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KröniK | Lux Ferre - Excaecatio Lux Veritatis (2015)


Si on garde de la chapelle noire lusitanienne l’image d’un art souvent lugubre et primitif que véhiculent les offrandes des labels Black Gangrene et Altare Productions, certains de ses prêtres empruntent une autre voie, plus ambitieuse sinon sophistiquée quoique toute aussi crépusculaire dans son expression occulte et désolée. Lux Ferre fait partie de ceux-ci. Du moins est-ce l’impression que laisse "Excavaetio Lux Veritatis", son dernier signe de mort car ses premières incarnations ("Antichristian War Propaganda" et "Altrae Materiae Monumentum") reflétaient les traits d’un black plus classique dans sa brutalité nocturne.
Mais six années ont coulé depuis et au final, c’est (presque) un nouveau groupe qui écarte les cuisses, ouvrant un passage vers sa ténébreuse intimité. La réédition en format cassette de cette troisième hostie par War Productions, invite à nous replonger dans ses tortueux méandres. Marqués désormais du sceau de ce metal noir cérébral voire putassier à la mode, dans le sillage de Deathspell Omega, les Portugais, parmi lesquels on croise le guitariste Vilkacis dont on aimerait bien avoir des nouvelles de son vénéré Ars Diavoli,  privilégient aujourd’hui les replis reptiliens à l’intérieur desquels grouillent des ambiances mortifères, plutôt que des agressions frontales. Les compos ont gagné en durée, n’hésitant parfois pas à franchir la barre des dix minutes au garrot, témoin l’introductif 'A Luz Ofuscante De Verdade', offrant aux musiciens l’espace pour tricoter un maillage aussi languissant que torturé. Même quand le canevas se resserre, le tempo avance au ralenti, la trame mitée par d’indicibles crevasses, à l’image de 'Caos No Meu Sangue' dont la vélocité fielleuse est freinée par de cyclopéens coups de boutoir. Si les guitares tissent une toile vénéneuse dont les fils obsédants nous engluent ('Miséria'), le chant écorché de Devasth demeure la clé de voûte de cet édifice menaçant aux allures de mausolée démesuré dont les arêtes tranchantes se découpent dans une nuit opaque et sans étoiles. Bien qu’il s’essouffle lors d’une fin de parcours jonchée de titres dont on ne retient pas grand-chose ('Mundo Das Sombras, Sob o Véu Da Ignorancia') en dépit d’une architecture viciée, "Excavaetio Lux Veritatis" s’impose comme l’œuvre la plus aboutie de ses créateurs, cérémonie rituelle qui épouse les courbes tourmentées d’un labyrinthe noueux, creusé dans les arcanes telluriques de la terre, quand bien même l’ensemble ne peut cacher une certaine prétention à laquelle d’aucuns préféreront la simplicité brute de ses prédécesseurs…  (10/01/2018)

3/5





KröniK | Sturmtiger - World At War 1914-1918 (2014)


Sturmtiger est le nom d’un char allemand de la Seconde Guerre mondiale. C’est aussi celui d’une horde danoise dont on devine qu’il ne fait donc ni dans la dentelle ni dans le point de croix, à moins qu’elle soit renversée. La guerre, sous toutes ses formes, est son combustible aussi haineux que sanglant qu’il glorifie et lui dicte un black dont les orifices sont écartelés par un death metal carnassier. D’abord édité par Black Plague Records en 2014, World At War 1914-1918 renaît de ses cendres en format cassette par l’entremise du bien nommé War Productions, label lusitanien que l’on ne présente plus.
En cinq assauts, Sturmtiger écrase tout sur son passage, mécanique furieuse qui moissonne les cadavres sans jamais faire de prisonniers. Come un panzer en pleine invasion de la Pologne, le groupuscule progresse, implacable et bas du front, sans finesse (ce n’est pas ce qu’on lui demande de toute façon) mais sans cette folie qui aurait dû couler dans ses veines (ce qui est plus grave). Tout ça va très vite en une bouillie certes maîtrisée mais dont on ne retient toutefois pas grand-chose (Frontline). Et il faut attendre que le tank décélère (rarement) pour que ces cartouches creusent dans la mémoire des tranchées plutôt que des cicatrices, à l’image du long Trench Warfare, sans aucun doute possible la meilleure grenade du lot, laquelle témoigne que les pesantes – quoique fugaces – reptations siéent davantage aux Danois que les blitzkriegs, les rapprochant alors (presque) d’un Bolt Thrower.  Recourant aux artifices patriotiques, (discours enflammés, chants traditionnels) à faire vomir les gauchistes bien pensants, Sturmtiger est cependant sincère dans sa croisade militaire enrichie pour l’occasion d’un live où le groupe se montre sous un jour encore plus fielleux et chaotique qu’en studio. 2/5 (07/06/2017) | Facebock






