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KröniK | Amorphis - Am Universum (2001)


Jusqu'à l'arrivée de Tomi Joutsen et en dépit de l'incontestable qualité des disques qu'il gravera avec eux à partir de 2005, lesquels marqueront alors un certain retour aux sources, les Finlandais n'ont jamais été pris en flagrant délit de stagnation, évoluant au gré des albums et des (légers) changements de line-up, glissant en douceur du death doom de "The Karelian Isthmus" au metal plus accessible bien qu'encore assez heavy, de mise sur "Elegy", sans toutefois renier leurs racines folkloriques enracinées dans la géographie et la mythologie finnoises. L'abandon progressif du chant de bête en rut symbolise cette mue naturelle qui leur a permis de surprendre constamment sans pour autant décevoir.
Et alors qu'on croyait cette mutation achevée par un "Tuonela" finalement plus rock que métallique, Amorphis change à nouveau de peau avec ce "Am Universum" qui largue plus encore les amarres pour accoster les rivages d'une musique à la fois atmosphérique et psychédélique, nimbée de touches progressives. Plus policées quoique toujours mordantes, les lignes vocales de Pasi Koskinen entraînent cette cinquième offrande sur ce front extrêmement mélodique que soulignent des claviers nourris aux années 70 ('Crimson Wave') et la présence d'un saxophone, assuré par le légendaire Sakkari Kukko, sur une large moitié du menu dont le majestueux et envoûtant 'Drifting Memories'. Mais comme toujours avec Amorphis, cette évolution se fait sans heurts, aidée en cela par cet inoxydable sens de la mélodie qui fait mouche et les accroches guitaristiques reconnaissables entre mille de la paire Holopainen / Koivusaari. De fait, les hymnes ne manquent pas, bien entendu, au sein d'un ensemble aussi carré que racé qui ne saurait susciter la moindre réserve, fidèle aux (bonnes) habitudes d'un groupe dont le métier n'est plus à démontrer. 'Alone', qui en ouvre les portes, est le plus irrésistible d'entre eux avec ses couleurs quasi floydiennes associées cependant à de lourds aplats qui forment un solide substrat que n'érodent jamais totalement ces envolées soyeuses. Tavelé d'ambiances spatiales, 'Goddess (Of The Sad Man)' poursuit cette imparable lancée que complètent en fin de parcours le lent 'Veil Of Sin', assis sur un tapis onctueux et le long et terminal 'Grieve Stricken Heart' aux reliefs évolutifs du plus bel effet. Amorphis pur jus, les 'Captured State', 'The Night Is Over' et autre 'Forever More' font également feu de tout bois tandis que 'Shatters Within' annonce un 'Far From The Sun' qui verra les Finlandais aller au bout de cette exploration sonore avec un bonheur plus grand encore. Avec ce "Am Universum", plus progressif et psyché que ses devanciers, Amorphis continue de façonner un art qui, depuis l'embauche de Pasi Koskinen, ne cesse de s'éloigner peu à peu du metal pur et dur sans pour autant rompre avec une immuable réussite. 3.5/5 (2017) | Facebock






KröniK | Les Discrets - Prédateurs (2017)


Contrairement à son ancien compère au sein d'un Amesoeurs trop tôt sabordé, Neige, dont Alcest est devenu une référence de l'art noir coloré de kystes shoegaze, Fursy Teyssier s'est montré plus "discret" (allusion facile !) ces dernières années, même si son activité de graphiste n'est pas à négliger. Pourtant, nous n'avons pas oublié le rock mélancolique écrit à l'encre délavée d'une vie fanée, qui suintait de "Septembre et ses dernières pensées" et de "Ariettes oubliées", jusqu'alors dernier signe de vie en 2012 de cette précieuse formation.
C'est pourquoi aujourd'hui son retour avec - enfin ! - une troisième offrande que nous n'attendions presque plus, est accueilli avec la promesse masochiste de se laisser emporter par un spleen sonore qui ravivera des plaies encore à vif. Recentré autour du duo que l'homme anime avec Audrey Hadorn depuis le départ du batteur Winterhaller trop occupé par Alcest, Les Discrets propose avec "Prédateurs" la bande-son d'un film sombre et intimiste dont le récit se déroule à l'intérieur d'un train. Chaque titre correspond à un arrêt dans un lieu que le héros observe à travers la vitre. Cette approche conceptuelle dicte la dimension fortement cinématique d'un voyage qui s'égrène en coulant le long de voies de chemin de fer, bercé par les cahots d'un wagon balayé par la pluie. A son écoute, on imagine ces gares sinistres, hantées par des silhouettes furtives, ces paysages détrempés, hachurés d'un ciel bas. La vie défile avec son cortège de regrets et de tristesse dans la fenêtre constellée de tâches pluvieuses. Encadré par deux pistes instrumentales, l'album s'enfonce un peu plus à chaque halte dans une mélancolie épaisse et terreuse que labourent le chant émotionnel de Fursy Teyssier et des arrangements hypnotiques, cependant que la guitare cendreuse se fait tour à tour plombée ('Le Reproche) ou plus pointilliste ('Les Amis de Minuit'). Si 'Virée Nocturne', au son duquel le train se met en branle, semble léger, très vite, le ton s'obscurcit ('Vanishing Beauties') et à partir du funéraire 'Fleur des Murailles', l'opus se pare d'un tenace et désespéré linceul qui culmine lors de 'Rue Octavio Mey' d'une sourde beauté, qui voit tous les remords être convoqués sous la pluie d'une urbanité sinistre. Si certains voyages sont interminables, ce n'est pas le cas de celui-ci qui passe au contraire trop vite, au point de sentir le besoin de rester à bord de ce train fantomatique. Ni misérable ni plaintif, "Prédateurs" trouve le ton juste, œuvre très personnelle d'une poésie introspective. 4/5 (2017) | Facebook






KröniK | Klimt 1918 - Sentimentale Jugend (2016)


Klimt 1918 aura su se faire désirer, un tunnel (trop) long de huit ans séparant "Just In Case We'll Never Meet Again (Soundtrack For The Cassette Generation)" de ce nouvel opus. Cependant, cette insupportable attente aura été doublement récompensée car ce n'est pas un simple album qui scelle le retour des Italiens mais deux créations distinctes et complémentaires, réunies au sein d'un même ensemble baptisé "Sentimentale Jugend". Du haut de ses quasiment deux heures de musique, nous aurions pu craindre que l'entreprise pâtisse toutefois de cette ration pantagruélique. Ainsi, les exemples ne manquent pas, de ces réalisations au format binaire ivres de leur propre fatuité.
Rien de tel pourtant avec le sujet de cette chronique, peut-être tout simplement parce que, loin d'un prétentieux remplissage, cette offrande constitue tout à la fois un bloc homogène et les deux faces d'une même pièce, mélancolique et évanescente, terreuse et aérienne. Miraculeusement, ce menu s'écoule ainsi avec une belle fluidité, jamais ennuyeux, toujours juste dans son expression désenchantée d'une pop fragile aux confins du post rock et du shoegaze. Son ampleur impose toutefois de multiples va-et-vient dans les profondeurs fantomatiques de son intimité pour en extraire tout le suc. Italien de sol, Klimt 1918 se révèle plus que jamais allemand de sang, ce dont témoigne la reprise de Berlin, 'Take My Breath Away', laquelle donne le ton très eighties d'un album dont les accents nostalgiques ne le rendent pas moins actuel, modernité qu'il doit à une prise de son d'une pureté d'airain. Comme son format le laisse deviner, le menu se divise naturellement en deux parties, "Sentimentale" puis "Jugend". La première se révèle la plus légère, la plus immédiate, misant sur une darkwave fébrile que zèbrent des envolées post-rock, couleurs stratosphériques illustrées par les pièces d'orfèvre que sont le mélancolique 'Montecristo', 'Belvedere' et ses guitares orageuses, 'Comandante' aux lignes déchirantes ou ce 'La Notte' teinté d'amertume. Plus posée et introspective, la seconde nous évoque les fantômes d'une jeunesse brisée, qui rappelle le roman de Erich Maria Remarque, "A l'Ouest rien de nouveau", privilégiant quant à elle les respirations squelettiques, plus pop ('Juvenile') que rock, parfois à la lisière d'un ambient abstrait, à l'image de l'instrumental 'Caelum Stellatum' et plus encore de 'Stupenda E Miserabile', qui étire sur plus de neuf minutes une trame à la fois spectrale et goudronneuse. Ensemble nostalgique et mortuaire, romantique et fragile, "Sentimentale Jugend" peut être considéré comme le travail le plus abouti de Klimt 1918. 3/5 (2017) | Facebook






