AU PIF

Affichage des articles dont le libellé est Karisma Records. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Karisma Records. Afficher tous les articles

KröniK | Tiebreaker - Death Tunes (2016)


Gravé en 2014 mais ne bénéficiant d'une large distribution que de nombreux mois plus tard, "We Came From The Mountains" fut une des plus jouissives découvertes de l'année 2015 en matière de rock antédiluvien.
L'origine géographique de ses auteurs, la Norvège, terre moins réputée que d'autres pour ce genre de trip nostalgique, ainsi que ses racines franchement bluesy, n'étaient pas étrangères à cette réussite inattendue nimbée d'une fraîcheur bienvenue. Mais cette mode rétro étant de plus en plus menacée de saturation, même si elle demeure une source - pour le moment encore - intarissable de riffs chauds comme la braise et d'atmosphères humides trempées d'un feeling moelleux, on se demandait si Tiebreaker en avait assez sous le capot pour transformer l'essai. "Death Tunes" en fournit la réponse, directe et sans fioriture. Soutenu par Bjarte Lund Rolland, guitariste de Kvelertak qui a produit cette deuxième rondelle, le groupe n'a pas cherché à se casser la tête, bien décidé à ne se départir ni de cette croûte sonore aussi authentique que rocailleuse ni de sa signature plus intemporelle qu'anachronique, laquelle doit beaucoup de son charme et de sa puissance au chant de Thomas Espeland Karlsen, clé de voûte éraillée de cette architecture aux structures dépouillées. Ce qui n'empêche pas nos jeunes bâtisseurs de s'aventurer parfois sur un terrain plus psychédélique voire carrément épique avec 'Heavy Lifting', pièce terminale flirtant avec les dix minutes au compteur, qui décolle très haut dans sa dernière partie grâce à l'union divine de cette guitare aérienne et de ces lignes vocales habitées. Cette science de la mélodie qui fait mouche, intacte, les Norvégiens se fendent à nouveau d'une brochette d'hymnes d'une chaleureuse efficacité, malgré la froideur qui perle leurs traits épurés. De fait comment résister à tous ces brûlots qui jonchent une écoute qui jamais ne débande. Entre un  'Anywhere But Here' dont les accords résonnent d'une manière entêtante, ce mid-tempo presque lascif qu'est 'Building Up To Die' qui dégorge une semence bluesy avec largesse, un 'Hel' rapide comme un bolide qui fonce sur les chapeaux de roues en une amorce accrocheuse qui emporte tout sur son passage, sans oublier 'The Deep' qui crapahute à travers les montagnes, guidé par ce chant à la Coverdale capable d'émoustiller les filles, "Death Tunes" touche au but, grâce à ce savant dosage de simplicité et d'émotions. Le rock que taille le groupe dans la pierre a du cœur et une âme, comme l'illustrent les titres les plus ambiancés, tel que ce 'Float Away' dont les teintes duveteuses et le désespoir sont néanmoins soulignés par ce sens du riffing à l'ancienne, très blackmorien. Ce tour du propriétaire ne serait ni complet ni juste sans mentionner la force rythmique que Tiebreaker déploie, de 'Cannoball' à 'Killer', socle granitique que sillonnent ces guitares hiératiques. Avec ce deuxième opus, les Norvégiens ne déçoivent pas, affirmant encore davantage leur identité à la fois abrupte et généreuse. (2016) | Facebook






Soon | Tiebreaker - Death Tunes


Date | 21/10/2016
Label | Karisma Records
Genre | Stoner / Hard rock


Tiebreaker | We Come From The Mountains (2015)


