Nous avons sans doute eu tort de réduire Goatess à la seule personne de Christus. Sinon comment expliquer la réussite de "Blood And Wine", alors même que le chanteur ne l'a pas enregistré puisqu'il a quitté le navire en 2017 !
AU PIF
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Jess By The Lake | Under The Red Light Shine (2019)
Comme son nom le laisse deviner, Jess By The Lake est le projet solo de la chanteuse de Jess And The Ancient Ones. Si nous savions depuis longtemps que Jasmin Saarela est plus que la simple vitrine vocale de son principal employeur, "Under The Red Light Shine" ne fait que confirmer ses multiples talents.
The Sabbathian - Latum Alterum (2019)
Witchthroat Serpent | Swallow The Venom (2018)
Oubliez l’étiquette stoner qui lui est accolée on ne sait trop pourquoi, si ce n’est sans doute pour la parenté tant sonore que spirituelle qu’il noue avec Electric Wizard dont on ne comprend d’ailleurs pas non plus pour quelles raisons il est apparenté à ce style, Witchthroat Serpent est un pur groupe de doom.
Superfjord | All Will Be Golden (2018)
Les têtes chercheuses de Svart Records se trompent rarement lorsqu'elles décident de signer un groupe. Peu de déchets et surtout de nombreuses et belles découvertes émaillent un catalogue qui ne cesse de s'enrichir entre doom, folk psyché et rock progressif.
Abhorrence | Megalohydrothalassophobic (2018)
Si nous avons tendance à nous méfier - à raison - de ce genre de reformations qui cachent mal leur motif mercantile, il n'en va pas de même du retour d'Abhorrence et ce, pour plusieurs raisons.
KröniK | Witch Mountain - S/T (2018)
Witch Mountain n'a pas à rougir de la comparaison avec ses glorieux aînés, véritable enclume en honneur d'un doom terreux et minéral sous la surface duquel couve une force sismique.
Si Witch Mountain n'avait pas attendu Uta Plotkin pour exister et enfanter en 2001 un "Come To The Mountain" matriciel, il n'en demeure pas moins que son recrutement en 2009 coïncida pour le groupe autant avec sa renaissance, après dix ans d'abstinence discographique qu'avec son envol vers une réussite plus grande encore, plus doom surtout et moins stoner. Alors que les Américains avaient trouvé en ce petite bout de femme la pièce qui manquait à leur édifice, témoin l'orgasmique triplette "South Of Salem" / "Cauldron Of The Wild" / "Mobile Of Angels", gravée entre 2011 et 2014, le départ de la chanteuse, survenu peu après le quatrième album, n'augurait rien de bon pour la suite de leur carrière.
Nous étions nombreux à nous demander comment le groupe de Portland parviendrait à survivre à cette amputation d'autant plus que le talent vocal de la belle se doublait d'un charisme certain. Conscients qu'ils ne devaient pas pour autant renoncer au chant féminin et renouer avec le registre masculin de leurs débuts, Nathan Carson (batterie) et Rob Wrong (guitare) n'ont cependant pas mis longtemps pour lui trouver une remplaçante, en la personne de Kayla Dixon alors âgée de dix-neuf ans. Si, en septembre 2016, le single 'Burn Your Down' a rassuré quant à la bonne santé du groupe et son choix de jeter son dévolu sur une quasi inconnue, le successeur de "Mobile Of Angels" aura toutefois connu une longue élaboration. Bien que son titre éponyme suggère pour ses géniteurs un nouveau départ, cette cinquième bûche dévoile un Witch Mountain tel qu'en lui-même, plombé et majestueux, la peau velue et rocailleuse. En revanche, il est certain que ce dernier compte sur cet opus pour effacer à nouveau plusieurs années de disette et reconquérir son trône, aidé en cela par une recrue de choix dont le spectre vocal impressionne, faisant le grand écart entre la tessiture sentencieuse typique du genre ('Mechanical World') et de brusques éruptions death metal ('Midnight'). Qu'elle ait reçu une formation classique et jazz s'entend tout du long du curieux 'Hellfire', respiration qui permet de souffler avant le plongeon dans les quatorze minutes abyssales du terminal 'Nighthawk', lequel illustre que les Américains n'ont rien perdu de leur habileté à forer les profondeurs de la terre en distillant une ambiance engourdie et désertique tout ensemble. Les atours les plus testiculeux de Kayla leur ouvrent qui plus est les portes de l'enfer lors d'un périple épique à travers un relief vaste et escarpé, oscillant entre montagnes boisées et gouffres vertigineux. Du coup, les perspectives qui s'offrent à eux paraissent immenses et laissent espérer une prochaine offrande plus aventureuse, nourrie de ce combustible vocal aussi velouté que brutal. Si, à son écoute, on sent un groupe un peu timide car hésitant entre continuité et évolution, "Witch Mountain" n'a pas à rougir de la comparaison avec ses glorieux aînés, véritable enclume en honneur d'un doom terreux et minéral sous la surface duquel couve une force sismique. (08/05/2018)
Si Witch Mountain n'avait pas attendu Uta Plotkin pour exister et enfanter en 2001 un "Come To The Mountain" matriciel, il n'en demeure pas moins que son recrutement en 2009 coïncida pour le groupe autant avec sa renaissance, après dix ans d'abstinence discographique qu'avec son envol vers une réussite plus grande encore, plus doom surtout et moins stoner. Alors que les Américains avaient trouvé en ce petite bout de femme la pièce qui manquait à leur édifice, témoin l'orgasmique triplette "South Of Salem" / "Cauldron Of The Wild" / "Mobile Of Angels", gravée entre 2011 et 2014, le départ de la chanteuse, survenu peu après le quatrième album, n'augurait rien de bon pour la suite de leur carrière.
