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Reido | Anātman (2019)



















Cela faisait longtemps qu'une telle chape de désespoir ne s'était pas abattue sur nous. En nous abîmant dans les vertigineuses arcanes de "Anātman", c'est pourtant ce qui nous est arrivé, les membres engourdis, figés, incapables du moindre mouvement face à une telle vague pétrifiée.

KröniK | Mourning Dawn - Waste (2017)


Rouen évoquera pour certains la cathédrale Notre-Dame, immortalisée par Claude Monet, pour d'autres, la place du Vieux-Marché où Jeanne D'Arc fut brûlée vive. Mais pour nous, cette ville de Seine-Maritime invoque surtout le doom, dont elle est un des points névralgiques, fief d'Ataraxie, son incontestable figure tutélaire hexagonale, autour duquel gravitent nombre de formations connectées les unes aux autres par de profonds liens aussi bien humains que musicaux, de Funeralium à Mhönos, de Fatum Elisum à Mourning Dawn.
Celui-ci, quoique moins culte et exposé que son aîné, si tant est que le groupe de Jonathan Théry le soit tant que cela, érige depuis 2002 un édifice ravagé dont les noueuses et telluriques fondations s'enfonce dans les entrailles mortifères d'un black metal halluciné. Trois opus jalonnent ainsi une trajectoire tracée dans l'ombre de son aîné avec lequel il a partagé, outre la scène à maintes reprises, un hommage au « Dictius To Necare » de Bethlehem. Mais après avoir craché sa semence mazoutée à un rythme régulier, il est vrai que le groupe se montre, depuis huit ans, (bien trop) avare de son doom death tortueux, n'offrant que « Les sacrifiés » en 2014 et enfin ce « Waste » que nous n'attendions plus vraiment. Taquin à la manière des Finlandais de Reverend Bizarre lorsqu'ils présentaient leur « Harbinger Of Metal » long de plus d'une heure comme un simple EP ( !), les Français désignent ainsi cette nouvelle création non pas comme leur quatrième véritable opus mais comme un extented play qui tutoie les 70 minutes au jus ! En outre, loin du banal agrégat de fonds de tiroir auquel ce format mal-aimé est parfois – à tort – associé, la réalisation de cet opuscule a été présidée par un concept précis en ce sens où trois pistes d'égale durée, soit 24 minutes et douze secondes, le structurent. Trois titres donc, trois monolithes dressés dans une nuit opaque qui se complètent et se répondent en une variation sur un même thème empreint d'une désolation hantée. 'The One I Never Was', 'The One I'll Never Be' et 'Waste (The Deconstruction...)' forment les trois côtés d'un même vertigineux triangle. C'est long, c'est lent, d'une puissance sombrement hypnotique mais comme toujours avec Mourning Dawn, affleurent à la surface une espèce de négativité purulente, une noirceur d'encre, un mal-être corrosif, dont le chant habité de Laurent reste plus que jamais l'un des principaux vecteurs, capable à lui seul d'empoisonner l'atmosphère tel un venin cendreux, de figer sur place, à la manière d'une gorgone caverneuse, toute forme de vie. Pulsatives et obsédantes, ces pièces s'étirent jusqu'aux limites de la rupture, sans pour autant s'embourber dans l'ennui ou une sériel répétition. Au contraire, une sourde progression les guident, traversant des paysages anéantis quoique non dénués d'une forme de beauté, une beauté déchirante que tissent ces guitares engourdies par le désespoir le plus absolu, le plus inexorable. Le groupe atteint des sommets d'émotion et ce faisant, accouche peut-être de ses compositions les plus douloureusement belles. Incontournable. 4/5 (2017) | Facebook






KröniK | Wreck Of The Hesperus - Light Rotting UOut (2011)


Les malheureux qui se laisseront (peut-être) abuser par l’accroche commerciale (?) dont Aesthetic Death, label néanmoins précieux, n’a rien trouvé de mieux que de l’affubler, le rapprochant de Nortt et de son Funeral Black Doom Metal brumeux, en seront pour leur frais. Wreck Of The Hesperus ne noue (bien entendu) aucun lien avec le one-man band danois comme avec aucun autre d’ailleurs. Wreck Of The Hesperus ne ressemble qu’à lui-même, c’est-à-dire à rien… de connu. Forant la roche irlandaise, origine géographique qui se lit à travers ses traits tourmentés, dont il porte les stigmates meurtries, le groupe enfante un art sévère, abrupte et tellurique que l’on serait tenté de rapprocher du Sludge carbonifère, sans pour autant se satisfaire de cette définition par trop réductrice. Wreck Of The Hesperus se veut tellement extrême qu’il est à même de renvoyer dans le bac à sable de la maternelle bon nombre de faces de goules croyant qu’il suffit de faire la gueule en brandissant une croix renversée pour faire peur. Etouffante et pétrifiée, sa musique ne tend jamais aucune main à l’auditeur qui rendra probablement les armes avant de parvenir au bout de Light Rotting Out, qui vient – enfin ! – compléter une discographie débutée en 2004, après plusieurs efforts (splits, EP) et un premier méfait en 2006 (The Sunken Threshold) et dont la (pourtant) petite quarantaine de minutes parait en faire le double. Le fait que la dernière des trois plaintes qui le compose, en remplisse plus de la moitié, n’est sans doute pas étranger à cette impression de supplice sans fin, d’une chair labourée à l’infini. Aucune lumière ne vient jamais réchauffer cette effroyable macération charbonneuse qui réussit l’exploit de plonger dans le noir tout ce qui l’entoure. L’air y est vicié et seule la voix claire et solennelle du vicaire Albert Witchfinder (ex Reverend Bizarre) surgissant lors des ultimes mesures de l’interminable Golgotha "Holy Rheum", après que celui-ci ait fait plus que tutoyer une folie prolifératrice par le biais d’une espèce de saxophone halluciné, apportera une courte mais salutaire bouffée d’oxygène. C’est peu. Vouloir décrire Light Rotting Out apparaît en définitive vain, sinon absurde, en cela qu’il n’est qu’un magma monstrueux, organisme tentaculaire que les Irlandais nourrissent à base d’une stratification de riffs apocalyptiques. L’album est-il bon ou pas ? Impossible de répondre à cette question à priori simple tant Wreck Of The Hesperus échappe aux critères habituellement retenus pour juger un disque. Par conséquent, il devrait autant rebuter que séduire si tant qu’il soit possible de parler de séduction à propos d’une œuvre vierge de la moindre trace de beauté et d’un hermétisme absolu qui redonne tout son sens au mot "extrême". 3.5/5 (2011)