KröniK | Vultur - Vulture's Beak (2016)


Quand bien même on peut se demander si un groupe, qui aura finalement mis trois ans à lâcher  - enfin ! - son premier rot, ne sera pas condamné à n’être qu’un projet éphémère, il n’en demeure pas moins que Vulture’s Beak n’est pas qu’un petit machin de quinze minutes à peine au jus, acte de naissance de cette formation grecque baptisée Vultur, qu’animent les membres d’Ectoplasma, à l’exception de bidule. A nouveau, il est permis de s’interroger sur l’intérêt pour des musiciens de mener de front deux combos (sans compter leurs autres terrains de jeu) qui pataugeant dans les mêmes viscères d’un death visqueux à la suédoise.
Peut-être mais outre le fait que celui qui nous intéresse aujourd’hui sonne plus doomy et cendreux que son aîné, on se moque pas mal en définitive de savoir pourquoi les mecs ont ressenti le besoin de se dédoubler de la sorte, pour cracher une semence grumeleuse (quasi) identique, le principal étant de recevoir en pleine face ce foutre morbide qu’on aime tant avaler, jusqu’à en vomir. D’abord édité en CD par Barathrum Records, War Productions a la bonne idée de publier cette démo dans un format tape, qui sied mieux à son caractère viscéralement  underground. S’il serait exagéré de se perdre en superlatifs, force est de reconnaître que l’habileté de ces lascars ne fait aucun doute, maîtrisant jusqu’au bout des doigts aux ongles écorchés, ce metal de la mort baveux à souhait, celui qui sonne plus bas que terre, rapide comme un zombie de série Z et dégorgeant un pus malsain. Gorges profondes et guitares prisonnières d’une croûte sale et épaisse, gouvernent ces saillies trapues qui creusent dans le sol des charniers méphitiques. Alternant tempos boueux et brutales éruptions cutanées, ces quatre morceaux de chair sont à prendre pour ce qu’ils sont, les premiers signes de mort ultra efficaces d’un groupe qui cherche avant tout à se faire plaisir en braconnant sur un territoire qui lui est cher et dont le potentiel n’est sans doute qu’à peine déniaisé par cette trop courte durée. Rien d’indispensable certes mais une bonne pioche dans le genre. Reste à savoir maintenant si Vultur survivra au stade de la première et unique démo ou si au contraire son nom  complètera cette longue litanie de projet sans lendemain. Rien n’est moins sûr… 3/5 (2017) | Facebock






KröniK | Duch Czerni - Reality Of Black Spirits (2016)


Une question pour commencer : Wened Wilk Slawibor est-il un être humain ? Mange-t-il ? Dort-il ? Va-t-il même au petit coin ? Il est permis de se le demander, à voir la multitude de projets, certes plus ou moins éphémères, qu’il besogne depuis quelques années à peine…Sans doute inconnu en dehors de sa cage d’escalier, le Polonais est par contre bien connu des amateurs de cet art noir venu d’Europe de l’Est, qu’il ne cesse d’honorer, parfois chanteur, d’autre fois simple batteur. Grâce à son implication dans Blood Stronghold, chez lequel il se contente de trôner derrière les fûts, le bonhomme mérite notre respect éternel. S’il le partage avec le guitariste Maciej « Azatoth » Szewczyk, Duch Czerny est une de ses créatures, portant dans la peau sa marque, sinistre et mélancolique.
Depuis 2013, nombre des splits, EPs et démos ont coulé sous les ponts. Tape éditée par le vénérable War Productions, Reality Of Black Spirits est l’une d’entre elles, en réalité, agrégat de Cienie wiecznego zmierzchu et de Widma czarnych dusz. Quatre plaintes d’un true black metal (é)pur(é), oscillant entre cinq et six minutes au jus, qu’enveloppe une prise de son volontairement rudimentaire, se répandent, tapissant pendant un peu plus de vingt minutes la crypte qui les a vu naître d’atmosphères morbides et funéraires. Chant écorché de bête peuplant des forêts figées par l’hiver, guitares polluées et claviers lugubres dictent un canevas lancinant. Après une entame aux lignes osseuses, Cienie wiecznego zmierzchu écarte ses lèvres meurtries, exhalant le souffle maladif d’un mal-être halluciné qui culmine lors de dernières mesures décharnées. Hurlant des psalmodies stridentes aux allures de râles de désespoir, plus qu’il ne chante (Ponura noc wieczności), le maître de cérémonie nous entraîne dans un monde nocturne où sont absentes toutes traces de vie et de lumière. Englué dans une tristesse glacée, Aura Melancholii Posepna exprime avec un minimaliste aussi absolu qu’admirable, une douleur qui ronge l’âme et le cœur, ne laissant au final que de malsains oripeaux. Quant au terminal Powrót świata umarłego, il est cisaillé par les morsures squelettiques d’une guitare pointilliste qui souligne ces cris de haine perçant la nuit. S’il ne peut prétendre passer par autre chose d’une modeste démo, Reality Of Black Spirits est le signe de mort d’un groupe à l’identité bien particulière. 3/5 (2017)






