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Darkthrone | Old Star (2019)



















Il ne reste plus grand chose du black metal norvégien du début des années 90. Nombreuses sont les hordes noires à avoir disparu (Burzum, Emperor...) alors que d'autres ont évolué et fini par larguer les amarres vers d'autres rivages (Enslaved) ou ont sombré dans le ridicule voire la parodie (Gorgoroth).

KröniK | Darkthrone - Arctic Thunder (2016)


Fort d'une carrière longue de presque trente ans déjà, Darkthrone n'a plus rien à prouver et emmerde tout le monde : les ayatollahs, qui sont restés bloqués sur les fondateurs "A Blaze In The Nothern Sky" ou "Transilvanian Hunger" et estiment que les deux frères d'armes, Fenriz et Nocturno Culto, ont tort de téter désormais les seules mamelles d'un heavy metal antédiluvien.
Et ceux qui les jugent vendus à la solde du label Peaceville qui ne manque pas chaque année de multiplier rééditions, compilations et autres miettes afin de capitaliser toujours un peu plus sur la légende du black metal norvégien... dont il ne reste en effet plus grand chose. Est-ce à dire pourtant que le tandem a perdu la flamme qui guidait ses premiers balbutiements dans la clarté lugubre d'une glaciale pleine lune ? Que nenni. Bien que plus avare de sa semence depuis "Circle The Wagons" en 2010, le groupe n'en continue pas moins de sculpter dans la roche froide des fjords qui l'ont vu naître un art plus intemporel qu'anachronique, loin des modes et des évolutions qui travaillent le genre en souterrain. Est-ce à dire également que Darkthrone n'évolue plus, se contentant de ruminer le même proto speed thrash au fil de ses rondelles ? Il suffit de comparer "The Underground Resistance" et "Arctic Thunder" qui nous intéresse présentement, pour se rendre compte que, à leur mesure, les deux vétérans ne font pas du surplace. De fait, aux influences très Mercyful Fate / King Diamond qui alimentaient non sans réussite d'ailleurs son prédécesseur, ce dix-septième (!) album préfère les pachydermiques modelés d'un heavy, certes toujours aussi primitif mais secoué par les coups de pilon d'un doom rocailleux. Si les tempos aussi sinistres que lancinants n'ont jamais été pour leur déplaire, comme en témoignait déjà il y a vingt ans un 'Quintessence' (sur "Panzerfaust") que les premières mesures de l'inaugural 'Tundra Beach' ne sont pas sans évoquer, les Norvégiens, lents et pesants tout du long, n'enclenchent cette fois-ci presque jamais la seconde, même s'il leur arrive d'avoir le palpitant qui s'emballe soudainement à l'image d'un 'Deep Lake Tresspass' au rythme implacable et fissuré par un fugace solo étonnamment mélodique. Alors bien sûr, cela reste du pur Darkthrone. Comment d'ailleurs pourrait-il en être autrement avec la voix de Nocturno Culto, nourrie au Destop et avec cette prise de son minimaliste ? Mais en serrant plus que de coutume le frein à main, témoin ce 'Throw Me Through The Marshes' que vrillent des riffs engourdis, l'indéboulonnable duo remise une bonne fois pour toute au fond d'une grange perdue dans les bois le black rétrograde parfois bâclé de mise sur "Sardonic Wrath" ou "The Cult Is Alive" par exemple, pour renouer, comme il avait su le faire avec "The Underground Resistance" mais d'une manière (un peu) différente, avec un feeling aussi nocturne que morbide. Sans renier le bon vieux heavy des familles ('Inbred Vermin', et ses influences à la Motörhead, 'The Wyoming Distance'), "Arctic Thunder" s'enlise dans une terre enneigée que plonge dans une obscurité forestière une nuit éternelle. Cette galette trapue et velue démontre que la légende est intacte, confirmant que ses géniteurs ont raison de (doublement) lever le pied, plus lourds dans leur écriture et plus rares dans leur fertilité. 3.5/5 (2016) | Facebook






Bloodbath | Grand Morbid Funeral (2014)


