Ardours est un nom qui ne vous dira sans doute rien. Cela n'est pas surprenant puisque "Last Place On Earth" se présente comme sa carte de visite.
AU PIF
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LR | Moonspell + Rotting Christ + Silver Dust (Bourg-en-Bresse - 09.11.2019)
Ce n’est pas tous les jours que Bourg-en-Bresse accueille des groupes de metal de stature internationale.
Black Howling | Return Of Primordial Stillness (2018)
Black Howling n'a pas raté son retour, accouchant même de son offrande la plus jubilatoire depuis "Melancholy Of A Pagan Bucolic Spirit', charriant un désespoir aussi inexorable que déglingué.
Après avoir pendant des années craché sa semence au goût de rouille avec une frénésie épileptique, à grands coups de démos et autres splits partagés avec à peu près tout ce qui rampe au sein de la chapelle noire lusitanienne (ou pas), Black Howling a depuis ralenti la cadence en privilégiant les albums au détriment de ces miettes si prisées par l'underground. Ainsi, après le néanmoins décevant "The Rain Is The Weeping Of Forefathers", seul "O Sangue e a Terra" est venu briser le silence dans lequel les deux Portugais se murent désormais. Loin d'entamer l'aura culte qui entoure leur œuvre, cette rareté n'a fait au contraire que renforcer leur stature démiurgique au sein d'une scène au sommet de laquelle ils trônent comme des patriarches respectés.
D'où les attentes suscitées par ce "Return Of Primordial Stillness" dont on espérait beaucoup. A raison car ce cinquième opus fait mieux que combler un vide de trois ans, il se rapproche par sa réussite d'un "Melancholy Of A Pagan Bucolic Spirit" que d'aucuns considèrent, à juste titre, comme la création la plus remarquable de cette paire de musiciens connus sous de simples initiales. Encadré par deux pistes instrumentales plus trapues, les squelettiques 'Iberia' et 'Cosmic Oblivion' qui suintent un mal-être infini, son menu repose sur deux édifices qui se répandent sur près d'un quart d'heure chacun, fidèles en cela aux standards du tandem qui s'est fait une spécialité de ces longues ruminations enrobées d'un son rachitique. Chaque instrument s'y exprime dans un dénuement osseux, débarrassé de sa peau et de tout artifice. 'Celestial Synthropy' puis 'Celestial Enthropy' raclent la chair malsaine de ce black metal d'obédience dépressive qui n'appartient qu'à leurs géniteurs. Le tempo ne file jamais droit, le chant est inaudible, bouillie de hurlements écorchés, la guitare se traîne, laissant dans son sillage des traînées sales comme une plage après un dégazage sauvage, mais tout cela participe d'une transe obsédante quasi hypnotique. Caillouteux, "Return Of Primordial Stillness" baigne cependant dans un climat céleste et contemplatif qui trouve son écrin le plus envoûtant - et donc le plus beau - dans la seconde partie de ce diptyque suicidaire. Percé par de brutales éruptions, 'Celestial Enthropy' a quelque chose d'une interminable procession souvent lancinante le long d'un relief accidenté. Et quand le rythme cascadien s'emballe, c'est avec une jouissance extrême que se dresse une hampe ombrageuse striée de nervures gonflées d'un pus lépreux. Black Howling n'a pas raté son retour, accouchant même de son offrande la plus jubilatoire depuis "Melancholy Of A Pagan Bucolic Spirit', charriant un désespoir aussi inexorable que déglingué. (07/07/2018)
D'où les attentes suscitées par ce "Return Of Primordial Stillness" dont on espérait beaucoup. A raison car ce cinquième opus fait mieux que combler un vide de trois ans, il se rapproche par sa réussite d'un "Melancholy Of A Pagan Bucolic Spirit" que d'aucuns considèrent, à juste titre, comme la création la plus remarquable de cette paire de musiciens connus sous de simples initiales. Encadré par deux pistes instrumentales plus trapues, les squelettiques 'Iberia' et 'Cosmic Oblivion' qui suintent un mal-être infini, son menu repose sur deux édifices qui se répandent sur près d'un quart d'heure chacun, fidèles en cela aux standards du tandem qui s'est fait une spécialité de ces longues ruminations enrobées d'un son rachitique. Chaque instrument s'y exprime dans un dénuement osseux, débarrassé de sa peau et de tout artifice. 'Celestial Synthropy' puis 'Celestial Enthropy' raclent la chair malsaine de ce black metal d'obédience dépressive qui n'appartient qu'à leurs géniteurs. Le tempo ne file jamais droit, le chant est inaudible, bouillie de hurlements écorchés, la guitare se traîne, laissant dans son sillage des traînées sales comme une plage après un dégazage sauvage, mais tout cela participe d'une transe obsédante quasi hypnotique. Caillouteux, "Return Of Primordial Stillness" baigne cependant dans un climat céleste et contemplatif qui trouve son écrin le plus envoûtant - et donc le plus beau - dans la seconde partie de ce diptyque suicidaire. Percé par de brutales éruptions, 'Celestial Enthropy' a quelque chose d'une interminable procession souvent lancinante le long d'un relief accidenté. Et quand le rythme cascadien s'emballe, c'est avec une jouissance extrême que se dresse une hampe ombrageuse striée de nervures gonflées d'un pus lépreux. Black Howling n'a pas raté son retour, accouchant même de son offrande la plus jubilatoire depuis "Melancholy Of A Pagan Bucolic Spirit', charriant un désespoir aussi inexorable que déglingué. (07/07/2018)
Soon | Black Howling - Return Of Primordial Stillness
KröniK | Sinistro - Sangue Cássia (2018)
Certains se souviennent peut-être de Mourning Lenore, formation qui n'aura enfanté qu'un seul album en 2010, "Loosely Bounded Infinities", petit bijou de doom death granitique et solaire. En sommeil depuis six ans, on retrouve son dernier bassiste, Fernando Matias dans les rangs de Sinistro. Celui qui en assure également les claviers n'est pourtant pas la clé de voûte de cet édifice sorti de la sombre terre lusitanienne en 2012, ce rôle étant dévolu à la belle Patrícia Andrade. Le fait que ce soit une chanteuse qui déclame ces psaumes pétrifiés nous évoque un autre de ses compatriotes, lui aussi disparu, Ava Inferi avec lequel il partage plus que cette féminité ténébreuse mais surtout cette manière de marier les couleurs, terreuses et limpides, au sein d'une palette crépusculaire.
