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KröniK | Dio - Lock Up The Wolves (1990)


Si les débuts de Dio en solo furent remarquables, prouvant ainsi à ceux qui en doutaient qu’il pouvait exister avec succès sans avoir besoin d’un Ritchie Blackmore ou d’un Tony Iommi, la seconde moitié des années 80 témoigne déjà d’une baisse de régime, notamment incarnée par l’inégal Dream Evil en 1987. C’est dans ce contexte qu’est enfanté Lock Up The Wolves, conçu pour remettre le groupe sur de bons rails. Pour cela, le lutin entreprend le grand ménage de printemps et recrute une toute nouvelle équipe autour de sa personne.
Davantage que l’ancien batteur d’AC/DC, Simon Wright et le claviériste et ex Yngwie Malmsteen (et futur Stratovarius !) Jens Johansson, c’est surtout l’embauche d’un jeune inconnu pour tenir le poste Ô combien déterminant de guitariste, Rowan Robertson que Dio présente comme le nouveau Vivian Campbell, qui retient l’attention. Or contre tout-attente, puisque annoncé comme un retour aux sources, ce cinquième album n’est pourtant pas à la hauteur des espoirs placés en lui. Loin, très loin de la flamboyance de Holy Diver et The Last In Line, il peut se résumer en une collection de morceaux au mieux assez lourds, au pire, paresseux et sans folie. "Wild One" démarre pourtant le programme sur les chapeaux de roue comme le veut la tradition, laissant ainsi espérer un réveil de la réussite d'antan. Suit le sabbathien "Born On The Sun", perle méconnue du répertoire du groupe, où la frappe lourde de Wright imprime un tempo ultra pesant. Malheureusement, la suite n’est pas du même tonneau, alternant chansons poussives ("Hey Angel", pas désagréable toutefois, "Night Music") et pièces lentes et heavy, néanmoins un peu plus convaincantes telles que le lancinant "Between Two Worlds", le titre éponyme long de plus de huit minutes ou l'émotionnel "My Eyes". Déséquilibré, Lock Up The Wolves aligne donc quelques bonnes compositions, malgré tout tombées dans les oubliettes de la mémoire, et qui voisinent regrettablement avec d’autres bien trop banales ("Walk On Water", "Twisted") eu égard au talent de sa charismatique figure de proue. Ceci dit, l’interprétation ne saurait susciter la moindre réserve si ce n’est peut-être la discrétion, pour ne pas dire l’absence, de Johansson, étonnamment sage. Dio vocalise merveilleusement comme il l’a toujours fait et le fera toujours, tandis que la jeune recrue s’en sort avec les honneurs sans pour autant faire oublier Vivian Campbell. Echec artistique autant que commercial, Lock Up The Wolves, alors qu’il aurait dû freiner l’érosion de la popularité de son leader, ne fera en fait que la renforcer encore davantage. Son projet coincé dans une impasse, on comprend alors aisément pourquoi Ronnie acceptera peu après l’invitation faite par ses anciens employeurs pour retourner temporairement sein d’un Black Sabbath lui aussi en pleine déroute, cette réunion devant pour chacune des parties en présence permettre de renouer avec un succès après lequel elles courent alors depuis quelques années… 2.5/5 (24/05/2010)






KröniK | Black Sabbath - Dehumanizer (1992)


Au début des années 90, Black Sabbath, ou du moins ce qu’il en reste, n’est plus que l’ombre de lui-même. Ses deux derniers albums, Headless Cross (1989) et Tyr (1990), dont on ne reconnaîtra les qualités souvent que bien plus tard, sont accueillis dans une indifférence quasi-générale. Malgré un line-up pour la première fois depuis longtemps à peu près stabilisé autour de l’inamovible Tony Iommi, du chanteur Tony Martin, du bassiste Neil Murray et du légendaire batteur Cozy Powell, le groupe poursuit un déclin que rien ne semble vouloir interrompre. Conscient de cet échec et poussé par la Warner, le ténébreux guitariste décide de réunir une formation capable de redorer l’image du dinosaure anglais.
Très vite, le bassiste Geezer Butler et Ronnie James Dio, dont la carrière solo est également en panne le rejoignent avec en ligne de mire la réalisation d’un nouvel opus et d'une tournée. D’abord baptisé Heaven And Hell II, Dehumanizer connaît une conception cependant tumultueuse, moins sur un plan artistique que relationnel. En effet, tous les deux dotés d’un ego surdimensionné, Iommi et Dio ne tardent pas à s’affronter au point que Tony Martin est même rappelé un temps avant de se faire à nouveau lourder. De plus, pourtant anciens compagnons au sein de Rainbow, le chanteur et Cozy Powell ne s’entendent pas davantage. Ce dernier quitte rapidement le navire, permettant la réunion complète du line-up qui enregistra Mob Rules avec le retour de Vinnie Appice. Gravé sous la houlette de Mack, reconnu pour son travail sur les Queen des années 80, et choix donc à priori curieux, Dehumanizer voit le jour en 1992. C’est une réussite et probablement alors le meilleur disque que Black Sabbath ait enfanté depuis le décrié Born Again (1983), avec lequel il partage en outre une direction ultra-pesante identique (c'était du reste déjà le cas de Headless Cross). Œuvre glaciale et sombre, il est construit sur une succession de titres au tempo très lourd. En ouverture, "Computer God", impose d’emblée ses traits sculptés au burin. Avec son introduction lugubre à souhait, "After All (The Dead)" s’enfonce encore un peu plus dans des rivages heavy aux confins du doom. "Letters From Earth", le grandiose "Too Late", sommet d’émotions et proche des perles épiques parsemant Mob Rules (façon "Sign Of The Southern Cross" par exemple) ou le presque malsain "Buried Alive", qui voit le guitariste se fendre d'un solo sur lequel plane l’ombre de "Lonely Is The Word" sont les marches successives qui descendent dans les arcanes d’un monde en perdition. Certaines compos affichent une cadence plus véloce, telles que "TV Crimes" ou "Time Machine", émaillé d’une intervention nerveuse du gaucher, mais restent minoritaires, ce dont on ne se plaindra pas car elles ne sont pas les plus marquantes du lot. Avec un album de cet acabit sous le bras, Black Sabbath aurait dû ensuite transformer l’essai sur scène. Il n’en est rien. Si les concerts sont bons et font le plein, l’entente cordiale entre les musiciens se dégrade et lorsque le groupe accepte d’ouvrir pour Ozzy Osbourne lors de ses deux concerts d’adieu (?), Dio claque la porte et se voit remplacé par Rob Halford. L’épisode Dehumanizer s’achève donc sur une note amère. Opus oublié et mésestimé, ceci expliquant sans doute cela, il mérite de fait d’être (re)découvert. Les prestations offertes par Heaven And Hell depuis 2007, en n'hésitant à piocher dans son menu, ont rappelé sa réussite à notre bon souvenir. 3.5/5 (24/05/2010)