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Belenos | Argoat (2019)



















Après une poignée de démos et deux offrandes matricielles, Errances oniriques (2000) et Spicilège (2002), taillées dans la roche froide d'un black metal abrupt et sévère et vers lesquels tendra sans doute toujours notre préférence, Belenos a ensuite fixé son style, plus furieux peut-être bien que sabré d'éclairs mélodiques et enraciné dans un humus païen.

Borknagar | True North (2019)



















Si son titre et le visuel qui l'habille, très beau au demeurant, ne respirent pas l'originalité, au moins permettent-ils de planter le décor de "True North", celui d'un black metal alimenté aux eaux glaciales de fjords majestueux.

Wardruna | Skald (2018)



















Après avoir achevé, avec "Ragnarok", sa trilogie basée sur les runes du vieux Futhark entamée il y a dix ans avec "Gap Var Ginnunga", Wardruna revient avec une quatrième offrande baptisée "Skald". En quelques années, le projet s'est fait un nom qui a su franchir les frontières du black metal auquel son créateur, Kvitrafn (Einar Selvik), demeure associé, ancien batteur de Gorgoroth et frère d'armes de Ivar Bjornson (Enslaved) avec lequel il dirige le label By Norse Music et a gravé les albums "Skuggsjá" puis "Hugsjá". L'engouement pour les cultures anciennes et le succès de la série "Vikings" à laquelle le Norvégien a participé à l'élaboration de la bande originale expliquent l'exposition grandissante d'un projet que sa nature rituelle ne lui promettait pourtant pas vraiment au départ.

Aeternus | Heathen (2018)



















Un titre, "Heathen", déjà utilisé par une multitude de Vikings et une pochette - plutôt belle au demeurant - où se découpe dans l'obscurité Ares, son fondateur et dernier membre historique, dont le torse nu porte un marteau de Thor, n'augurent pas d'un (éternel) retour particulièrement inspiré pour ce vétéran de la scène extrême norvégienne.

KröniK | Windir - Valfar, Ein Windir (2004)


Le groupe est toujours resté fidèle à ce black à la fois furieux, grandiose et mélodique, mais qui sait aussi ouvrir de longues plages atmosphériques.

Afin de clore l’histoire de Windir, suite au décès de son leader Valfar, mort d’hypothermie en 2004, le label Tabu Records publie aujourd’hui en guise d’hommage cet album hybride, lequel, rempli jusqu’à la gueule, propose sur deux disques plus de vingtaine de titres. L’intérêt pour les fans réside dans le premier volet, qui comprend en premier lieu quatre chansons inédites de haute volée, dont “ Stridsmann ”, l’ultime création de Valfar et l’entêtant “ Dans Pa Stemmehaugen ”, extrait de la première démo et dépoussiérée en 2004. Suivent cinq reprises du répertoire de Windir par d’autres groupes (Enslaved, Finntroll…).

Enfin, ce segment s’achève par deux titres live, capturés à Trondheim en 2003, dont le monumental “ Blodssvik ”, qui gagne encore en puissance sur scène. Le second disque est un best of et s’adresse donc essentiellement aux néophytes qui n’ont découvert Windir que récemment. Se succédant de manière chronologique, les douze titres retenus illustrent ainsi l’évolution du viking metal forgé par le groupe depuis Sognariket (1994) jusqu’à Likferd (2003). Drapés dans une production dépouillée et cradingue, conférant aux guitares ce son grésillant propre au black norvégien, les premiers morceaux possèdent beaucoup de charme et regorgent déjà d’idées, à l’image de l’épique “ Krigaren Si Gravferd ”. Le groupe est toujours resté fidèle à ce black à la fois furieux, grandiose et mélodique, mais qui sait aussi ouvrir de longues plages atmosphériques ; le tout guidé par des riffs envoûtants et des chœurs majestueux. Les meilleures chansons sont probablement tirées de Arntor (“ Arntor, Ein Windir ”) et de Likferd (“ Fagning ”). Les membres de Windir poursuivent aujourd’hui l’aventure avec une autre formation, Vreid, qui mise davantage sur l’efficacité que sur les ambiances, ce qui est bien dommage, mais qui leur permet de prendre leur distance par rapport à un passé douloureux. (2006)


KröniK | Windir - Likferd (2003)


Les qualités de cet album laissaient augurer encore de grandes choses de la part de Windir, mais le destin en a décidé autrement.