En signant chez Season Of Mist, les Lisbonnais ont clairement franchi un cap avec "Semente", deuxième offrande à laquelle succède en ce début d'année 2018, le très attendu "Sangue Cássia". Envoûté par les mélopées fantomatiques de sa figure de proue, le pèlerin ne peut qu'à nouveau être sous le charme, entraîné le long d'un chemin caillouteux s'enfonçant dans la nuit. Deux massives sentinelles bordent cette immersion dans un univers chargé d'atmosphères mais néanmoins engourdi, prisonnier d'une geôle de tristesse. Du haut de ses onze minutes au garrot, 'Cosmos Controle' se dresse, porte d'entrée monumentale où l'inexorabilité la plus écrasante se conjugue à une beauté évanescente. Léthargique, le tempo est englué dans la terre que viennent caresser ces lignes vocales spectrales inspirées du Fado, tandis que les claviers étendent un tapis d'une funèbre luxuriance. A l'autre bout lui répond 'Cravo Carne', épilogue assommé par une chape de plomb où les guitares libèrent des ondes sismiques. Mais il y a toujours la présence fragile et poétique de Patrícia, pâle vigie qui perce le brouillard et brise le monolithisme aussi absolu qu'admirable de cette partition qui s'abîme peu à peu dans les profondeurs telluriques. Entre ces deux blocs s'enchaînent des pièces (un peu) plus ramassées qui illustrent tout autant cette noirceur pointilliste faite de petites touches tantôt osseuses tantôt granitiques. Par exemple, miné par une douleur prégnante, 'Lotus' est éclairé par la voix déchirante de cette sirène qui, loin d'en altérer la puissance abyssale, ne fait que la souligner plus encore. Qu'il se montre aérien ('Vento Sul'), intimiste ('Petalas'), hypnotique parfois ('Nuvem'), quoique toujours pesant ('Gardenia', 'Abismo'), "Sangue Cássia" baigne tout du long dans un clair-obscur qui l'attire dans les méandres épaisses d'un doom atmosphérique aux confins du post metal. Sa langueur pourra laisser sur faim mais sa charge émotionnelle est telle que l'on ne peut résister à son sinistre pouvoir de fascination, qui résonne comme un funéraire appel des limbes... (13/01/2018)
En signant chez Season Of Mist, les Lisbonnais ont clairement franchi un cap avec "Semente", deuxième offrande à laquelle succède en ce début d'année 2018, le très attendu "Sangue Cássia". Envoûté par les mélopées fantomatiques de sa figure de proue, le pèlerin ne peut qu'à nouveau être sous le charme, entraîné le long d'un chemin caillouteux s'enfonçant dans la nuit. Deux massives sentinelles bordent cette immersion dans un univers chargé d'atmosphères mais néanmoins engourdi, prisonnier d'une geôle de tristesse. Du haut de ses onze minutes au garrot, 'Cosmos Controle' se dresse, porte d'entrée monumentale où l'inexorabilité la plus écrasante se conjugue à une beauté évanescente. Léthargique, le tempo est englué dans la terre que viennent caresser ces lignes vocales spectrales inspirées du Fado, tandis que les claviers étendent un tapis d'une funèbre luxuriance. A l'autre bout lui répond 'Cravo Carne', épilogue assommé par une chape de plomb où les guitares libèrent des ondes sismiques. Mais il y a toujours la présence fragile et poétique de Patrícia, pâle vigie qui perce le brouillard et brise le monolithisme aussi absolu qu'admirable de cette partition qui s'abîme peu à peu dans les profondeurs telluriques. Entre ces deux blocs s'enchaînent des pièces (un peu) plus ramassées qui illustrent tout autant cette noirceur pointilliste faite de petites touches tantôt osseuses tantôt granitiques. Par exemple, miné par une douleur prégnante, 'Lotus' est éclairé par la voix déchirante de cette sirène qui, loin d'en altérer la puissance abyssale, ne fait que la souligner plus encore. Qu'il se montre aérien ('Vento Sul'), intimiste ('Petalas'), hypnotique parfois ('Nuvem'), quoique toujours pesant ('Gardenia', 'Abismo'), "Sangue Cássia" baigne tout du long dans un clair-obscur qui l'attire dans les méandres épaisses d'un doom atmosphérique aux confins du post metal. Sa langueur pourra laisser sur faim mais sa charge émotionnelle est telle que l'on ne peut résister à son sinistre pouvoir de fascination, qui résonne comme un funéraire appel des limbes... (13/01/2018)
4/5 | Music Waves
KröniK | Lux Ferre - Excaecatio Lux Veritatis (2015)
Si on garde de la chapelle noire lusitanienne l’image d’un art souvent lugubre et primitif que véhiculent les offrandes des labels Black Gangrene et Altare Productions, certains de ses prêtres empruntent une autre voie, plus ambitieuse sinon sophistiquée quoique toute aussi crépusculaire dans son expression occulte et désolée. Lux Ferre fait partie de ceux-ci. Du moins est-ce l’impression que laisse "Excavaetio Lux Veritatis", son dernier signe de mort car ses premières incarnations ("Antichristian War Propaganda" et "Altrae Materiae Monumentum") reflétaient les traits d’un black plus classique dans sa brutalité nocturne.