Nous étions nombreux à nous demander comment le groupe de Portland parviendrait à survivre à cette amputation d'autant plus que le talent vocal de la belle se doublait d'un charisme certain. Conscients qu'ils ne devaient pas pour autant renoncer au chant féminin et renouer avec le registre masculin de leurs débuts, Nathan Carson (batterie) et Rob Wrong (guitare) n'ont cependant pas mis longtemps pour lui trouver une remplaçante, en la personne de Kayla Dixon alors âgée de dix-neuf ans. Si, en septembre 2016, le single 'Burn Your Down' a rassuré quant à la bonne santé du groupe et son choix de jeter son dévolu sur une quasi inconnue, le successeur de "Mobile Of Angels" aura toutefois connu une longue élaboration. Bien que son titre éponyme suggère pour ses géniteurs un nouveau départ, cette cinquième bûche dévoile un Witch Mountain tel qu'en lui-même, plombé et majestueux, la peau velue et rocailleuse. En revanche, il est certain que ce dernier compte sur cet opus pour effacer à nouveau plusieurs années de disette et reconquérir son trône, aidé en cela par une recrue de choix dont le spectre vocal impressionne, faisant le grand écart entre la tessiture sentencieuse typique du genre ('Mechanical World') et de brusques éruptions death metal ('Midnight'). Qu'elle ait reçu une formation classique et jazz s'entend tout du long du curieux 'Hellfire', respiration qui permet de souffler avant le plongeon dans les quatorze minutes abyssales du terminal 'Nighthawk', lequel illustre que les Américains n'ont rien perdu de leur habileté à forer les profondeurs de la terre en distillant une ambiance engourdie et désertique tout ensemble. Les atours les plus testiculeux de Kayla leur ouvrent qui plus est les portes de l'enfer lors d'un périple épique à travers un relief vaste et escarpé, oscillant entre montagnes boisées et gouffres vertigineux. Du coup, les perspectives qui s'offrent à eux paraissent immenses et laissent espérer une prochaine offrande plus aventureuse, nourrie de ce combustible vocal aussi velouté que brutal. Si, à son écoute, on sent un groupe un peu timide car hésitant entre continuité et évolution, "Witch Mountain" n'a pas à rougir de la comparaison avec ses glorieux aînés, véritable enclume en honneur d'un doom terreux et minéral sous la surface duquel couve une force sismique. (08/05/2018)
KröniK | Jess And The Ancient Ones - The Horse And Other Weird Tales (2017)
Après avoir frappé un grand coup avec leur première offrande éponyme, excellente impression confirmée ensuite par leur EP "Astral Sabbat", les Finnois ont quelque peu déçu avec "Second Psychedelic Coming : The Aquarius Tapes", ne retrouvant pas le charme du péché originel. De fait, malgré un univers chaleureux et un charme à peine entamés par cette relative déception, l'étape du troisième album s'annonçait par conséquent décisive pour Jess And The Ancient Ones. La belle et ses compagnons étaient-ils encore capables de nous surprendre comme ils avaient su si bien le faire il y a déjà cinq ans ?
