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Fred Zinnemann | Chacal (1973)


Tiré du passionnant roman de Frederic Forsyth, Chacal est un film qui l'est tout autant si ce n'est davantage car, en dépit de sa durée (près de 2h30), il a su gommer les quelques longueurs du livre pour offrir un redoutable suspense. Auteur pourtant d'oeuvres mémorables telles que Le train sifflera trois fois (1952), Tant qu'il y aura des hommes (1953) ou Et vint le jour de la vengeance (1964), Fred Zinnemann livre ici son travail le plus abouti et exigeant. Le contexte de l'époque est bien rendu tandis qu'il dirige cette chasse à l'homme avec maestria et sans esbroufes, contrairement au piteux remake auquel il aura droit bien plus tard. Chacal doit, il est vrai, beaucoup de son charme et de sa puissance à Edward Fox qui trouve là le plus beau rôle de sa carrière. Il incarne un tueur froid, distingué et professionnel dont on sent bien qu'il ira jusqu'au bout de sa mission.
Il lui confère même une sorte de tristesse glaciale, comme lors de cette scène clé où, ayant appris qu'il était désormais repéré, il décide pourtant de ne pas abandonner, décision représentée par cette route qui se scinde en deux directions, l'une partant l'Italie et l'autre vers Paris. On finit par s'attacher à ce personnage superbe dont on ne saura jamais qui il était réellement.

















Clint Eastwood | Au-delà (2010)


De tous les films réalisés par Clint Eastwood, Au-delà reste sans doute celui qui a la plus mauvaise réputation, considéré comme un ratage complet par beaucoup de critiques, sauf les Cahiers du Cinéma. Il va sans dire, que je ne partage pas cet avis. Hereafter n'est certes pas sans défaut, on peut lui reprocher une approche de l'au-delà naïve voire caricaturale, une partie française peu convaincante, digne d'un téléfilm. pourtant, Eastwood réussit à ne jamais sombrer, parfois de peu il est vrai, ni dans le pathos ni dans le ridicule qu'imposait ce sujet ô combien casse-gueule, grâce au classicisme élégant de sa mise en scène d'une grande fluidité et en jouant sur les clairs-obscurs qui permettent de sauver du risible les séquences de spiritisme.
Quelques notes de piano lui suffisent aussi pour peindre la solitude de personnages dont on sent qu'il les aime. Si les scènes du tsunami sont à couper le souffle, de même que celles de l'attentat de Londres, le film est avant tout, et comme toujours avec Clint, plus intimiste que spectaculaire, à l'image du segment américain qu'anime un Matt Damon très sobre. Il forme avec Bryce Dallas Howard un duo complice et amusant dans des scènes particulièrement réussies nous faisant regretter que le maître ne s'essaie pas au registre de la comédie. Citons aussi la présence savoureuse de Derek Jacobi dans son propre rôle. Si la partie française sonne un peu faux, il n'en va pas de même de la partie anglaise, pleine de justesse et de pudeur où Eastwood, en quelques plans, montre la réalité sociale et culturelle du pays. Basé sur un récit habile de Peter Morgan (The Queen), Au-delà n'est pas le navet que certains prétendent mais au contraire un beau film mortuaire. Gageons qu'un jour, il sera réévalué à sa juste valeur, comme un film majeur de son auteur.