Mais six années ont coulé depuis et au final, c’est (presque) un nouveau groupe qui écarte les cuisses, ouvrant un passage vers sa ténébreuse intimité. La réédition en format cassette de cette troisième hostie par War Productions, invite à nous replonger dans ses tortueux méandres. Marqués désormais du sceau de ce metal noir cérébral voire putassier à la mode, dans le sillage de Deathspell Omega, les Portugais, parmi lesquels on croise le guitariste Vilkacis dont on aimerait bien avoir des nouvelles de son vénéré Ars Diavoli, privilégient aujourd’hui les replis reptiliens à l’intérieur desquels grouillent des ambiances mortifères, plutôt que des agressions frontales. Les compos ont gagné en durée, n’hésitant parfois pas à franchir la barre des dix minutes au garrot, témoin l’introductif 'A Luz Ofuscante De Verdade', offrant aux musiciens l’espace pour tricoter un maillage aussi languissant que torturé. Même quand le canevas se resserre, le tempo avance au ralenti, la trame mitée par d’indicibles crevasses, à l’image de 'Caos No Meu Sangue' dont la vélocité fielleuse est freinée par de cyclopéens coups de boutoir. Si les guitares tissent une toile vénéneuse dont les fils obsédants nous engluent ('Miséria'), le chant écorché de Devasth demeure la clé de voûte de cet édifice menaçant aux allures de mausolée démesuré dont les arêtes tranchantes se découpent dans une nuit opaque et sans étoiles. Bien qu’il s’essouffle lors d’une fin de parcours jonchée de titres dont on ne retient pas grand-chose ('Mundo Das Sombras, Sob o Véu Da Ignorancia') en dépit d’une architecture viciée, "Excavaetio Lux Veritatis" s’impose comme l’œuvre la plus aboutie de ses créateurs, cérémonie rituelle qui épouse les courbes tourmentées d’un labyrinthe noueux, creusé dans les arcanes telluriques de la terre, quand bien même l’ensemble ne peut cacher une certaine prétention à laquelle d’aucuns préféreront la simplicité brute de ses prédécesseurs… (10/01/2018)
Mais six années ont coulé depuis et au final, c’est (presque) un nouveau groupe qui écarte les cuisses, ouvrant un passage vers sa ténébreuse intimité. La réédition en format cassette de cette troisième hostie par War Productions, invite à nous replonger dans ses tortueux méandres. Marqués désormais du sceau de ce metal noir cérébral voire putassier à la mode, dans le sillage de Deathspell Omega, les Portugais, parmi lesquels on croise le guitariste Vilkacis dont on aimerait bien avoir des nouvelles de son vénéré Ars Diavoli, privilégient aujourd’hui les replis reptiliens à l’intérieur desquels grouillent des ambiances mortifères, plutôt que des agressions frontales. Les compos ont gagné en durée, n’hésitant parfois pas à franchir la barre des dix minutes au garrot, témoin l’introductif 'A Luz Ofuscante De Verdade', offrant aux musiciens l’espace pour tricoter un maillage aussi languissant que torturé. Même quand le canevas se resserre, le tempo avance au ralenti, la trame mitée par d’indicibles crevasses, à l’image de 'Caos No Meu Sangue' dont la vélocité fielleuse est freinée par de cyclopéens coups de boutoir. Si les guitares tissent une toile vénéneuse dont les fils obsédants nous engluent ('Miséria'), le chant écorché de Devasth demeure la clé de voûte de cet édifice menaçant aux allures de mausolée démesuré dont les arêtes tranchantes se découpent dans une nuit opaque et sans étoiles. Bien qu’il s’essouffle lors d’une fin de parcours jonchée de titres dont on ne retient pas grand-chose ('Mundo Das Sombras, Sob o Véu Da Ignorancia') en dépit d’une architecture viciée, "Excavaetio Lux Veritatis" s’impose comme l’œuvre la plus aboutie de ses créateurs, cérémonie rituelle qui épouse les courbes tourmentées d’un labyrinthe noueux, creusé dans les arcanes telluriques de la terre, quand bien même l’ensemble ne peut cacher une certaine prétention à laquelle d’aucuns préféreront la simplicité brute de ses prédécesseurs… (10/01/2018)
3/5
Soon | Wordclock - Heralds
KröniK | Earth Electric - Vol. 1 - Solar (2017)
Si le sabordage de Ava Inferi, survenu en 2013 après quatre offrandes d'anthologie, en a bien entendu déçu plus d'un, Rune Eriksen, plus connu sous le sobriquet de Blasphemer lorsqu'il maintenait en vie presque à lui seul un Mayhem moribond après la mort d'Euroynous, n'a heureusement pas tardé à se lancer dans une nouvelle aventure musicale. Earth Electric est son nom, certes peu original mais dont les deux mots évoquent de facto des sonorités psychédéliques nourries aux grains progressifs des années 70. A raison.