"The Horse And Other Weird Tales" en apporte la réponse et soulève une autre question. N'avons-nous pas été égarés d'entrée de jeu en rattachant le groupe à la sainte chapelle doom, trompés par la présence d'une prêtresse derrière le micro et de tenaces relents d'occultisme ? Si le combo a toujours affirmé son allégeance à un dark occult rock antédiluvien, la pâte qui jusque-là lui servait à pétrir son art était suffisamment épaisse pour justifier cette étiquette. Or, à l'écoute de ce nouvel opus, il n'en reste rien. Sans se départir de leur style inimitable, nourri à un ésotérisme chamarré loin des messes noires habituelles, les Finlandais larguent cette fois-ci franchement les amarres pour accoster des terres plus psychédéliques encore, plus progressives probablement, plus anachroniques sans aucun doute. Les longues explorations ont été remisées aux oubliettes, à leur place ce sont des titres au format ramassé (à l'exception de 'Anyway The Minds Flow' et de 'You And Eyes') qui se serrent au sein d'un menu à l'ancienne qui ne dépasse que de peu la demi-heure de musique. Vintage, "The Horse And Other Weird Tales", l'est assurément, autant dans la forme qu'alimente une prise de son organique, que dans le fond imaginé comme un voyage bariolé dans les années 60. Jamais les claviers n'ont autant rempli l'espace de leurs sonorités chaudes et galopantes, évoquant des bulles emportées par le vent ('Death Is The Doors'). Jamais autant la chanteuse n'a semblé se confondre avec une reine blanche aux racines soul ('Your Exploding Heads'), évoluant à des années-lumière de toutes ces vestales d'un culte obscur, ce qui ne l'empêche ni d'appuyer sa voix ni de s'enfoncer dans une nuit sombre. L'album est un peu à son image, sarabande tour à tour jazzy et enjouée, remuante ('Shining'), psyché ('Minotaure') mais toujours teintée d'une étrangeté aux portes du fantastique. Derrière leur apparente immédiateté qui les rendent accrocheuses ('Return To Hallucinate'), ces pistes abritent des trésors nichés dans la touffeur de leur intimité. Il suffit ainsi de déflorer ce '(Here Comes) The Rainbow Mouth' pour prendre la mesure d'une écriture chatoyante et percussive où s'accouplent les différents éléments de cet orchestre venu d'ailleurs. Il en résulte un arc-en-ciel incandescent qui n'appartient définitivement qu'à ses auteurs qui, plus que jamais, se singularisent et affirment une identité aussi visuelle que sonore intemporelle et affranchie des modes. Nostalgique peut-être mais furieusement addictif, cet album leur permet à nouveau de susciter l'excitation. 4/5 (31/10/2017)
"The Horse And Other Weird Tales" en apporte la réponse et soulève une autre question. N'avons-nous pas été égarés d'entrée de jeu en rattachant le groupe à la sainte chapelle doom, trompés par la présence d'une prêtresse derrière le micro et de tenaces relents d'occultisme ? Si le combo a toujours affirmé son allégeance à un dark occult rock antédiluvien, la pâte qui jusque-là lui servait à pétrir son art était suffisamment épaisse pour justifier cette étiquette. Or, à l'écoute de ce nouvel opus, il n'en reste rien. Sans se départir de leur style inimitable, nourri à un ésotérisme chamarré loin des messes noires habituelles, les Finlandais larguent cette fois-ci franchement les amarres pour accoster des terres plus psychédéliques encore, plus progressives probablement, plus anachroniques sans aucun doute. Les longues explorations ont été remisées aux oubliettes, à leur place ce sont des titres au format ramassé (à l'exception de 'Anyway The Minds Flow' et de 'You And Eyes') qui se serrent au sein d'un menu à l'ancienne qui ne dépasse que de peu la demi-heure de musique. Vintage, "The Horse And Other Weird Tales", l'est assurément, autant dans la forme qu'alimente une prise de son organique, que dans le fond imaginé comme un voyage bariolé dans les années 60. Jamais les claviers n'ont autant rempli l'espace de leurs sonorités chaudes et galopantes, évoquant des bulles emportées par le vent ('Death Is The Doors'). Jamais autant la chanteuse n'a semblé se confondre avec une reine blanche aux racines soul ('Your Exploding Heads'), évoluant à des années-lumière de toutes ces vestales d'un culte obscur, ce qui ne l'empêche ni d'appuyer sa voix ni de s'enfoncer dans une nuit sombre. L'album est un peu à son image, sarabande tour à tour jazzy et enjouée, remuante ('Shining'), psyché ('Minotaure') mais toujours teintée d'une étrangeté aux portes du fantastique. Derrière leur apparente immédiateté qui les rendent accrocheuses ('Return To Hallucinate'), ces pistes abritent des trésors nichés dans la touffeur de leur intimité. Il suffit ainsi de déflorer ce '(Here Comes) The Rainbow Mouth' pour prendre la mesure d'une écriture chatoyante et percussive où s'accouplent les différents éléments de cet orchestre venu d'ailleurs. Il en résulte un arc-en-ciel incandescent qui n'appartient définitivement qu'à ses auteurs qui, plus que jamais, se singularisent et affirment une identité aussi visuelle que sonore intemporelle et affranchie des modes. Nostalgique peut-être mais furieusement addictif, cet album leur permet à nouveau de susciter l'excitation. 4/5 (31/10/2017)
KröniK | Siinai - Sykli (2017)
Nous aimons la Finlande. Pour la poésie incomparable que dégagent ses paysages. Pour la gentillesse de ses habitants. Pour ses bières. Pour son vivier musical surtout qui semble inépuisable et ce quelque soit le style pratiqué, qu'il s'agisse de doom, de black, de death metal ou de progressif, puisque c'est à ce genre que se rattache Siinai. Bien que Sykli soit sa première exploration à venir chatouiller nos oreilles, ce groupe venu d'Helsinki possède déjà pourtant une solide réputation construite grâce à une poignée d'albums et de collaborations (notamment avec Moonface) qui ont peu à peu établi ce trip rock instrumental élevé à la musique cosmique des années 70.
