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KröniK | Winterfylleth - The Hallowing Of Heirdom (2018)
Si, de part sa dimension forestière et séculaire, le black metal païen est propice à une forme d'expression osseuse et acoustique, accoucher d'une offrande totalement dénudée d'éléments électriques n'est pas un exercice aisé à accomplir, loin s'en faut. Grand est le piège tendu par l'ennui et les limites de l'entreprise affleurent alors rapidement à la surface. Surtout, faire mieux dans le style que le quintessentiel "Kveldssanger" que Ulver a gravé en 1995 semble difficile voire impossible. Malgré son incontestable talent, le fait que Winterfylleth ait décidé de tenter l'aventure acoustique n'était pas nécessairement une bonne idée. Car c'est en coulant une fureur abrasive et granitique dans une beauté boisée que l'art noir des Anglais puise sa force et sa dimension mythologique.
Dépouillé de ses reliefs tranchants, on pouvait craindre de voir ce décor meurtri se réduire à une plaine monotone, aussi touchante soit-elle. Sa durée, presque une heure au garrot, n'était pas non plus pour nous rassurer quant à la capacité de ce "The Hallowing Of Heirdom" à maintenir tout du long l'intérêt et nos sens en éveil. Or et contre toute attente, le quatuor de Manchester livre une réussite exemplaire, trouvant toujours le ton juste, empreint de noblesse et de gravité. De ces arpèges bucoliques coule une émotion épurée qui ravive des plaies restées fermées depuis longtemps, témoin le douloureux 'Embers'. De ces aplats squelettiques naissent des paysages à la fois rudes et mélancoliques que l'on sillonne à travers une sente ombrageuse aux couleurs automnales. Le concept qui a présidé à la réalisation de ce sixième opus permet à ses créateurs de puiser dans ses racines celtiques et ancestrales ('Æcerbot', 'On-Cýdig'), auxquelles participent des lignes de violon décharnées ('Resting Tarn'). D'une grande sécheresse de trait, l'œuvre n'en est pas moins extrêmement travaillée. Aux côtés de courtes respirations belles comme un chat qui dort en boule ('A Gleeman's Volt', "Halgemonat'), des pièces plus étirées déroulent leur trame émotionnelle, à l'image des deux sentinelles 'The Sheperd' et 'The Hallowing Of Heirdom', longues de plus de sept minutes. Qu'elle soit acoustique ne signifie pas que l'offrande tavelée de multiples arrangements soit instrumentale. Plusieurs de ses plaintes se voient ainsi bercées par un chant solennel ou des chœurs majestueux ('Frithgeard'). De même, ce format n'induit pas un caractère enjoué et dansant. Au contraire, comme l'illustre le tragique 'Latch To A Grave', l'œuvre plonge dans un désespoir funèbre qui ne la rend que plus belle et déchirante. Sans égaler les Norvégiens, il est pourtant permis d'affirmer que Winterfylleth vient de déposer au pied de cette muse forestière une gemme noire avec "The Hallowing Of Heirdom" dont on peut dire qu'il est non seulement l'album le plus étonnant des Anglais mais sans doute aussi un des plus maîtrisés. Mieux, ceux-ci paraissent même s'être ressourcés, renouant avec une inspiration vibrante. (17/03/2018)
Dépouillé de ses reliefs tranchants, on pouvait craindre de voir ce décor meurtri se réduire à une plaine monotone, aussi touchante soit-elle. Sa durée, presque une heure au garrot, n'était pas non plus pour nous rassurer quant à la capacité de ce "The Hallowing Of Heirdom" à maintenir tout du long l'intérêt et nos sens en éveil. Or et contre toute attente, le quatuor de Manchester livre une réussite exemplaire, trouvant toujours le ton juste, empreint de noblesse et de gravité. De ces arpèges bucoliques coule une émotion épurée qui ravive des plaies restées fermées depuis longtemps, témoin le douloureux 'Embers'. De ces aplats squelettiques naissent des paysages à