De fait, en dépit de similitudes naturelles entre Ava Inferi et ce nouveau projet, qu'expliquent aussi bien la présence vocale si personnelle de sa muse Carmen Susana Simões que ce sens du riffing ténébreux qui tisse une toile crépusculaire et signature indélébile du Norvégien, les deux groupes n'ont pas grand chose en commun.Délaissant le doom atmosphérique de son aîné, Earth Electric marque, pour son principal auteur, un retour aux sources, celle du grand hard rock nimbé de claviers moelleux mais à qui un enrobage puissant concocté par Jaime Gomez Arellano (Ghost, Primordial), de lourds aplats et les lignes vocales féminines et vespérales confèrent un lustre à la fois sombre et singulier. Imaginez le Deep Purple de l'âge d'or avec la guitare tellurique de Black Sabbath ('Sabbatical Moons'), enténébré par une voix de sirène expressive et fantomatique, le tout drapé dans un suaire floydien et vous aurez alors une idée assez juste de la teneur de ce "Vol. 1 : Solar". Nous étions nombreux à rêver d'une telle alchimie, le guitariste l'a fait. Outre son talent d'écriture qui n'est plus à démontrer, celui-ci illustre plus que jamais quel grand musicien il est, capable autant d'abattre des riffs sismiques épais comme des câbles à haute tension, soutenus par une rythmique du feu de dieu impeccable ('Earthrise'), que de mimer les attaques nerveuses de Ritchie Blackmore ('Solar'). Les claviers de l'Anglais Dan Knight (Messenger) font le reste, peignant un arrière-plan soyeux comme du velours (The Endless Road' ou 'The Great Vast', hanté par le fantôme de Jon Lord). Véritable vigie perçant la nuit, le chant de Carmen survole l'ensemble, laiteux et mystique, funéraire et théâtral. On peut scinder cet album en deux parties. A une première, très rock bien qu'elle n'oublie jamais de laisser les ambiances se répandre tel un voile brumeux qu'animent les imparables 'Mountains & Conquerors' ou 'Meditate, Mediate', succède une seconde, annoncée par le court 'Set Sail', plus évolutive, plus fascinante encore et dont 'Solar' incarne le point d'orgue, joyau noir où l'identité de Earth Electric se veut la plus prégnante en cela qu'il convoque toutes les forces qui la travaillent en un tertre écrasant d'une lumière crépusculaire. Héritier d'Ava Inferi, Earth Electric se fend d'un premier album aux allures de tableau de maître dont les couleurs progressives se mélangent à des aplats pesants et ténébreux. 4/5 (2017) | Facebock
De fait, en dépit de similitudes naturelles entre Ava Inferi et ce nouveau projet, qu'expliquent aussi bien la présence vocale si personnelle de sa muse Carmen Susana Simões que ce sens du riffing ténébreux qui tisse une toile crépusculaire et signature indélébile du Norvégien, les deux groupes n'ont pas grand chose en commun.Délaissant le doom atmosphérique de son aîné, Earth Electric marque, pour son principal auteur, un retour aux sources, celle du grand hard rock nimbé de claviers moelleux mais à qui un enrobage puissant concocté par Jaime Gomez Arellano (Ghost, Primordial), de lourds aplats et les lignes vocales féminines et vespérales confèrent un lustre à la fois sombre et singulier. Imaginez le Deep Purple de l'âge d'or avec la guitare tellurique de Black Sabbath ('Sabbatical Moons'), enténébré par une voix de sirène expressive et fantomatique, le tout drapé dans un suaire floydien et vous aurez alors une idée assez juste de la teneur de ce "Vol. 1 : Solar". Nous étions nombreux à rêver d'une telle alchimie, le guitariste l'a fait. Outre son talent d'écriture qui n'est plus à démontrer, celui-ci illustre plus que jamais quel grand musicien il est, capable autant d'abattre des riffs sismiques épais comme des câbles à haute tension, soutenus par une rythmique du feu de dieu impeccable ('Earthrise'), que de mimer les attaques nerveuses de Ritchie Blackmore ('Solar'). Les claviers de l'Anglais Dan Knight (Messenger) font le reste, peignant un arrière-plan soyeux comme du velours (The Endless Road' ou 'The Great Vast', hanté par le fantôme de Jon Lord). Véritable vigie perçant la nuit, le chant de Carmen survole l'ensemble, laiteux et mystique, funéraire et théâtral. On peut scinder cet album en deux parties. A une première, très rock bien qu'elle n'oublie jamais de laisser les ambiances se répandre tel un voile brumeux qu'animent les imparables 'Mountains & Conquerors' ou 'Meditate, Mediate', succède une seconde, annoncée par le court 'Set Sail', plus évolutive, plus fascinante encore et dont 'Solar' incarne le point d'orgue, joyau noir où l'identité de Earth Electric se veut la plus prégnante en cela qu'il convoque toutes les forces qui la travaillent en un tertre écrasant d'une lumière crépusculaire. Héritier d'Ava Inferi, Earth Electric se fend d'un premier album aux allures de tableau de maître dont les couleurs progressives se mélangent à des aplats pesants et ténébreux. 4/5 (2017) | Facebock
KröniK | Festering - From The Grave (2012)
Contrairement à ce que prétend le proverbe, l'habit fait parfois le moine. Preuve en est avec Festering qui peut difficilement passer pour autre chose que ce qu'il est, à savoir l'artisan d'un bon vieux death des familles, bien grumeleux et fétide à souhait. Portugais de sol, ces mecs sont surtout Suédois de sang, nourris depuis leur plus tendre (?) enfance aux seins des Entombed, Grave et autre Dismember. Si sa carte d'identité annonce une date de naissance en 1992, ce n'est en fait que vingt ans plus tard que les choses sérieuses démarrent vraiment pour ce groupe dont il ne reste d'ailleurs de la formation historique que le bassiste (et autrefois chanteur), Koja Mutilator, désormais entouré - notamment - d'un autre vétéran, en la personne de Pedro Goncalves (Extreme Unction) aux vocalises rocailleuses idéales pour vomir ses boyaux poissés de pus.