Habitué des œuvres conceptuelles, Supermarket, par exemple, était ainsi conçu à la manière d'une bande originale de film dénonçant le consumérisme de nos sociétés occidentales, le quatuor s'inspire pour ce nouvel opus du caractère cyclique de la vie. A la fois aérien et terreux, le résultat se nourrit d'une conception difficile qui lui confère une dimension fortement cathartique. Siinai y tricote un tapis d'effluves stratosphériques en une puissante élévation vers une lumière aveuglante. Des nappes électroniques bourgeonnantes et répétitives se répandent tel une lente marée avant de se retirer en un fracas de sonorités pulsatives. Emportées par un pouls hypnotique, ces pistes, au nombre de cinq, possèdent toute une tessiture qui leur est propre, quoique toujours bercées par une mélancolie laiteuse.'Temppeli' ouvre les portes de Sykli en libérant une myriade de sons synthétiques. Planante et immobile, sa trame contemplative semble vouloir s'étirer à l'infini dans la belle tradition d'un krautrock lumineux. Pourtant, peu à peu, le ciel se charge de légers nuages tandis que des voix fantomatiques aux accents chamaniques accompagnent la mort de cette première plainte. Evoquant le travail de Manuel Göttschning à l'époque de Inventions For Electric Guitar, le titre éponyme fleurit ensuite, rythmé par une six-cordes obsédante avant que des accords crépusculaires aux confins du dark jazz, qui se conjuguent à des percussions pointillistes, obscurcissent l'horizon. Epicentre en même temps que point G de l'écoute, 'Ananda' tisse un sillon enivrant qui confine à la transe, ondulation enveloppante qui sonne comme un mantra. Après 'Masteri', errance coloré de désespoir dans un espace ouaté que peuplent des silhouettes étranges, 'Europa' est comme un lent réveil grouillant de sons stridents où les percussions tambourinent en un mouvement syncopé, colonne vertébrale après laquelle se greffent les instruments. Sa forme cyclique fait de lui la synthèse parfaite de cet ensemble solaire et désenchanté. (28/09/2017)
Habitué des œuvres conceptuelles, Supermarket, par exemple, était ainsi conçu à la manière d'une bande originale de film dénonçant le consumérisme de nos sociétés occidentales, le quatuor s'inspire pour ce nouvel opus du caractère cyclique de la vie. A la fois aérien et terreux, le résultat se nourrit d'une conception difficile qui lui confère une dimension fortement cathartique. Siinai y tricote un tapis d'effluves stratosphériques en une puissante élévation vers une lumière aveuglante. Des nappes électroniques bourgeonnantes et répétitives se répandent tel une lente marée avant de se retirer en un fracas de sonorités pulsatives. Emportées par un pouls hypnotique, ces pistes, au nombre de cinq, possèdent toute une tessiture qui leur est propre, quoique toujours bercées par une mélancolie laiteuse.'Temppeli' ouvre les portes de Sykli en libérant une myriade de sons synthétiques. Planante et immobile, sa trame contemplative semble vouloir s'étirer à l'infini dans la belle tradition d'un krautrock lumineux. Pourtant, peu à peu, le ciel se charge de légers nuages tandis que des voix fantomatiques aux accents chamaniques accompagnent la mort de cette première plainte. Evoquant le travail de Manuel Göttschning à l'époque de Inventions For Electric Guitar, le titre éponyme fleurit ensuite, rythmé par une six-cordes obsédante avant que des accords crépusculaires aux confins du dark jazz, qui se conjuguent à des percussions pointillistes, obscurcissent l'horizon. Epicentre en même temps que point G de l'écoute, 'Ananda' tisse un sillon enivrant qui confine à la transe, ondulation enveloppante qui sonne comme un mantra. Après 'Masteri', errance coloré de désespoir dans un espace ouaté que peuplent des silhouettes étranges, 'Europa' est comme un lent réveil grouillant de sons stridents où les percussions tambourinent en un mouvement syncopé, colonne vertébrale après laquelle se greffent les instruments. Sa forme cyclique fait de lui la synthèse parfaite de cet ensemble solaire et désenchanté. (28/09/2017)
KröniK | Alunah - Solennial (2017)
