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Charles Winkler | Delirium (1990)


Sorti dans l'indifférence générale en 1990, Delirium est un film très curieux. Curieux car, malgré ses défauts et autres maladresses, il parvient à prodiguer un certain malaise. Curieux parce qu'il n'emprunte pas le chemin attendu, déviant de sa trajectoire horrifique pour accoster le terrain d'une paranoïa grand guignolesque. Plus il se dévide et plus Disturbed bascule ainsi dans une folie paroxysmique, dont les instruments sont les cadrages biscornus et le jeu fiévreux d'un Malcolm McDowell en roue libre, qui ne fait pas vraiment dans la demi mesure, sombrant presque dans le grotesque lors d'une fin de parcours hallucinée qui voit le comédien perdre les pédales, glissant dans la pure démence. En français, la voix de l'immense Dominique Paturel ajoute au plaisir de voir ce petit film. 









Clint Eastwood | Minuit dans le jardin du bien et du mal (1997)


Troisième film que Clint Eastwood réalise sans être aussi devant la caméra, Minuit dans le jardin et du bien et du mal constitue son œuvre la plus singulière. Peut-être est-ce pour cette raison qu’il n’apparaît pas dans celui-ci, préférant se concentrer sur cette histoire adaptée d’un roman à succès de John Berendt, lui-même inspiré d’un fait divers authentique survenu en 1981.
Le film s’avère difficilement classable tant il se place à la frontière de plusieurs genres. C’est à la fois une enquête policière, un film de procès, un conte fantastique et parfois une comédie. Comme souvent chez Eastwood, le récit s’articule autour d’un héros qui pénètre au sein d’une communauté. Journaliste à New York, John Kelso (John Cusack, impeccable) est invité à Savannah afin de couvrir une fête annuelle organisée par le nabab de la ville, Jim Williams. Mais si d’habitude le héros eastwoodien agit et transforme (en bien ou en mal) la communauté qui l’accueille, tel le cavalier solitaire de Pale Rider, Kelso se comporte davantage en observateur qu’en véritable acteur. Il est en quelque sorte le regard du spectateur. Ainsi, en même temps que lui, nous découvrons peu à peu la ville de Savannah, sa population bigarrée et ses mœurs. De fait, ce film au rythme lent s’apparente plus à une promenade où se croisent toute une galerie de personnages pittoresques et excentriques, qu’à une histoire policière qui semble finalement presque secondaire. Le cinéaste confère à la ville de Savannah un climat envoûtant, irréel, parfois au bord du fantastique (les visites au cimetière, le personnage de Minerva et cette justice divine qui, à la fin de l’histoire, punit Jim Williams pour le crime qu’il a commis) qui doit beaucoup à ses curieux habitants que rencontre le journaliste au fur et à mesure de son enquête : Lady Chablis, un (e) véritable drag queen, Minerva la sorcière noire, Luther et ses mouches (Geoffrey Lewis qui retrouve Clint pour la septième fois), l’homme qui promène un chien qui n’existe pas, et bien sûr, Williams, sorte de dandy homosexuel, énigmatique et fascinant, évoluant à la frontière entre le bien et le mal. Dans un rôle que George Sanders et sa voix suave aurait autrefois pu tenir, Kevin Spacey livre une composition ambiguë particulièrement savoureuse et pleine de finesse. Minuit dans le jardin du bien et du mal s’interroge aussi sur la notion de vérité. La vérité existe t-elle ? Que s’est-il réellement passé la nuit du meurtre ? Habilement, Clint Eastwood choisit de filmer le crime selon différentes manières, en fonction des déclarations de Williams. « La vérité, comme l’art, se trouve dans le regard du spectateur » prêtant t-il d’ailleurs. De plus, le film dénonce le poids des préjugés et les difficultés que le fait d’être différent imposent au sein d’une communauté soi disant cosmopolite. Autrefois admiré pas toute la jet set de Savannah, Williams, une fois suspecté de meurtre et son homosexualité publiquement mise à nue, se retrouve seul, ne pouvant plus compter sur ses amis. C’est d’un journaliste extérieur à la communauté et d’un(e) marginal(e) qu’il devra une partie de son salut éphémère. Cette vingtième réalisation de Clint Eastwood connaît un échec lors de sa sortie en salles. Sa longueur et sa lenteur ont sans doute rebuté le public. Cependant, il démontre encore une fois l’éclectisme du cinéaste et offre à Kevin Spacey un de ses meilleurs rôles à ce jour. 