KröniK | Esben And The Witch - Older Terrors (2016)


Quand bien même il est sorti de la froide terre britannique il y a neuf ans déjà, auteur de trois offrandes avant celle qui nous intéresse aujourd'hui, gageons que l'alliance scellée avec Season Of Mist devrait apporter à Esben And The Witch l'exposition qui jusqu'alors lui faisait quelque peu défaut et qu'il mérite largement. Mais de quoi s'agit-il au juste ?
On ne peut évoquer ce trio sans insister sur la voix de sa chanteuse (et bassiste) Rachel Davies, principal arc-boutant de ce tertre crépusculaire niché dans l'intimité touffue d'une forêt semée de mystères et de légendes, pinceau fragile mais néanmoins puissamment émotionnel qui sert à peindre un tableau dont les couleurs terreuses puisent dans une palette désenchantée entre post rock fantomatique et musique délicatement electro. Si ce matériau à la fois spectral et pulsatif, doucereux et immersif, paraît faire mentir le titre agressif qu'arbore ce quatrième album, "Older Terrors" palpite pourtant bien d'une tension, mais celle-ci se révèle avant tout sourde et orgasmique, grondant sous la surface de compositions dilatées. Ce sont des terreurs qui épousent les formes contemplatives, presque intimistes, d'une nature faussement calme, laquelle abrite cependant des peurs séculaires venues du fond des âges. Ces quatre longues pistes sont à cette image, apaisées et cheminant tranquillement le long d'une sente sinueuse que borde toutefois la masse orageuse de bois menaçants. Bien qu'ils prennent leurs temps pour tricoter des ambiances aux allures de kaléidoscopes d'émotions désespérées, aucun titre ne descendant en-dessous de la barre des dix minutes au compteur, les Anglais, désormais installés à Berlin, n'ennuient pourtant jamais grâce à une écriture houleuse dont l'immense 'The Wolf's Sun' synthétise tous les caractères, lente procession tout d'abord squelettique et scandée par le chant magnétique de la belle, fil d'Ariane d'une pureté fébrile que vient rejoindre une ligne de basse hypnotique avant que la guitare se décharge d'une noirceur d'encre en une déchirante élévation qui ne peut qu'aboutir sur la (petite) mort. Quoiqu'il en incarne l'évidente apogée ainsi que l'épicentre, ce morceau n'est pas isolé au sein d'un menu compact qui a quelque chose d'un bloc indivisible. Le poétique 'Sylvan', lui aussi secoué par les soubresauts de six-cordes tour à tour ferrugineux ou stratosphériques, 'Making The Heart Of A Serpent', que rythment des percussions compulsives et le terminal 'The Reverist' progressent à chaque fois crescendo, voyant brutalement leurs traits se durcir à mi-parcours. Avec "Older Terrors", Esben And The Witch propose une exploration sonore aussi introspective que déchaînée qui sonde l'âme autant que le cœur. 4/5 (2017) |
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Soon | Les Discrets - Prédateurs


Date | 21/04/2017
Label | Prophecy Productions
Genre | (Post) Rock atmosphérique / Trip Hop



 

KröniK | Eilera - Face Your Demons (2016)


Cela fait longtemps que nous suivons la trace de Eilera, chanteuse tout d'abord repérée avec l'oublié Chrysalis, éphémère projet auteur d'un seul EP, "Between Strength And Frailty", publié en 2001 chez Adipocere Records, qui dévoilait un death metal progressif audacieux quoiqu'inabouti, avant de fonder deux ans plus tard, avec Loïc Tézénas, le groupe auquel elle a donné son nom.
Rapidement signé par le puissant Spinefarm, qui édite "Precious Moment" (2005) puis un deuxième album baptisé "Fusion" (2007), la voie du succès semblait toute tracée pour la belle. Pourtant, presque dix ans plus tard, celle qui vit désormais en Finlande reste bien trop méconnue. Le fait d'avoir décidé par la suite de se dispenser d'un label, choix ô combien respectable s'il en est, et les trop longs silences ponctuant sa carrière, ne sont sans doute pas étrangers à une renommée inversement proportionnelle à son talent. C'est donc avec une surprise mêlée de bonheur, que nous retrouvons Eilera cinq ans après un "Dark Chapter... And Stars" de bonne mémoire, interminable tunnel qui a vu Tézénas quitter le duo historique. 
Quand bien même la formation a été toujours portée par le chant d'Aurélie (son vrai prénom), nous aurions pu craindre que le départ du guitariste et architecte essentiel de cet art puissamment délicat ait pour conséquence un déficit d'inspiration. Or il n'en est rien, bien au contraire. Balayant ces années d'abstinence avec une classe folle, Eilera nous revient, son charme et sa chaleureuse identité intacts. Plus que jamais, à l'image du visuel habillant cette quatrième offrande, la vocaliste est mise en avant. Sa voix, à la fois sucrée et voilée d'une douce mélancolie, emporte tout.  
De savoureux frissons nous parcourent l'échine dès que celle-ci surgit lors d'une amorce éponyme irrésistible, chanson rock aux arrangements soignés qui pourrait faire un carton sur les ondes, si seulement ces dernières lui étaient accessibles, ce qui n'arrivera jamais. De fait, la découverte de "Face Your Demons" ne peut être que teintée de regrets, ceux de voir une musique au potentiel commercial si fort être injustement ignorée. 
Sans doute que son auteure s'en moque mais il n'en demeure pas moins qu'elle mériterait de bénéficier d'une reconnaissance qui est loin actuellement d'être acquise et dont on peut douter que cet album la lui apporte enfin. Mais ce constat amer ne doit pas nous faire bouder le plaisir réel de savourer encore une fois ces compositions finement ciselées, perles de givre remplies d'une émotion à fleur de peau, comme en témoignent les merveilleuses 'Angel Made Temptress', 'Cure' ou 'Into The Sea'. 
Tavelé de légères touches celtiques ('Frozen Path'), parfois sombrement pulsatif ('Male Female Balance') ou gainé dans un metal (très légèrement) plus lourd  ('Your Way'), "Face Your Demons", s'il souffre quelque peu d'un manque de variété, ne peut que ravir les sens et combler les amoureux de cette chanteuse dont la voix vibre d'une puissante délicatesse.  4/5 (2016)


1476 | Wildwood / The Nightside (2012 / 2016)



















On comprend mieux la nature singulière que revêt son art quand on sait que 1476 est enraciné dans la terre de Salem qui l'a vu naître en 2009, ville du Massachusetts imprégnée d'histoire et de légendes, liant ainsi à tout jamais son nom à celui de femmes jugées pour sorcellerie dans une Amérique du XVIIème siècle alors en proie à un puritanisme hystérique.