KröniK | Chalice Of Suffering - For You I Die (2016)


For You I Die est la première hostie de Chalice Of Suffering. Son titre, comme le nom de ses auteurs, ainsi que son artwork lugubre comme on aime, suffisent déjà à indiquer que toute trace de joie, de gaieté ont été éconduites de cette offrande gravée dans le marbre d’un funeral doom brumeux et granitique à la fois. Désireux d’honorer un genre qu’il ne cherche nullement à révolutionner, les Américains alignent comme des pinces à linge sur un fil, tous les invariants propres à cet art doloriste, des grognements caverneux aux guitares prisonnières d’une gangue de désespoir, de ce tempo figé dans la terre froide à ces atmosphères sinistres qui s’amassent derrière les carreaux de fenêtres ouvertes sur l’hiver.
Tout y est endolori, presque paralysé. Chaque composition semble engourdie, progressant ( ?) à la vitesse d’une limace shootée au Valium par boîte de douze. Corollaire de cette lenteur pétrifiée, l’album n’évite pas toujours certaines longueurs, du haut de ses 70 minutes au compteur. De fait, affirmer que Chalice Of Suffering prend (trop) son temps pour tricoter sa toile dont chaque fil se veut – sans l’être pour autant (nous y reviendrons) - une note de tristesse, tient de l’euphémisme. Gageons que le groupe aurait gagné à retenir davantage sa morbide semence. La durée des morceaux, oscillant entre sept et treize minutes, n’aide d’ailleurs pas à la défloration de cet opus qui pèche donc par sa générosité, à l’image de ce Fallen qui aurait bien mérité quelques coups de ciseaux.. Seul l’instrumental aux teintes celtiques ( ?), Cumha Do Mag Shamhrain, repose sur un format court. Son évocation nous permet de souligner une autre faiblesse de For You I Die. Quoique que plaisant, cette intermède tombe en effet non seulement comme un cheveu sur cette soupe grumeleuse, mais illustre surtout au final un regrettable déficit en noirceur, auquel participe la mainmise envahissante de claviers que nous aurions souhaité moins bavards sinon plus propice à l’érection d’un tertre abyssal. Reste que c’est dans cette empreinte gaélique et ces ambiances presque vaporeuses, même si les guitares sculptent tel un burin des lignes misérables, que Chalice Of Suffering trouve en définitive son identité, plus romantique que véritablement funéraire. Reconnaissons alors que des complaintes comme Alone ou Darkness ne sont pas dénuées d’une forme de beauté fantomatique. Par conséquent, il convient de prendre For You I Die pour ce qu’il, une petite offrande plus éthérée que suicidaire et non pour ce que nous aurions aimé qu’il soit, un abîme caverneux, règne de l’indicible le plus menaçant. 2.5/5 (2017) | Facebock


KröniK | Festering - From The Grave (2012)


