En 1996, Morbid Angel se sépare de son charismatique chanteur et bassiste, David Vincent, ainsi que du guitariste Erik Rutan, parti former Hate Eternal. S'il a connu maints changements de line-up autour de sa figure de proue, Trey Azagthoth, toujours flanqué du fidèle batteur Pete Sandoval, nombreux sont pourtant ceux qu'inquiète alors ce double départ. A tort bien entendu, car c'est oublier que le maître des lieux fait partie de ces artistes visionnaires dont le talent ne saurait être étouffé ni même freiné par de basses questions de ressources humaines. Contre toute attente, Azagthoth profite de cette éviction pour que Morbid Angel redevienne un trio, Rutan n'étant pas remplacé. Pour succéder à Vincent, les Américains jettent leur dévolu sur Steve Tucker qui n'avait alors gravé qu'une seule démo en 1992 avec l'éphémère Ceremony. Si ce dernier ne possède pas une personnalité aussi affirmée que son glorieux prédécesseur, son chant plus bestial se fond à merveille dans un art que "Formulas Fatal To The Flesh" plonge dans une brutalité hallucinée. Il résulte de cette combinaison un album, dont certains textes sont écrits en sumérien, parmi les plus agressifs alors jamais enfantés par Morbid Angel. Un des plus menaçants également. Une tension démentielle gronde depuis les infernaux arcanes de cet opus en forme de labyrinthe aux dimensions tentaculaires. Les trois musiciens sont au diapason d'une violence maléfique comme venue du fond des âges. A ce titre, la première partie du programme se veut un modèle du genre dont on ne sort pas indemne avec des perles noires telles que 'Heaving Earth' ou 'Prayer Of Hatred'. Véritable Lapin Duracel, Sandoval martyrise ses fûts cependant que Trey tisse ses lignes de guitare extra-terrestres dont il possède l'art et le secret, à l'image de 'Chambers Of Dis', qu'il hante de sa tutélaire présence. Puis, à partir de l'instrumental 'Disturbance In The Great Slumber', trou noir d'une abyssale beauté, l'œuvre prend une direction plus sinueuse, plus évolutive peut-être. C'est toujours aussi brutal - témoins les coups de massue de l'acabit de 'Hellspawn : The Rebirth' ou 'Umulamarhi' - mais bourgeonne en une myriade de sphères inconnues. Le court et atmosphérique bien qu'oppressant 'Hymn To Gas Giant', qui porte l'incontestable griffe du guitariste, et surtout le monumental 'Invocation Of The Continual One' que perforent de multiples cassures illustrent cette fin de parcours aux couleurs cosmiques que vient toutefois parasiter une conclusion maladroite incarnée par trois petits instrumentaux qui tombent comme un cheveu sur la soupe alors que cette pulsation de près de dix minutes à laquelle ils succèdent aurait constitué un final définitif. Album ambivalent où fusionnent la violence la plus débridée et la beauté la plus viciée, "Formulas Fatal To The Flesh" ouvre pour Morbid Angel un nouveau chapitre, premier d'un triangle que compléteront "Gateways To Annihilation" et le décrié "Heretic". 3/5 (2015)
AU PIF
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Morbid Angel | Gateways To Annihilation (2000)
Septième méfait de Morbid Angel, "Gateways To Annihilation" marque la seconde collaboration du groupe avec Steve Tucker. Si "Formulas Fatal To The Flesh" semblait presque être le fruit du seul Trey Azagthoth, son successeur se rapproche davantage d'une oeuvre collégiale. Le chanteur a trouvé sa place, participant même à la composition de quelques titres, cependant que le guitariste Erik Rutan est déjà de retour, après un hiatus de trois ans et en attendant de quitter de nouveau le vaisseau, définitivement cette fois-ci, en 2002. Réputés pour la vélocité de leur Death Metal, les Américains surprennent avec ce disque qui les voit serrer le frein à main plus que de coutume, quitte à décevoir une partie de leur public. A tort. A son écoute, on mesure pourtant que Morbid Angel n'a pas mis en jachère sa noirceur malsaine, bien au contraire car de ces tempos pesants, reptiliens, suintent une négativité oppressante qui fait de cet album l'un des plus terrifiants jamais enfantés par ses créateurs. Et donc l'un des meilleurs également. Sous-estimé à sa sortie justement pour son soi-disant déficit en brutalité, "Gateways To Annihilation" mérite de fait d'être réévalué à sa juste valeur, car quinze ans après sa publication il n'a rien perdu de sa force souterraine. Mieux, par ses traits puissamment cryptiques, il apparaît comme une œuvre visionnaire. Contrairement à "Formulas Fatal To The Flesh", labyrinthe sinueux malheureusement parasité en fin de parcours par des pistes instrumentales qui ne se justifiaient pas, cet opus a quelque chose d'un bloc suffocant et indivisible d'une terrifiante densité. Passée une introduction bizarre, l'étau se serre d'emblée avec 'Summoning Redemption', longue excavation rampante forant les arcanes de la terre guidée par les lignes de guitare cosmiques comme venues d'une autre planète du maître Azagthoth. Même constat avec 'Angeless, Still I Am', plongée infernale dans les profondeurs d'un puits sans fin. Bien que toujours très technique, Morbid Angel mise sur les ambiances, sur les atmosphères viciées et n'est parfois pas si éloigné que cela d'un death doom abyssal, témoin 'He Who Sleeps', rouleau-compresseur qui fait trembler les murs. Il faut attendre 'To The Victor The Spoils' pour que le rythme commence réellement à s'emballer, malgré des guitares toujours accordées plus bas que terre, ouvrant sur une seconde partie sans doute plus conforme à ce que certains attendent des Américains ('Secured Limitations', 'Opening Of The Gates'), encore que nombre de pistes s'abîment dans les méandres obscurs d'une lourdeur hallucinée, à l'image de 'At One With Nothing' aux échappées démentielles, et surtout du terminal 'God Of The Forsaken', épilogue définitive et cette fois réussie d'un opus certes plus lent que ses devanciers et ses successeurs, mais finalement (plus) redoutable dans sa brutalité cyclopéenne. Coincé entre "Formulas Fatal To The Flesh" et "Heretic", "Gateways To Annihilation" ne s'impose pas seulement comme le meilleur album de la période Steve Tucker mais comme une des œuvres majeures du groupe, avec "Blessed Are The Sick" dont il se rapproche par ses ambiances sombrement bourgeonnantes. (2015)
KröniK | Cauldron - Chained To The Nite (2009)
La nostalgie fait vendre, croyez-le. Nous vous avons déjà beaucoup parlé de ces tous ces Marty McFly du progressif (Astra, Diagonal...) qui semblent s'être échappés des années 70, un peu moins de ceux qui sont restés bloqués dans la décennie suivante.
KröniK | Blood Red Throne - Souls Of Damnation (2009)
La Norvège a toujours été le parent pauvre de la scène death metal. Sans doute ses unholy forces of evil ont-elles préféré tourner leurs face de gargouille vers son cousin le black metal. Pourtant Darkthrone a débuté comme une modeste bande de death metal avant de virer sa cuti tandis qu'un Old Funeral qui regroupait, excusez du peu, Varg Vikernes et Abbath n'était rien d'autre qu'un mauvais gang de zombis du metal de la mort.
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