Quand bien même il se présente avant tout comme le jouet des deux têtes pensantes de Katatonia, soit Anders Nyström et Jonas Renkse qui l'ont fondé en 1998 pour épancher leur soif de Death Metal old school, et autour desquels s'organise un line-up mouvant à géométrie variable, reconnaissons que sans Mikael Akerfeldt et sa voix d'outre-tombe, Bloodbath n'est plus tout à fait lui-même.
"Nightmares Made Flesh" puis "The Fathomless Mastery" l'ont démontré, le premier en le remplaçant derrière le micro par le pourtant respectable Peter Tätgtgren, le second en marquant justement son retour. Six ans après son dernier rot, le groupe a (enfin) décidé de sortir de son caveau, privé encore une fois du leader d'Opeth, sans doute trop occupé par son principal port d'attache. En jetant leur dévolu sur Nick Holmes, les Suédois n'ont pourtant pas embauché n'importe qui. S'il s'agit d'un choix somme toute surprenant en cela que le chanteur de Paradise Lost a depuis longtemps remisé ce type de voix caverneuse, l'écoute de "Grand Morbid Funeral" balaie très vite les doutes que nous nourrissions à son égard. Car, sans faire oublier son prédécesseur, l'Anglais, au registre plus cendreux et plus sinistre, se fond plutôt bien dans le jus lépreux concocté par la paire Nyström/Renkse, toujours accompagnée de l'ex Katatonia Per Eriksson à la guitare et du batteur Martin Axenrot (Opeth). Il faut dire que, s'il ne rechigne pas à galoper dans des viscères encore fumantes ('Total Death Exhumed'), Bloodbath préfère cette fois-ci serrer le frein à main, appuyer sur l'interrupteur et donc miser sur les ambiances, morbides forcément, ce qui n'est pas pour déplaire à Holmes qui trouve là l'humus mortifère pour cracher une bile ensanglantée comme à l'époque du premier Paradise Lost. Ses lignes vocales ont moins de charme que celle d'Akerfeldt mais elles se révèlent des plus efficaces et valent bien de toute façon celles de Tätgtgren. On peut en outre toujours compter sur le savoir-faire des Suédois pour exécuter un death metal à l'ancienne de très bonne facture. Aisément reconnaissable, leur écriture accouche de ces lignes maladives dont ils conserve le secret ('Famine Of God's Word'). Bien qu'inférieur au séminal "Resurrection Through Carnage", "Grand Morbid Funeral, après de poussifs préliminaires, gagne peu à peu en valeur, notamment à partir de 'Church Of Vasistas' qui vibre au son de ces guitares osseuses accordées plus bas que terre. En privilégiant les tempos extrêmement lourds, presque baveux, le groupe trouve ainsi un nouveau souffle, qu'incarnent 'My Torturer', où s'invite le mythique Chris Reifter d'Autopsy et plus encore le titre final éponyme que drape tel un suaire lugubre des atmosphères de cimetière brumeux envahi par une armée de zombies. A l'arrivée, voilà un solide album dont on se demande tout de même comment il pourra être défendu sur scène par un Nick Holmes déjà inégal en temps normal dans ce cadre et qu'on imagine donc mal assurer ses parties de chant death... On préférera toujours ce que font les membres de Bloodbath dans leurs groupes respectifs, que ce soit Katatonia ou Paradise Lost... (2014)


                       

Khold | Til Endes (2014)



















Ca faisait longtemps que nous n'avions plus entendu parler de Khold, depuis six ans déjà et ce "Hundre Ar Gammal" qui d'ailleurs n'arrivait pas à la cheville de ses aînés dont "Phantom" qui avait réussi faire de ses géniteurs de solides artisans du Black Metal norvégien.

KröniK | Autopsy - Retribution For The Dead (1991)


Alors là, pardonnez-moi si je joue aux vieux cons nostalgiques, mais Autopsy, c'est du culte pour tous ceux qui ont connu leurs premiers émois métalliques extrêmes à la fin des années 80, le groupe étant indissociable de la naissance du death metal avec Death, Morbid Angel... Dès lors, il peut sembler curieux de parler des Américains sur un blog notamment consacré au doom. Pas tant que cela en fait. En effet, si de par la thématique développée par ses morceaux, grosso modo zombis, les films d'horreur, le gore,  par la durée de ceux-ci  (guère plus de quatre minutes) ainsi que par son patronyme fleuri, Autopsy a parfaitement sa place au sein de la chapelle de la mort, son approche du genre, quant à elle, lui permet de nouer des liens avec la musique d'escargot sous valium.

