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KröniK | Aluk Todolo - Voix (2016)
Offrir un successeur à « Occult Rock » n'était pas chose aisée. Faire mieux, aller plus loin dans l'expression aussi viscérale que ferrugineuse d'une substance singulière aux allures de magma crépusculaire, faire plus abouti surtout, plus achevé semblait de fait quasiment impossible. Manière d'oeuvre d'art total, bloc de matière indivisible, cet opus pouvait être appréhendé comme un aboutissement dans la carrière des Français auxquels on pardonnera d'être devenus presque à la mode dans certains milieux branchouille de la capitale.
Pourtant, si le groupe devait être défini par une métropole, plus que Paris, c'est vers Berlin, celui des années 60 et 70 notamment, que le choix devrait se porter tant sa musique furieusement expérimentale possède d'évidentes connexions avec l'avant-garde allemande. Depuis une dizaine d'années, le triangle guitare/basse/batterie, toujours composé respectivement de Shanditas, Matthieu Canagier et Antoine Hadjioannou, forge un Rock qui n'appartient à qu'à lui, instrumental et tellurique dont « Voix » est le nouveau signe de mort, lequel a donc la lourde tâche de succéder à ce « Occult Rock » définitif dont il se présente comme l'exact contraire. Aussi ramassée que sa devancière était démesurée, cette offrande affiche un caractère primitif qui peut surprendre voire décevoir mais conserve cette énergie brute typique du son de ses créateurs. Titre court quoique énigmatique, visuel épuré (ce qui n'est pas nouveau pour lui), simple timing en guise de nom de pistes, c'est comme si le groupe avait cette fois-ci cherché à aller (faussement) à l'essentiel, pour ne conserver que les os d'un art face auquel les mots manquent, incapables de le définir avec précision, lequel fusionne la puissance obscure du black metal avec la dimension hypnotique d'un psychédélisme noir. Le fait que « Voix » ait été capturé dans des conditions live participe de cet ascétisme formel, lui conférant en outre cette dimension de rituel cryptique que possède chaque performance aux allures de happening sonore délivrée par Aluk Todolo. Il en résulte un album proche de la transe qui ne peut être émietté, toutes les pistes, aux contours opaques, s'enchaînant les unes aux autres pour se fondre en un labyrinthe méditatif qui palpite d'une force ténébreuse et dont les parois sont secouées par les coups de boutoir d'une guitare hurlante et reptilienne que souligne une rythmique métronomique. Sa signature indélébile, on aurait pu craindre que le power trio ne se répète, pourtant il n'en est rien. Alors certes, l'habitué ne sera pas perdu au milieu de ce déluge magnétique mais le groupe réussit pourtant le tour de force de se renouveler, de transcender son matériau dont les possibilités évolutives paraissent du coup infinies, gageure qu'illustre notamment '7 :01' hanté par des accords quasi jazzy (selon la définition la plus sombre du genre) aussi déglingués qu'agonisants, quand le groupe se met à tricoter des instants mortifères durant de longues minutes en apnée. Et alors qu'on s'interrogeait sur sa capacité à survivre à "Occult Rock", Aluk Todolo enfante un album qui à la fois s'en éloigne de part la forme et le concept tout en lui étant complémentaire. Loin d'être un simple disque de plus, "Voix" est le fruit d'artistes qui continuent de travailler leur art. Solitaire(s). Visionnaire(s). Unique(s). (29/01/2016)
Pourtant, si le groupe devait être défini par une métropole, plus que Paris, c'est vers Berlin, celui des années 60 et 70 notamment, que le choix devrait se porter tant sa musique furieusement expérimentale possède d'évidentes connexions avec l'avant-garde allemande. Depuis une dizaine d'années, le triangle guitare/basse/batterie, toujours composé respectivement de Shanditas, Matthieu Canagier et Antoine Hadjioannou, forge un Rock qui n'appartient à qu'à lui, instrumental et tellurique dont « Voix » est le nouveau signe de mort, lequel a donc la lourde tâche de succéder à ce « Occult Rock » définitif dont il se présente comme l'exact contraire. Aussi ramassée que sa devancière était démesurée, cette offrande affiche un caractère primitif qui peut surprendre voire décevoir mais conserve cette énergie brute typique du son de ses créateurs. Titre court quoique énigmatique, visuel épuré (ce qui n'est pas nouveau pour lui), simple timing en guise de nom de pistes, c'est comme si le groupe avait cette fois-ci cherché à aller (faussement) à l'essentiel, pour ne conserver que les os d'un art face auquel les mots manquent, incapables de le définir avec précision, lequel fusionne la puissance obscure du black metal avec la dimension hypnotique d'un psychédélisme noir. Le fait que « Voix » ait été capturé dans des conditions live participe de cet ascétisme formel, lui conférant en outre cette dimension de rituel cryptique que possède chaque performance aux allures de happening sonore délivrée par Aluk Todolo. Il en résulte un album proche de la transe qui ne peut être émietté, toutes les pistes, aux contours opaques, s'enchaînant les unes aux autres pour se fondre en un labyrinthe méditatif qui palpite d'une force ténébreuse et dont les parois sont secouées par les coups de boutoir d'une guitare hurlante et reptilienne que souligne une rythmique métronomique. Sa signature indélébile, on aurait pu craindre que le power trio ne se répète, pourtant il n'en est rien. Alors certes, l'habitué ne sera pas perdu au milieu de ce déluge magnétique mais le groupe réussit pourtant le tour de force de se renouveler, de transcender son matériau dont les possibilités évolutives paraissent du coup infinies, gageure qu'illustre notamment '7 :01' hanté par des accords quasi jazzy (selon la définition la plus sombre du genre) aussi déglingués qu'agonisants, quand le groupe se met à tricoter des instants mortifères durant de longues minutes en apnée. Et alors qu'on s'interrogeait sur sa capacité à survivre à "Occult Rock", Aluk Todolo enfante un album qui à la fois s'en éloigne de part la forme et le concept tout en lui étant complémentaire. Loin d'être un simple disque de plus, "Voix" est le fruit d'artistes qui continuent de travailler leur art. Solitaire(s). Visionnaire(s). Unique(s). (29/01/2016)
