Tout amateur de black metal dépressif a déjà croisés la route de Suicidal Madness, entité hexagonale qui répand sa mélancolie froide et poétique depuis plusieurs années. Si Illusions funestes est survenu très rapidement après Les larmes du passé, l’accouchement de Dégénérescence aura cette fois-ci été plus long, deux ans et demie séparant ce troisième méfait de son devancier. C’est dire si celui-ci était extrêmement attendu comme un Graal funéraire et baudelairien, ultime corde à glisser autour du coup.
AU PIF
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Interview | Suicidal Madness (octobre 2016)
Entretien avec Suicidal Madness réalisé pour la Horde Noire.
Suicidal Madness fait partie d'un collectif, Le rêve de Molasar. Peux-tu nous en dire plus à ce sujet ?
En effet, ce collectif est né suite à la mort de notre ancien batteur et ami Molasar. Il regroupe en son sein tous les groupes et projets de ses compagnons d'armes, on y retrouve entre autres : P.H.T.O, Sombre Croisade, Asphodeles, Loup Noir, Vils Serpents, Blukovla, ...
C'était notre façon de lui rendre hommage et de continuer à faire perdurer son amour pour la musique. Suite à ça, un split CD Suicidal Madness / Sombre Croisade lui rendant hommage est sorti, ainsi qu'une box Tape compilant tous les groupes du collectif.
C'était notre façon de lui rendre hommage et de continuer à faire perdurer son amour pour la musique. Suite à ça, un split CD Suicidal Madness / Sombre Croisade lui rendant hommage est sorti, ainsi qu'une box Tape compilant tous les groupes du collectif.
Comment est né Suicidal Madness ?
Cela remonte à 2010, j'avais déjà quelques morceaux sous la main mais ne pouvant assurer moi même tous les instruments, il me fallait d'autres musiciens et je venais justement par le biais d'un forum de faire la rencontre de Molasar, qui officiait en tant que batteur au sein de P.H.T.O. C'est là que tout s'est vraiment enchaâné. La rencontre avec Saddy et Alrinack (tous deux aussi membres de P.H.T.O) ne tarda pas. Je leur ai alors parlé de mon projet, ils ont écouté mes morceaux et ils étaient ok ! Le groupe était né ! Notre collaboration se fit à distance et la première démo fut bouclée avant la fin de la même année.
Vous êtes arrimés au DSBM. Cette étiquette vous convient-elle ou la trouvez-vous réductrice ?
Disons que oui notre musique s'en rapproche fortement, Chaque membre aime ou écoute plusieurs groupes étiqueté DSBM, et beaucoup de ces groupes ont pu nous influencer à un moment ou un autre, on ne peux pas le nier mais quoi que l'on en dise ça reste réducteur je trouve. C'est surtout pratique pour s'y retrouver mais on n'y accorde vraiment peu d'importance, tout ce qui compte pour nous c'est que la musique proposée soit pure et sincère.
Ce genre est très codifié et encombré. Que pensez-vous apporter à ce style ?
On ne pense pas apporter grand chose de neuf à ce style, mais au moins comme je le disais pour la question précédente, une sincérité je pense. Chaque morceaux que l'on enregistre contient une part de chacun de nous, une douleur ou une souffrance à évacuer, on ne cherchera jamais à se donner un genre, c'est vraiment du vécu retransmis en musique, certains s'y retrouveront, d'autres ne pourront tout simplement pas s'y retrouver...
Vous venez de publier un deuxième opus, très justement baptisé "Illusions funestes". Celui-ci arrive relativement vite après "Les larmes du passé". Comment expliquer cette rapidité ? De quand date la majorité de ses morceaux ?
En fait ce qu'il faut savoir c'est que l'intégralité de notre premier album, "Les larmes du passé" était déjà composée et enregistrée depuis 2012. Il était prévu initialement pour 2013 mais suite à plusieurs problèmes il n'est sorti qu'en 2015. Entre temps la composition du deuxième album était déjà en cours ce qui explique cette rapidité de sortie entre les deux albums.
Comment avez-vous élaboré la conception de cet album ?
Pour la première fois nous avons un peu changé la donne, plutôt que ce soit toujours moi qui compose tout, nous avons décidé de travailler cette fois à trois sur les guitares, en dehors de l'intro, de l'instrumental "Contemplation mélancolique" et de l'outro qui sont interpretés uniquement par mes soins, Jeremy (Malsain) (qui est aussi membre de Sombre Croisade avec Alrinack) a par exemple participé à l'écriture de deux morceaux sur l'album, le morceau éponyme "Illusions Funestes" et "Corps dans un corps", j'ai beaucoup aimé notre collaboration, les choses sont vraiment venues très naturellement on était vraiment en parfaite symbiose, quant à Yohan (Alrinack) il est à l'origine des parties de guitare classique qui accompagnent un peu les morceaux tout au long de l'album. Nous allons d'ailleurs désormais continuer de travailler ainsi.
L'incontournable Déhà l'a à nouveau mixé et masterisé. Avez-vous pensé à l'inviter à pousser quelques growls sur un titre par exemple ?
