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Edward Ludwig | Alerte aux marines (1944)


Pendant la Seconde Guerre mondiale, le cinéma de propagande américain fonctionne à plein régime. Si le volet antinazi a pu donner naissance à de très grands films lorsqu'ils dépassaient le cadre du simple produit militariste et manichéen (Casablanca, The Mortal Storm, Espions sur la Tamise, La cinquième colonne etc...), du côté du Pacifique, le résultat fut moins heureux, à l'exception notable de Aventures en Birmanie. S'il nous éclaire sur les Fighting Seabees, unité du génie militaire peu connu, Alerte aux marines se révèle peu enthousiasmant, ne nous épargnant aucune convention aucun cliché sur le sadique ennemi japonais ou la bravoure américaine. John Wayne ne semble pas très concerné. On ne croit pas davantage au triangle amoureux quasi obligé auquel il participe avec Susan Hayward et un Dennis O'Keefe plus à l'aise dans les polars d'Anthony Mann (Marché de brutes, La brigade du suicide).
Les truculents rôles secondaires généralement de mise sont qui plus est absent de ce film emballé sans personnalité par Edward Ludwig qui retrouvera le Duke dans le fameux - quoique surestimé - Réveil de la sorcière rouge, artisan auquel l'aventure sied davatage, comme en témoigneront Le trésor des Caraïbes ou L'appel de l'or, de même que le western (La ville sous le joug) ou la SF (le scorpion noir). Bref, pur objet de propagande belliciste et sans nuances, Alerte aux marines est un film très moyen voire médiocre. (Vu le 18/03/2018)










John Wayne | Alamo (1960)


S'il est fréquent de voir un acteur passer la caméra, rares sont ceux en revanche à s'imposer comme des réalisateurs à part entière, à l'exception de Clint Eastwood ou de Robert Redford, pour ne citer que deux exemples. La plupart se contente souvent d'un film ou deux. Hormis Charles Laughton et sa Nuit du chasseur, ces tentatives se soldent bien souvent par un résultat honnête mais guère plus. Sans égaler la réussite, artistique plus que commerciale, du comédien de Témoin à charge, John Wayne se fend avec Alamo d'un coup d'essai aux allures de coup maître. Il est permis de se demander comment le Duke a pu faire preuve d'une telle maîtrise digne des plus grands et de John Ford en particulier. Alamo est à la fois un très grand western qui porte la griffe de son auteur, qui a mis quinze ans pour concrétiser ce projet, mais aussi une oeuvre fondatrice de l'Amérique dans ce qu'elle a de plus grand à savoir la liberté, l'amour de la nation, qui la pousse bien au-delà du simple brûlot patriotique que les détracteurs de Wayne veulent voir.
Longue méditation sur la mort et le sacrifice, Alamo commence dans l'intimité pour s'achever dans un lyrisme grandiose à travers le siège du fameux fort, filmé avec une ampleur peu commune. De la musique inoubliable de Dimitri Tiomkin en passant par une belle troupe d'acteurs, dont Richard Widmark, éblouissant dans la peau de Jim Bowie, tout concourt à faire de ce western un spectacle fascinant.




























John Ford | L'aigle vole au soleil (1957)


Si l'on veut vraiment connaître John Wayne, L'aigle vole au soleil fait partie des films qu'il faut avoir vus, avec L'homme tranquille ou La prisonnière du désert, toujours mis en scène par John Ford. Il prouve dans ce biopic consacré à la vie de l'aviateur et plus tard scénariste Frank "Spig" Wead quel grand comédien il était, loin de la figure monolithique que ses détracteurs lui prêtaient. Il faut le voir vieilli, boitant dans la peau de cet homme brisé mais qui trouve la force de survivre, de se surpasser. C'est une formidable leçon de courage que nous propose le réalisateur qui trouve là un sujet selon son coeur dont on voit mal qui d'autre que lui, aurait pu le filmer.
S'il commence sur une note légère et humoristique, cette truculence cède ensuite à la place à la gravité sans que la camaraderie chère aussi bien à Ford qu'à son acteur fétiche, ne déserte une histoire où l'amitié est plus forte que l'amour, témoin la relation que Wead entretient avec sa femme, idéalement campée par Maureen O'Hara, incandescente et sauvage. Un beau flm (trop) méconnu. | IMDb