Du temps de son vivant, Windir n’était adulé que par une poignée de fans. Depuis la mort prématuré de son chanteur et leader, Valfar, le groupe jouit d’une sorte de culte et passe pour avoir été un des ténors de la scène viking norvégienne. On peut gloser longtemps sur l’importance des drames dans la reconnaissance d’un artiste, mais il faut bien admettre qu’il s’agissait effectivement d’un groupe prometteur, à défaut d’être réellement novateur, comme le démontre son quatrième et dernier album, Likeferd.

Sans avoir l’ampleur de celle d’Enslaved, ni son exceptionnelle réussite, la musique façonnée par Windir reste fidèle au canons du genre, mêlant avec brio la brutalité la plus échevelée (le furieux “ Resurrection Of The Wild ”) et la mélodie, sans négliger non plus les atmosphères. Le génial “ Blodssvik ” peut résumer à lui tout seul l’art de Valfar et de sa bande pour pondre des hymnes vikings grandioses et épiques qui sentent bon le drakkar, l’hydromel et les fjords éternels. Le morceau alterne parties déchaînées avec une batterie qui va à 200 à l’heure et passages atmosphériques planants, avant de s’achever sur des chœurs majestueux qui semblent tout droit sortis d’Hammerheart de Bathory (le référence ultime dans le genre). Chaque instrument a un rôle bien défini : les claviers plantent le décor, tandis que les guitares conduisent les chansons en tissant des mélodies entêtantes, à l’instar du monumental “ Fagning ”, véritable morceau de bravoure de ce Likferd qui pourtant n’en manque pas (“ Martyrium ”, “ Despot ”). Les qualités de cet album laissaient augurer encore de grandes choses de la part de Windir ; mais le destin en a décidé autrement. (06/04/06)


KröniK | Primordial - Exile AmongstThe Ruins (2018)


Primordial est un groupe dont l'identité, rude et minérale, se révèle aussi personnelle qu'indélébile, et repose à la fois sur le chant empreint d'une expressivité tragique de Alan Nemtheanga, le jeu de guitares de la paire Ciáran MacUiliam / Micheál O'Floinn, qui taille dans les falaises battues par les vents des lignes obsédantes et les rouleaux de batterie de Simon O'Laoghaire qu'appuie la basse épaisse de Pól MacAmlaigh. La difficulté pour les Irlandais réside désormais dans la façon de faire évoluer cette identité sans la dénaturer en évitant par conséquent de se répéter. Après le quintessentiel "To The Nameless Dead" (2007), "Redemption At The Puritan's Hand" (2011) puis "Where Greater Men Have Fallen" (2014) ont entamé cette délicate entreprise, éloignant toujours un peu plus leurs auteurs du black metal dont ils n'ont d'ailleurs jamais réellement respecté les invariants. Mais cette évolution ne rime pas pour autant avec polissage, bien au contraire.