Il est vrai que l'idée me plairait beaucoup, qui sait peut-être pour le prochain album. Rien n'est impossible...
Je considère que vous avez réellement franchi une étape avec "Illusions funestes". Tout y est plus abouti, des compos à la prise de son, que sur "Les larmes du passé". Es-tu d'accord ?
En effet nous avons bien évolué depuis 2012, l'enregistrement a aussi été fait dans de meilleures conditions, cette fois nous sommes passés par un studio appartenant à Yannick Lisi, un très bon pote à moi qui s'est chargé de la prise de son mais aussi des orchestrations que l'on entend sur "Corps dans un corps"et on peux dire qu'on lui doit beaucoup, sans son aide précieuse il est clair que le résultat aurait été très différent. Après ont doit également beaucoup à Déhà qui a mixé et masterisé l'album, il fait à chaque fois un travail remarquable et arrive très vite à comprendre ce que l'on veux, il est déjà clair que l'on repassera par ses services pour le prochain album.
J'aime beaucoup les pistes instrumentales qui, pour une fois, ne sont pas là faire du remplissage mais ont leur raison d'être...
Merci à toi, il faut en fait voir l'album comme un ensemble, un voyage dont on ne revient jamais, qui débute en plongeant dans la démence et qui prend fin avec la mort. Ces pistes instrumentales servent de passerelle en quelque sorte...
Suicidal Madness est-il, pour vous, une forme de catharsis ?
Absolument, la musique permet d'exprimer ce que l'on a d'enfoui en chacun nous. Evacuer par la musique est très libérateur je trouve, cela m'as beaucoup aidé à surmonter certaines périodes très difficiles et je pense que c'est pareil pour les deux autres membres...
Cet album sort via Wolfspell Records. Pourquoi ne pas l'avoir publié, comme son prédécesseur, chez Winterwolf Records ?
Pour la simple et bonne raison que nous avions été très déçus par Winterwolf Records. C'est d'ailleurs cette raison qui nous avait poussé à ressortir nous même en auto prod "Les larmes du passé". Avec Wolfspell Records les choses sont très différentes et c'est très bien ainsi.
Je trouve l'artwork très réussi et sinistrement dépouillé. Il me semble que tu en es l'auteur...
En effet l'artwork à été réalisé par mes soins, j'ai vraiment essayé de faire en sorte qu'il soit en adéquation avec la musique. Actuellement je m'occupe de réaliser aussi la pochette du prochain album de Sombre Croisade qui s'intitulera "Balancier des âmes".
Suicidal Madness est-il un groupe destiné à la scène ?
C'est compliqué pour le moment, en raison de la distance qui sépare chaque membre, Malsain et moi sommes encore pas trop éloignés géographiquement, du fait que nous sommes situés tous deux dans la même région mais ce n'est pas le cas de Alrinack, qui lui vit en Normandie. De plus il nous faudrait un line-up Live, donc un batteur, mais aussi un bassiste (Alrinack ne pouvant pas assurer le chant plus la basse) et un troisième guitariste. On aimerait beaucoup en tout cas, peut-être par la suite on verra...
Vous êtes installés actuellement dans la région Rhône-Alpes. Crois-tu que le cadre géographique détermine l'inspiration et cette coloration dépressive ?
C'est exact, depuis plus d'un an maintenant. Auparavant je vivais en Lorraine qui est déjà bien réputée pour sa grisaille. Je pense très sincèrement que cela joue, oui. Là où je vis actuellement, je suis entourés de champs et de forêts, c'est parfait pour quelqu'un comme moi qui recherche la solitude, le calme et l'inspiration...
Une dernière question : le prochain album sortira-t-il l'année prochaine ?
Je ne saurais te dire à l'heure actuelle, nous allons commencer d'ici un mois à attaquer les choses, faire prendre vie dans un premier temps aux deux ou trois morceaux que j'ai déjà commencé à composer, si les choses se passent comme je l'imagine ce prochain album risque d'être encore plus sombre et tourmenté que les précédents. Je pense que d'ici là il devrait être terminé, oui. En tout cas merci à toi pour cette interview et pour ton soutien !