la fois rudes et mélancoliques que l'on sillonne à travers une sente ombrageuse aux couleurs automnales. Le concept qui a présidé à la réalisation de ce sixième opus permet à ses créateurs de puiser dans ses racines celtiques et ancestrales ('Æcerbot', 'On-Cýdig'), auxquelles participent des lignes de violon décharnées ('Resting Tarn'). D'une grande sécheresse de trait, l'œuvre n'en est pas moins extrêmement travaillée. Aux côtés de courtes respirations belles comme un chat qui dort en boule ('A Gleeman's Volt', "Halgemonat'), des pièces plus étirées déroulent leur trame émotionnelle, à l'image des deux sentinelles 'The Sheperd' et 'The Hallowing Of Heirdom', longues de plus de sept minutes. Qu'elle soit acoustique ne signifie pas que l'offrande tavelée de multiples arrangements soit instrumentale. Plusieurs de ses plaintes se voient ainsi bercées par un chant solennel ou des chœurs majestueux ('Frithgeard'). De même, ce format n'induit pas un caractère enjoué et dansant. Au contraire, comme l'illustre le tragique 'Latch To A Grave', l'œuvre plonge dans un désespoir funèbre qui ne la rend que plus belle et déchirante. Sans égaler les Norvégiens, il est pourtant permis d'affirmer que Winterfylleth vient de déposer au pied de cette muse forestière une gemme noire avec "The Hallowing Of Heirdom" dont on peut dire qu'il est non seulement l'album le plus étonnant des Anglais mais sans doute aussi un des plus maîtrisés. Mieux, ceux-ci paraissent même s'être ressourcés, renouant avec une inspiration vibrante. (17/03/2018)
4/5 | Music Waves
KröniK | Winterfylleth - The Dark Hereafter (2016)
Commençons par les choses qui fâchent (un peu). Pourquoi, alors que leur quatrième épopée, baptisée "The Dark Hereafter", ne s'étale déjà que sur quarante petites minutes (ce n'est pas grave) pour cinq pistes uniquement, les Anglais ont-ils jugé bon de glisser dans ce menu trapu un 'Pariah's Path' qui complétait en tant que bonus l'édition limitée de "The Divination Of Antiquity", leur effort précédent, ainsi qu'une reprise de Ulver, 'Led Astray In The Forest' ? Manque d'inspiration ? Certainement pas, comme nous allons le démontrer.
Au final, seules vingt-cinq minutes de cet album se révèlent vraiment inédites. Après deux ans de diète discographique, absence somme toute raisonnable, nous étions toutefois en droit d'attendre un peu plus de la part de Winterfylleth, que la mise en bière de son faux-frère jumeau Wodensthrone et la trop grande discrétion de Fen laissent quasiment seul sur le trône du black à la fois épique et atmosphérique de la Perfide Albion, ce qui explique notre (relative) déception.Relative car en définitive loin d'en corseter la portée abrasive, ce format plus resserré que de coutume confère à "The Dark Hereafter" une intensité qui faisait quelque peu défaut à ses aînés, au moins à partir de "The Threnody Of Triumph ". Mieux, et contre toute attente, ce nouvel essai s'impose même comme ce que les Britanniques ont enfanté de plus puissamment exalté depuis l'originel "The Ghost Of Heritage". De plus beau surtout, de cette beauté foudroyante qui emporte tout dans son sillage crépusculaire telle une tornade d'émotions désespérées. Un titre en particulier incarne ce geyser mélancolique, ce 'Green Cathedral', complainte longue de plus de treize minutes dont les lignes de guitares gonflées d'une tristesse absolue la rapprochent du 'The Name Of The Wind' qui achevait "Curse", second et dernier opus de Wodensthrone. Elévation orgasmique qui justifie à elle seule l'écoute de cette offrande dont elle forme l'épicentre, cette pièce s'ouvre sur une lente partie instrumentale qu'égrènent des accords répétitifs auxquels viennent progressivement s'ajouter des percussions figées dans une terre froide chargée de douleur. D'une langueur