"Seeress", c'est déjà un magnifique artwork, que signe Adèle Mildred, dont les aplats à la fois sombres et psyché résument plutôt bien ce qu'il y a derrière. Derrière, c'est justement le deuxième effort de Fiend. Nous pourrions mentir et affirmer que nous l'attendions depuis longtemps, depuis 2013 et un "Onerous" remarqué.
AU PIF
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KröniK | Nesseria - Cette érosion de nous-mêmes (2017)
Il y a des noms qui ne trompent pas. Celui du maître Nick Zampiello qui l'a masterisé, ceux de Deadlight Entertainement et Throneruiner Records qui le publient respectivement en CD et vinyle, assurent déjà à "Cette Erosion de Nous-mêmes" son quota de plomb et une furieuse dose de colère. Les fidèles de ces deux labels savent à quoi s'attendre. Sauf que Nesseria - quinze ans au compteur et trois albums sous le bras, en comptant le petit dernier - prend soin de rapidement brouiller les pistes pour mieux nous égarer.
De fait, si les Orléanais font fi de préliminaires dont nous n’avons de toute façon que faire, en déboulant à la manière d'une bête enragée avec le chant biberonné au Destop de Dez qui hurle comme si demain ne devait plus exister, 'On Prendra l'Habitude' se voit vite perforé par des guitares ferrugineuses dont la glaciale noirceur doit davantage au black metal qu'au hardcore cependant que la fragile lumière qui jaillit de ses entrailles le colore de teintes quasi post rock. Mais en trois minutes, nous sommes déjà à genoux, prêts à offrir notre flanc à la morsure de cette robuste hampe. Exigeant, Nesseria ne cède à aucune facilité, accouchant d'un magma sévère qui doit s'apprivoiser avant de pouvoir en goûter le suc empoisonné. Propulsées par des rouleaux de batterie qui s'écrasent contre des falaises rocailleuses, ces saillies grondent, constamment au bord de la rupture, d'une sourde tension qui les ronge comme une lèpre nocive ('Chasse aux Ecureuils'). S'il file très vite à la vitesse d'un cheval au galop, "Cette Erosion de Nous-mêmes" n'en dégorge pas moins une sève fulgurante car dans la panse obscure de ses titres grouillent des trésors d'écriture. Sur un maillage ultra serré, son menu déroule une stratigraphie tendue et massive qui lui confère une forme de rudesse. Soucieux de s'affranchir des genres, des étiquettes, les Français inoculent à cette pâte survoltée de nouvelles influences (black, post metal...). Si certains seront surpris, voire décontenancés, par le résultat, alors que la signature douloureuse du groupe demeure pourtant inchangée, force est de reconnaître que Nesseria sort métamorphosé sinon grandi de cette mutation vers un art désormais peut-être moins épidermique mais dont l'ambivalence accrue qui l'écartèle, loin de l'exonérer d'une noirceur abrupte, le pousse dans les profondeurs d'un puits abyssal contre les parois desquelles s'accroche une sourde beauté. Mais ne vous y trompez pas, s'il peut afficher par moments des traits plus mélodiques, ce qui contribue à le rendre d'un abord plus avenant ('Les Ruines'), « Cette Erosion de Nous-mêmes » se présente à nous dans toute sa force malsaine. Il suffit d'écouter le squelettique 'A l'Usure', pause osseuse qui suinte un désespoir poisseux, pour prendre la mesure d'une violence tantôt souterraine ('St Petersburg') ou frontale ('Forteresse'). De ces vomissures vocales qui déversent une bile enragée à ces câbles de guitares qui ouvrent des paysages beaux à pleurer couverts toutefois par une brume crépusculaire, témoins 'Dans l'Ombre et Sans Visage' ou la conclusion éponyme chargée d'une amertume funèbre, l'ensemble prend à la gorge, charriant une inexorabilité goudronneuse. Au final, on ne sort pas indemne d'une écoute qui remue l'âme autant que les tripes. 3.5/5 (01/10/2017)