Et c'est un art toujours aussi douloureux, marqué dans sa chair, qui dresse ses puissants remparts, chargés d'une histoire au goût de sang et de larmes. Cénotaphe aux couleurs âpres, "Exile Amongst The Ruins" poursuit ce travail à l'œuvre depuis sept ans, opus à la fois différent de ses récents aînés et néanmoins profondément enraciné dans cette terre reconnaissable entre mille. Pourtant, même si son décor est connu, ce neuvième effort n'est pas le plus aisé à dompter. Car à l'exception du lent 'To Hell Or The Hangman' qui rejoint ces hymnes grandioses dont le groupe a le secret, digne héritier en cela des 'To Empire Falls' et autre 'Tragedy's Birth', pulsation meurtrie et obsédante tout ensemble avec ses lignes de guitares belles comme un chat qui dort, le reste du menu chasse à travers un sol mouvant et marécageux. A commencer par le curieux 'Stolen Years', premier extrait à avoir atteint nos oreilles qui étonne par le climat (faussement) apaisé qu'il prodigue et dont on attend un réveil qui ne se produira pas. En réalité, la tension, le drame, couvent sous la surface de cette plainte minée par les regrets, à l'image de tous les titres qu'une langueur funèbre cloue au sol. De fait, si 'Sunken Lungs’ part au galop, ce qui n'empêche pas les Irlandais de tricoter en son centre des instants comme suspendus au-dessus d'un gouffre hypnotique, si 'Nail Their Tongues' se voit traversé par des accélérations fulgurantes que noircissent un chant très black et des six-cordes grésillantes, "Exile Amongst The Ruins" privilégie les mid-tempos sévères et engourdis qui, loin d'en altérer la force charbonneuse, font brûler dans ses entrailles un feu intense et crépusculaire. Il faut donc creuser jusqu'à l'os, dans les arcanes de leur intimité, pour goûter le suc de ces longues pièces qui, telles 'Where Lie The Gods' ou 'Last Call', ne livrent pas immédiatement leurs trésors. Pour sa part, 'Upon The Spiritual Deathbed' rénove le canevas épique cher au groupe en misant lui aussi sur une tension rentrée et un final majestueux des plus mélodiques. De fait, en serrant plus que jamais le frein à main, Primordial s'enfonce dans les rivages d'une musique pétrifiée où les atmosphères désespérées se drapent dans le suaire d'un doom granitique, témoin le morceau éponyme qui pleure tout du long une douleur venue du fond des âges, celle d'un peuple fier portant les stigmates d'une histoire ensanglantée. Avec "Exile Amongst The Ruins", les Irlandais continuent de travailler leur art, épique et tragique, qu'ils renouvellent avec intelligence, sans l'affadir, la douleur chevillée au corps. (03/02/2018)


KröniK | Nydvind - Seas Of Oblivion (2018)


Nydvind est un paradoxe. Alors qu'il aurait pu être oublié, du fait d'une discographie réduite (jusqu'à aujourd'hui) à deux uniques offrandes depuis 2003, l'engouement autour du groupe n'a jamais été entamé, devenant au contraire au fil du temps une référence en matière de black metal épique et païen, réputation que "Eternal Winter Domain" puis "Sworn To The Elders" ont autant forgé que de nombreux et mémorables concerts qui le voient à chaque fois souffler le vent du Grand Nord avec puissance et décontraction. Empoisonnés par des problèmes de labels qui ont mis la clé sous la porte (Sacral Productions) ou sont en passe de le faire (Trollzorn),  les Français n'ont donc pas pu mener la carrière qu'ils auraient souhaitée.



Gageons que la signature avec Malpemesita, qui héberge aussi depuis peu Azziard, l'autre formation du guitariste Nesh, devrait leur fournir le soutien qui leur a toujours manqué et les débarrasser de ces tracas contractuels. Sans compter le (petit) split partagé avec Bornholm, huit ans se sont donc écoulés depuis la sortie du deuxième album, (trop) longue période de diète que Nydvind a pu mettre à profit pour amasser une quantité de matériel suffisante pour élaborer non pas un seul opus mais une véritable saga baptisée "Tetramental" et dont "Seas Of Oblivion" sera le premier volet. Mais cette troisième épopée n'est pas que cela. Si elle s'inscrit dans le sillage de ses prédécesseurs (nous y reviendrons), l'œuvre ouvre avant toute chose une nouvelle ère pour ses créateurs, comme semble le laisser penser la décision de Richard "Hingard" Loudin de quitter un Monolithe dont il occupait pourtant le poste de chanteur depuis quinze ans, comme s'il souhaitait désormais se concentrer sur ce projet qui reste sans doute celui qui lui tient le plus à cœur. Nouvelle ère donc et nouveau chapitre pour un drakkar qui voit ses voiles gonflées par un souffle plus épique encore, offrant un album aux allures de périple mythologique, long de plus d'une heure. Cette ambition se double d'une exigence accrue qui commande au trio un ensemble conceptuel basé sur une tempétueuse aventure maritime. A son écoute, nous pouvons ainsi, bercés par la houle, sentir la morsure du vent dans la peau, percevoir l'odeur des embruns. Le chant des mouettes, le bruit du ressac et l'effort de ces hommes de la mer lorsqu'ils rament en cadence posent le cadre nautique d'un récit guerrier au goût de fer et de sang, au service duquel des pièces fleuves ont été imaginées. Si le black metal nordique qu'il aime sculpter dans une roche froide et abrupte a toujours été propice à l'érection de tertres grandioses, le groupe va cette fois-ci plus loin encore dans l'expression démesurée d'un art héroïque, même si 'Skywrath' et 'The Dewellers Of The Deep' affichent une durée  plus resserrée, qui fait d'ailleurs d'eux les titres les plus agressifs du lot. Sur le socle minéral édifié par "Eternal Winter Domain" et "Sworn To The Elders", "Seas Of Oblivion" hisse un pagan metal d'une dimension inédite, à la fois plus ample et évocateur, ce qui ne l'exonère pas d'une dureté abrasive qui enrobe ce menu épique duquel jaillit un blizzard qui emporte tout dans son sillage. Digne héritier des 'The Godless', 'Riding Majestic Crests' et autres 'The Call Of Mother Earth', 'Sailing Towards The Unknown' dévoile un Nydvind plus grandiose que jamais, majestueux et furieux tout ensemble, évoquant autant Kampfar que Immortal, témoin le break démentiel qui le cisaille, ouvrant la porte à une partie échevelée. 'Till The Moon Drown', 'Sea Of Thalardh' et 'Through Primeval Waters' allient avec une réussite et un souffle identiques atmosphères enivrantes et emphase féroce. Clôturant ce voyage titanesque, 'Unveilling A New Earth' voit nos Vikings atteindre le Valhalla, pièce s'étalant sur près de treize minutes où l'émotion affronte une rudesse nerveuse et minérale. Le chant tour à tour valeureux ou rageur de Richard et les guitares granitiques et affûtées de Nesh creusent un fjord au bout duquel le périple pourra s'achever enfin, atteignant la terre promise. Sans altérer sa fureur glaciale, Nydvind forge avec "Seas Of Oblivion" un album à la fois plus posé et ambitieux où les reliefs rocailleux forment les contours épiques d'un récit majestueux. (28/01/2018)