Le fait que certains de ses géniteurs soient donc de vieux briscards peut expliquer la teneur franchement old-school de ce death metal figé dans la terre d'un cimetière brumeux que peuplent des zombies en plein réveil. Gravé en 2012, From The Grave symbolise, de part son titre, autant la résurrection du groupe que l'allégeance de celui-ci à une expression rétrograde du genre, imperméable à toutes formes d'évolution. Bouillie primitive peut-être, cette démo, éditée en cassette (quoi d'autre ?) par War Productions, crache pourtant la sauce, épaisse et sanguinolente, chargée d'exhalaisons infâmes de charogne dans un stade avancé de putréfaction. Guitares croûteuses qui vibrent au son d'un accordage tellurique, chant caverneux et tempo qui pataugent dans les viscères définissent cette poignée de (dé)compositions. Durant un peu moins de trente minutes au garrot, Festering dresse une pesante érection, imprimant le débit plombé d'une course prisonnière d'un charnier encore fumant. Malgré quelques juteuses accélérations, From The Grave pétrit tout du long les courbes sinistres d'un gisant fissuré de nervures doomy. Au bout du compte, on tient là une courte jouissive offrande, cénotaphe d'un death à l'ancienne qui bouillonne d'une sève macabre. 3/5 (2017) | Facebook
Le fait que certains de ses géniteurs soient donc de vieux briscards peut expliquer la teneur franchement old-school de ce death metal figé dans la terre d'un cimetière brumeux que peuplent des zombies en plein réveil. Gravé en 2012, From The Grave symbolise, de part son titre, autant la résurrection du groupe que l'allégeance de celui-ci à une expression rétrograde du genre, imperméable à toutes formes d'évolution. Bouillie primitive peut-être, cette démo, éditée en cassette (quoi d'autre ?) par War Productions, crache pourtant la sauce, épaisse et sanguinolente, chargée d'exhalaisons infâmes de charogne dans un stade avancé de putréfaction. Guitares croûteuses qui vibrent au son d'un accordage tellurique, chant caverneux et tempo qui pataugent dans les viscères définissent cette poignée de (dé)compositions. Durant un peu moins de trente minutes au garrot, Festering dresse une pesante érection, imprimant le débit plombé d'une course prisonnière d'un charnier encore fumant. Malgré quelques juteuses accélérations, From The Grave pétrit tout du long les courbes sinistres d'un gisant fissuré de nervures doomy. Au bout du compte, on tient là une courte jouissive offrande, cénotaphe d'un death à l'ancienne qui bouillonne d'une sève macabre. 3/5 (2017) | Facebook
KröniK | Agonia - O Desvanecer (2015)
Décidément, il y a quelque chose de sinistre, de malsain, chez nombre d'entités lusitaniennes, une espèce d'aura abyssale que ronge une négativité caverneuse. Evidente dans le black metal, cette capacité à ruminer dans les profondeurs crayonneuses d'une cavité qu'aucune lumière ni chaleur ne parviennent à atteindre, gangrène même le doom qui devient sous ces coups de boutoirs cryptique une magma abstrait. Agonia vient rejoindre aujourd'hui les Bosque et autre Lord Of The Abyss, véritables spéléologues d'un genre qui n'a finalement de doom plus que le nom. Aux confins d'un rituel drone ambient et d'une procession funéraire, ces Portugais gravent donc de longues complaintes labyrinthiques dont dire qu'elles sont pétrifiées tient du doux euphémisme.
