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KröniK | Helheim - landawarijaR (2017)


S'ils s'étaient fait désirer, laissant filer quatre années entre un "Heiðindómr ok mótgangr" qui avait su remettre leur drakkar à la mer et un "raunijaR" maladroit quoique non dénué de cet éclat nordique si particulier, nous sommes surpris de voir les Norvégiens de retour avec - déjà - un neuvième album, que seules deux petites années séparent de son devancier.
Le fait qu'il ait été, comme ce dernier, capturé au sein des Conclave et Earshot studios, durant une période très proche (entre 2014 et 2016), pourrait laisser penser que "landawarijaR" s'engouffre dans un fjord identique, à la fois toujours aussi abrasif et tranchant tout en sonnant plus atmosphérique sinon évolutif qu'à l'époque, désormais lointaine, où les Vikings se lançaient à l'aventure dans le sillage d'un Enslaved dont on a toujours l'impression qu'ils essayent d'imiter le parcours, le souffle psychédélique et tout simplement le génie en moins, ce que la timide incorporation de voix claires et de kystes quasi progressifs ont pu confirmer. Reprenant en effet les choses là où les a laissées "raunijaR", ce nouvel opus possède toutefois plus de réussite, plus de charme également. D'une lancinance majestueuse, il atteint ainsi le Valhalla à maintes reprises, entre ce 'Rista blóðørn' que recouvre l'ombre du groupe d'Ivar Bjornsson, pour cette façon dont la guitare s'élève très haut pour tutoyer les cieux et la pièce éponyme longue de presque dix minutes au compteur, nimbée de chœurs galvanisants et elle aussi théâtre de parties de six-cordes belles à pleurer, entre un 'Ouroboros' que lancent des rouleaux de batterie envoûtants qui se fracassent contre une falaise que dresse un riffing glacial et un  'Enda-dagr' que secouent de multiples forces souterraines, à la fois sinueux et franchement progressif dans ses aplats duveteux. Fidèle à ces lignes abruptes et grésillantes et une prise de son minérale dont il ne se départira sans doute jamais, Helheim démontre encore une fois, à sa mesure, certes modeste, qu'il n'est pas du genre à se répéter, à stagner. Ce faisant, il continue de polir son art, d'expérimenter, quitte à décevoir quelques ayatollahs nostalgiques d'un passé révolu et (plus) brutal. Pourtant, le groupe, toujours emmené par le même triumvirat historique, complété depuis 2008 par le guitariste Reichborn, puise justement son identité - et sa valeur - dans cette faculté à faire évoluer son black pagan dont les atours rocailleux et épiques s'ouvrent sur des horizons de plus en plus entêtants à défaut d'être plongés dans une obscurité éternelle. Quelques longueurs (sur 'Baklengs inn i Intet') et facilités (l'ouverture de 'Synir') ne grèvent pas ce "landawarijaR" aux allures de tertre granitique, plus massif et puissamment inspiré  que son prédécesseur, "raunijaR'. 3/5 (2017) | Facebook






Helheim | rauniJaR (2015)

On aurait pu croire le vieux drakkar norvégien relancé après un "Heiðindómr ok mótgangr" de bonne mémoire qui nous avait alors rassuré, répondant de la plus puissante des manières à tous ceux qui doutaient de le voir un jour (enfin) renouer avec l'inspiration et la vigueur de ses vertes années. Or il aura encore fallu attendre quatre ans pour voir Helheim reprendre la mer, preuve que la carrière du groupe demeure toujours aussi morcelée, confirmant son éternel statut de Poulidor du Black viking. Peu importe en fait, tant que les albums sont bons. Mais est-ce le cas de "rauniJaR" ? Entre 'Helheim 9', amorce malheureuse qui montre nos guerriers essayer de braconner sur les terres chamaniques de Wardruna, l'âme et la vibrante beauté en moins, des épopées aux allures de marathons épiques mous de la hache et une pochette peu engageante, le résultat risque d'en décevoir plus d'un, à commencer par ceux qui espéraient y (re)trouver une forme d'agressivité minérale, finalement guère présente que sur le titre éponyme qui ne se révèle pourtant pas le meilleur du lot, loin s'en faut. Le reste, soit trois morceaux remplissant à eux seuls les trois quart du menu, privilégie donc les mid-tempos au service d'ambiances envoûtantes. D'abord déroutant, "rauniJaR" puise néanmoins dans cet humus atmosphérique une sève mythologique évocatrice de ce peuple fier et redoutable qui sillonnait les mers, plongeant dans l'effroi ceux qui avaient le malheur de croiser sa route. De fait, loin d'en bâillonner la force granitique et sévère, cette architecture d'une lenteur épique propulse l'art des Norvégiens vers le Valhalla, plus encore même  que certains de ses hauts faits d'armes passés. Un souffle immense parcourt ces complaintes qui tutoient toutes les dix minutes au garrot, lesquelles donnent envie de cavaler à travers des paysages rocailleux drapés d'un manteau neigeux, une corne d'hydromel dans une main, un marteau de Thor autour du cou. Si le chant clair n'est pas toujours très juste, l'éclat majestueux dont brille cette œuvre ambitieuse n'en souffre absolument pas. Nous aurions pu craindre par ailleurs que les Vikings ne s'égarent, pris au piège de longueurs qui semblaient inévitables. Il n'en est pourtant rien, "rauniJaR" n'ennuie jamais, irrigué par des mélodies galvanisantes que sculptent dans la roche glaciale des guitares au goût de fer, cependant que la batterie libère des rouleaux qui s'abattent contre une falaise monumentale. Notes acoustiques et lignes de violon osseuses (sur 'Odr') complètent une artillerie qui fait la part belle aux atmosphères entêtantes, à l'image du diptyque 'Asgards Fall III et IV', lequel creuse de vastes fjords nimbés d'une brume éthérée qui peu à peu s'élève. Certes tous ne s'y retrouveront pas mais il n'en demeure pas moins que ce huitième album, quoiqu'imparfait, brille d'une austère beauté, réussissant mieux que d'autres sans doute, à capter l'essence de cet héritage nordique. (2015)