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KröniK | The Sword - Used Future (2018)


Ce n'est pourtant pas "Used Future" qui va réconcilier le groupe avec les nostalgiques de "Gods Of The Earth" et de "Warp Riders"

Si, notamment grâce à la voix chaude et enfumée de J.D. Cronise, on identifie toujours aisément un album de The Sword, il n'en demeure pas moins que les Américains ne sont plus aujourd'hui, et depuis quelques années déjà, ces bûcherons qui alliaient la puissance du stoner à la dimension épique d'un heavy metal mythologique. Peu à peu, sans heurts, les Texans ont glissé vers une musique plus psychédélique et feutrée. Que le guitariste et chanteur se soit frotté au "Dark Side Of The Moon" de Pink Floyd, rebaptisé Dark Side Of The Doom, le temps d'un album solitaire dont la réussite n'a pas manqué de partager les amateurs, n'étonne pas au regard de cette évolution.

Résultat, nombreux sont les fidèles du premier rang à ne plus reconnaître l'auteur de "Age Of Winters". Pourtant, même si, entre un "High Country" plus rock que doom et sa curieuse relecture acoustique "Low Country", le quatuor s'avère difficile à suivre depuis quelques années, force est d'admettre que son inspiration ne s'est pas pour autant diluée dans le jus d'une musique plus mainstream. Ce n'est pourtant pas "Used Future" qui va réconcilier le groupe avec les nostalgiques de "Gods Of The Earth" et de "Warp Riders", ce dont il n'a certainement que faire. A l'instar de ses récents aînés, ce septième album peut, de prime abord, dégager un sentiment d'inachevé. Entre une pochette un peu bâclée, les inévitables prologue et épilogue, l'ensemble ne respire pas vraiment l'originalité. Entre de nombreux témoignages de leurs racines sudistes ('Come And Gone', Sea Of Green') et des mélodies faciles ('Deadly Nightshade', Twilight Sunrise'), les Ricains ne donnent pas l'impression d'avoir forcé leur talent. Etonnamment, ce sont dans les multiples instrumentaux qui le jonchent que "Used Future" puise sa valeur. Baignant dans une ambiance soyeuse, 'The Wild Sky', 'Nocturne' ou 'Brown Mountain' incarnent, avec les plus efficaces 'Book Of Toth' et 'Used Future', les meilleurs moments d'un album qui ne restera toutefois pas dans les annales du genre. Avec l'assurance tranquille des musiciens éprouvés qu'ils sont désormais, les Texans se fendent d'un disque très bien fait, agréable à écouter en suçant une bière mais il va sans dire qu'on les a quand même connus plus inspirés sinon ambitieux ! (30/03/2018)

2.5/5 | Music Waves

KröniK | The Sword - Low Country (2016)


Alors qu'il nous a habitués à venir nous rendre visite tous les deux ou trois ans, The Sword est déjà de retour après s'être délesté en août 2015 de "High Country", succès tant artistique que critique.
Mais comme la parenté de leur nom et de leur visuel le laisse aisément deviner, "Low Country" se veut moins un nouvel album que le complément, en fait acoustique, de son devancier dont il reprend dix des quinze pistes. Certaines mauvaises langues ne manqueront sans doute pas de railler l'entreprise jugée bassement mercantile pour surfer sur la réussite commerciale du cinquième effort des Américains et avoir un truc tout chaud à vendre au moment de partir sur les routes avec Opeth. D'autres, les ayatollahs de la première heure, regretteront plus que jamais l'époque du séminal "Age Of Winters" (2006), un temps où le groupe forgeait un stoner doom biberonné à la mythologie nordique, auquel il a peu à peu substitué un hard rock plus classique et ancré dans la géographie rocailleuse de son pays. En cela, squelettique et vierge de décharges électriques, "Low Country" s'inscrit naturellement dans la continuité de ses récents prédécesseurs, opus désertique et rural où font parfois plus qu'affleurer à la surface des racines sudistes ('Mist & Shadow'). Nous aurions pu craindre en effet sinon un ratage artistique au moins un déficit en douilles de la part d'une formation qui au contraire n'a jamais été avare en énergie épique. Et s'il est vrai que ce menu, court d'une petite trentaine de minutes mais soigné à la manière d'une fragile orfèvrerie, pêche forcément par manque de puissance, format acoustique oblige, il compense cette relative faiblesse par une beauté intacte et une richesse émotionnelle décuplée. Percussives parfois ('Early Snow'), tavelées de couches synthétiques ('Buzzards'), ces compositions mettent plus que jamais en valeur la voix gorgée de feeling de J.D. Cronise, de laquelle suinte une douce mélancolie, à l'image de 'The Dreamthieves', sentiment fragile que soulignent avec délicatesse des arpèges terreux ('Empty Temples') ou plus boisés ('Seriously Mysterious'). Retravaillées, ces chansons demeurent de toute façon excellentes et se fondent en douceur dans ce moule d'une sécheresse paisible qui semble au final presque taillé pour elles. En définitive, relecture acoustique de son grandiose devancier, "Low Country" s'avère être une belle surprise, loin de la galette réchauffée crainte par certains, qui illustre, si besoin en était encore, que The Sword est un groupe d'une grande valeur. 3/5 (2016) | Facebook