Buddy Van Horn | Pink Cadillac (1989)


En quelques mots : Pink Cadillac s’inscrit dans la période la moins faste de Clint Eastwood, tant sur le plan professionnel que personnel. De Bird en 1988 à La relève en 1991, tous ses films connaissent peu de succès, à part La dernière cible, lequel est toutefois, de toutes les aventures de Dirty Harry, celle qui a le moins bien marché au box-office (19 millions de dollars de recettes américaines contre près de 35 millions pour Le retour de l’inspecteur Harry en 1983). La biographie de Charlie Parker et Chasseur blanc, cœur noir, tous deux présentés au festival de Cannes, constituent d’incontestables réussites artistiques et sont bien reçus par la critique mais leurs sorties se soldent pas de graves échecs. Ce troisième film de Buddy Van Horn représente, à l’instar du cinquième épisode de l’inspecteur Harry, une sorte de monnaie d’échange pour Bird vis à vis de la Warner. Pink Cadillac est le seul film de l’acteur à ne pas être sorti en salles en dehors des Etats-Unis ce qui, au vu de toutes les inepties qui polluent à longueur d’année nos écrans, semble pour le moins incompréhensible ! Alors certes, cette comédie d’action sans prétention, sans grande personnalité et platement filmée par Buddy Van Horn, demeure sans doute une des œuvres les plus mineures de Clint Eastwood. Le début est laborieux, la fin interminable, et le gang d’extrême droite, les Purs sangs est dépeint de manière grossière et caricaturale et sans l’humour du gang des Veuves noires de Doux, dur et dingue et Ca va cogner auxquels Pink Cadillac se rapproche. Malgré tout, le film présente un certain intérêt. Il s’avère plaisant à regarder, grâce notamment à ses nombreuses scènes d’action. Clint, dont le charisme est intact, semble davantage à l’aise que dans La dernière cible et il s’amuse à se déguiser et à composer différents personnages. Par sa décontraction, Tom Novak est une sorte de cousin de Philo Bedoe. Le tandem que l’acteur constitue avec Bernadette Peters fonctionne plutôt bien et ils ont quelques bonnes scènes ensemble. Enfin, il permet de remarquer la présence de certains habitués des films du cinéaste : Geoffrey Lewis, Bill McKinney, Frances Fisher (laquelle ne tarde pas à devenir sa nouvelle compagne) pour les plus évidents. Notons aussi les apparitions de Mara Corday (elle jouait déjà dans Tarantulaen 1955), Paul Benjamin (vu dans L’évadé d’Alcatraz), John Dennis Johnson (un des suppléants de Pale Rider), James Cromwell et Jim Carrey dans une imitation irrésistible de Elvis Presley. Pink Cadillac n’est donc pas le navet que certains prétendent ! 


Buddy Van Horn | Ca va cogner (1980)


En quelques mots : Deux ans après le carton (surprise) au box-office de Doux, dur et dingue, Eastwood et sa joyeuse bande remettent le couvert pour une seconde et dernière aventure, manière pour le comédien de compenser l'échec commercial de Bronco Billy avec ce simple véhicule. Comme il a l'habitude de le faire, il confie la réalisation à un de ses collaborateurs, en l'occurrence le fidèle Buddy Van Horn, lequel en tournera deux autres et pas les meilleurs, La dernière cible (1988) et surtout Pink cadillac (1989). Au moins celui-ci n'a d'autre prétention que d'assurer le minimum syndical, emballant un pur produit de (grande) consommation. Si le premier volet signé James Fargo n'était pas sans qualités, Ca va cogner sombre constamment dans la vulgarité et l'humour (?) au niveau du slip. Le portrait de la mafia est aussi caricaturale que celui de la police et des motards dans l'épisode précédent, cependant que le personnage joué par Sondra Locke s'est mystérieusement métamorphosé en héroïne douce et positive. Restent heureusement la musique, dont la chanson du générique chantée par Ray Charles et Clint lui-même, l'interminable bagarre entre la star et le sympathique William Smith, clin d'oeil évident à L'homme tranquille de John Ford et bien sûr le charisme inoxydable d'Eastwood. C'est peu mais cela suffit à notre bonheur !