forestière, elle ne voit le chant surgir qu'à mi-chemin, vigie guidant cette sève de désespoir jusqu'aux cimes de cette forêt nimbée de brouillard. Le reste se compose du morceau éponyme qui lance l'écoute sur les chapeaux de roue en galopant à travers des paysages dévastés, qu'irrigue une brutalité déchaînée, auquel succède 'Ensigns Of Victory' dont le torrent de noirceur est fissuré par des remparts implacables. Quant à la relecture des Norvégiens, extrait du matriciel "Bergtatt", elle permet au groupe de Chris Naughton de baguenauder le long d'une sente boisée que peuplent chœurs païens et arpèges résineux tout en renouant avec un humus traditionnel, tandis que 'Pariah's Path' que propulsent des rouleaux de batterie, montre un Winterfylleth conquérant à son meilleur niveau. Si "The Divination Of Antiquity" nous avait déçu, il n'en va pas de même de "The Dark Hereafter" qui au contraire dresse une inspiration intense car plus serrée dans un menu qui va à l'essentiel. 4/5 (2016) | Facebook | Bandcamp
A lire aussi :
The Mercian Sphere (2010)
Au final, seules vingt-cinq minutes de cet album se révèlent vraiment inédites. Après deux ans de diète discographique, absence somme toute raisonnable, nous étions toutefois en droit d'attendre un peu plus de la part de Winterfylleth, que la mise en bière de son faux-frère jumeau Wodensthrone et la trop grande discrétion de Fen laissent quasiment seul sur le trône du black à la fois épique et atmosphérique de la Perfide Albion, ce qui explique notre (relative) déception.Relative car en définitive loin d'en corseter la portée abrasive, ce format plus resserré que de coutume confère à "The Dark Hereafter" une intensité qui faisait quelque peu défaut à ses aînés, au moins à partir de "The Threnody Of Triumph ". Mieux, et contre toute attente, ce nouvel essai s'impose même comme ce que les Britanniques ont enfanté de plus puissamment exalté depuis l'originel "The Ghost Of Heritage". De plus beau surtout, de cette beauté foudroyante qui emporte tout dans son sillage crépusculaire telle une tornade d'émotions désespérées. Un titre en particulier incarne ce geyser mélancolique, ce 'Green Cathedral', complainte longue de plus de treize minutes dont les lignes de guitares gonflées d'une tristesse absolue la rapprochent du 'The Name Of The Wind' qui achevait "Curse", second et dernier opus de Wodensthrone. Elévation orgasmique qui justifie à elle seule l'écoute de cette offrande dont elle forme l'épicentre, cette pièce s'ouvre sur une lente partie instrumentale qu'égrènent des accords répétitifs auxquels viennent progressivement s'ajouter des percussions figées dans une terre froide chargée de douleur. D'une langueur forestière, elle ne voit le chant surgir qu'à mi-chemin, vigie guidant cette sève de désespoir jusqu'aux cimes de cette forêt nimbée de brouillard. Le reste se compose du morceau éponyme qui lance l'écoute sur les chapeaux de roue en galopant à travers des paysages dévastés, qu'irrigue une brutalité déchaînée, auquel succède 'Ensigns Of Victory' dont le torrent de noirceur est fissuré par des remparts implacables. Quant à la relecture des Norvégiens, extrait du matriciel "Bergtatt", elle permet au groupe de Chris Naughton de baguenauder le long d'une sente boisée que peuplent chœurs païens et arpèges résineux tout en renouant avec un humus traditionnel, tandis que 'Pariah's Path' que propulsent des rouleaux de batterie, montre un Winterfylleth conquérant à son meilleur niveau. Si "The Divination Of Antiquity" nous avait déçu, il n'en va pas de même de "The Dark Hereafter" qui au contraire dresse une inspiration intense car plus serrée dans un menu qui va à l'essentiel. 4/5 (2016) | Facebook | Bandcamp
A lire aussi :
The Mercian Sphere (2010)
KröniK | Winterfylleth - The Mercian Sphere (2010)