De fait, si les Orléanais font fi de préliminaires dont nous n’avons de toute façon que faire, en déboulant à la manière d'une bête enragée avec le chant biberonné au Destop de Dez qui hurle comme si demain ne devait plus exister, 'On Prendra l'Habitude' se voit vite perforé par des guitares ferrugineuses dont la glaciale noirceur doit davantage au black metal qu'au hardcore cependant que la fragile lumière qui jaillit de ses entrailles le colore de teintes quasi post rock. Mais en trois minutes, nous sommes déjà à genoux, prêts à offrir notre flanc à la morsure de cette robuste hampe. Exigeant, Nesseria ne cède à aucune facilité, accouchant d'un magma sévère qui doit s'apprivoiser avant de pouvoir en goûter le suc empoisonné. Propulsées par des rouleaux de batterie qui s'écrasent contre des falaises rocailleuses, ces saillies grondent, constamment au bord de la rupture, d'une sourde tension qui les ronge comme une lèpre nocive ('Chasse aux Ecureuils'). S'il file très vite à la vitesse d'un cheval au galop, "Cette Erosion de Nous-mêmes" n'en dégorge pas moins une sève fulgurante car dans la panse obscure de ses titres grouillent des trésors d'écriture. Sur un maillage ultra serré, son menu déroule une stratigraphie tendue et massive qui lui confère une forme de rudesse. Soucieux de s'affranchir des genres, des étiquettes, les Français inoculent à cette pâte survoltée de nouvelles influences (black, post metal...). Si certains seront surpris, voire décontenancés, par le résultat, alors que la signature douloureuse du groupe demeure pourtant inchangée, force est de reconnaître que Nesseria sort métamorphosé sinon grandi de cette mutation vers un art désormais peut-être moins épidermique mais dont l'ambivalence accrue qui l'écartèle, loin de l'exonérer d'une noirceur abrupte, le pousse dans les profondeurs d'un puits abyssal contre les parois desquelles s'accroche une sourde beauté. Mais ne vous y trompez pas, s'il peut afficher par moments des traits plus mélodiques, ce qui contribue à le rendre d'un abord plus avenant ('Les Ruines'), « Cette Erosion de Nous-mêmes » se présente à nous dans toute sa force malsaine. Il suffit d'écouter le squelettique 'A l'Usure', pause osseuse qui suinte un désespoir poisseux, pour prendre la mesure d'une violence tantôt souterraine ('St Petersburg') ou frontale ('Forteresse'). De ces vomissures vocales qui déversent une bile enragée à ces câbles de guitares qui ouvrent des paysages beaux à pleurer couverts toutefois par une brume crépusculaire, témoins 'Dans l'Ombre et Sans Visage' ou la conclusion éponyme chargée d'une amertume funèbre, l'ensemble prend à la gorge, charriant une inexorabilité goudronneuse. Au final, on ne sort pas indemne d'une écoute qui remue l'âme autant que les tripes. 3.5/5 (01/10/2017)
KröniK | Lethvm - This Fall Shall Cease (2017)
Les têtes chercheuses de Deadlight Enternainement, ne cessant de tamiser les terres du doom le plus apocalyptique, le plus mazouté, ne pouvaient que jeter leur dévolu sur Lethvm, quatuor belge dont la carte de visite, baptisée "Affable Erosion" lui a suffi pour se tailler très vite un nom au sein de la Sainte Chapelle doloriste. Plus que dans tout autre genre, le doom reste marqué par un déterminisme géographique prégnant. Ainsi, le fait qu'il s'enracine dans les paysages froids et abrups du Plat Pays commande à ce matériau aussi funèbre que colérique une sévérité minérale.