KröniK | Suicidal Madness - Illusions funestes (2016)
Alors que les stigmates creusées par son aîné d'un an à peine sont encore vifs dans nos cerveaux d'éternels flagellants, Illusions funestes voit déjà Suicidal Madness s'échapper de son caveau pour aller errer, silhouette brumeuse et fantomatique, à travers de sombres chemins figés par le froid de l'hiver. Nouvelle offrande, nouveau label (Wolfspell Records) et toujours cette mélancolie funéraire belle à pleurer. Mais si Les larmes du passé honorait avec un sens réel de la contrition morbide le credo misérable d'un black metal d'obédience (forcément) dépressive, ce deuxième opus s'élève bien au-delà de la simple copie, par la magie (noire) d'un art sinistre puissamment inspiré. Les progrès réalisés par les Français impressionnent. Ecriture touchée par une grâce meurtrie, arrangements d'une gravité solennelle, prise de son d'une ampleur inédite (cette basse qui claque, bon dieu, comme sur Voyage macabre) sans pour autant siphonner cette négativité cryptique inhérente au genre et une interprétation qui ne saurait susciter la moindre réserve, définissent le remarquable travail abattu par des musiciens chevronnés ayant la grandeur de ce metal noir suicidaire chevillé au corps. Rien, absolument rien, n'a été laissé au hasard, chaque note, chaque arpège ont leur raison d'être, à l'image des courtes pistes instrumentales qui bordent le menu, intro, intermède et outro certes de rigueur mais qui par leur beauté douloureuse, que tisse à la manière d'un suaire, une guitare rongée par le désespoir le plus profond, n'ont rien du vain remplissage (Contemplation mélancolique). Entre ces respirations squelettiques, cinq plaintes se succèdent, lesquelles redonne tout son lustre à un style trop souvent corrompu par des kystes étrangers. Au contraire, artisan orthodoxe, Suicidal Madness demeure fidèle à une approche dont la pureté n'a d'égale que la noblesse. Avec son tempo pétrifié d'une lenteur telle que le batteur a le temps d'aller pisser entre deux coups de caisse claire, et ses vocalises hurlées d'Alrinack, pinceaux qui trempent dans un mal-être infini, Démence pose les fondations écorchées d'une écoute placée sous le signe d'une funèbre inexorabilité. Comment ne pas être touché jusqu'au plus profond de son âme par ce spleen désespéré ? Il faut ne jamais avoir croiser la mort pour ne pas être sensible à cette obscurité cafardeuse. Egrenant accords osseux ou riffs pollués, les guitares de Fab étendent une toile dont chaque fil est une note mélancolique, témoins ces deux tertres immenses que sont Illusions funestes et surtout ce Corps dans un corps, véritable orgasme mortuaire, deux gemmes noirs dont le poison désenchanté se faufile dans les veines pour nous figer, avant de nous entraîner dans les ténèbres d'un gouffre sans fin. Voyage à travers les limbes, ce deuxième album fait plus que confirmer le potentiel tragique de Suicidal Madness, il le place au sommet d'un DSBM authentique. 4/5 (2016)
Suicidal Madness | Les larmes du passé (2015)
Après les préliminaires de rigueur, dont un split partagé avec son faux-frère jumeau Sombre Croisade, 'Molasar Dreams', voici donc (enfin) venu le temps de la première véritable offrande pour Suicidal Madness, opus séminal fortement attendu par tous ceux auxquels ces petits bruissements ont mis l'eau à la bouche. A raison. Les autres, pour qui le groupe n'évoque rien, ont deviné à quelle chapelle se rattache celui-ci. Son nom tout comme l'écrin visuel habillant tel un suaire ce galop d'essai constituent en effet les indices évidents de l'expression suicidaire que les Normands ont choisi de ruminer. De fait, c'est un art noir profondément mélancolique que ces 'Larmes du passé' exalte avec respect et modestie. Sans chercher ainsi à les renouveler, le groupe aligne tous les invariants propres au genre, depuis les voix écorchées de rigueur en passant par les tempos léthargiques qui n'enclenchent jamais vraiment la seconde. Ce n'est pas grave car la force du black metal dépressif se trouve ailleurs, moins dans l'originalité donc que dans sa faculté (ou non) à capter un sentiment de désespoir absolu. Mais la frontière entre spleen lugubre et apitoiement misérable se révèle ténue et nombreux sont finalement ceux à s'embourber dans le second. Ce qui n'est bien entendu pas le cas de Suicidal Madness. D'un abord mélodique tout relatif, il n'est pourtant pas le plus noir ni le plus extrême des flagellants mais il a pour lui une dimension poétique qui suinte de ces complaintes engourdies par la contrition, notamment véhiculée par ce chant en français, lequel résonne comme un douloureux cri d'abandon. Saddy hurle comme si demain ne devait plus jamais exister, comme si le soleil ne devait plus jamais se lever ('Le glaive'). Excepté le (quasi) terminal 'Coma (Xibalba)', longue macération de plus de dix minutes au jus, le groupe possède également la capacité à résumer son propos par le biais d'un format resserré loin des trames (trop) souvent dilatées de mise. Toute la tristesse qui le ronge coule tel un pus maladif de compositions vrillées par des guitares polluées, nourries à l'humus burzumien ('Les larmes du passé'). Prisonnier d'une lenteur aussi obsédante que mortifère, l'art noir sculpté par Suicidal Madness aux allures de gisant, n'en reste pas moins ancré dans une tradition nationale à laquelle ses textes ne sont sans doute pas étrangers, à l'image de 'Nouvelle aurore'. C'est beau, c'est triste mais toujours noble. 'Les larmes du passé' porte en lui un telle souffrance que l'on ne peut qu'être touché au plus profond de son âme en s'abîmant dans ses sombres arcanes. Il faut ne jamais avoir connu la douleur pour rester insensible face ce recueil austère et sinistre. (2015)
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