Soon | Nydvind - Seas Of Oblivion


"Seas Of Oblivion", le nouvel opus de Nydvind (Nordic black metal), verra la nuit le 18 janvier 2018  chez Malpermesita Records. 

KröniK | Vintersorg - Till Fjalls II (2017)


Offrir une suite à un album devenu au fil du temps une pierre angulaire de sa discographie n'est jamais chose aisée. Grand est alors le risque de décevoir et plus encore lorsqu'une vingtaine d'années séparent les deux segments, comme c'est le cas de "Till Fjälls" que Vintersorg a décidé aujourd'hui de compléter par un second chapitre. Si, eu égard à la constante exigence qui caractérise le Suédois, la qualité ne peut qu'être au rendez-vous, force est reconnaître que cette décision n'était pourtant pas pour nous rassurer totalement car ce genre d'entreprise cache souvent une panne d'inspiration sinon la volonté de capitaliser à moindre frais sur un succès qu'il est tentant de chercher à reproduire.
Le fait que la musique du groupe a considérablement évolué depuis ses débuts, se montrant de plus en plus alambiquée, ne facilitait qui plus est pas ce retour aux sources. Gravé en 1998, "Till Fjälls" évoque toujours beaucoup de souvenirs chez tous ceux qui ont vécu l'explosion commerciale du metal extrême dans la seconde moitié des années 90. Bref, nous craignions que vouloir capter à nouveau cette atmosphère très particulière où l'insouciance se mêlait à une forme de majesté mythologique se solde par un échec artistique même relatif. C'était sans compter sur l'inoxydable talent de Vintersorg, l'homme, qui n'a pas pour habitude de se compromettre dans des projets d'une valeur douteuse. S'il ne renoue pas tout fait avec la simplicité qui l'animait lors de ce premier rot, ce dont témoignent autant la durée pantagruélique de l'épopée, longue de 75 minutes réparties sur deux CD, que son ampleur sonore et instrumentale loin des balbutiements techniques d'autrefois qui participaient néanmoins de ce charme artisanal mais pas bricolé, le groupe réussit pourtant à se rapprocher du style qui était le sien il y a vingt ans, plus dépouillé et abrasif bien que toujours très mélodique et puisant son inspiration dans un humus folklorique ténébreux. A la fois foisonnant et limpide, direct et solennel, "Till Fjälls, Del II" mérite cependant nombre d'écoutes pour en goûter toute la richesse qui jaillit peu à peu en une coulée flamboyante qui emporte tout sur son passage. Mettant de côté ses velléités progressives, Andreas Hedlund met l'accent sur les atours les plus tranchants de son art même s'il alterne toujours avec brio les growls furieux et les geysers lumineux que sa voix claire enivrante, qui procure toujours de délicieux frissons, perce dans la roche de ces fjords gigantesques qui se dressent avec puissance dans une nuit glaciale et enflammée. Colorés de pigments acoustiques ('Obygdens Pionjär' dont les arpèges sont beaux comme un chat qui dort) et envoûtés par des chœurs vikings ('Lavin), ces titres cavalent à travers des reliefs grandioses aussi abrupts qu'épiques. Certains sont même les plus black que les Suédois aient enfantés depuis longtemps, à l'image de 'Fjällets Mäktiga Mur', qui gronde d'une force volcanique. Mais, vibrant d'une ambivalence rageuse, tous reposent sur l'équilibre entre traits granitiques et ambiances galvanisantes, entre ténèbres et clarté. Creusées par les sillons solaires de guitares entêtantes, ces compos brillent de mille feux, torrents charriant des mélodies majestueuses qui tissent dans l'imaginaire de fascinantes images gelées par le souffle du Grand Nord. Trop longue peut-être, il n'en demeure pas moins que cette suite se hisse à la hauteur de son aînée grâce aux nombreux hymnes ('Jökelväktaren', 'En Väldig Isvidds Karga Dräkt'...) qui parsèment son riche menu, faisant d'elle une des meilleures offrandes de Vintersorg, le groupe aussi bien que l'homme, même si "Cosmic Genesis" restera à jamais le Valhalla de sa carrière. D'une emphase épique, "Till Fjälls, Del II" allie à la fois la simplicité de son devancier et la puissance technique des derniers albums. 3.5/5 (02/07/2017) | Facebock