Refusant d'être inféodé à quelque (sous-)courant que ce soit, le groupe maltraite aussi bien le sludge que le post metal auxquels il inocule une sourde dose de black metal, notamment pour cette noirceur négative et certaines lignes de chant maladives et hurlées comme celles achevant 'Winter's Journey'. De ce sol détrempé se dresse un vit noir strié de nervures épaisses desquelles suinte un pus désespéré. Contre cette roche glaciale grattent des guitares ferrugineuses qui sécrètent une mélancolie poisseuse que des vocalises nourries au Destop soulignent au burin. Une tension rentrée secoue ces pulsations fiévreuses d'une densité extrême. Entre leurs murs se serre une architecture tortueuse qui les plonge dans un puits de contrastes. Pesant et aéré, hystérique et apaisé, charbonneux et émotionnel, "This Fall Shall Cease" l'est tour à tour, ce qui le rend aussi passionnant qu'insaisissable. Pulsatif, chaque titre est une marche supplémentaire dans l'intimité ténébreuse d'un bunker dont le coeur est atteint lors d'un 'Encounter With The Sun' qui voit ses auteurs sculpter un maillage tendu à l'extrême, constamment au bord de la rupture. Plus l'écoute progresse, plus l'opus étire vicieusement ses tentacules, jouant sur les silences et les temps morts pour mieux cracher sa semence nihiliste en un torrent de désespoir, témoin le terminal 'Ejla' qui résonne comme un ultime râle poissé de sang. Avec une puissance terreuse, Lethvm décrasse les orifices, laissant dans son sillage un tapis de cendres. (14/10/2017)
Refusant d'être inféodé à quelque (sous-)courant que ce soit, le groupe maltraite aussi bien le sludge que le post metal auxquels il inocule une sourde dose de black metal, notamment pour cette noirceur négative et certaines lignes de chant maladives et hurlées comme celles achevant 'Winter's Journey'. De ce sol détrempé se dresse un vit noir strié de nervures épaisses desquelles suinte un pus désespéré. Contre cette roche glaciale grattent des guitares ferrugineuses qui sécrètent une mélancolie poisseuse que des vocalises nourries au Destop soulignent au burin. Une tension rentrée secoue ces pulsations fiévreuses d'une densité extrême. Entre leurs murs se serre une architecture tortueuse qui les plonge dans un puits de contrastes. Pesant et aéré, hystérique et apaisé, charbonneux et émotionnel, "This Fall Shall Cease" l'est tour à tour, ce qui le rend aussi passionnant qu'insaisissable. Pulsatif, chaque titre est une marche supplémentaire dans l'intimité ténébreuse d'un bunker dont le coeur est atteint lors d'un 'Encounter With The Sun' qui voit ses auteurs sculpter un maillage tendu à l'extrême, constamment au bord de la rupture. Plus l'écoute progresse, plus l'opus étire vicieusement ses tentacules, jouant sur les silences et les temps morts pour mieux cracher sa semence nihiliste en un torrent de désespoir, témoin le terminal 'Ejla' qui résonne comme un ultime râle poissé de sang. Avec une puissance terreuse, Lethvm décrasse les orifices, laissant dans son sillage un tapis de cendres. (14/10/2017)
KröniK | Deliverance - Chrst (2017)
Malgré ce que son nom pourrait peut-être laisser croire, Deliverance n'est pas un énième clone de Opeth mais l'explorateur des abîmes les plus effrayants de l'âme humaine. S'il ne partage bien entendu rien avec les Suédois, ce simple mot qui sert à l'identifier pose déjà un cadre, qu'on devine noir et torturé, il suggère un univers inquiétant. Forcément inquiétant. Son premier signe de mort longue durée, préparé il y a presque quatre ans par "Doomsday, Please", opuscule dont la noirceur suffocante avait déjà laissé des traces dans la peau des flagellants que nous sommes, est baptisé "Chrst".