Biberonné au hard rock des années 70 (le meilleur ?), on aurait imaginé que Tiebreaker soit originaire de Suède, pays devenu en quelques années l'épicentre de ce revival vintage à la mode avec son graisseux, pattes d'éph' et vestes en poil de yéti. En fait, il a vu le jour quelque part chez le voisin norvégien, qui lui est en revanche peu réputé pour ce style rétro.  Cela pourrait ne faire aucune différence, pourtant cette jeune pousse ne sonne pas (tout à fait) comme les Horisont, Witchcraft et autres musiciens dont le compteur est resté bloqué il y a quarante ans et dont on aurait pu croire qu'il en serait une resucée supplémentaire. Certes ancré dans cette époque aussi foisonnante que fantasmée, ce quintet a tout simplement d'autres références, même si son rock sent bon le bitume chaud, les vans Volkswagen à fleurs et les juteuses décharges électriques. Il suffit de jeter une oreille (mais avec les deux, c'est mieux) sur "We Come From The Mountains", sa carte de visite, pour constater l'écart qui existe entre lui et ses frères suédois. Aucune traînée de doom dans ce premier album ni même vraiment du metal, mais du vieux bon rock des familles tout court qui dégueule par tous les pores un feeling bluesy de chansons généreuses et ramassées. On pense parfois à l'éternel Led Zep ('Trembling Son') et d'une manière générale à la fin des sixties et au début de la décennie suivante, quand le hard n'était pas encore un genre bien défini. Bien que par moments assez musclés, comme en témoignent l'énervé 'The Getaway', d'ailleurs le point d'orgue de l'écoute avec sa mélodie immédiatement accrocheuse, les traits qu'affiche Tiebreaker se veulent donc le plus souvent assez soyeux bien que toujours dynamiques. Cette poignée de titres aussi racés que jouissifs, évoquent tour à tour de vastes chevauchées à travers des étendues désertiques ('Early Morning Love Affair'), l'ambiance enfumée de rades poussiéreux ('Where Can Love Go Wrong', auréolé de teintes sudistes), le tout emballé avec une énergie tranquille. Sans prétention, le groupe brille de mille feux lorsqu'il se pose encore davantage, laissant l'émotion exsuder le long d'une peau tannée par le soleil. Ainsi, c'est ce 'Walk Away' qui du haut de ses plus de six minutes au jus, possède la dimension d'une ballade grandiose, c'est aussi ce 'Homebound' qui se déploie en deux parties dont la seconde met parfaitement en valeur l'organe chaleureux du chanteur Thomas Espeland Karlsen. A ses côtés, ses quatre compères moulinent une partition simple et efficace, brute et groovy à la fois. Publié à l'origine en 2014 en auto-production, "We Come From The Mountains"  a droit à une seconde chance, réédité et habillé pour l'occasion d'une nouvelle pochette sexy et très réussie, patchwork d'images aux couleurs psyché, par le label Karisma qui a eu le nez creux car il eût été dommage de passer à côté de ce galop d'essai savoureux et inspiré, œuvre d'un groupe qui impressionne déjà par sa classe et une effrontée maîtrise. (2015)


KröniK | Bourbon Flame - S/T (2007)


Une petite larme perle à votre œil quand on évoque le hard US des eighties. Vous fantasmiez grave sur la moue boudeuse de Brett Michaels de Poison. Vous estimez (à raison d’ailleurs) que W.A.S.P. est mort avec son héros de The Crimson Idol. Alors cette première saillie de Bourbon Flame vous est clairement destinée. Bourbon Flame, késako ? La résurrection de Blackie Lawless après une brochette de disques médiocres ? On pourrait le croire à biberonner la voix délicieusement éraillée gueulant sur cette galette qui fleure bon le The Last Command du géant (plus si) provocateur. Ou alors, est-ce un nouveau groupe ricain qui s’amuse à singer ses glorieux ancêtres ? Tout faux. Bourbon Flame n’a en fait d’américain que l’inspiration car son état-major se situe en Norvège (!) et on y retrouve même le mercenaire de la six-cordes, Ice Dale qui, décidément, ne doit plus beaucoup dormir ces derniers temps vu tout ce qu’il a sur le feu. L’homme est versatile, ce projet en témoigne, parvenant à couler avec une aisance déconcertante son jeu flamboyant de guitar-hero (un des rares à être apparus ces dernières années) aussi bien dans le black metal, qu’il soit progressif (Enslaved), Indus (Trinacria), Heavy (I) ou evil (Gorgoroth, qu’il ne fait toutefois que dépanner) que dans le metal grand public. Après avoir honoré le hard rock des années 90 via Audrey Horne, il plonge dans les marécages des Bayous pour vidanger cet hommage rugueux suintant le whisky au glam rock d’antan Le mimétisme est tellement réussi qu’on s’y croirait ! “ Six Feet Under ”, “ Back In The Saddle ”, “ High On The Bourbon Flame ”, “ Rooster In A Henhouse ” sont des brûlots explosifs qui donnent la patate et l’envie de taper du pied sur le plancher du rade où l’on est en train d’écluser quelques binouzes, soudé au comptoir. Copies certes, ces chansons n’en demeurent pas moins excellentes, irriguées par les soli racés et toujours inspirés de Ice Dale dont on reconnaît immédiatement la patte (sur “ Midwest Punk ”, “ Get Liquoered ”, dont les lignes évoque le “Shadowed Realms” achevant Between Two Worlds de I, notamment). Mieux, si Bourbon Flame a le regard rivé dans le rétroviseur, il n’en oublie pas pour autant de sonner moderne et puissant. Hommage d’accord, mais ce n’est pas encore le service gériatrie.  Pour un peu, on pourrait même trouver cet album largement meilleur que ceux dont il s’inspire, avis purement subjectif que tous les nostalgiques de cette époque ne risquent pas de partager. Ils ont tort. Voilà donc un essai sincère et sympathique de la part d’un groupe qui ne nourrit d’autre prétention que celle de se faire plaisir… et de faire plaisir. On en redemande ! 3/5 (2008)