Golden Caves | Bring Me To The Water (2016)


Né en 2013, Golden Caves s'inscrit dans une longue tradition hollandaise du rock à chanteuse. N'allez cependant pas croire que le groupe creuse le même sillon symphonique que Within Temptation et autres Epica avec lesquels il ne noue tout simplement aucun lien. Si nous devions nous essayer au jeu des influences, ce serait plutôt vers The Gathering que notre choix se porterait naturellement, encore que la comparaison ne dépasse en fait guère que les atours atmosphériques et la voix émotionnelle d'une pureté cristalline partagés par les deux formations. La personnalité de cette jeune pousse est à gratter ailleurs, dans les élégantes racines progressives, pour commencer, qui font plus qu'affleurer à la surface de la musique qu'elle façonne avec énergie et générosité. Simple EP d'une bonne trentaine de minutes, "Bring Me To The Water" n'en est pas moins à négliger, carte de visite pleine de fraîcheur à laquelle on pardonnera facilement de n'être en majorité composée que de vieux titres déjà connus, figurant au menu d'une promo digitale accessible sur sa page Bandcamp. Quintet dont les rôles sont répartis entre deux femmes (chant et claviers) et trois hommes (le reste), Golden Caves enchante tout du long de cette (trop) courte demi-heure où des arabesques progressives viennent nourrir un rock atmosphérique de bon aloi, certes encore modeste mais d'une agréable simplicité, matériau au format resserré qui doit beaucoup de son charme aux caresses vocales de Romy Ouwerkerk, laquelle conjugue talent et beauté. Tour à tour puissant ou plus intimiste, son chant emporte tout, fil d'Ariane nous guidant à travers des paysages aux arrangements gracieux. A ses côtés, guitare d'une pureté d'airain et synthés tressent des mélodies dont le manque d'originalité ne grève en rien leur pouvoir de séduction. L'entrée se fait avec l'inédit titre éponyme, tout en rondeur et délicatesse. A l'autre bout se trouve 'Strangers' que l'on découvre également, composition pleine de finesse malgré des traits qui se durcissent parfois. Entre les deux se serrent les cinq morceaux que nous connaissions déjà mais dont on ne se lasse pas, entre le très progressif 'Colors', l'épuré 'Exciliration', respiration que bercent des notes de piano, 'My Demons Hunt', seconde ballade aux lointaines influences floydiennes, sans oublier ce 'Nature' percussif qui accueille lui aussi une prestation chargée d'émotions de la belle Romy. Et plus qu'aux ancêtres de la scène batave, c'est à The Last Embrace auquel on pense finalement à l'écoute de ces pulsations ciselées avec précision. "Bring Me To The Water" incarne les débuts riches en promesses d'un groupe dont nous suivrons avec plaisir et intérêt la carrière. Le potentiel est là, le jeu aussi auxquels il ne manque qu'un peu de plus de personnalité, qui viendra avec le temps, soyons-en sûr. 3/5 (2016)


                                   

Messenger | Threnodies (2016)


Inlassables têtes chercheuses, le sort des petits labels est généralement de faire de belles découvertes qui par la suite décident de s'envoler vers d'autres cieux plus puissants qui leur offriront une exposition plus grande encore. Cela fait partie du jeu, le Finlandais Svart Records le sait bien. Après Hexvessel parti rejoindre le giron métallique de Century Media, choix dont il est permis de se demander s'il est vraiment pertinent (ceci est une autre histoire), c'est au tour de Messenger d'aller voir ailleurs si l'herbe est plus verte et plus précisément, du côté d'InsideOut qui, pour le coup, semble être l'écurie toute trouvée où son rock atmosphérique tavelé de couleurs folks et progressives pourra s'épanouir et grandir. Reste que nous aurions aussi pu imaginer les Anglais sceller une alliance avec Kscope avec lequel ces derniers partagent non seulement une origine géographique commune mais avant tout une même sensibilité artistique. Dans le sillage évolutif de Steven Wilson ou du Anathema contemporain, le groupe façonne une musique d'une grande richesse émotionnelle que subliment de délicats arrangements, matériau noble dont l'élégance n'a d'égale que la chaleureuse mélancolie. Premier album remarquable, "Illusory Blues" nous l'a fait découvrir, son successeur confirmera-t-il ce beau potentiel ? A l'instar de son précieux devancier, "Threnodies" est irrigué par les lignes vocales, teintées de fébrilité, du guitariste Khaled Lowe, dont la voix est le pinceau servant à étaler les couleurs tragiques de compositions aux allures de tableaux de maître. Barnaby Maddick, son compère à la six-cordes, l'épaule avantageusement tandis que les trois autres musiciens complètent un décor où chaque instrument trouve sa place avec harmonie, des claviers moelleux de Dan Knight à cette section rythmique terreuse. Oscillant entre cinq et huit minutes, ces plaintes, au nombre de sept, témoignent encore une fois d'une écriture finement ciselée. Tout en progression, leur apparente simplicité cache en réalité des trésors d'atmosphères et une palette de détails qui n'émergent que peu à peu. Il suffit d'écouter l'inaugural 'Calyx', respiration tranquille sous la surface de laquelle couve une tension déchirante qui explose lors d'une seconde partie instrumentale du feu de dieu, pour prendre toute la mesure d'un talent qu'on devinait prometteur et qui est en réalité bien plus que cela : immense. Tout simplement. D'une foudroyante beauté, 'Oracles Of War' tutoie la perfection, creuset sinueux où se fondent vocalises appuyées ou plus romantiques, percées soyeuses et solo stratosphérique. Et que dire de ce 'Celestial Spheres' gorgé d'effets psyché. Les Anglais ne sont jamais aussi inspirés que lorsqu'ils laissent les émotions fleurir à la surface d'une partition intimiste, à l'image du squelettique 'Crown Of Ashes' et surtout 'Nocturne', respiration aux envolées douloureuses. Avec ce "Threnodies" de haute volée, Messenger fait plus que transformer l'essai, il inscrit son nom parmi les meilleurs groupes actuels en matière de rock atmosphérique. 4/5 (2016)


                                    

Kari Rueslåtten | To The North (2015)