Un son étouffé, une voix volontairement lointaine, râle de douleur psalmodiant des paroles incantatoires, une guitare trempée dans une rouille lépreuse, directement accordée aux entrailles de la terre définissent un art aux allures de cérémonie obscure, capturée live avec un minimum de moyens, comme pour capter un feeling décharné et evil. Démo tape éditée par War Productions, O Desvanecer est le réceptacle d'une désolation abyssale dont les quatre pistes ont quelque chose de dédales suffocants, happé par une nuit d'encre. D'une inexorable lenteur, elles se traînent le long d'un souterrain creusant les arcanes de l'indicible. Tissant des câbles de tristesse, seule la guitare, encore que celle-ci soit prisonnière d'une couche rocailleuse, permet de suivre une progression engourdie, vigie maladive fouillant cette brume funèbre. A decomposição atroz, A dissolução final et O Desvanecer s'enchaînent, rites successifs d'une messe sentencieuse qui ne peut que se dérouler dans l'intimité ténébreuse d'une grotte au fond de laquelle infuse un brouillard opaque. Hormis une outro bruitiste qui ne s'imposait pas, quoique le format live de cet enregistrement en justifie la présence, cette démo confine, de part sa lugubre lancinance, à une transe tellurique suintant une tristesse infinie. Viscéralement ancré dans l'underground, on ne sait pas grand chose sur Agonia, ce qui en définitive n'est pas plus mal car, en nous maintenant dans l'ignorance de l'identité de ses membres, le groupe donne l'impression d'être l'instrument de créatures qui ne peuvent que provenir des limbes elles-mêmes... 3/5 (2017) | Facebook
Un son étouffé, une voix volontairement lointaine, râle de douleur psalmodiant des paroles incantatoires, une guitare trempée dans une rouille lépreuse, directement accordée aux entrailles de la terre définissent un art aux allures de cérémonie obscure, capturée live avec un minimum de moyens, comme pour capter un feeling décharné et evil. Démo tape éditée par War Productions, O Desvanecer est le réceptacle d'une désolation abyssale dont les quatre pistes ont quelque chose de dédales suffocants, happé par une nuit d'encre. D'une inexorable lenteur, elles se traînent le long d'un souterrain creusant les arcanes de l'indicible. Tissant des câbles de tristesse, seule la guitare, encore que celle-ci soit prisonnière d'une couche rocailleuse, permet de suivre une progression engourdie, vigie maladive fouillant cette brume funèbre. A decomposição atroz, A dissolução final et O Desvanecer s'enchaînent, rites successifs d'une messe sentencieuse qui ne peut que se dérouler dans l'intimité ténébreuse d'une grotte au fond de laquelle infuse un brouillard opaque. Hormis une outro bruitiste qui ne s'imposait pas, quoique le format live de cet enregistrement en justifie la présence, cette démo confine, de part sa lugubre lancinance, à une transe tellurique suintant une tristesse infinie. Viscéralement ancré dans l'underground, on ne sait pas grand chose sur Agonia, ce qui en définitive n'est pas plus mal car, en nous maintenant dans l'ignorance de l'identité de ses membres, le groupe donne l'impression d'être l'instrument de créatures qui ne peuvent que provenir des limbes elles-mêmes... 3/5 (2017) | Facebook
Dead Procession | Rituais e Mantars do Medo (2016)
Même quand ils font du doom, les Portugais parviennent à appuyer sur l'interrupteur, plongeant tout l'espace alentour dans une nuit opaque et sans étoiles. Bosque, Lord Of The Abyss font partie de ces spéléologues dont l'art pétrifié embrasse les ténèbres, obscure chapelle où prêche également Dead Procession, (forcément) mystérieuse entité sur laquelle on ne sait à peu près rien. Mais ses maigres offrandes parlent pour elle, hosties cultes dans la forme - tapes ou split 7'' épuisés à peine sortis du four - comme dans le fond, abyssal et cryptique. A ce niveau de noirceur autarcique, parler de doom semble presque absurde tant ce magma hanté noue au final plus de liens avec le black metal voire la dark ambient. Le fait que Dead Procession ait partagé un split avec Black Cilice confirme cette part de ténèbres. Tout est dans son nom d'ailleurs, évocateur de cortèges funèbres qui progressent à travers un sinistre rideau de brume. Premier hostie longue durée, "Rituais e Mantras do Medo" a quelque chose d'un rituel inquiétant. Percussives et hantées, ces cinq plaintes semblent se traîner, guidées par les psalmodies lointaines d'un chant monotone, à l'image de 'Percorrendo os Caminhos da Noite'. Si quelques rushs de guitares ferrugineuses vrombissent par moment, plongeant alors l'art de Dead Procession dans les replis d'un drone encrassé d'une décrépitude mortifère ('Osmose Esperitual'), l'opus semble avant tout vide de substance, ruminant des instants de mort jusqu'à la limite de l'abstraction. D'une chiantise absolue pour une majorité qui jugera abscons cette musique (?) qui ne possède ni la puissance tellurique du doom ni le lustre malsain du black metal, mais suintant une sourde et désincarnée beauté pour les autres, poignée de masochistes qui seront happés par les exhalaisons lugubres de ces processions décharnées, drapées dans le suaire liturgique de claviers funèbres, et dont la lenteur presque immobile leur confère des allures de transe chamanique. Ecouter "Rituais e Mantras do Medo" s'apparente à une forme de cauchemars spectraux à travers de froids et humides corridors. Voyant la nuit par l'entremise de Labyrinth Productions, sous-division doom du label lusitanien Altare, ce premier véritable signe de mort de Dead Procession se veut une expérience sonore, atmosphérique dans sa noirceur charbonneuse et contemplative dans sa dimension rituelle. (2016)