The Sword | High Country (2015)


Si les grands albums se reconnaissent (souvent) par cette capacité précieuse à ne se dévoiler que par petites touches pointillistes, alors "High Country" en est un. Incontestablement. Car on ne retient tout d'abord pas grand-chose de ce cinquième album de The Sword dont le menu est mité par de nombreuses pistes très (trop) courtes. Quand bien même ses auteurs ne se sont jamais distingués par le goût pour les compos épiques, ce canevas à base de quinze titres n'est pas de très bon augure. Décevante se veut donc sa défloration, surtout pour les fans de la première heure, dont fait partie votre serviteur, lesquels estiment, non sans raison, que les Américains ont bien changé depuis "Age Of Winters" en 2006, troquant progressivement leur stoner doom nourri à la mythologie nordique pour un hard rock solidement ancré dans la terre du Texas, évolution que ce nouvel opus scelle aujourd'hui (sans doute) de manière définitive. Ceci dit, le groupe possède une identité bien marquée, toujours reconnaissable, notamment grâce au chant du guitariste en chef J.D. Cronise. Puis, comme cela arrive parfois, le miracle survient, le charme finit par opérer, la magie s'installe, durablement. Malgré une intro sans intérêt en guise de préliminaire, les qualités de "High Country" se dressent peu à peu  pour finalement exploser en un puissant geyser d'effluves terreux et électriques. Ecriture ramassée et mélodies insolentes de beauté définissent cette collection d'hymnes énergiques dont les traits laisseront de durables sédiments dans la mémoire, joyaux ciselés comme de petits tableaux où chaque détail compte. De fait, comment résister à des titres tels que 'Empty Temples', 'Tears Like Diamonds' ou 'The Dreamthieves' et ces nappes de claviers délicatement spatiales, pour n'en citer que trois ? Impossible. Tout y est, la classe, le feeling, le talent. Habillé d'une prise de son rugueuse, l'album doit aussi sa réussite à sa diversité, alternant mécaniques fonçant pied au plancher, à l'image du fabuleux instrumental tout en progression 'Suffer No Fools' et pulsations lentes et ambiancées dont la plus belle se révèle certainement être 'Seriously Mysterious', nimbé lui aussi de volutes cosmiques et enrichi de chœurs séduisants. Faussement simple, chaque pièce composant "High Country" mériterait en réalité d'être nommée, preuve en est, à la fois de la maîtrise de The Sword, ce que nous savions déjà, et surtout de la valeur de ce disque, ce dont nous doutions quand même un peu au départ. Moins doom que "Gods Of The Earth", moins stoner que "Warp Riders", ce cru 2015 des Américains est tout simplement un grand disque de Rock avec un grand R, évidente pierre angulaire d'une carrière qui ne cesse de s'enrichir. (2015)