KröniK | Ereb Altor - Ulfven (2017)


Ereb Altor est un groupe dont nous nous étions un peu éloignés ces dernières années, la faute à un virage franchement black metal entamé à partir de "Gastrike", aboutissant à un art moins envoûtant et épique et tout simplement plus basique que le doom majestueux grâce auquel le drakkar a pris la mer, ramenant comme trésor de guerre les "By Honour" et "The End" de grandiose mémoire. C’était toujours très bien fait - avec des membres d’Isole à son bord, comment pouvait-il en être autrement ? - mais la magie des débuts semblait s’être pourtant envolée de ce fruit de l’accouplement entre le Bathory le plus atmosphérique (celui de l’inégalable diptyque "Hammerheart" / "Twilight Of The Gods") et le doom épique, érodé par des vents noirs plus abrupts que galvanisants.
D'ailleurs, même l'hommage fait à l'œuvre de Quorton, "Blot – Ilt – Taut", en a alors déçu plus d’un.S’il serait exagéré de prétendre que les Suédois ne nous intéressaient plus guère, reconnaissons que nous n’attendions rien de particulier de "Ulfven". De fait, quelle ne fut pas notre (excellente) surprise en posant une oreille tout d’abord distraite sur cette sixième épopée ! En sept minutes sur lesquelles s’étire ‘En Synd Svart Som Sot’, qui lance l’écoute après un prélude aux accents traditionnels (‘Völuspa’), la tiédeur de "Fire Meet Ice" et "Nattram" se trouve immédiatement balayée par le souffle du grand nord, rappelant à notre bon souvenir le Ereb Altor le plus mythologique. Le plus beau surtout, capable de faire jaillir des émotions à fleur de peau, à la manière de la bande-son composée par Daniel Nascimbene pour "Les Vikings" de Richard Fleischer, mariage entre le feu et la glace. Sorcier donnant vie à un monde sombre et héroïque trempé dans le sang et le fer, le groupe enfante là une de ses pièces les plus gigantesques, promue à entrer dans la légende grâce à ses mélodies enivrantes évoquant les forêts boréales et les fjords éternels. En puisant dans le terreau scandinave, les Suédois renouent avec une inspiration non seulement épique mais surtout fascinante. Ce menu tumultueux est jalonné de montagnes démesurées telles que ‘Ulfven’, ‘Bloodline’ ou ‘Av Blod Är Jag Kommen’ qui se dressent dans toute leur impériale et atmosphérique beauté et vers lesquelles tend forcément notre préférence. Si le pur black metal en vigueur sur les derniers albums n’a pas pour autant été remisé dans un hangar, s'accrochant au pied de ces reliefs empreints de majesté sous la forme de quelques (rares) saillies furieuses et agressives (‘The Rite Of Kraka’), ces traits tranchants se réduisent généralement à de fugaces oripeaux, comme sur ‘Wolfcurse’ et ‘Gleipnir’ dont il faut attendre la dernière partie pour voir un chant brutal éructer soudainement. Conquérant, Ereb Altor livre avec "Ulfven" une de ses meilleures offrandes car synthèse parfaite entre doom épique et black viking. 4/5 (24/07/2017) | Facebock