Le nom de Kari Rueslatten ne peut que raviver de nostalgiques souvenirs chez ceux qui découvraient en 1994 le précieux "Tears Laid In Earth", première offrande matricielle de The 3rd And The Mortal, pionnier norvégien du Doom atmosphérique. Nonosbtant le charme de la toute aussi talentueuse Ann-Mari Edvardsen qui lui succédera dès l'année suivante pour le plus étrange encore "Painting On Glass", force est d'admettre que ce groupe désormais disparu ne fera jamais mieux que cet opus séminal d'une spectrale beauté. Grâce à celui-ci et au "Nordavind", unique album de Storm, éphémère projet du chanteur de Satyricon, la belle reste pour toujours associée à la musique qui nous tient à coeur alors même que la carrière solo quelque part entre Tori Amos et Bjork, qu'elle mène depuis vingt ans en est très éloignée. Pourtant depuis son retour en 2014, Kari semble désireuse d'affirmer ses racines métalliques, moins pour un art qui demeure toujours aussi doucereusement acoustique - nous y reviendrons - que pour ses collaborations avec Tuomas Holopainen qu'elle a invité sur "Time To Hell", album qui a scellé sa résurrection ou Anneke van Giersbergen et Liv Kristine pour The Sirens. De fait, nombreux sont à la (re)découvrir aujourd'hui. Ceci dit, "To The North" trouvera-t-il pour autant son public ?  Si, de part son inspiration qui s'enracine dans la terre natale de la chanteuse dont elle sublime la beauté à la fois poétique et minérale, cette sixième escapade en solitaire séduira certainement les amoureux du Grand Nord sensibles à ce lustre froidement mystérieux propice à quelque rêverie automnale ('Battle Forevermore'), elle risque par contre d'en ennuyer beaucoup d'autres qui la jugeront trop gentillette sinon sirupeuse ('Mary' Song'). Et au final, c'est peut-être même davantage aux inconsolables de "Tears In Laid In Earth" que cette oeuvre paraît être destinée. Car, quand bien même nous sommes là à des années-lumière du Doom, la voix intacte de la prêtresse nordique suffit à elle seule à ensorceler et à réveiller une mélancolie fantomatique depuis longtemps endormie sous le permafrost. De fait, 'Three Roses In My Hands', ourlé toutefois de motifs folkloriques ou bien 'Letting Go' ne sont pas sans évoquer, quoique d'une manière lointaine,  le spectre de The 3rd In The Mortal. Même la pulsative reprise de 'Turn ! Turn !  Turn !' de The Byrds se pare de cette tristesse hivernale qui drapait déjà le premier album des Norvégiens il y a vingt ans. D'un calme funèbre, "To The North" est une jolie réussite, épurée et hypnotique, dont les trésors émotionnels brûlent dans les profondeurs de sa glaciale intimité. D'un ennui trompeur, il faut lui laisser le temps de se dévoiler, de s'offrir à nous car au bout de son chemin se trouve sa richesse sombrement bucolique et désespérée. (2016)


                                     

Sunset In The 12th House | Mozaic (2015)


Nonobstant les qualités de ses deux dernières offrandes, "Vîrstele pămîntului" et dans une moindre mesure, "Tău", publiées respectivement en 2010 et 2015, force est pourtant d'admettre que Negură Bunget ne s'est jamais vraiment remis du départ en 2009 de Hupogrammos et Sol Faur qui en incarnaient l'incontestable âme, avec Negru, dernier membre historique à tenir ses rênes.  Si avec Dordeduh, le projet qu'ils ont fondé par la suite, les deux démissionnaires n'ont pas encore réussi à enfanter d'un album aussi brillant que "Om", quatrième escapade de leur ancien port d'attache dont on peut penser qu'il restera à jamais leur chef-d'oeuvre, "Mozaic", essai séminal de Sunset In The 12th House, leur deuxième progéniture née après leur départ, devrait par contre trôner parmi leurs plus belles créations. Formé en 2011 autour de tous les membres de Dordeduh, cela faisait donc longtemps que nous attendions le premier signe de vie de ce groupe mystérieux. De son énigmatique visuel à son titre qui résonne comme la promesse d'un voyage diverifié et coloré, cet opus porte l'évidente griffe de ses auteurs, fidèles à un art mystique et terreux, quand bien même il n'arpente pas les mêmes terres noires, encore qu'il partage avec ses aînés une approche sombrement folklorique et tribale identique, témoin ce 'Desert's Eschaton', constellé de teintes orientales, périple pulsatif d'une envoûtante beauté qui n'est parfois pas sans évoquer Orphaned Land. Bien qu'un socle lourd affleure parfois, lors de certains passages zébrant 'Paraphernalia Of Sublimation', par ailleurs l'un des titres les plus progressifs du lot, "Mozaic" déambule à travers un vaste espace atmosphérique aux confins d'un post-rock forestier dont il épouse la forme uniquement instrumentale et le goût pour les pistes aux dimensions étirées. Du haut de ses six titres en près d'une heure de musique (presque) vierge de chant (quelques vocalises se font entendre par moments), l'ensemble aurait pu aisément sombrer dans l'ennui. Ce n'est bien entendu pas le cas, grâce au talent de ces musiciens habités et plus inspirés que jamais, (re)trouvant même dans ce substrat évolutif le souffle épique et cette sève chamanique évaporés depuis presque dix ans. Curieusement, le menu s'ouvre sur deux sentinelles oscillant entre dix et quinze minutes, œuvres monumentales aux racines à la fois noueuses et pleines d'une majesté séculaire. Si la première, 'Seven Insignia' a des allures d'expédition traversée de multiples ambiances, 'Arctic Cascades' se veut plus légère, guidée par des lignes squelettiques qui se muent en sustain vaporeux. Tout aussi curieusement, l'écoute s'achève sur deux morceaux (relativement) plus courts et très différents l'un de l'autre, lesquels ne sont d'ailleurs pas les plus réussis, brisant un peu l'intensité émotionnelle qui régnait jusque-là. Il s'agit tout d'abord de 'Ethereal Consonance', lente élévation que hantent des chœurs masculins, puis c'est au tour de 'Rejuvenation', conclusion qui étonne par sa dureté de traits. Amputé de ces deux morceaux, au demeurant de bonne facture, "Mozaic" aurait été un chef-d'œuvre, ce qu'il n'est donc pas mais de peu. Reste au final un joyau noir et ce que Hupogrammos et Sol Faur ont créé de plus fort depuis le "Om" de Negură Bunget. Ils transcendent le post rock pour accoucher au final d'un édifice qui n'appartient qu'à eux, aussi tribal que boisé. (2015)


Nucleus Torn | Travellers + Andromeda Awaiting (2010)


Entre un nouveau gemme (Andromeda Awaiting) et cette collection de titres rares ou demeurés inédits, c’est Noël avant l’heure pour les fans de Nucleus Torn. Travellers se veut même le Graal attendu sans trop vraiment y croire puisqu’il agglomère, excusez du peu, l’intégralité des enregistrements qui précédèrent Nihil soit toute la genèse de ce néo-folk osseux si personnel. Le menu débute avec les quatre pistes instrumentales du EP Krähenkönigin, gravé en 1998 et publié à quelques exemplaires six ans après. Seul à la guitare sèche, Fredy Schynder y libère des arpèges boisés dont le dépouillement confine à une forme de mysticisme pastoral. Suivent les quatre morceaux composant Silver, première trace discographique officielle remontant à 2001. Partiellement ré-enregistrées, ce sont des créations déjà intéressantes bien qu’elles tiennent davantage de l’esquisse que du travail achevé. Ils leur maquent notamment ce chant féminin lumineux que l‘on aime tant.  Parmi ceux là, le titre le plus beau reste le long « Nucleurs Torn ». Démo capturée en 2002, Submission offre ensuite ses deux extraits. On y découvre un groupe plus influencé par le rock progressif (« Non-Light Submission »). Enfin cerise sur le gâteau, Travellers s’achève sur deux pépites inédites et plutôt étonnantes, issues des sessions d’enregistrement de Nihil. « Leadness », tout d’abord, est zébré par les interventions d’un saxophone, ce qui lui confère une couleur presque jazzy. « Lurking », quant à lui, ouvre les vannes d’une musique intimiste rehaussée dans sa dernière partie par des notes d’orgue mélancoliques. Ce recueil permet de suivre une identité en train de se façonner, un style en mouvement. En cela, il est un témoignage précieux, il donne les clés pour mieux comprendre le parcours emprunté par Nucleus Torn avant d’aboutir à Nihil, opus grâce auquel une majorité l’a découvert, jusqu'à Andromeda Awaiting.