KröniK | Aluk Todolo - Live At The Music Hall Williamsburg The First Of October MMIX (2011)
Qui a déjà eu la chance d'assister à une des performances d'Aluk Todolo, entité aussi culte qu'indéfinissable (ceci expliquant sans doute cela), maladroitement décrite comme un mélange de Krautrock occulte et de Drone, sait. Sait que c'est bien sur scène que la puissance obscure dont est capable le trio peut prendre toute sa ténébreuse (dé)mesure. Non pas que les oeuvres studio ne le permettent pas, bien au contraire mais le groupe trouve dans ce contexte de rituel le cadre propice à la prolifération d'un art qui gronde, palpite d'une énergie qui semble provenir de très loin, d'un gouffre noir où règne l'indicible. De fait, capté le 1er octobre 2009 à New York, le happening sonore de 28 (trop petites) minutes publié sous le seul format cassette, baptisé Live At The Music Hall Williamsburg The First Of October MMIX, est une manière de démonstration.
En trois titres aux contours flous dont on a l'impression qu'il ne forme qu'un unique bloc, Aluk Todolo façonne un magma tentaculaire plus malsain que bien des blasphèmes vomis par des hordes Black Metal. Cette musique repose sur trois éléments qui sont autant de strates qui s'empilent, se chevauchent, tectonique des plaques grondante et monstrueuse. Une batterie aux allures de métronome humain imprimant une cadence hypnotique, une basse discrète mais déterminante servent de rampe de lancement pour la guitare ferrugineuse de Shantidas Riebacker, chef d'orchestre énigmatique d'une symphonie déglinguée aux relents de rouille et libérant des vibrations d'une négativité absolue. Extrêmement noir, cet organisme éjacule pourtant une espèce de beauté sourde à laquelle peu goûteront drapant ainsi l'ensemble d'une aura de trésor connu d'une petite poignée d'initiés. Inutile de se lancer dans la description précise de ce live qui se conçoit davantage comme une cérémonie cryptique que comme un simple concert car les compositions de Aluk Todolo se ressentent plus qu'elles ne s'écoutent, matériau à la fois dur et mouvant voire insaisissable et qui, sans être particulièrement technique ou compliqué, suintent un authentique et froid feeling obscur(e). Singulier et malsain à tout le moins, le groupe poursuit une oeuvre passionnante de bout en bout qui défie le règne du conformisme ambiant et ça, c'est forcément une bonne nouvelle ! (03/12/2011)
4/5 | La Horde Noire
En trois titres aux contours flous dont on a l'impression qu'il ne forme qu'un unique bloc, Aluk Todolo façonne un magma tentaculaire plus malsain que bien des blasphèmes vomis par des hordes Black Metal. Cette musique repose sur trois éléments qui sont autant de strates qui s'empilent, se chevauchent, tectonique des plaques grondante et monstrueuse. Une batterie aux allures de métronome humain imprimant une cadence hypnotique, une basse discrète mais déterminante servent de rampe de lancement pour la guitare ferrugineuse de Shantidas Riebacker, chef d'orchestre énigmatique d'une symphonie déglinguée aux relents de rouille et libérant des vibrations d'une négativité absolue. Extrêmement noir, cet organisme éjacule pourtant une espèce de beauté sourde à laquelle peu goûteront drapant ainsi l'ensemble d'une aura de trésor connu d'une petite poignée d'initiés. Inutile de se lancer dans la description précise de ce live qui se conçoit davantage comme une cérémonie cryptique que comme un simple concert car les compositions de Aluk Todolo se ressentent plus qu'elles ne s'écoutent, matériau à la fois dur et mouvant voire insaisissable et qui, sans être particulièrement technique ou compliqué, suintent un authentique et froid feeling obscur(e). Singulier et malsain à tout le moins, le groupe poursuit une oeuvre passionnante de bout en bout qui défie le règne du conformisme ambiant et ça, c'est forcément une bonne nouvelle ! (03/12/2011)
4/5 | La Horde Noire
KröniK | Aluk Todolo - Finsternis (2009)
Avalé par l'obscurité, vous dérivez dans un tunnel humide, guidez par les battements d'une batterie métronomique et incantatoire, vigie obsédante mais seule point d'ancrage dans cette opacité étouffante. A intervalle irrégulier, une guitare qui hurle, se fracasse contre ces contreforts rythmiques ; stridente, elle ouvre les vannes d'une lèpre au goût de rouille qui résonne comme de la ferraille que l'on concasse. "Premier contact". La trame avance. Et toujours, ces coups de boutoir répétitifs. La transe prend peu à peu forme, elle prend vie tandis que la six-cordes commence à manger de plus en plus d'espace dès le "Second contact", montée en puissance rituelle dont l'entame constituée d'une bref accélération surprend.
