, fouillant l’espace dans lequel il semble dériver à la manière d’un astéroïde venu du fond des âges avant d’être avalé par un gigantesque trou noir. Fruit de musiciens dont l’habileté technique n’est plus à démontrer, "S" vibre d’une puissance sourde et étouffée qui prend toute sa dimension lors de la conclusion éponyme, piste instrumentale qui brille d’une beauté fascinante. Se détachant quelque peu de l’influence Evoken qui drapait son premier album, sans pour autant se rapprocher d’un Esoteric qui demeure le maître incontesté du funeral doom cosmique, Mesmur affine son art plus évocateur que jamais d’un abîme nocturne depuis lequel nous parviennent de faibles signaux d’espoir. 3.5/5 (20/12/2017)
KröniK | Apotelesma - Timewrought Kings (2017)
Courte mais tortueuse est la trajectoire de Apotelesma. Au départ, le groupe hollandais est baptisé Monuments et publie en 2014 le EP « The December Sessions » où se déploie un doom aux confins du black metal. Trois ans plus tard, il accouche enfin de sa première offrande longue durée non sans avoir entre temps changé de nom et évolué vers un art plus atmosphérique bien que toujours doloriste. Depuis, s’il n’a pas (encore) totalement disparu, un hiatus a été annoncé et la chance de le voir donner un jour un successeur à Timewrought Kings parait hautement compromise.
Ce que l’on peut trouver à la fois surprenant, les Bataves ayant bataillé pour parvenir à bout de cet album et regrettable tant celui-ci se révèle on ne peut plus prometteur. Que l’opus soit le fruit d’un accouchement long et difficile qui s’est étiré sur plusieurs années, ne s’entend pas si ce n’est à travers un résultat admirable qui témoigne d’un travail minutieux tant en terme de progression que d’ambiances. Si l’on peut appréhender Timewrought Kings comme une œuvre conceptuelle qui questionne sur la place de l’homme, chacune des parties qui la compose est pensée comme une pièce à part entière, tableaux successifs d’un retable sinistre sculpté dans la roche froide d’une montagne avalée par l’hiver. Arborant les traits granitiques du doom death hollandais dont il respecte les tables de la loi à la fois abruptes et caverneuses, Apotelesma prend cependant soin de s’en éloigner, de s’affranchir de ses invariants pétrifiés. Quelques lignes de chant clair, fugaces mais ô combien salvatrices, qui jaillissent tout à coup du déchirant ‘Aural Emanations’, comme un oasis lumineux, des guitares qui n’hésitent pas à s’élever très haut quand bien même elles secrètent un désespoir infini (‘The Weakest Of Men’) et une écriture pleine de déliés dont les convulsions quasi progressives ne l’exonèrent pas d’une douloureuse inexorabilité, poussent ce menu compact dans une direction étonnante et personnelle. Intimiste mais parasité par des effluves corrosives, le temps de la courte pause instrumentale qui lui donne son nom, Timewrought Kings s’enfonce dans les méandres hivernales d’un doom sentencieux et funèbre auxquels s’accrochent de faibles lueurs d’espoir par l’entremise de touches atmosphériques. Pulsation aux multiples dimensions, ‘Our Blooming Essence’ illustre ainsi toute la profondeur du clair-obscur dans lequel macère cette œuvre exigeante et précieuse. Les musiciens prennent leur temps pour tricoter des compositions fleuves dont le tracé sinueux file pourtant droit vers une issue funeste que ne contrarient pas de fragiles vigies perçant ce brouillard charbonneux. Pourtant, le terminal ‘Remnants’ que nimbe en fin de parcours un chant poignant, souligné par des guitares empreinte d’une tristesse limpide, achève l'écoute sur une pale note d'espoir... 3.5/5 (13/12/2017).
