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Gordon Douglas | Mara Maru (1952)


Si, quatre ans auparavant, il faisait encore illusion dans Les aventures de Don Juan (Vincent Sherman), en 1952, Errol Flynn apparait le visage déjà marqué. Il a grossi et semble peu concerné par ce qu'il tourne. Après la médiocre Taverne de la Nouvelle Orléans de William Marshall, Mara Maru demeure cependant un film d'aventures honnête, ce qu'il doit moins au comédien, fatigué et absent donc mais davantage à Gordon Douglas, lequel, grâce à un noir et blanc profond et d'habiles cadrages (les scènes finales dans l'église) distille une ambiance moite et menaçante. Sa mise en scène est efficace quand bien même le résultat est très inférieur à La maîtresse de fer tourné la même année. Ni les personnages ni le récit n'échappent aux conventions. A l'image de la tête d'affiche, tous les acteurs paraissent s'exécuter sans grand conviction et rien ne passe entre Ruth Roman (rarement enthousiasmante de toute façon) et son partenaire.
Raymond Burr n'a aucun mal à dominer l'écran même si, là aussi, il semble sous-employé. Quelques scènes sous-marines, des bagarres et une conclusion plastiquement intéressante rachètent la banalité d'un ensemble mineur mais agréable, auquel on préfère très nettement A l'abordage que Errol Flynn enchaînera sous la houlette de George Sherman. Encore de la série B mais avec le panache en plus. (vu le 08/12/18)













Mark Robson | Le champion (1949)


Le champion s'inscrit dans cette tradition américaine des années 40, où la boxe s'écrit à l'encre désespérée du film noir, aux côtés de Sang et or et Nous avons gagné ce soir. Après une belle série de seconds rôles dans des oeuvres marquantes (L'emprise du crime, La griffe du passé, L'homme aux abois et Chaînes conjugales), Kirk Douglas se retrouve cette fois-ci en haut de l'affiche, sous la direction de Mark Robson, pour qui aussi, cette production est importante car plus ambitieuse que les bandes horrifiques néanmoins réussies, qu'il a jusque là mis en scène (Bedlam, L'île des morts).
Son expérience, réputée, de monteur (pour Tourneur ou Welles), commande une réalisation sèche et sans afféteries. L'ambiance des salles de boxe sordides, des rings nichés au fond de salles enfumées, est parfaitement retranscrite. Le film inaugure pour Douglas une série de personnages pétris par la rage, qui cherchent à s'élever socialement, quitte à écraser l'amour et l'amitié (Le gouffre aux chimères, Histoires de détective...), hommes ombrageux ni tout blancs ni tout noirs et perdants magnifique que l'on ne peut vraiment détester. Le monde de la boxe est dépeint de façon classique mais le portrait de ce révolté constamment à vif échappe aux conventions, notamment grâce au jeu puissant du comédien qu'épaulent les toujours impeccables Arthur Kennedy et Paul Stewart. De Ruth Roman à Lola Albright sans oublier Marilyn Maxwell, la distribution féminine est de qualité. Elles incarnent trois femmes qui, à leur manière, essayeront de comprendre cet homme qui ne peut finir que seul. A noter que, contrairement aux apparences, le film n'a rien à voir avec ses deux homonymes, signés King Vidor puis Franco Zeffirelli. (vu le 03/12/2018)



















King Vidor | Lightning Strikes Twice (1951)


Coincé entre eux drames puissants (La garce et La furie du désir), Ligthning Strikes Twice demeure un des films les plus méconnus de King Vidor, ce que peut expliquer son échec commercial. L'édition en DVD chez Warner via sa précieuse collection "Films criminels", nous offre l'occasion de le (re)découvrir. Le réalisateur tente ici une incursion dans le film noir, avec un bonheur inégal. Le casting manque de charme, les invraisemblances s'accumulent au gré d'un récit dont la conclusion semble être expédiée. S'il ne parvient pas à imprimer sa griffe à ce genre très codifié, Vidor saupoudre pourtant le métrage de touches plus personnelles. Le cadre westernien, l'usage de décors grandioses où se nichent les passions, ainsi qu'une sensualité prégnante, viennent bousculer cette intrigue hitchockienne. La séquence où Ruth Roman débarque un soir d'orage dans cette demeure qui semble inhabitée, refuge d'un Richard Todd, lequel distille une présence tout d'abord trouble, reste un très grand moment de cinéma...