Löbo | Älma (2010 / 2016)
Publié à l'origine il y a six ans en CD par un Major Label Industries, désormais en sommeil, « Älma » a droit aujourd'hui à une seconde vie grâce à Signal Rex qui a eu la bonne idée de le rééditer en format cassette. Ceux - les plus nombreux sans doute - qui étaient passés à côté de ce EP, alors second signe de vie de Löbo lequel, s'est montré depuis pour le moins avare d'une semence pourtant prometteuse (nous y reviendrons), pourront donc combler cette lacune. Car, si nous avions réussi à vivre sans elle pendant ces années et aurions d'ailleurs continué à le faire sans cette réédition, force est de reconnaître que cette modeste offrande n'est pas sans intérêt, loin s'en faut, opus dont la valeur est inversement proportionnelle à sa (trop) maigre durée. Contrairement à ce que son nom et son origine géographique – le Portugal - pourraient laisser imaginer, Löbo ne prêche pas au sein d'une chapelle noire lusitanienne à laquelle votre serviteur , cela ne vous aura pas échappé, voue une dévotion certaine, mais explore plutôt les arcanes mélancoliques d'un post doom plus atmosphérique que plombé, plus cosmique que mortifère, quand bien même quelques stigmates funéraires lui meurtrissent la peau aux traits étirés. 'Aqui em baixo a alma mede-se com mãos cheias de pedras', qui ouvre l'écoute, s'engouffre presque d'ailleurs dans le sillage pétrifié du Esoteric contemporain, le chant inhumain de Greg Chandler en moins car le groupe tisse en fait une trame instrumentale qu'aucun kyste vocal ne vient jamais corrompre. Comme happées par un vertigineux trou noir, ces quatre pistes, qui semblent en définitive n'en former qu'une seule, longue de plus de trente minutes, baignent dans une ambiances spatiale qu'étendent des claviers mangeurs d'espace, témoin ce 'Carne e Sombra' que vrillent toutefois des rushs de six-cordes échappées du lointain. Si l'ensemble manque de nerfs et s'éternise parfois un peu, le batteur ayant le temps d'aller pisser entre deux coups de caisse claire, les Portugais n'en maîtrisent pas moins l'art de la progression lancinante, du coup de boutoir qui perfore le rideau de brume, à l'image de 'Por fim só. Livre' dont le pouls se réveille lors d'une seconde partie d'une foudroyante beauté. Architecte d'un maillage fleuve presque métaphysique dans son emphase crépusculaire , Löbo puise sa singularité dans ces atmosphères stellaires jaillissant d'un socle rocailleux, caractère aussi unique qu'étrange, teinté de mystère, qu'illustre 'Matei os meus mestres - Silenciei os meus ídolos', lente pulsation qui, une fois à mi-parcours, s'enfonce brutalement dans les abîmes, plongée glaciale dans les profondeurs de ténébreuses fosses marines à la manière du Shape Of Despair le plus sinistre. Souhaitons que cette (re)découverte offre à Löbo un second départ tant cet opuscule capable d'envahir les sens, donne envie d'en écarter les cuisses à l'infini pour goûter davantage que ces préliminaires annonciateur d'un orgasme plus grand encore... (2016)
Örök | Übermensch (2015)
Comme le laisse deviner le non de son label, Signal Rex Records, Örök a vu la nuit au Portugal, terre crépusculaire dont la richesse ténébreuse ne cesse de se dévoiler. D'obédience crue et malsaine le plus souvent, les entités officiant au sein de cette chapelle impie peuvent toutefois emprunter une voie plus sinueuse sinon atmosphérique. Tel est le cas de ce groupe, dont les membres restent mystérieux, qui enfante, après un EP séminal et éponyme avec Übermensch un premier méfait aussi effrayant que prometteur. C'est une découverte parmi les plus foudroyante que le Black metal nous ait offert depuis un bon moment. Son architecture, massive et tentaculaire, dissonnante et saturée, laquelle se déploie par l'entremise de (très) longues complaintes, suggère d'emblée un art vicié et noueux, dont la pénétration se révèle abrupte tant il réclame de la patience pour venir à bout de ses sentinelles aux dimensions monumentales, relief qui plonge ses replis tortueux au fond d'un abîme qu'aucune lumière ne réussit jamais à atteindre. L'opus écarte les pans de son intimité avec une (plus) courte respiration vierge de chant, qu'égrène une guitare squelettique aux traits minimalistes. Faussement posée, l'ambiance cache en réalité une tension qui couve sous la surface d'un aplat de notes suintant une mélancolie absolue, tension qui explose lorsque jaillit le titre suivant. Long de plus d'un quart d'heure, 'Will To Power' déboule en un fracas de riffs stridents sur fond de vocalises hurlées, noyées sous un brouillard vicié. Suivant un chemin escarpé, il alterne pauses mortifères et déchaînement de violence, maelstrom rocailleux auquel la voix possédée tellement lointaine confère une dimension instrumentale, secoué par des riffs puissants dont la corrosion se conjugue à une forme de beauté souterraine. Plus torrentiel, 'Death Of God' lui emboîte le pas, pulsation au tempo saccadé dont le caractère volontairement répétitif lui procure des allures de transe organique. Hurlements d'aliénés et guitare ferrugineuse fusionnent en un magma halluciné. Puis, le menu se referme sur le titre éponyme, interminable (dans le bon sens du terme) montée en puissance cataclysmique, élévation grésillante qui ose franchir la barre des vingt minutes au compteur, exercice comme toujours casse-gueule qu'il est finalement plus commun de rater que de réussir. Force est de reconnaître pourtant que Örök se place d'emblée dans la seconde catégorie, accouchant d'une pièce titanesque, golem démentiel qui nous entraîne aux confins de la folie et de la mort, dans un monde plongé dans une obscurité oppressante. Après de longs préliminaires qui semblent ne jamais vouloir s'achever, tissant à l'infini des accords grêles, presque décharnés sur fond de murmures inquiétants, qui peu à peu se transforment en ressac obsédant tandis, 'Übermensch' érige brutalement un mur du son que fissurent toutefois des riffs suintant un désespoir abyssal avant de mourir sur les mêmes notes qui l'ont entamé en un râle funèbre, point final d'un album aride, presque austère mais grondant d'une beauté tellurique. (2016)