Petit à petit, à son rythme et sans faire de bruit, Nucleus Torn bâtit une œuvre passionnante qui n’appartient qu’à lui. Tout d’abord arrimé à la clairière du néofolk boisé grâce à un premier essai d’une beauté contemplative, le collectif mené par Peter Schynder a ensuite déviée vers une musique plus atmosphérique encore avec Knell. Andromeda Awaiting, au titre très poétique et dernier volet d’une trilogie, choisit cette fois-ci une forme d’expression plus progressive sans que celle-ci se démarque totalement du style élaboré par ses deux aînés. L’art de Nucleus Torn évolue mais par petites touches impressionnistes. Encadrée par deux sentinelles de plus d’un quart d’heure chacune, cette troisième offrande déroule une trame épurée entre rock progressif antédiluvien et musique folk et que nappent ces touches forestières typiques des Suisses. Subdivisé en six segments, Andromeda Awaiting s’ouvre donc sur une piste immense, voyage mystique  qu’une vie entière ne suffirait à décrire. Après une entame feutrée, le chant féminin vient se poser, soulignant la beauté tragique dessinée par les divers instruments. Puis le titre progresse nouant des liens avec le Lizard de King Crimson et la longue pièce épique qui l’achève. Les lignes vocales masculines y font notamment penser. A cette piste magnifique semble répondre celle qui entraîne l’album vers la mort, lente déambulation aux accents symphoniques dépouillés et que guide un piano et une flûte squelettiques. Entre ses deux monuments se succèdent quatre morceaux plus courts, au caractère fortement instrumental quand bien même la chanteuse glisse au milieu de ces motifs teintés d’ambiances médiévales sa voix empreinte d’une tristesse diaphane. De part son architecture, Andromeda Awaiting convient d’être absolument abordé dans sa globalité. Il est un tout dont une écoute émiettée ne saurait rendre toute la beauté mystérieuse en même temps qu'une forme d'aboutissement dans la carrière de Nucleus Torn. (2010)

KröniK | Blueneck - The Fallen Host (2009)


J'ai pleuré. Oui, j'ai pleuré en m'abîmant entre les bras de The Fallen Host. J'ai pleuré et ce, dès les premières mesures de l'introductif "Depart From Me, You...", montée en puissance dans l'intensité dramatique. Un piano aux accents mortuaires et un violon d'une gravité solennelle ont suffit à cela. En l'espace de quelques minutes à peine, Blueneck, dont c'est le second chef-d'œuvre, pose le décor, un décor qui sera à l'image de la vie, triste et désespérée.
The Fallen Host prend véritablement son envol avec "Seven", perle instrumentale d'un post rock diaphane écrit à l'encre grise d'une trajectoire d'émotion à fleur à de peau. Ces lignes de violon convoquent le fantôme du Anathema période Alternative 4 : c'est magnifique. Et les guitares, lourdes et stratosphériques à la fois, décollent vers un ciel assombri par les nuages. On frissonne face à une telle beauté évanescente qui progresse vers un absolu bouleversant. Par la suite, premier titre chanté, "Low", gemme mélancolique, a quelque chose d'une ballade désenchantée en hiver le long d'une plage anglaise solitaire. Blueneck y navigue alors dans les eaux d'un rock intimiste et épuré à la No-Man.  La voix est feutrée, presque un murmure. Puis ces lignes vocales cèdent la place à des six-cordes squelettiques qui s'élèvent peu à peu en un arc-en-ciel noir et gris cependant que le violon vient souligner de son trait sévère cette courbe atmosphérique. La tension est là, palpable ; on sent qu'elle va exploser. Ce moment semble être repoussé. Le temps est suspendu durant de longues minutes qui meurent en un final instrumental majestueux. Désincarné, "The Guest" lui succède en une respiration hypnotique. Vierges de chant, "Children Of Amme" et "Weaving spiders come not here" sont quant à elles deux pulsions crépusculaires qui cimentent le début et la fin du disque, aux confins de la trip hop pour la première, plus funéraire pour la seconde. Les Anglais y démontrent encore une fois leur maîtrise de la progression émotionnelle et dépouillée. Retour de la voix de Duncan Attwood, plus spectrale encore, avec le superbe "Lilitu", diamant introspectif qui sera vous faire tirer des larmes. J'ai d'ailleurs pleuré à nouveau face à cette capacité à toucher le cœur avec un minimalisme remarquable. Ce morceau est tout ce que le Anathema contemporain rêverait de pouvoir exprimer sans néanmoins y parvenir. C'est un titre presque impalpable : quand on croit pouvoir le toucher, il vous échappe finalement... à tout jamais. Automnaux, ces paysages qui surgissent dans le voile brumeux, sont figés dans le froid et la grisaille. Puis, le cœur s'arrête peu à peu de battre avec "Revelations", terminale et aérienne envolée qui émeut par sa touchante simplicité. Tout doucement, l'issue approche, au bout de ses lignes de guitares floydiennes. Le ton se durcit enfin, le rythme s'enfonce dans un substrat plus pétrifié, conclusion à la démesure tragique. Vous l'aurez compris, avec The Fallen Host, Blueneck vient ni plus ni moins d'écrire une des plus belles pages du rock d'aujourd'hui au point que si le groupe devait s'arrêter maintenant, il aurait tout de même gagné sa place parmi les plus grands. 4.5/5 (2009)





KröniK | Ion - Immaculada (2010)