Aluk Todolo est le maître de cette cérémonie occulte aux relents de soufre. Avec un sens du minimalisme aussi sinistre qu'admirable, le trio réussit le tour de force d'imprimer une cadence hypnotique qui vous engourdit autant qu'elle vous envoûte. Finsternis, leur second signe de mort longue durée faisant suite au remarqué Descension, a quelque chose d'un derelict morbide d'une noirceur insondable. Vouloir décrire ce concentré aride est absurde car celui-ci se vit, se ressent plus qu'il ne s'écoute. Pour l'apprécier à sa juste valeur, il faut s'abandonner totalement, larguer les amarres de l'ordinaire, fermer les yeux et s'abîmer dans les marécages de son inconscient. Finsternis forme un tout d'une telle abominable lenteur qu'il semble ne jamais vouloir mourir. Scindé en deux par un gouffre que vrille les derniers martèlements du cœur à l'approche de la mort en maraude, il s'enfonce encore un peu plus dans une décrépitude mortifère lors de son souffle terminal. Magma proche de l'hypnose rituelle, cet opus est un trip plus efficace que toutes les drogues existantes. Introspectif, il est une invitation extrêmement singulière au voyage mais attention, un voyage sans retour dont on ne sort pas indemne. Aucune lumière ne vient jamais réchauffer ce conduit dont on se rend compte peu à peu qu'il est peut-être le passage, le couloir vers la mort. Alors, ces cinq pistes belles (les ultimes mesures ruissellent une beauté fantomatique) et dissonantes à la fois prennent tout leur sens. Soyez-en assuré, Finsternis laissera de profonds résidus dans votre inconscient et vous hantera pendant encore très longtemps. Etrange, définitif et radical pour le moins. 4/5 (09/10/2009) | Music Waves
Aluk Todolo est le maître de cette cérémonie occulte aux relents de soufre. Avec un sens du minimalisme aussi sinistre qu'admirable, le trio réussit le tour de force d'imprimer une cadence hypnotique qui vous engourdit autant qu'elle vous envoûte. Finsternis, leur second signe de mort longue durée faisant suite au remarqué Descension, a quelque chose d'un derelict morbide d'une noirceur insondable. Vouloir décrire ce concentré aride est absurde car celui-ci se vit, se ressent plus qu'il ne s'écoute. Pour l'apprécier à sa juste valeur, il faut s'abandonner totalement, larguer les amarres de l'ordinaire, fermer les yeux et s'abîmer dans les marécages de son inconscient. Finsternis forme un tout d'une telle abominable lenteur qu'il semble ne jamais vouloir mourir. Scindé en deux par un gouffre que vrille les derniers martèlements du cœur à l'approche de la mort en maraude, il s'enfonce encore un peu plus dans une décrépitude mortifère lors de son souffle terminal. Magma proche de l'hypnose rituelle, cet opus est un trip plus efficace que toutes les drogues existantes. Introspectif, il est une invitation extrêmement singulière au voyage mais attention, un voyage sans retour dont on ne sort pas indemne. Aucune lumière ne vient jamais réchauffer ce conduit dont on se rend compte peu à peu qu'il est peut-être le passage, le couloir vers la mort. Alors, ces cinq pistes belles (les ultimes mesures ruissellent une beauté fantomatique) et dissonantes à la fois prennent tout leur sens. Soyez-en assuré, Finsternis laissera de profonds résidus dans votre inconscient et vous hantera pendant encore très longtemps. Etrange, définitif et radical pour le moins. 4/5 (09/10/2009) | Music Waves
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