KröniK | Helheim - landawarijaR (2017)


S'ils s'étaient fait désirer, laissant filer quatre années entre un "Heiðindómr ok mótgangr" qui avait su remettre leur drakkar à la mer et un "raunijaR" maladroit quoique non dénué de cet éclat nordique si particulier, nous sommes surpris de voir les Norvégiens de retour avec - déjà - un neuvième album, que seules deux petites années séparent de son devancier.
Le fait qu'il ait été, comme ce dernier, capturé au sein des Conclave et Earshot studios, durant une période très proche (entre 2014 et 2016), pourrait laisser penser que "landawarijaR" s'engouffre dans un fjord identique, à la fois toujours aussi abrasif et tranchant tout en sonnant plus atmosphérique sinon évolutif qu'à l'époque, désormais lointaine, où les Vikings se lançaient à l'aventure dans le sillage d'un Enslaved dont on a toujours l'impression qu'ils essayent d'imiter le parcours, le souffle psychédélique et tout simplement le génie en moins, ce que la timide incorporation de voix claires et de kystes quasi progressifs ont pu confirmer. Reprenant en effet les choses là où les a laissées "raunijaR", ce nouvel opus possède toutefois plus de réussite, plus de charme également. D'une lancinance majestueuse, il atteint ainsi le Valhalla à maintes reprises, entre ce 'Rista blóðørn' que recouvre l'ombre du groupe d'Ivar Bjornsson, pour cette façon dont la guitare s'élève très haut pour tutoyer les cieux et la pièce éponyme longue de presque dix minutes au compteur, nimbée de chœurs galvanisants et elle aussi théâtre de parties de six-cordes belles à pleurer, entre un 'Ouroboros' que lancent des rouleaux de batterie envoûtants qui se fracassent contre une falaise que dresse un riffing glacial et un  'Enda-dagr' que secouent de multiples forces souterraines, à la fois sinueux et franchement progressif dans ses aplats duveteux. Fidèle à ces lignes abruptes et grésillantes et une prise de son minérale dont il ne se départira sans doute jamais, Helheim démontre encore une fois, à sa mesure, certes modeste, qu'il n'est pas du genre à se répéter, à stagner. Ce faisant, il continue de polir son art, d'expérimenter, quitte à décevoir quelques ayatollahs nostalgiques d'un passé révolu et (plus) brutal. Pourtant, le groupe, toujours emmené par le même triumvirat historique, complété depuis 2008 par le guitariste Reichborn, puise justement son identité - et sa valeur - dans cette faculté à faire évoluer son black pagan dont les atours rocailleux et épiques s'ouvrent sur des horizons de plus en plus entêtants à défaut d'être plongés dans une obscurité éternelle. Quelques longueurs (sur 'Baklengs inn i Intet') et facilités (l'ouverture de 'Synir') ne grèvent pas ce "landawarijaR" aux allures de tertre granitique, plus massif et puissamment inspiré  que son prédécesseur, "raunijaR'. 3/5 (2017) | Facebook






LR | Belenos + Nydvind + Les Chants De Nihil + Griffon (Paris - 10/09/2016)


















Prévu initialement le 11 juin mais reporté à cause de l'Euro de foot, le concert réunissant Belenos, Nydvind, Les Chants de Nihil et Griffon, s'est enfin tenu trois mois plus tard, dans les entrailles du O'Sullivans By The Mill, salle jouxtant le Moulin Rouge.