Le nom de Duncan Patterson ne dira sans doute rien à la plupart d’entre vous et notamment aux plus jeunes. Ceux qui ont découvert Anathema au début des années 90, eux par contre, savent. Oui, ils savent que l’homme n’est peut-être pas le musicien le plus technique qui soit mais qu’il possède, outre un talent de composition extraordinaire, la qualité aussi rare que précieuse de conférer une âme à tout ce qu’il touche. Anathema, dont il a écrit quelques-unes des plus belles pages et la quasi-intégralité de Alternative 4 (1998), ne s’est jamais remis de son départ survenu pourtant peu après la publication de cet album.
Et Antimatter, qu’il a fondé ensuite avec le chanteur Mick Moss avant de le quitter lui aussi après trois explorations douloureusement belles, pas davantage. Ion est désormais le jardin secret qu’il cultive, porte entre-ouverte sur son cœur et sur celui qu’il est désormais. Le doom death puis le métal atmosphérique d’Anathema sont loin maintenant, mais les liens avec Antimatter paraissent plus évidents. Seul à la barre de ce projet, Patterson se charge d’à peu près tout, de la basse à la guitare en passant par les percussions, ainsi que de la mandoline dont il est devenu un connaisseur, instrument aux sonorités doucement mélancoliques qui tisse le fil d’Ariane d’une musique épurée, diaphane. Pour les lignes vocales, essentiellement féminines, le musicien fait appel à diverses chanteuses. On se souvient encore des interventions de la magique Marcela Bovio (Stream Of Passion, Ayreon) illuminant Madre, Protégenos, première respiration d’Ion, à laquelle succède enfin une seconde offrande après quatre années d’attente interminable. Par rapport à sa pourtant superbe devancière, Immaculada, s’il en reprend les caractères, notamment cette aura religieuse si particulière et chaleureuse, renoue avec une forme de musicalité plus élaborée. Là où Madre, Protégenos alignait une série de pistes assez courtes, trop peut-être, ce qui a contribué à lui donner des allures d’ébauche, cette nouvelle offrande paraît plus travaillée et aboutie. Inspiré par les récents voyages de son auteur entre l’Irlande et la Grèce, Immaculada adopte les courbes d’une montée en puissance émotionnelle où se mélangent sur la palette du musicien, caresses féminines spectrales ou murmurées, lignes de violon, notes de flûte et instruments traditionnels. Après l’introductif morceau éponyme, qui dessine les contours désenchantés de ce périple, "Temptation" et ses accents orientaux séduisent d’emblée, guidés par un rythme hypnotique. Ballade entre Méditerranée et terres celtes, "Adoration" lui succède, brise légère où l’on suit la voix fragile de la merveilleuse Lisa Cuthbert. Plus sombre, "Damhsa Na Gceithre Ghaoth" se drape lui aussi de sonorités irlandaises cependant que le très beau "Invidia" enchante par sa touchante simplicité. Avec les trois titres qui ferment son parcours, l'album accède à une beauté contemplative à laquelle il semble bien difficile de résister. C’est tout d’abord le long et introspectif "Cetatea Cisnadioara", mélopée poétique minimaliste écrite à l’encre grise, puis, "The Silent Stars", petit bijou d’émotion, et enfin la lente pulsation au souffle spirituel "Return To Spirit", qui fait mourir peu à peu Immaculada sur une touche lancinante. Ces percussions finales résonnent comme des battements de cœur en bout de course. Entre paysages celtiques et effluves néo-folk, Duncan Patterson signe un très grand disque, qui rejoint le Eternity d’Anathema et le Planetary Confinement d’Antimatter au panthéon de la beauté. Ceux qui se sont désintéressés de son travail depuis qu’il a quitté le giron métallique seraient bien avisés de jeter une oreille sur Ion où l’on retrouve une sensibilité et une inspiration inchangées. Il le mérite. 4/5 (2010)






KröniK | The Wishing Tree - Ostara (2009)


Je ne sais pas pourquoi, mais il y a des groupes comme ça qu'on a tout de suite envie d'aimer, d'en dire beaucoup de bien... The Wishing Tree, par exemple. Pourquoi The Wishing Tree ? Pour Steve Rothery déjà, grand guitariste discret, injustement mésestimé et pourtant l'une des pièces essentielles du son Marillion. Pour Hannah Stobart, forcément, chanteuse dont le talent n'a égal que la beauté. Ce serait mentir que de ne pas reconnaître que sa plastique avantageuse et affolante est pour beaucoup dans le magnétisme que dégage ce duo à destination du public mâle. Sans elle, on aurait sans doute été moins enclin à s'y intéresser. Soyons honnête.
Ca serait dommage pourtant car la blonde a surtout une très belle voix , aérienne, cristalline. Une brise poétique qui, conjuguée à l'écriture (à laquelle du reste elle participe aussi) du guitariste aboutit à une sorte de pop progressive élégante, délicieuse et mélancolique. Treize ans après un premier essai, l'acclamé Carnival Of Souls, le tandem se retrouve le temps de ce Ostara superbe et délicat. Huit perles touchées par la grâce et autant de véhicules pour la caresse vocale de la belle Hannah, derrière laquelle Rothery se place volontairement en retrait comme il l'a toujours fait d'ailleurs et ce, malgré un touché classieux et plein de finesse, à l'image du magnifique "Seventh Sign". Cet album est une petite merveille dont la simplicité cache un remarquable travail de composition et d'arrangements, déambulation rêveuse et romantique qui fait du bien tout simplement. Joliement rock, ces titres sont tous de petits bijoux d'orfèvrerie et de justesse de ton tel que le quasi folk et légèrement  ethnique "Ostara" (le meilleur du lot certainement) et qui n'est pas sans évoquer parfois le fantôme de Led Zeppelin, époque Physical Graffiti. Le jeu de Steve y fait penser. Et cette voix. Cette voix qui vous donne des frissons. Citons aussi l'ensorcelant "Easy", le mélancolique et très progressif "Hollow Hills" "Fly", chaloupé et émotionnel ou la ballade acoustique et diaphane "Soldier", belle comme un chat qui dort. Je pourrais poursuivre cette litanie jusqu'à avoir fait le tour entier du propriétaire car de toute façon tous les titres mériteraient d'être évoqués... Bon tout ça n'est bien entendu pas très musclé mais ceux qui aiment Blackmore's Night ou Mostly Autumn et bien sûr Marillion, devraient très vite être séduit par cet album dont le seul défaut, hormis celui d'arriver avec plus de dix ans après son aîné, s'avère être sa trop courte durée (43 petites minutes). On aurait bien aimé (pour une fois) écouter quelques chansons supplémentaires. Espérons enfin que The Wishing Tree n'attende pas si longtemps pour lui donner un petit frère... 3.5/5 (2010)






KröniK | Anathema - Hindsight (2008)


Lettre à Anathema. Les mecs, je vous aime. Je vous ai découvert avec votre Eternity et depuis, je vous suis resté fidèle, témoin anonyme de votre évolution vers une musique de plus en plus atmosphérique bien que toujours aussi mélancolique et touchante. Il n’en demeure pas moins que vous commencez à me briser mes (pas si) vieilles roubignolles, comme disait Jacques Brel, avec le mépris que vous affichez à l’endroit de vos débuts dont vous n’avez pourtant pas à avoir honte, bien au contraire. A longueur d’interviews, vous ne cessez de vomir sur vos premières œuvres qui ne semblent plus trouver grâce à vos yeux.
Cette attitude est insultante pour tous les fans que vous avez alors bouleversé avec Crestfallen, Serenades, The Silent Enigma et bien entendu Eternity qui amorçait déjà le virage musical à venir. Vous avez le droit d’évoluer mais pas celui de renier vos origines. Je vous en veux pour tout ça. Malgré tout, j’ai acheté (oui, il existe encore quelques irréductibles qui achètent des disques !) Hindsight en imaginant qu’il serait votre pierre tombale dans mon cœur. Je me suis trompé. Oh non pas qu’il soit exempt de tout reproche – une simple relecture semi-acoustique de certaines compositions en guise d’album alors que vous n’avez rien publié depuis cinq ans, c’est un peu léger – mais ce disque contient suffisamment de grands moments pour séduire et emporter l’adhésion. Vous avez donc choisi de revisiter neuf titres (plus une nouvelle chanson, « Unchained », pas désagréable) de votre répertoire récent et de les habiller d’atours décharnés (guitare acoustique, violon, piano…). Si dans le cas du pourtant très beau « One Last Goodbye », le résultat ne se révèle pas transcendant car trop proche de l’original, cette démarche artistique est couronnée de succès avec le sublime « Fragile Dreams » et « Inner Silence » (tirés d’Alternative 4). Le poignant « Angelica » (seul rescapé des débuts) l’est toujours autant tandis que Hindsight permet de redécouvrir certaines pièces de A Fine Day To Exit (le douloureux « Temporary Piece ») et de A Natural Disaster (« A Natural Disaster », illuminé par le chant habité de Lee Douglas et l’immense « Flying »). Curieusement alors que vos chemins se sont séparés à la fin des années 90, vous semblez de plus en plus connectés à votre ancien bassiste Duncan Patterson (qui était en fait bien plus que cela car c’était bien en lui que résidait l’âme du groupe). D’ailleurs, Vinny, tu as joué cette année avec lui dans une petite salle parisienne et il apparaît même sur ce disque pour tenir une mandoline ( ?). Votre art, à l’instar du sien, est de plus en plus dépouillé, diaphane, squelettique, mais toujours aussi beau comme un chat qui dort. Et d’une finesse admirable. Hindsight nous rassure donc sur la puissance émotionnelle toujours intacte d’Anathema mais ne nous en apprend pas davantage quant à la teneur du prochain véritable opus du groupe. Il se dit que Steven Wilson pourrait le produire. Si c’est le cas, on peut en espérer le meilleur… Pour terminer, un conseil les mecs, vous seriez bien avisés de la fermer un petit peu et de vous contentez de faire de la musique. 3.5/5 (2008)