Contrairement à ce que prétend le proverbe, l'habit fait parfois le moine. Preuve en est avec Festering qui peut difficilement passer pour autre chose que ce qu'il est, à savoir l'artisan d'un bon vieux death des familles, bien grumeleux et fétide à souhait. Portugais de sol, ces mecs sont surtout Suédois de sang, nourris depuis leur plus tendre (?) enfance aux seins des Entombed, Grave et autre Dismember. Si sa carte d'identité annonce une date de naissance en 1992, ce n'est en fait que vingt ans plus tard que les choses sérieuses démarrent vraiment pour ce groupe dont il ne reste d'ailleurs de la formation historique que le bassiste (et autrefois chanteur), Koja Mutilator, désormais entouré - notamment - d'un autre vétéran, en la personne de Pedro Goncalves (Extreme Unction) aux vocalises rocailleuses idéales pour vomir ses boyaux poissés de pus.
Le fait que certains de ses géniteurs soient donc de vieux briscards peut expliquer la teneur franchement old-school de ce death metal figé dans la terre d'un cimetière brumeux que peuplent des zombies en plein réveil. Gravé en 2012, From The Grave symbolise, de part son titre, autant la résurrection du groupe que l'allégeance de celui-ci à une expression rétrograde du genre, imperméable à toutes formes d'évolution. Bouillie primitive peut-être, cette démo, éditée en cassette (quoi d'autre ?) par War Productions, crache pourtant la sauce, épaisse et sanguinolente, chargée d'exhalaisons infâmes de charogne dans un stade avancé de putréfaction. Guitares croûteuses qui vibrent au son d'un accordage tellurique, chant caverneux et tempo qui pataugent dans les viscères définissent cette poignée de (dé)compositions. Durant un peu moins de trente minutes au garrot, Festering dresse une pesante érection, imprimant le débit plombé d'une course prisonnière d'un charnier encore fumant. Malgré quelques juteuses accélérations, From The Grave pétrit tout du long les courbes sinistres d'un gisant fissuré de nervures doomy. Au bout du compte, on tient là une courte jouissive offrande, cénotaphe d'un death à l'ancienne qui bouillonne d'une sève macabre. 3/5 (2017) | Facebook






KröniK | Agonia - O Desvanecer (2015)


Décidément, il y a quelque chose de sinistre, de malsain, chez nombre d'entités lusitaniennes, une espèce d'aura abyssale que ronge une négativité caverneuse. Evidente dans le black metal, cette capacité à ruminer dans les profondeurs crayonneuses d'une cavité qu'aucune lumière ni chaleur ne parviennent à atteindre, gangrène même le doom qui devient sous ces coups de boutoirs cryptique une magma abstrait. Agonia vient rejoindre aujourd'hui les Bosque et autre Lord Of The Abyss, véritables spéléologues d'un genre qui n'a finalement de doom plus que le nom. Aux confins d'un rituel drone ambient et d'une procession funéraire, ces Portugais gravent donc de longues complaintes labyrinthiques dont dire qu'elles sont pétrifiées tient du doux euphémisme.
Un son étouffé, une voix volontairement lointaine, râle de douleur psalmodiant des paroles incantatoires, une guitare trempée dans une rouille lépreuse, directement accordée aux entrailles de la terre définissent un art aux allures de cérémonie obscure, capturée live avec un minimum de moyens, comme pour capter un feeling décharné et evil. Démo tape éditée par War Productions, O Desvanecer est le réceptacle d'une désolation abyssale dont les quatre pistes ont quelque chose de dédales suffocants, happé par une nuit d'encre. D'une inexorable lenteur, elles se traînent le long d'un souterrain creusant les arcanes de l'indicible. Tissant des câbles de tristesse, seule la guitare, encore que celle-ci soit prisonnière d'une couche rocailleuse, permet de suivre une progression engourdie, vigie maladive fouillant cette brume funèbre. A decomposição atroz, A dissolução final et O Desvanecer s'enchaînent, rites successifs d'une messe sentencieuse qui ne peut que se dérouler dans l'intimité ténébreuse d'une grotte au fond de laquelle infuse un brouillard opaque. Hormis une outro bruitiste qui ne s'imposait pas, quoique le format live de cet enregistrement en justifie la présence, cette démo confine, de part sa lugubre lancinance, à une transe tellurique suintant une tristesse infinie. Viscéralement ancré dans l'underground, on ne sait pas grand chose sur Agonia, ce qui en définitive n'est pas plus mal car, en nous maintenant dans l'ignorance de l'identité de ses membres, le groupe donne l'impression d'être l'instrument de créatures qui ne peuvent que provenir des limbes elles-mêmes... 3/5 (2017) | Facebook






KröniK | Agonia - O Adormecer Eterno (2015)