Soon | Graveland - 1050 Years Of Pagan Cult


Date | 05/11/2016
Label | Heritage Recordings
Genre | Epic Pagan Black Metal

Soon | Winterfylleth - The Dark Hereafter


Date | 30/09/2016
Label | Candlelight Records
Genre | Epic Pagan Black


                                     

Helheim | rauniJaR (2015)

On aurait pu croire le vieux drakkar norvégien relancé après un "Heiðindómr ok mótgangr" de bonne mémoire qui nous avait alors rassuré, répondant de la plus puissante des manières à tous ceux qui doutaient de le voir un jour (enfin) renouer avec l'inspiration et la vigueur de ses vertes années. Or il aura encore fallu attendre quatre ans pour voir Helheim reprendre la mer, preuve que la carrière du groupe demeure toujours aussi morcelée, confirmant son éternel statut de Poulidor du Black viking. Peu importe en fait, tant que les albums sont bons. Mais est-ce le cas de "rauniJaR" ? Entre 'Helheim 9', amorce malheureuse qui montre nos guerriers essayer de braconner sur les terres chamaniques de Wardruna, l'âme et la vibrante beauté en moins, des épopées aux allures de marathons épiques mous de la hache et une pochette peu engageante, le résultat risque d'en décevoir plus d'un, à commencer par ceux qui espéraient y (re)trouver une forme d'agressivité minérale, finalement guère présente que sur le titre éponyme qui ne se révèle pourtant pas le meilleur du lot, loin s'en faut. Le reste, soit trois morceaux remplissant à eux seuls les trois quart du menu, privilégie donc les mid-tempos au service d'ambiances envoûtantes. D'abord déroutant, "rauniJaR" puise néanmoins dans cet humus atmosphérique une sève mythologique évocatrice de ce peuple fier et redoutable qui sillonnait les mers, plongeant dans l'effroi ceux qui avaient le malheur de croiser sa route. De fait, loin d'en bâillonner la force granitique et sévère, cette architecture d'une lenteur épique propulse l'art des Norvégiens vers le Valhalla, plus encore même  que certains de ses hauts faits d'armes passés. Un souffle immense parcourt ces complaintes qui tutoient toutes les dix minutes au garrot, lesquelles donnent envie de cavaler à travers des paysages rocailleux drapés d'un manteau neigeux, une corne d'hydromel dans une main, un marteau de Thor autour du cou. Si le chant clair n'est pas toujours très juste, l'éclat majestueux dont brille cette œuvre ambitieuse n'en souffre absolument pas. Nous aurions pu craindre par ailleurs que les Vikings ne s'égarent, pris au piège de longueurs qui semblaient inévitables. Il n'en est pourtant rien, "rauniJaR" n'ennuie jamais, irrigué par des mélodies galvanisantes que sculptent dans la roche glaciale des guitares au goût de fer, cependant que la batterie libère des rouleaux qui s'abattent contre une falaise monumentale. Notes acoustiques et lignes de violon osseuses (sur 'Odr') complètent une artillerie qui fait la part belle aux atmosphères entêtantes, à l'image du diptyque 'Asgards Fall III et IV', lequel creuse de vastes fjords nimbés d'une brume éthérée qui peu à peu s'élève. Certes tous ne s'y retrouveront pas mais il n'en demeure pas moins que ce huitième album, quoiqu'imparfait, brille d'une austère beauté, réussissant mieux que d'autres sans doute, à capter l'essence de cet héritage nordique. (2015)


Kampfar | Profan (2015)