Corde Oblique | The Stones Of Naples (2009)


Troisième recueil de Corde Oblique, le projet solo du guitariste napolitain Riccardo Prencipe, The Stones Of Naples s'inscrit dans la droite lignée de ses deux aînés, les magnifiques Respiri et Volonta d'Arte. Si vous êtes de ceux qui ce sont laissés bercer par les caresses acoustiques belles comme un chat qui dort qui les composaient alors vous pouvez donc acquérir cet album les yeux fermés (mais surtout pas les oreilles !). Avec un bonheur et une réussite intacts, le généreux musicien nous transporte dans son univers, un univers bien entendu (très) loin du metal quand bien même il ait apparu, aussi surprenant que celui puisse paraître, lors du Cernunnos Pagan Fest 2008, coincé entre des groupes de black metal et qu'il a illuminé de son touché poétique. La reprise du très beau" Flying" d'Anathema, qu'il revisite avec justesse et émotion témoigne également des liens que le projet peut parfois nouer avec une scène dont il est pourtant à priori très éloigné. On se souvient également que l'Italien a déjà proposé une relecture du "Kaiowas" de Sepultura sur son disque précédent. Corde Oblique est comme un jardin secret : on y entre que si l'on y est invité. Il est rempli de richesses intimes et intimistes. The Stones Of Naples illustre bien cette métaphore. Tout y est délicat, aérien, élégant, fin. Emouvant surtout. Avec classe et sobriété, Riccardo transpire un feeling qu'un Yngwie Malmsteen ne parviendra jamais à atteindre. Quelques notes lui suffisent toujours pour dépeindre une émotion, un sentiment (la superbe introduction "La Quinta Ricerca", "The Quality Of Silence", court instrumental touché par la Grâce), aidé en cela par des musiciens talentueux (violonistes, pianistes...) et différentes chanteuses qui le sont tout autant qui viennent souligner le jeu du maître. Malgré l'absence d'instruments électriques, ces chansons se révèlent être de purs joyaux, belles et cristallines. Qu'il est bien difficile de rester de marbre, de ne pas couler une larme à l'écoute des torrents émotionnels que sont "Like An Ancient Black & White Movie", "La Citta Dagli Occhi Neri" (certainement, l'une des plus belles pièces de cet opus), "Nostalgica Avanguardia" ou bien encore le final "Piscina Mirabilis". Ces ritournelles sont enveloppées par le charme ensoleillé de cette langue latine, pleine de poésie qui les drape d'un voile léger et pur. Mais en filigrane, il y a constamment une forme de mélancolie qui affleure parfois plus qu'elle ne colore de quelques teintes éparses des morceaux finalement plus tristes qu'enjoués, à l'image notamment de "Dal Castello Di Avella", même si le virevoltant "La Gente Che Resta" peut quelque peu infirmer cette impression. Et s'il ne se hisse peut-être pas tout à fait à la hauteur de Volonta d'Arte, il ne faut pas bouder son plaisir face à The Stones Of Naples qui saura sans peine vous séduire. Mon Dieu, quelle douloureuse beauté ! 4/5 (2009)


                                   

KröniK | Agua De Annique - Air (2007)


Cette première carte postale en solo de Anneke van Giersbergen est une démonstration. Elle démontre que la jeune femme est une artiste. Une vraie, une qui a des choses à dire. Elle démontre enfin que son départ de The Gathering, groupe dans lequel elle évoluait comme un poisson dans l’eau, n’était visiblement pas dû aux sempiternelles divergences musicales ! Mais un rappel des faits s’impose pour commencer. Quand il y a quelques mois de cela, nous apprenions, stupéfaits, la décision de la belle de quitter le navire hollandais, c’est comme si l’univers, d’un coup, s’effondrait. C’était la fin d’une superbe histoire entamée douze ans plus tôt, avec la sortie du matriciel Mandylion, chef-d’œuvre qui a lui tout seul a sonné le branle de tout le metal à chanteuse.
On se demandait alors quelle mouche avait bien pu piquer la chanteuse. Etait-ce lié à son récent statut de maman ? Quelle ne fût pas notre surprise en apprenant qu’elle avait déjà sur le feu un nouveau projet ! Et si au début nous nourrissions des inquiétudes à son égard, c’est plutôt vers ses anciens employeurs que l’on doit finalement les diriger car, après tout, ce sont eux qui finalement ont le plus à perdre. Agua De Annique le prouve de la plus belle des manières ! Alors que The Gathering aura sans doute toutes les peines du monde à se reconstruire (ne doutons pas, cependant, que le groupe y parviendra…), Anneke accouche d’un album qui semble avoir été touché par la grâce divine ; un album subtilement différent de The Gathering même s’il en reste très proche, surtout de ses trois dernières offrandes, If_Then_Else, Souvenirs et Home, comme en témoignent le début de « Ice Water » ou « Trail Of Grief ». D’ailleurs, comment pourrait-il en être autrement, à fortiori quand la chanteuse décide d’arpenter des terres proches, celles du metal atmosphérique émotionnel et mélancolique, après tout, n’a-t-elle pas été la clé de voûte de la musique des Hollandais ? Le groupe s’identifiait tellement à elle, à son charme, à sa voix cristalline que cette filiation est bien compréhensible. Parfois énervées (« Witness », « You Are Nice ! »), le plus souvent diaphanes, à la tristesse douloureuse (« Come Wander With Me »), ces chansons ne peuvent que charmer dès les premiers instants. Simples, épurées, elles se voient parfois réhaussées d’une flûte, d’une trompette, d’un chant masculin, quand ce n’est pas Kristin Fjelltseth de Pale Forest, qui vient accompagner Anneke (« Lost And Found », qui suinte une mélancolie désespéré à la Tenhi). Et surtout, il y a cette voix. Cette voix. Cette voix qui vous donne des frissons. Cette voix à donner honte à toutes les chanteuses de la galaxie. La Batave possède tout simplement une classe, un charme unique qui lui permettent de planer tout là haut. Dès qu’elle apparaît sur « Beautiful One », son chant décolle et nous entraîne, guide enivrant, dans un voyage dont la beauté triste séduit autant qu’elle bouleverse. Est-ce à dire pour autant que Air aurait pu être un album de The Gathering ? Oui et non donc car le son n’est pas tout à fait le même. Les frères Rutten ont une manière de composer, de jouer, bien à eux, qui fait défaut ici. Mais, on en est jamais très éloigné. Ce qui ne peut que jeter le trouble dans le cœur des fans. Pourquoi Anneke est-elle parti ? Sans doute que les autres membres du groupe ne lui laissait pas suffisamment d’amplitude. Sans doute voulait-elle aussi être, enfin, son propre maître et démontrer qu’elle détenait les capacités d’exister sans The Gathering. En tous cas, le pari est gagné. Un horizon pur, dégagé, s’ouvre désormais à elle. On attend maintenant avec curiosité des nouvelles de son ancien port d’attache… 4/5 (2007)