Plus les années et les offrandes passent, plus Alunah se bonifie, peaufinant peu à peu un art aussi lourd que soyeux. Si le doom déclamé par une prêtresse n'étonne plus vraiment, les Anglais ont su se démarquer d'une concurrence de plus en plus forte, non seulement grâce au chant de Sophie Day, doucement mélancolique, mais surtout en raison d'une écriture puissamment inspirée, à laquelle sait toujours rendre hommage le mastering du maître Greg Chandler (Esoteric). Deux ans et demi après un "Awakening The Forest" déjà bien supérieur à ses aînés, "Solennial" ne déroge pas à la règle, quatrième opus longue durée qui franchit encore une étape vers le nirvana.
Après un court passage chez Napalm, le groupe des Midlands de l'Ouest a jeté son dévolu sur Svart Records, label finlandais certes plus modeste mais aussi plus passionné que l'écurie autrichienne et dans le catalogue duquel son nouvel opus se glissera avec aisance entre ceux de Goatess, Seremonia ou High Priest Of Saturn. Fidèle à un matériau léthargique dont il ne se départira, on l'espère, jamais, Alunah propose huit perles aussi épiques que lancinantes, dont une curieuse reprise de The Cure, 'A Forest', en guise de conclusion. Alors que dans cette formule féminine désormais à la mode, les vocalises constituent d'ordinaire l'aimant qui sert à ferrer l'auditeur en l'ensorcelant, "Solennial" repose contre toute attente sur les guitares qui en forment les vigoureux arcs-boutants. De fait, aux côtés des terreuses lignes rythmiques abattues par la chanteuse elle-même, les soli de David Day émaillent ainsi nombre de compositions en leur injectant une tristesse tranquille. Entre un 'Lugh's Assembly', long de presque huit minutes, culminant lors d'un final beau à pleurer, un 'Fire Of Thornborough Henge', aux teintes forestières ou ce 'The Reckoning Time' plus ramassé, les occasions ne manquent pas de pouvoir savourer ces saillies pétrifiées que recouvrent l'ombre du Tony Iommi le plus désespéré. Est-ce à dire cependant que Sophie se contente cette fois de jouer les rôles secondaires ? Que nenni. Elle demeure plus que jamais la magicienne qui envoûte autant qu'elle guide à travers la sente mystérieuse d'une forêt peuplée d'arbres menaçants. Il suffit d'écouter 'Petrichor', d'une lenteur pesante et que hantent des cordes discrètes, pour mesurer le talent de conteuse sombrement féerique de la belle. Plus sentencieux encore que ses devanciers, à l'image des 'Feast Of Torches' et 'Light Of Winter', "Solennial" est une ballade cérémonieuse drapée d'une douce amertume dont on peut affirmer qu'il est l'album le plus abouti à ce jour des Britanniques, merveille de doom majestueux et hiératique. 4/5 (2017) | Facebook
Après un court passage chez Napalm, le groupe des Midlands de l'Ouest a jeté son dévolu sur Svart Records, label finlandais certes plus modeste mais aussi plus passionné que l'écurie autrichienne et dans le catalogue duquel son nouvel opus se glissera avec aisance entre ceux de Goatess, Seremonia ou High Priest Of Saturn. Fidèle à un matériau léthargique dont il ne se départira, on l'espère, jamais, Alunah propose huit perles aussi épiques que lancinantes, dont une curieuse reprise de The Cure, 'A Forest', en guise de conclusion. Alors que dans cette formule féminine désormais à la mode, les vocalises constituent d'ordinaire l'aimant qui sert à ferrer l'auditeur en l'ensorcelant, "Solennial" repose contre toute attente sur les guitares qui en forment les vigoureux arcs-boutants. De fait, aux côtés des terreuses lignes rythmiques abattues par la chanteuse elle-même, les soli de David Day émaillent ainsi nombre de compositions en leur injectant une tristesse tranquille. Entre un 'Lugh's Assembly', long de presque huit minutes, culminant lors d'un final beau à pleurer, un 'Fire Of Thornborough Henge', aux teintes forestières ou ce 'The Reckoning Time' plus ramassé, les occasions ne manquent pas de pouvoir savourer ces saillies pétrifiées que recouvrent l'ombre du Tony Iommi le plus désespéré. Est-ce à dire cependant que Sophie se contente cette fois de jouer les rôles secondaires ? Que nenni. Elle demeure plus que jamais la magicienne qui envoûte autant qu'elle guide à travers la sente mystérieuse d'une forêt peuplée d'arbres menaçants. Il suffit d'écouter 'Petrichor', d'une lenteur pesante et que hantent des cordes discrètes, pour mesurer le talent de conteuse sombrement féerique de la belle. Plus sentencieux encore que ses devanciers, à l'image des 'Feast Of Torches' et 'Light Of Winter', "Solennial" est une ballade cérémonieuse drapée d'une douce amertume dont on peut affirmer qu'il est l'album le plus abouti à ce jour des Britanniques, merveille de doom majestueux et hiératique. 4/5 (2017) | Facebook