Ce que l’on peut trouver à la fois surprenant, les Bataves ayant bataillé pour parvenir à bout de cet album et regrettable tant celui-ci se révèle on ne peut plus prometteur. Que l’opus soit le fruit d’un accouchement long et difficile qui s’est étiré sur plusieurs années, ne s’entend pas si ce n’est à travers un résultat admirable qui témoigne d’un travail minutieux tant en terme de progression que d’ambiances. Si l’on peut appréhender Timewrought Kings comme une œuvre conceptuelle qui questionne sur la place de l’homme, chacune des parties qui la compose est pensée comme une pièce à part entière, tableaux successifs d’un retable sinistre sculpté dans la roche froide d’une montagne avalée par l’hiver. Arborant les traits granitiques du doom death hollandais dont il respecte les tables de la loi à la fois abruptes et caverneuses, Apotelesma prend cependant soin de s’en éloigner, de s’affranchir de ses invariants pétrifiés. Quelques lignes de chant clair, fugaces mais ô combien salvatrices, qui jaillissent tout à coup du déchirant ‘Aural Emanations’, comme un oasis lumineux, des guitares qui n’hésitent pas à s’élever très haut quand bien même elles secrètent un désespoir infini (‘The Weakest Of Men’) et une écriture pleine de déliés dont les convulsions quasi progressives ne l’exonèrent pas d’une douloureuse inexorabilité, poussent ce menu compact dans une direction étonnante et personnelle. Intimiste mais parasité par des effluves corrosives, le temps de la courte pause instrumentale qui lui donne son nom, Timewrought Kings s’enfonce dans les méandres hivernales d’un doom sentencieux et funèbre auxquels s’accrochent de faibles lueurs d’espoir par l’entremise de touches atmosphériques. Pulsation aux multiples dimensions, ‘Our Blooming Essence’ illustre ainsi toute la profondeur du clair-obscur dans lequel macère cette œuvre exigeante et précieuse. Les musiciens prennent leur temps pour tricoter des compositions fleuves dont le tracé sinueux file pourtant droit vers une issue funeste que ne contrarient pas de fragiles vigies perçant ce brouillard charbonneux. Pourtant, le terminal ‘Remnants’ que nimbe en fin de parcours un chant poignant, souligné par des guitares empreinte d’une tristesse limpide, achève l'écoute sur une pale note d'espoir... 3.5/5 (13/12/2017).
KröniK | Evadne - A Mother Named Death (2017)
Plus que dans tout autre genre, à l’exception peut-être de l’art noir avec lequel il partage une même force émotionnelle et un pouvoir de fascination ad hoc, il existe dans le doom un véritable déterminisme géographique qui explique qu’un groupe du sud de l’Europe ne rivalisera jamais – ou si peu – en noirceur avec un confrère de misère venu du nord, d’Angleterre, des Pays- Bas et plus encore de Scandinavie. Si sa voisine lusitanienne, dont les prêtres doloristes sculptent souvent un matériau cryptique et ténébreux plus proche en cela du black metal que des héritiers de Black Sabbath , fait presque office d’exception, la chapelle espagnole confirme cette règle, souffrant généralement d’un déficit certain en mélancolie froide.
Il n’y a qu’à écouter Evadne pour mesurer la profondeur du gouffre qui existera toujours entre lui et les références finlandaises qui servent de combustible à son doom death malheureusement plus mélodique que funéraire. Proche du style façonné par Shape Of Despair depuis « Illusion’s Play », lui-même d’ailleurs déjà beaucoup moins blafard sinon suicidaire que celui, spectral et mortuaire, que dessinaient dans une brume sinistre « Shades Of… » puis « Angels Of Distress », « A Mother Named Death » sonne ainsi comme une copie ensoleillée bien qu’elle ne répande qu’une pale lumière, de ce doom éthéré du pays des mille lacs (‘Scars That Bleed Again’). Ceci étant, ce troisième album, après un hiatus de cinq ans, seulement interrompu par le EP « Dethroned By Light », confirme la maîtrise des Valenciens en matière de musique pétrifiée, engourdie par une douleur crépusculaire. Taillées dans le marbre, ces plaintes portent toute la tristesse du monde. Chant caverneux et nappes de claviers étirant un suaire brumeux (le funèbre instrumental ’88,6’), forment les arcs-boutants d’une cathédrale abandonnée à laquelle des chœurs fantomatiques confèrent un éclat envoûtant (‘Black Womb Of Light’). De trop rares mélopées féminines, comme sur ‘Morningstar Song’, sans doute le joyau de cet opus, ajoutent une touche délicate à un ensemble figé dans une inexpugnable contrition mais où toute trace d’une vraie personnalité est en jachère. Seul un chant clair masculin, double cristallin de grognements d’outre-tombe (‘Heirs Of Sorrow’, ‘Colossal’), vient ainsi parfois éclaircir une signature incolore quoique ensorcelante. Si on ne peut que regretter une monotonie à laquelle ces liquoreuses processions n’échappent pas toujours et des guitares trop avalées par le brouillard pour mener la danse (macabre) quand bien même elles tissent une toile au fil visqueux, force est de reconnaître que Evadne demeure le solide artisan d’un doom death sous influence finlandaise auquel il ne manque qu’une identité davantage affirmée ainsi qu’une écriture moins immobile, qui participe toutefois du caractère inexorable d’un art englué dans la mélancolie, pour accéder à l’étage du dessus. 3/5 (22/07/2017)