KröniK | The Gathering - The West Pole (2009)


Anneke n'a pas quitté The Gathering. Telle est la vérité qui semble sauter aux oreilles une fois The West Pole, le nouvel album des Hollandais, avalé par la chaîne hifi. Pourtant, on le sait, il n'en est rien. Mais en jetant leur dévolu sur la norvégienne Silje Wergeland, dont on a très souvent comparé la voix avec celle qu'elle remplace désormais, les frères Rutten ont donc décidé de ne pas prendre de risques, ce qui est surprenant, eux qui nous ont toujours habitué aux surprises justement, à changer de peau à chaque nouvelle offrande. Le départ - étonnant - d'Anneke leur permettait de tenter des choses inédites, d'emprunter une voie(x) vierge. Recruter la chanteuse de l'excellent Octavia Sperati est ainsi à la fois un bon et un mauvais choix. Bon, car, la jeune femme a du talent et une personnalité. Mauvais parce qu'il prive - Silje n'y est du reste pour rien - The Gathering de la possibilité de renouveler sa palette sonore. Mais peut-être qu'une voix trop différente de celle de miss van Giesbergen n'aurait simplement pas convenu... Succédant au crépusculaire Home, sorti il y a déjà trois ans, The West Pole est à l'image de ses aînés : il arbore une fausse simplicité tout d'abord dommageable... et surtout trompeuse, qui explique pourquoi beaucoup jugent le groupe sévèrement, le trouvant pauvre musicalement (on se souvient par exemple des propos de Arjen Lucassen en 1998 lors de la promotion de Into The Electric Castle et qui regrettait que Anneke, qui participait au projet, fasse partie de ce groupe). Mais à l'instar de nombre de pièces majeures, ce neuvième opus dévoile ses richesses - immenses - que peu à peu, à force d'écoutes répétées. Moins trip hop que Souvenirs, moins noir que Home, The West Pole est en fait tout simplement un superbe disque de rock atmosphérique, musclé parfois ("Treasure", "No One Spoke"), émouvant et plein de finesse toujours ("Capital Of Nowhere"...) et sur lequel plane parfois l'ombre du révéré Nighttime Birds (1997), comme l'illustre l'aérien et émotionnel "No Bird Call". Et si sa patte est reconnaissable entre mille, notamment à travers le jeu des deux frangins, le groupe drape sa musique d'un voile cependant plus progressif que habitude. Les claviers, qui ne sont parfois pas sans évoquer les grandes heures du King Crimson des débuts (le gigantesque "A Constant Run" qui fera jouir ceux estimant - à raison - que les Bataves ont atteint leur apogée avec How To Measure A Planet ?) participent notamment de cette influence. Et Silje, me direz-vous ? Comment est-elle ? Très bien. Forcément. Grâce aux albums gravés avec Octavia Sperati, on savait qu'elle était capable d'incarner la nouvelle voix de The Gathering mais on la découvre plus impressionnante encore car elle parcourt un spectre vocal bien plus vaste que ce qu'elle avait offert jusqu'à présent. Et puisque l'on est bien obligé de les comparer, on peut dire que son chant est certes très proche de celui d'Anneke, avec lequel il partage une forme de fragilité, néanmoins la Scandinave dégage une fébrilité qui n'appartient qu'à elle, témoin ces perles écrites à l'encre d'une vie grise et triste que sont " The West Pole", "You Promised Me A Symphony" et surtout le déchirant "Pale Traces", beau comme un chat qui dort. Alors que nombreux sont ceux qui doutaient de la capacité des Hollandais de survivre au départ de leur charismatique chanteuse, contre tout attente, ils viennent pourtant de relever le défi et de la plus belle des manières. The West Pole se révèle être une réussite exemplaire, un de leurs meilleurs albums, riche de très grands moments ("All You Are") et qui ouvre pour ses géniteurs un avenir bien plus radieux qu'on ne le croyait il y a encore quelques mois de cela. 4/5 (2009)


                                   

KröniK | Antrabata - Dark And Bright (2009)


Souvenez-vous, en France on n'a pas de pétrole mais on a des idées. On a aussi et surtout de très bons groupes qui méritent que l'on parle d'eux. Antrabata, par exemple, qui n'a pas à rougir des comparaisons, évidentes il est vrai, avec Massive Attack et Portishead. D'une certaine manière, ces références pourraient se suffire à elles-même pour définir la musique dessinée par les Français. Sans doute mais Antrabata mérite mieux que ce raccourci. Pour le travail remarquable du multi instrumentiste Régis Aubert (guitares, basse, sitar, contrebasse...), capitaine de ce navire franchissant des murs de brouillard. Pour la voix de Femke Lavrijssen, profonde et séduisante bien qu'une certaine mélancolie vient parfois se glisser dans ses
mélopées ('Chameleon Of Today' notamment). Pour ce "Dark & Bright", seconde opus envoûtant qui continue de creuser le sillon entamé par son prédécesseur, le déjà acclamé "Elephant Reverie". Trip-hop aux confins de la world music, la plastique de cet album navigue sur un lit d'effluves synthétiques, belles comme un chat qui dort ('Echoes') toujours, hypnotiques également ('Dark & Bright', 'One Day After' et ses claviers presque seventies). La richesse des arrangements ('Copy And Paste', 'We Rise' et ses parties de flûtes superbes) n'a d'égale que l'émotion que libère ces compositions écrites avec le coeur, qui vivent et respirent. Vigie, Femke nous guide parmi ces ambiances empreintes de fébrilité, de noirceur également, quand bien même son chant peut servir de pinceau à cette tristesse diffuse ('What If'). Cet album miraculeux évoque la brume matinale, ce moment où la nuit est sur le point de s'enfoncer dans le sommeil mais où le jour ne s'est pas encore levé ('Knowing A Smile'). Parfois proche des derniers travaux de The Gathering avec sa sirène Anneke, en (forcément) moins metal, Antrabata séduit par son charme et la poésie diaphane de sa musique en clair-obscur. Une jolie découverte et encore une sortie hautement recommandable de la part du label Prikosnovénie qui a décidément le nez creux. 3.5/5 (2009)