KröniK | Bathsheba - Servus (2017)
Quand bien même sa contribution à Serpentcult, le temps de l'ébauche « Trident Nor Fire » (2007) puis du premier album « Weight Of Light » (2008), n'avait qu'à moitié convaincu, son chant ne parvenant pas totalement à se couler dans le moule creusé par les membres de Thee Plague Of Gentlemen, le fait est que Michelle Nocon est pourtant de ces prêtresses comme seule la chapelle doom peut en voir naître, sexy et charismatique, fascinante et habitée par la foi. En 2014, le fruit de son accouplement avec l'ancien guitariste de Cathedral, Gaz Jennings, sous la bannière d'un Death Penalty dont on espère qu'il ne sera pas un projet éphémère, a confirmé tout le bien qu'on pensait de ce petit bout de femme.
C'est pourquoi « Servus » était attendu par tous ses amoureux que la démo séminale et le EP « The Sleepless Gods » avaient su faire saliver. Le bassiste Raf Meukens, ex Gorath et partenaire de la belle au sein de Death Penalty, le guitariste Dwight Goossens et l'ancien batteur de Sardonis, Jelle Stevens, complètent les rangs de ce Bathsheba qui incarne à lui seul cette école belge de la douleur. D'une lenteur sentencieuse, le doom qu'il sculpte arbore des traits à la fois sévères et figés pour l'éternité tel un gisant mortuaire. Durant près de trois quart d'heure, le groupe trace un chemin de croix monolithique et plombé que rien ne semble être en mesure de faire dévier de sa trajectoire funeste, jusqu'à ce 'I At The End Of Everything' qui avale la moindre parcelle de vie. Ni lumière ni espoir ne réussissent à briser cette froide inexorabilité. Démarrant par une brutale éruption de lave black metal, 'Ain Soph' étonne néanmoins par sa fougue survoltée après un 'Of Fire' immobile dans son expression vénéneuse. Ce n'est pourtant pas l'unique surprise qu'offre cette pulsation où se marient le chant parfois agressif et caverneux de Michelle aux plaintes hantées d'un saxophone fantomatique. Moins monotone qu'il n'y paraît, « Servus » a donc au contraire quelque chose d'un bloc certes massif, profondément enraciné dans la terre, à l'image de 'Demon 13', prisonnier d'une épaisse croûte ténébreuse mais qui, érodé par une guitare gonflée de beauté ('Manifest') et par ces lignes vocales en apnée qui alternent mélopées cérémonieuses et râles cendreux, fascine autant qu'il engourdit, ce qu'illustre 'The Sleepless Gods' dont le sentiment de contrition ne l'empêche pas d'être secoué par d'obsédants coups de boutoir. Cette première hostie longue durée ne confirme pas seulement le potentiel défloré par les deux brouillons qui l'ont précédés, il marque le véritable acte de naissance d'un flagellant aux allures de golem funéraire qui porte sur ses épaules toute la noble misère de ce doom granitique, théâtre d'une liturgie pétrifiée. (2017) | Facebook
C'est pourquoi « Servus » était attendu par tous ses amoureux que la démo séminale et le EP « The Sleepless Gods » avaient su faire saliver. Le bassiste Raf Meukens, ex Gorath et partenaire de la belle au sein de Death Penalty, le guitariste Dwight Goossens et l'ancien batteur de Sardonis, Jelle Stevens, complètent les rangs de ce Bathsheba qui incarne à lui seul cette école belge de la douleur. D'une lenteur sentencieuse, le doom qu'il sculpte arbore des traits à la fois sévères et figés pour l'éternité tel un gisant mortuaire. Durant près de trois quart d'heure, le groupe trace un chemin de croix monolithique et plombé que rien ne semble être en mesure de faire dévier de sa trajectoire funeste, jusqu'à ce 'I At The End Of Everything' qui avale la moindre parcelle de vie. Ni lumière ni espoir ne réussissent à briser