Son orthographe suffit elle aussi à perturber une immersion riche en promesses mortifères. Oubliez le pedigree rassurant de ses principaux créateurs, Aqme pour Etienne Sarthou et Memories Of A Dead Men pour Pierre Duneau, assurance d'une force visionnaire et d'une exigence technique mais rien de plus, car cette entité encore mystérieuse balaie à grands coups de riffs glacials comme la roche en hiver des références qui paraissent bien lisses en comparaison de l'apocalypse qui couve dans la panse ténébreuse de cet opus tentaculaire aux allures de dédale humide, jonché d'images maladives, secoué par les spasmes d'une négativité qui prolifère par grappes morbides se répandant dans ces corridors tortueux, laissant derrière elles une traînée malsaine. Inoculant leur poison avec une macabre lancinance, ces pulsations reptiliennes raclent la chair à la manière d'un scalpel trempé dans une rouille lépreuse. Mais Deliverance, qu'est-ce que c'est exactement, peuvent s'interroger ceux qui ne le connaissent pas encore ? Vouloir le rattacher à un genre en particulier ne présente pas un grand intérêt car son art franchit les frontières et serpente le long d'un terrain ravagé où se chevauchent nombre de couches sonores. S'il est commode sinon tentant de simplement l'arrimer au black metal dans lequel il puise certes sa froideur abyssale (ac)couplée à une décrépitude morbide, on perçoit cependant très vite que la créature lime le genre pour en extraire le suc malfaisant auquel elle injecte les miasmes d'un sludge apocalyptique et d'un death corrosif. Comme frotté avec du papier de verre, le chant a quelque chose d'un égout crachant une écume bouillonnant de haine venant poisser les parois tranchantes de ces pièces engluées par un souffle désincarné ('The Discrucified'). D'une durée conséquente, celles-ci vibrent sous les coups de boutoir de guitares aux allures de burin dissonant ('Out Of The Saddening Blank'), taillées dans les fjords norvégiens ('Across Gehenna'). Avec un plaisir vicieux, le groupe joue sur une multitude de temporalités. Aux côtés de ces angles morts et de ces instants comme suspendus dans le temps au-dessus d'un abîme indicible se découpent dans l'obscurité des images fiévreuses, témoin ce 'Hung Be The Heavens With…', aussi rampant que malsain. Passant rarement la seconde, sauf le temps de 'A Bone Shall Not Be Broken' que perforent toutefois de vertigineuses cavités, Deliverance préfère serrer le frein à main pour s'enfoncer corps et (surtout) âme dans les replis tortueux laissant échapper un suint sinistre et néanmoins fascinant. Immersif et convulsif, "Chrst" est une gemme noire qui vous hante longtemps après que son écoute se soit achevée. 3.5/5 (2017) | Facebock
Son orthographe suffit elle aussi à perturber une immersion riche en promesses mortifères. Oubliez le pedigree rassurant de ses principaux créateurs, Aqme pour Etienne Sarthou et Memories Of A Dead Men pour Pierre Duneau, assurance d'une force visionnaire et d'une exigence technique mais rien de plus, car cette entité encore mystérieuse balaie à grands coups de riffs glacials comme la roche en hiver des références qui paraissent bien lisses en comparaison de l'apocalypse qui couve dans la panse ténébreuse de cet opus tentaculaire aux allures de dédale humide, jonché d'images maladives, secoué par les spasmes d'une négativité qui prolifère par grappes morbides se répandant dans ces corridors tortueux, laissant derrière elles une traînée malsaine. Inoculant leur poison avec une macabre lancinance, ces pulsations reptiliennes raclent la chair à la manière d'un scalpel trempé dans une rouille lépreuse. Mais Deliverance, qu'est-ce que c'est exactement, peuvent s'interroger ceux qui ne le connaissent pas encore ? Vouloir le rattacher à un genre en particulier ne présente pas un grand intérêt car son art franchit les frontières et serpente le long d'un terrain ravagé où se chevauchent nombre de couches sonores. S'il est commode sinon tentant de simplement l'arrimer au black metal dans lequel il puise certes sa froideur abyssale (ac)couplée à une décrépitude morbide, on perçoit cependant très vite que la créature lime le genre pour en extraire le suc malfaisant auquel elle injecte les miasmes d'un sludge apocalyptique et d'un death corrosif. Comme frotté avec du papier de verre, le chant a quelque chose d'un égout crachant une écume bouillonnant de haine venant poisser les parois tranchantes de ces pièces engluées par un souffle désincarné ('The Discrucified'). D'une durée conséquente, celles-ci vibrent sous les coups de boutoir de guitares aux allures de burin dissonant ('Out Of The Saddening Blank'), taillées dans les fjords norvégiens ('Across Gehenna'). Avec un plaisir vicieux, le groupe joue sur une multitude de temporalités. Aux côtés de ces angles morts et de ces instants comme suspendus dans le temps au-dessus d'un abîme indicible se découpent dans l'obscurité des images fiévreuses, témoin ce 'Hung Be The Heavens With…', aussi rampant que malsain. Passant rarement la seconde, sauf le temps de 'A Bone Shall Not Be Broken' que perforent toutefois de vertigineuses cavités, Deliverance préfère serrer le frein à main pour s'enfoncer corps et (surtout) âme dans les replis tortueux laissant échapper un suint sinistre et néanmoins fascinant. Immersif et convulsif, "Chrst" est une gemme noire qui vous hante longtemps après que son écoute se soit achevée. 3.5/5 (2017) | Facebock
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