Carma | Carma (2015)
On ne soulignera jamais assez toute la noirceur cryptique suintant de nombreuses hosties lusitaniennes. Des plus exposés (Moonspell, Ava Inferi) aux plus obscurs (Irae, Bosque), bien des groupes portugais possèdent cette faculté rare d'avaler jusqu'à la plus petite trace de lumière. Il n'est donc pas surprenant que le Funeral Doom ait essaimé dans la péninsule car le genre y trouve l'humus mortifère idéal pour proliférer. Les apôtres de cette chapelle ne s'expriment toutefois pas de la même manière que leurs frères de douleur scandinaves. Pas de langueur glaciale léchant de vastes étendues gelées ici mais au contraire un art aux atours souvent abrupts, presque granitiques et dont les racines Black metal font plus qu'affleurer à la surface, ce qu'illustre Carma dont cette offrande éponyme est aussi la première. Mystérieux, le groupe n'offre aucune information quant à l'identité de ses membres. Il ne reste donc plus que la musique, pétrifiée, suffocante. Noire. Après 'Sonhos' un prologue squelettique que tissent clavier endormi et guitare grêle, l'écoute plonge d'un coup dans les arcanes de la terre avec l'effrayant 'Procissão', bathyscaphe caverneux long de près de 8 minutes que hantent râles d'outre-tombe, accords sinistres et rythmique léthargique. Pourtant, le tout, non dénuée d'une forme de beauté souterraine, n'est parfois pas loin de sonner presque mélodique. Tout est relatif, bien entendu. Impression confirmée ensuite par 'Feto' dont les premières mesures entre post Rock et Shoegaze sont toutefois et heureusement vite phagocytées par une noirceur de grotte ténébreuse dont les parois subissent les secousses d'une guitare ferrugineuse. Plus proche de l'école britannique dont on retrouve chez lui ses mêmes lignes de six-cordes engourdies par une absolue inexorabilité, Carma racle les chairs avec un sens de l'épure froide et minérale, à l'image de 'Reflexo', lente descente au fond d'un puits sans fin, qu'éclaire néanmoins un pâle rai de lumière. Que dire aussi de 'Lamento', véritable procession funéraire sans aucun espoir de retour dont les coups de boutoir résonnent comme d'ultimes battements de cœur. Nous tenons donc là une de ces petites offrandes au charme obscur que seul l'underground le plus crépusculaire peut enfanter. (2015)
Black Cilice | Mysteries (2014)
Obscure et ténébreuse, la chapelle noire portugaise compte depuis ces dernières années parmi les plus passionnantes, scène palpitant de mort plutôt que de vie où l'orthodoxie d'un art primitif et cryptique prime sur une approche évolutive sinon moderne bannie du vocabulaire sonore de ces hordes souvent mystérieuses exaltant tous les codes du genre, autant dans la forme que dans le fond, ceux du mal originel et séculaire. Black Cilice est l'un des noms les plus cultes de ce terreau lusitanien dont il symbolise admirablement les valeurs, créature nocturne et solitaire grimée de corpsepaint et auteur énigmatique car anonyme d'une oeuvre bordélique où depuis (seulement) 2009, se succèdent démos et autres splits de rigueur tirés en nombre limité pour le plus grand plaisir des collectionneurs pour qui le Black Metal doit rester cet art de l'ombre réservé à une poignée, ce qu'il aurait toujours dû rester. Ayant canalisé - pour le moment - ce flot qui lui sort des orifices, le Portugais se fait désormais plus rare, privilégiant depuis deux ans le format long aux petites saillies. C'est pourquoi seule une compilation ( Old Curses ) sépare Summoning The Beast de Mysteries , troisième véritable méfait qui nous intéresse aujourd'hui, lequel porte l'incontestable marque, aussi sinistre qu'écorchée, de son procréateur. A l'épure d'une pochette où se découpe sur un fond noir la tête de goule du maître des lieux répond un art à la prise de son polluée, suintant de négativité par tous les pores, un art qui semble ne faire qu'un avec la nuit et les démons qui l'accompagnent. Au programme, six pistes peut-être mais surtout un édifice de 38 minutes aux contours flous qui a quelque chose d'un magma gargouillant d'une espèce d'énergie tellurique. Tous les titres paraissent se confondre les uns les autres pour se fondre en une bouillie infâme d'où émergent hurlements possédés et riffs déglingués mais aussi un lointain éclat méphitique. A la fois rapide et hypnotique, régurgitant un mal-être absolu et labourant les chairs à vif, ces longues macérations ne filent jamais droit, elles semblent avoir été capturées au fond d'une cave qu'éclaire une pâle bougie. Ce faisant, Black Cilice restaure cette noirceur unique venue des profondeurs de la terre qui caractérise le Black Metal originel. Et si au final, on n'a pas tout compris, s'impose l'impression d'avoir été emporté par un torrent fielleux aux allures de transe assourdissante. (2015)
Achale | The Gardian Spirit (2011)
Si comme beaucoup d'autres, tels que IRAE, BLACK HOWLING ou BLACK CILICE, il incarne le dynamisme de cette chapelle impie lusitanienne que l'on ne cesse de découvrir, surtout Achale rassemble toutes les raisons pour lesquelles cette scène nous est si attachante, l'esprit Black Metal chevillé au corps, autant dans la forme que dans le fond.
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