cette froide inexorabilité. Démarrant par une brutale éruption de lave black metal, 'Ain Soph' étonne néanmoins par sa fougue survoltée après un 'Of Fire' immobile dans son expression vénéneuse. Ce n'est pourtant pas l'unique surprise qu'offre cette pulsation où se marient le chant parfois agressif et caverneux de Michelle aux plaintes hantées d'un saxophone fantomatique. Moins monotone qu'il n'y paraît, « Servus » a donc au contraire quelque chose d'un bloc certes massif, profondément enraciné dans la terre, à l'image de 'Demon 13', prisonnier d'une épaisse croûte ténébreuse mais qui, érodé par une guitare gonflée de beauté ('Manifest') et par ces lignes vocales en apnée qui alternent mélopées cérémonieuses et râles cendreux, fascine autant qu'il engourdit, ce qu'illustre 'The Sleepless Gods' dont le sentiment de contrition ne l'empêche pas d'être secoué par d'obsédants coups de boutoir. Cette première hostie longue durée ne confirme pas seulement le potentiel défloré par les deux brouillons qui l'ont précédés, il marque le véritable acte de naissance d'un flagellant aux allures de golem funéraire qui porte sur ses épaules toute la noble misère de ce doom granitique, théâtre d'une liturgie pétrifiée. (2017) | Facebook
KröniK | Spiritus Mortis - The Year Is One (2016)
Alors que le recrutement de l'ancien chanteur de Reverend Bizarre, Sami Hynninen, dernière pièce qui manquait alors à son doom séculaire, lui promettait (enfin) la régularité qui jusque-là lui faisait défaut, Spiritus Mortis s'est au contraire fait encore plus discret depuis "The God Behind The God", pourtant véritable pierre angulaire du genre qui en 2009 succédait à un galop d'essai éponyme et à "Fallen".
De fait, après une alliance scellée avec leurs compatriotes de Fall Of The Idols, les Finlandais semblaient avoir quasiment disparu des écrans-sonars. En réalité, ils préparaient dans l'ombre leur retour. Et quel retour ! Car, à l'écoute de ce qui n'est donc que leur quatrième album en trente ans de carrière (!), en comptant leurs débuts sous le nom de Rigor Mortis, on mesure à la fois combien ils ont eu raison de prendre leur temps, de faire monter le désir jusqu'à cette éruption mythologique dont les coulées de lave robustes balaient d'un coup ces (trop) longues et muettes années. Et combien le grand (à tous points de vue) Albert Witchfinder nous manque depuis que son port d'attache d'autrefois s'est abîmé à tout jamais dans les eaux froides des mille lacs et ce, quand bien même les "Anti-Gravity" de Azrael Rising et "Taste Our Sword Of Understanding" de Opium Warlords ont notamment permis de le suivre sur des terres néanmoins plus obscures. Mais après avoir participé cette année à la tournée européenne de Lord Vicar, le groupe de son ancien collègue Kimi Karki, en tant que simple bassiste, le réveil de cette figure tutélaire du doom finlandais vient combler tous ceux qui estiment – à raison – qu'il reste bien un des meilleurs vocalistes du genre. Un des plus habités surtout. Car, à sa manière unique, il parvient toujours à appuyer sur l'interrupteur, à empoisonner l'atmosphère d'un venin véritablement evil. Nonobstant l'incontestable métier des autres membres du groupe (nous y reviendrons), le tribut en noirceur que "The Year Is One" lui doit se révèle évident ('Black Magic, White Powder'). Plus encore que sur "The God Behind The God", cet opus s'enfonce ainsi dans les replis funèbres d'une cavité ténébreuse, peut-être parce que le chanteur a pu davantage cette fois-ci marquer de son sceau aussi taciturne que vicieux les prières que ses compères enrobent d'une couche de plomb, témoin ce 'She Died A Virgin', ode granitique en honneur de la déesse doom et du sacro-saint riff dont l'accélération finale est comme une petite mort. Reste qu'on aurait tort de ne voir désormais en Spiritus Mortis que le véhicule de Sami Hynninen qui avec intelligence a su couler sa personnalité au fond de ce creuset tellurique sans pour autant s'en emparer, laissant l'identité du groupe intacte même si on sent que ses compagnons utilisent la puissance occulte de son organe pour accéder au monde des morts qu'ils sculptent avec des guitares