Clint Eastwood | Bronco Billy (1980)



En quelques mots : A première vue, cette septième réalisation de Clint Eastwood semble très proche de la série des Doux, dur et dingue et Ca va cogner : même équipe de comédiens, l’Amérique provinciale, bagarres dans les bars et musique country. Ce rapprochement n’est pas tout à fait exact, tant Bronco Billy s’avère beaucoup plus adulte et intéressant. D’une certaine manière, le film s’inscrit dans la tradition de la comédie américaine avec son couple qui d’abord ne cesse de s’affronter avant de tomber amoureux. Ainsi, Billy et Antoinette ne sont pas si éloignés des héros de New York – Miami de Frank Capra par exemple. Mais le cœur de l’histoire s’articule avant tout autour de Bronco Billy, personnage attachant qui révèle peut-être plus qu’aucun autre rôle le vrai Clint. Comme souvent chez le cinéaste, ce (anti) héros est un marginal, dirigeant un Far West ambulant, sorte de Buffalo Bill moderne (l’acteur n’est d’ailleurs pas s’en évoquer Joel McCrea dans le western éponyme de William Wellman, un de ses maîtres). C’est un homme tendre, naïf parfois mais toujours généreux qui n’hésite pas à se faire humilier afin de faire sortir de prison un de ses compagnons. Avec son cirque de seconde zone, loin de la flamboyance et du triomphalisme chers à Cecil B. DeMille dans Sous le plus grand chapiteau du monde, Bronco Billy McCoy est un perdant, mais un perdant magnifique qui cherche à aller jusqu’au bout de son rêve. Deux de ses répliques résument le film et le personnage : « Je suis l’homme que je veux être » et « On a qu’une seule existence. Il ne faut pas en faire une corvée ». Tout Eastwood se trouve dans ces quelques mots. Autour de lui gravitent une équipe de bras cassés comme lui, ayant tous plus ou moins fait un séjour derrière les barreaux à un moment ou à un autre de leur vie. Tous ensemble, ils forment une petite famille parcourant cette Amérique profonde que le metteur en scène aime tant filmer. Il y a toujours chez Eastwood cette opposition entre la famille naturelle que l’on subit et celle, plus heureuse, qu'on reconstitue et dont le ciment se trouve dans l’amitié ou dans l’amour. Œuvre très personnelle dans la carrière du cinéaste, Bronco Billyprésente de nombreuses analogie avec un autre de ses films majeurs : Million Dollar Baby. Bien sûr, le premier est une comédie et l’autre, pas. Mais au delà de cette différence, on ne peut que noter la proximité entre Billy, patron d’un cirque miteux entouré d’un petit groupe de gens haut en couleur, et Frankie Dunn, propriétaire d'une modeste salle de boxe de quartier que peuplent de jeunes sportifs en marge de la société. Leonard le déserteur, victime d’une enfance brisée, que Billy a recueilli et a formé au point de devenir pour lui presque un fils, nourrit aussi de nombreux points communs avec la boxeuse Maggie Fitzgerald, jeune femme qui retrouve le père qui lui manque à travers son entraîneur. Dans les deux cas, il s’agit de personnages hantés par leur passé et qui cherchent à vivre leur rêve. Eloge de l’Amérique traditionnelle et des valeurs qui l’ont façonné (comme le montre le chapiteau constitué d’une centaine de Bannières étoilées), Bronco Billy est une œuvre totalement à contre courant du cinéma contemporain, ce qui lui confère une valeur supplémentaire. En le regardant, on pense beaucoup à Frank Capra, dont le film est un des plus beaux hommages de ces dernières décennies. Comme chez l’auteur de L’extravagant Mr Deeds, il y a cette opposition entre les gens simples et généreux (Billy et sa petite famille) et de l’autre, les requins obsédés par l’argent (la famille de Antoinette Lily qui désire mettre la main sur sa fortune). De même, le triomphe des bons sentiments et la confiance dans le rêve américain forment un terreau commun à l’œuvre de Capra et au film de Eastwood. Quand il sort sur les écrans, Bronco Billy est alors la plus grande réussite du cinéaste depuis Josey Wales hors-la-loi en 1976 et une des œuvres qui lui est le plus cher. Mais il n’a pas rencontré le succès escompté, le public s’attendant peut-être à une nouvelle aventure à la Doux, dur et dingueet non pas à cette comédie d’un autre temps et d’une simplicité exemplaire...