Après une première partie de carrière bien remplie, Atavist semble être entré dans une phase d'hibernation, dont les derniers signes de vie ont été la seconde collaboration avec Nadja (Points At Infinity) et le split l'associant à Satori et... Nadja (encore eux) en 2008. Mais n'allez surtout pas croire que ses membres se prélassent depuis deux ans au fond d'un canapé. Au contraire, ils sont toujours aussi actifs. Seulement, ce n'est plus la déesse du Doom/Sludge apocalyptique qu'ils ont envie d'exalter actuellement mais plutôt les forces sombres et séculaires d'un Black Metal d'obédience païenne et guerrière. Entamés à peu près au même moment, Wodensthrone (pour Richard Brass) et Winterfylleth (Chris Naughton, Simon Lucas et autrefois Brass également) sont les deux entités qui les occupent, leur permettant d'assouvir leur soif noire et patriotique. Soit les deux faces, à la fois (un peu) différentes et complémentaires d'une seule et unique pièce de monnaie frappée avec le cuivre et le sang de jadis. Si le premier développe une approche sans doute plus atmosphérique dans son expression de l'art noir, le second se veut plus abrasif et ferrugineux cependant qu'ils partagent un penchant identique pour les longues flambées épiques. Succédant à un premier jet remarqué (The Ghost of Heritage sur lequel apparaissait déjà "Defending the Realm"), que précédait une démo (Rising of the Winter Fullmoon), The Mercian Sphere sait à nouveau mettre tout le monde dans sa cuirasse avec un seul titre en ouverture, le monstrueux "The Solitary One Waits For Grace", pan inaugural d'une trilogie fabuleuse baptisée "The Wayfarer". En sept minutes, Wintefylleth offre une synthèse de son art, plongée ensanglantée dans l'histoire de la Perfide Albion qu'irriguent des riffs granuleux coulés dans le fer des armes ayant servis aux batailles ancestrales. Les Anglais y galopent à travers les terres d'un Black Metal granitique, porteur de cette dureté du trait propre au pays qui les a vu naître. Mais là où The Ghost of Heritage souffrait d'un léger déséquilibre entre une première partie tonitruante et une seconde à l'inspiration (un peu) moins grande, cette seconde épopée possède une tension qui jamais ne faiblit. S'il a quelque peu perdu sa sévérité abrupte qui lui conférait presque une forme d'austérité, Winterfylleth a par contre gagné une puissance de feu qui en fait un des plus impressionnants hérauts des valeurs et des traditions de jadis. On craignait un peu que la récente signature chez Candlelight Records ai assagit sa fureur minérale. Heureusement, il n'en est rien, comme le démontrent le brutal "The Fields of Reckoning" ou le rapide "Awakens He, Beret of Kinsmen", second segment du triptyque dont l'enchaînement avec le premier volet se révèle superbe. Mieux, le groupe est désormais plus monumental encore. Il suffit d'écouter les longs morceaux de bravoure que sont "The Honour of Good Men On the Path To Eternal Glory", qu'ouvrent des arpèges teintés d'émotions, ainsi que "The Wayfarer Pt. 3 : To Find Solace... Where Security Stands" pour se convaincre de la dimension épique et colossale acquise aujourd'hui. Tout en mettant parfois l'accent sur des lambeaux folkloriques discrets qu'incarnent notamment des pièces instrumentales et acoustiques ("Children of Stones" et "When the Woods Were Young"), les guerriers anglais conservent toujours cette gravité sèche séparant l'authenticité du vrai Pagan Black Metal, celui de Primordial, de Drudkh ou de Wodensthrone justement, du toc dont résonnent les glaives en plastique de musiciens habillés en peaux de bête, la gueule peinturlurée, plus troubadours que combattants. Un grand disque qui surpasse de la tête et des épaules son prédécesseur. 4/5 (2010)
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