Il n’y a qu’à écouter Evadne pour mesurer la profondeur du gouffre qui existera toujours entre lui et les références finlandaises qui servent de combustible à son doom death malheureusement plus mélodique que funéraire. Proche du style façonné par Shape Of Despair depuis « Illusion’s Play », lui-même d’ailleurs déjà beaucoup moins blafard sinon suicidaire que celui, spectral et mortuaire, que dessinaient dans une brume sinistre « Shades Of… » puis « Angels Of Distress », « A Mother Named Death » sonne ainsi comme une copie ensoleillée bien qu’elle ne répande qu’une pale lumière, de ce doom éthéré du pays des mille lacs (‘Scars That Bleed Again’). Ceci étant, ce troisième album, après un hiatus de cinq ans, seulement interrompu par le EP « Dethroned By Light », confirme la maîtrise des Valenciens en matière de musique pétrifiée, engourdie par une douleur crépusculaire. Taillées dans le marbre, ces plaintes portent toute la tristesse du monde. Chant caverneux et nappes de claviers étirant un suaire brumeux (le funèbre instrumental ’88,6’), forment les arcs-boutants d’une cathédrale abandonnée à laquelle des chœurs fantomatiques confèrent un éclat envoûtant (‘Black Womb Of Light’). De trop rares mélopées féminines, comme sur ‘Morningstar Song’, sans doute le joyau de cet opus, ajoutent une touche délicate à un ensemble figé dans une inexpugnable contrition mais où toute trace d’une vraie personnalité est en jachère. Seul un chant clair masculin, double cristallin de grognements d’outre-tombe (‘Heirs Of Sorrow’, ‘Colossal’), vient ainsi parfois éclaircir une signature incolore quoique ensorcelante. Si on ne peut que regretter une monotonie à laquelle ces liquoreuses processions n’échappent pas toujours et des guitares trop avalées par le brouillard pour mener la danse (macabre) quand bien même elles tissent une toile au fil visqueux, force est de reconnaître que Evadne demeure le solide artisan d’un doom death sous influence finlandaise auquel il ne manque qu’une identité davantage affirmée ainsi qu’une écriture moins immobile, qui participe toutefois du caractère inexorable d’un art englué dans la mélancolie, pour accéder à l’étage du dessus. 3/5 (22/07/2017)
Shattered Hope | Absence (2010)
Dans une interview, Rami Hippi, le boss du label Firebox, l’un de nos revendeurs préférés en matière de doom, a récemment déclaré que les groupes du sud de l’Europe ne pourront jamais être aussi froids et sombres que ceux venant du Grand Nord. Shattered Hope, que certains ont peut-être découvert lors de la seconde édition du festival Doom Over Paris en 2008, vient, un peu malgré lui, de confirmer cette affirmation. Car il n’y a rien à faire, on a beau se passer en boucle ce premier psaume des Grecs, qui survient tout de même trois ans après la seconde démo, on ne parvient pas à ressentir totalement ce sens de la dépression abyssale que seuls les Finlandais ou les Anglais, à quelques exceptions près, réussissent véritablement à formuler. Cela ne fait pas d'Absence un mauvais disque pour autant, bien au contraire, mais trop souvent les longues plaintes qui en forment l’ossature se voient adoucir par un aspect un peu mielleux regrettable. Il n’y a qu’à écouter la manière dont le groupe fait sonner les claviers pour mesurer la différence, mieux le gouffre, qui le sépare d’un Shape Of Despair ou pire encore, d’un Tyranny, dont personne n’a encore surpassé les monumentales excavations. De plus, Shattered Hope hésite trop entre deux voies à emprunter : d’un côté, la descente au fond des fosses Marianne, et de l’autre, la beauté désespérée et un peu romantique du UK Doom, qui s‘exprime notamment par l'utilisation du violon. Si dans la première, ils s’en sortent plutôt bien, quand bien même on est loin de la noirceur tellurique d’un Evoken ou d’un Ataraxie auxquels les Athéniens font penser, dans la seconde en revanche, ils peinent à émouvoir comme pouvait le faire jadis My Dying Bride ou Anathema, la faute à des guitares qui ne pleurent pas suffisamment la souffrance tant espérée de leurs parts. Prenez par exemple le long "Amidst Nocturnal Silence", qui ouvre la marche funéraire. Toute sa première partie dérive au bord d’un abîme insondable avant qu’un final aussi maigrelet que (presque) raté, ne vienne grever la très bonne impression laissée jusque là. Ceci étant, Absence reste un disque au-dessus de la moyenne au sein de la production doom courante, mais il souffre d’être (trop) écartelé entre noirceur et souci mélodique. C’est dommage car il recèle pourtant de très bonnes choses, à l’image des vingt minutes que durent "The Utter Void" ou "Vital Lie", que lacèrent des accélérations salvatrices car elles viennent perturber le monolithisme de l’ensemble. Les amateurs de doom-death des cavernes prendront plaisir à l’écouter tout en lui reconnaissant des faiblesses qui l’empêchent d’atteindre son but. De fait, Shattered Hope serait inspiré de se concentrer à l'avenir sur les traits les plus mortifères de sa personnalité. (2010)
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