De fait, le groupe est un précurseur, par la manière dont il fait copuler death metal et tempo lourd qui patauge dans une mare de bave. Tout Autopsy est dans ce Retribution For The Dead, commis en 1991, mini album qui pose les bases du doom death. Le mythique Chris Reifert (batterie) déverse sa bile d'outre-tombe tandis que les guitaristes coulent des riffs sales prisonniers d'une nappe de mazout. Et si les gars ne rechignent pas à se lancer dans une accélération pétrifiée ("Retribution For The Dead", "Destined To Fester"), ils préfèrent le plus souvent opter pour l'érection d'une verge lourde en semence pestilentielle, à l'image du sentencieux "In The Grip Of Winter", coupé en deux par une interruption lugubre. Bref, en trois titres seulement, qui continuent de creuser le sillon entamé par Severed Survival, publié deux ans auparavant, Autopsy écrit ni plus ni moins, et sans le savoir, le manifeste du doom death, sans pour autant en être vraiment. Un pionnier incontournable pour les fans du genre qui ne peuvent ignorer son rôle. (02/01/2010)

3/5

Asgaroth | Red Shift (2002)


Etrange trajectoire que celle d'Asgaroth, horde modeste de black metal qui a vu la nuit en 1995, commence par forger quelques rondelles sans grand relief dans une veine un peu pagan ("The Quest For Eldenhor", "Trapped In The Dephts Of Eve"...), entame sa mue vers une musique plus sophistiquée avec l'album "Absence Spells Beyond..." en 1999, dont la reprise du "Epitaph" de King Crimson (est-ce vraiment nécessaire de le préciser ?) reste le moment fort, confirme cette évolution avec "Red Shift", qui permet à ces Espagnols de décrocher dans la foulée un contrat avec le label Peaceville qui le réédite deux ans plus tard, première marche vers une reconnaissance finalement sabordée par le groupe lui-même qui décide en 2007 de se séparer, incapable de canaliser l'inspiration de chacun de ses membres. Dommage vraiment car ce qui demeure son testament dessinait un black metal avant-gardiste tout à fait prometteur. Le socle de "Red Shift", résolument synthétique, repose essentiellement sur des synthétiseurs mangeurs d'espace et que souligne le recours d'une boîte à rythme, seul vrai bémol d'une plastique néanmoins puissante et sombre. Malgré tout, les guitares ne sont pas en reste ; elles érigent même, quand elles obtiennent la parole, une cathédrale à la beauté ténébreuse, comme en témoigne l'excellent "Bluntness" ou bien encore "Mindscape". Toutefois, ce sont clairement les claviers et les machines qui pilotent l'ensemble par le biais d'une palette de sons à la tessiture multiple, allant du piano ("Buried", "Bloodmarks") aux nappes électroniques voire carrément symphoniques ("Mindscape") ou progressive ("Red Shift"). Parfois difficile à suivre, cet essai s'architecture autour de onze pistes grouillantes de détails, d'éléments qui fusionnent en un tout pourtant assez digeste. Et s'il se drape dans un voile ténébreux, seul indice quant à son origine géographique, "Red Shift" tend surtout le regard vers la Norvège, celle de ses explorateurs, Artcurus en tête, et ce faisant, permet à Asgaroth de rejoindre le rang de ces entités pour qui l'Art Noir sert de terreau pour toutes les recherches possibles. De fait, cet album n'a de black metal que certains atours (un sens des atmosphères luxuriantes, des riffs tranchants, des vois de gargouilles...), car sa trame dépasse largement le cadre dans lequel ses géniteurs évoluaient jadis. A l'époque, certains ont évoqué le vocable d'"extrême progressif" pour tenter de définir la nature d'un modelé aux formes alambiquées et riches d'influences (tellement) diverses. Et sans être un chef-d'œuvre, "Red Shift", au détour de quelques compositions de très haut niveau (dont la meilleure d'entre elles, "I, Befouled", sans oublier "Naked Eye", qui annonce tout de suite la couleur pleine de modernité en ouverture), montre un travail d'écriture et d'arrangement foisonnant, mais qui conserve tout de même une grande clarté. Les lignes de chant témoignent d'une vraie maîtrise. Un disque intéressant qui nécessite un bon nombre d'écoute pour en percevoir toute la richesse et dont on aurait souhaité qu'il ne reste pas orphelin... (2009)


                                     

KröniK | Madder Mortem - Eight Ways (2009)




















On avait bien senti avec Deadlands en 2002 que l'identité de Madder Mortem était parvenue à maturité. L'évolution qui a vu le groupe quitter les rivages du doom atmosphérique de ses débuts avec Mercury pour accoster les terres d'un metal franchement singulier était ainsi désormais achevée. Et depuis, les Norvégiens s'emploient à façonner encore un peu plus leur son, leur personnalité mais sans s'éloigner du cadre établi par leur troisième opus.