Demo tape publiée en janvier 2015 par War Productions, O Adormecer Eterno fait partie de ces offrandes qui ne peuvent naître que dans l'underground le plus obscur, fuyant la lumière du jour. Agonia, qu'il ne faut pas confondre avec ses nombreuses homonymes, est à l'image de ce premier cri de haine, mystérieux, intriguant, presque fantomatique en ce sens où ses membres donnent l'impression d'avoir été crachés depuis les limbes elles-mêmes. Sont-il des êtres humains ? La question mérite d'être posée tant la noirceur charbonneuse qui suinte de cet art doloriste et pétrifié, semble provenir des profondeurs les plus indicibles, comme une abyssale et mortifère éjaculation.
La semence qui s'écoule de ce méat ténébreux charrie une telle négativité que parler de doom à son sujet, se révèle totalement absurde. Certes d'une lenteur fossilisée qui l'entraîne dans des abîmes funéraires, O Adormecer Eterno noue finalement plus de liens avec le black metal le plus cryptique avec lequel il partage ce même vernis morbide. Mais qu'importe le genre auquel les Portugais se rattachent, l'essentiel est ailleurs, dans cette dimension rituelle et ces atmosphères incantatoires qui transforment la défloration de cette démo en une messe impie qui se ressent plus qu'elle ne s'écoute. Le son ferrugineux des guitares, les psalmodies lointaines ou hurlées et ces percussions endolories participent d'une ambiance de rituel capturé en condition live, parfois au bord de la rupture, à l'image de la conclusion déglinguée de Agonia Triunfante, à la manière d'une cérémonie sinistre dont l'auditeur est le témoin indiscret.  Quoique scindé en cinq pistes, cet opuscule se doit d'être abordé comme un tout indivisible que les contours opaques de son menu contribue à rendre plus abstrait encore. Inutile dans ce cas de chercher à détailler sinon distinguer ces plaintes suffocantes qui ne forment en définitive qu'une seule et même prière pour les morts. Leur lenteur inexorable, leur absence de rythme, les rendent quasi indéfinissables. Mais de leurs entrailles s'écoule pourtant une sève souterraine dans laquelle certains, dont l'auteur de ces lignes, décèleront une espèce de beauté douloureuse... 3/5 (2017) | Facebook








KröniK | Wolfhowl - The Purity Of Mother Nature (2016)


Né en Grèce, Wolfhowl compte parmi cette myriade de one-man band qui pullulent dans le black metal, chapelle qui affectionne particulièrement ces loups solitaires qui ruminent leur haine et leur dégoût du conformisme dans la pale clarté d'une nuit d'hiver. Pourtant, Faethon, le maître des lieux, n'a nul de besoin de recourir aux artifices formels habituels à base de corpse paint et de poses étudiées prises au milieu d'une lugubre forêt, s'affichant au contraire fièrement dans le plus strict dénuement.
Car malgré ce que son nom pouvait laisser peut-être deviner, son projet n'appartient pas à la mouvance true ou dépressive dont il partage toutefois un même terreau hivernal et ténébreux, lui préférant au contraire une expression plus épique et païenne, tranchante et abrasive quoique mélodique qui n'est parfois pas sans évoquer les atours ferrugineux d'un Winterfylleth. Bien que formé en 2009, Wolfhowl ne possède pourtant dans sa besace qu'une petite poignée d'offrandes (le EP My returns To The Mountains en 2012, le split To The Misty Void l'année suivante), ce que l'écoute de The Purity Of Mother Nature, édité en CD par le label lusitanien War productions, ne peut que nous faire regretter. En quatre épopées pour à peine plus de vingt minutes de musique, le reclus des îles Ioniennes, forge un art noir empreint d'une sombre majesté et d'une efficacité mordante dont la forme artisanale n'en anesthésie ni la force granitique ni la beauté galvanisante. By The Power lance l'écoute sous les meilleurs auspices, lancinant et hypnotique tout d'abord, plus acéré et furieux par la suite mais toujours envoûtant car irrigué par des riffs aux allures de lames aiguisées trempées dans le sang ancestral qui scarifient la peau. Si Enos The Great Mountain arbore des traits pesants, creusés par cette guitare d'airain, véritable gouvernail dirigeant le navire à travers ces vastes étendues, Mother Nature's Revenge se montre rapide comme un torrent en crue, grondant d'une noirceur orageuse et secoué par des spasmes thrashy. Catharsis, enfin, renoue avec une lenteur majestueuse, fermant déjà ce (trop) court menu en évoquant une géographie belle et sauvage tout ensemble. Son allégeance à un black metal connecté à une nature froide et indomptée dicte à Wolfhowl une création aussi efficace que noble. A quand un premier véritable album maintenant ? 3/5 (2017) | Facebook