Né en 1994 des cendres de Mock, Kampfar fait partie des pionniers, norvégiens mais pas que, du pagan black metal, offrant au genre deux œuvres matricielles, "Mellom Skogkledde Aaser" en 1997 suivi deux ans plus tard de "Fra Underverdenen". A cause de divers problèmes contractuels avec les labels qui ont successivement publié ses offrandes, le groupe, qui se confond avec Dolk, son chanteur et ancien batteur, disparaît des écrans-radar à l'aube du nouveau millénaire, silence qui ne fera que renforcer l'aura culte qui l'entoure désormais, alors même que sa réputation demeure confidentielle. Il faut attendre 2006 et la sortie du troisième album, "Kvass", pour que le drakkar reprenne la mer. Peut-être en attendions-nous trop mais cet opus, de même que les suivants, ont quelque peu déçu, quand même ils dépassaient tranquillement de la tête et des épaules nombres de productions estampillées "pagan". Est-ce le fait d'être maintenant hébergés chez Indie Recordings (pour combien de temps ?) mais les Norvégiens semblent désormais plus inspirés que jamais. Preuve en est avec ce "Profan" qui ne fait pas que surgir très vite de la brume après "Djevelmakt", son aîné d'un an seulement, s'imposant surtout comme le Valhalla fantasmé depuis dix ans. Pourtant fidèle à un art dont il ne se départira sans doute jamais, à la fois minéral et glacial, d'une majesté râblée, Kampfar galvanise cette fois-ci les sens avec des compositions où règnent les atmosphères d'une sombre beauté. Serrant le frein à main, les Vikings privilégient les tempos entêtants évocateurs de fjords millénaires, sans pour autant s'interdire de furieux assauts, bien au contraire. A ce titre, 'Daimon' se pose d'emblée comme un des joyaux de leur répertoire, épopée dont les lignes obsédantes s'accouplent avec de brusques accélérations. Bien que plus rapides, 'Skavank', 'Profanum' ou encore 'Tornekratt' sont fait du même bois. Le groupe sait toujours briser le canevas véloce qu'il forge en le perçant de meurtrières qu'incarnent riffs grésillants et tempos lancinants ('Pole In The Ground'). Court, l'album bouillonne d'une violence tendue, noire et souterraine, brûlant à la surface d'une mer gelée. Par moment, celle-ci explose franchement, témoins 'Gloria Ablaze' et 'Icons',  illustrant alors que Kampfar n'a rien perdu avec les années de sa sève abrupte et de ses traits tranchants, creusés dans la roche froide. Juste milieu entre puissance ravageuse et ambiances majestueusement crépusculaires, "Profan" fait honneur à la réputation du groupe dont il se révèle être un des meilleurs albums. Tout simplement... (2015)


                                     

Falkenbach | Tiurida (2011)


On croyait Vratyas Vakyas abîmé au fond d’un fjord car, si sur le papier, Falkenbach n’aura été absent « que » depuis 2005 et Heralding – The Fireblade, en réalité, il faut remonter encore deux ans auparavant pour trouver son dernier véritable album inédit, le successeur de Ok Nefna Tysvar Tyr n’étant en fait que le réenregistrement d’une première œuvre avortée en 1995. Sept ans d’absence donc. C’est beaucoup… trop. Et à l’écoute de Tiurida, on ne peut s’empêcher de penser, malgré la plutôt bonne tenue de l’ensemble, que le drakkar paraît un peu rouillé aujourd’hui. Pourtant, Vakyas peut compter sur son statut de précurseur, lui qui s’est lancé à la conquête des Fjords séculaires bien avant tout le monde, à une époque où porter un marteau de Thor autour du coup n’était pas encore à la mode, pour en vendre quelques exemplaires. Mais la jeune génération qui découvrira certainement Falkenbach avec ce nouvel opus risque d’être déçue par son manque de puissance et de niaque, hormis le temps du plus noir « Time Between Dog And Wolf » et de « In Flames », qui traverse de vastes contrées épiques où, pour notre plus grand plaisir l’unique membre du groupe ressort sa voix Black du placard à l’intérieur duquel il l’avait plus ou moins enfermée à partir de Ok Nefna Tysvar Tyr, dont Tiurida poursuit l’évolution vers un metal noir païen de plus en plus atmosphérique (si l'on est de bonne humeur) ou gentillet (si on n’est pas content). L’instrumental folklorique « Tanfana » en apporte la preuve. Ceci dit, Falkenbach, grâce notamment au chant clair inspiré du maître des lieux, réussit toujours à faire souffler plus de majesté que bien des Vikings du dimanche affublés d’une peau de bête. Bien que paresseux, « Runes Shall You Know » et « Sunnavend » renouent avec la beauté tranquille du Bathory époque Nordland et dans une moindre mesure celle de Twilight Of The Gods. Tiurida est un bon disque de Falkenbach, toutefois, vierge de passion et d'émotion, il est permis de douter qu’il trouve vraiment sa place, ceux qui ne connaissent pas le groupe le jugeront mou du glaive et les autres, les fans de la première heure, qu’il n’apporte pas grand chose de neuf par rapport à ses prédécesseurs dont certains, les premiers surtout, se paraient d’une aura underground qui s’est depuis longtemps dissoute au fond de l’eau islandaise. (2011)