minérales, burins creusant dans la roche froide des plaies suintant une mélancolie solennelle. Si 'Robe Of Ectoplam' lance l'écoute sur une note accrocheuse, hymne à la fois tendu et plombé, ce qui suit n'est en réalité qu'une inexorable descente dans des abysses pétrifiées, de 'I Am a Name On Your Funeral...' au terminal et justement nommé 'World Of No Light', oscillant entre perforations implacables ('Jesus Christ, Son Of Satan', 'Babalon Working') et remparts funéraires aux dimensions cyclopéennes ('Holiday In The Cemetery'), autant de morceaux de bravoure qui font de "The Year is One" une pure leçon de doom, classique dans sa forme mais ténébreux dans son fond. 4.5/5 (2016) | Facebook
De fait, après une alliance scellée avec leurs compatriotes de Fall Of The Idols, les Finlandais semblaient avoir quasiment disparu des écrans-sonars. En réalité, ils préparaient dans l'ombre leur retour. Et quel retour ! Car, à l'écoute de ce qui n'est donc que leur quatrième album en trente ans de carrière (!), en comptant leurs débuts sous le nom de Rigor Mortis, on mesure à la fois combien ils ont eu raison de prendre leur temps, de faire monter le désir jusqu'à cette éruption mythologique dont les coulées de lave robustes balaient d'un coup ces (trop) longues et muettes années. Et combien le grand (à tous points de vue) Albert Witchfinder nous manque depuis que son port d'attache d'autrefois s'est abîmé à tout jamais dans les eaux froides des mille lacs et ce, quand bien même les "Anti-Gravity" de Azrael Rising et "Taste Our Sword Of Understanding" de Opium Warlords ont notamment permis de le suivre sur des terres néanmoins plus obscures. Mais après avoir participé cette année à la tournée européenne de Lord Vicar, le groupe de son ancien collègue Kimi Karki, en tant que simple bassiste, le réveil de cette figure tutélaire du doom finlandais vient combler tous ceux qui estiment – à raison – qu'il reste bien un des meilleurs vocalistes du genre. Un des plus habités surtout. Car, à sa manière unique, il parvient toujours à appuyer sur l'interrupteur, à empoisonner l'atmosphère d'un venin véritablement evil. Nonobstant l'incontestable métier des autres membres du groupe (nous y reviendrons), le tribut en noirceur que "The Year Is One" lui doit se révèle évident ('Black Magic, White Powder'). Plus encore que sur "The God Behind The God", cet opus s'enfonce ainsi dans les replis funèbres d'une cavité ténébreuse, peut-être parce que le chanteur a pu davantage cette fois-ci marquer de son sceau aussi taciturne que vicieux les prières que ses compères enrobent d'une couche de plomb, témoin ce 'She Died A Virgin', ode granitique en honneur de la déesse doom et du sacro-saint riff dont l'accélération finale est comme une petite mort. Reste qu'on aurait tort de ne voir désormais en Spiritus Mortis que le véhicule de Sami Hynninen qui avec intelligence a su couler sa personnalité au fond de ce creuset tellurique sans pour autant s'en emparer, laissant l'identité du groupe intacte même si on sent que ses compagnons utilisent la puissance occulte de son organe pour accéder au monde des morts qu'ils sculptent avec des guitares minérales, burins creusant dans la roche froide des plaies suintant une mélancolie solennelle. Si 'Robe Of Ectoplam' lance l'écoute sur une note accrocheuse, hymne à la fois tendu et plombé, ce qui suit n'est en réalité qu'une inexorable descente dans des abysses pétrifiées, de 'I Am a Name On Your Funeral...' au terminal et justement nommé 'World Of No Light', oscillant entre perforations implacables ('Jesus Christ, Son Of Satan', 'Babalon Working') et remparts funéraires aux dimensions cyclopéennes ('Holiday In The Cemetery'), autant de morceaux de bravoure qui font de "The Year is One" une pure leçon de doom, classique dans sa forme mais ténébreux dans son fond. 4.5/5 (2016) | Facebook
KröniK | Pombagira - Flesh Throne Press (2015)
Quand on aime, on ne compte pas, paraît-il. Certes. Sauf qu'ingurgiter plus de 80 minutes de musique d'un genre, le doom, réputé pour son caractère monotone sinon monolithique, n'est donc pas chose aisée.
De fait, nonobstant ses incontestables qualités, sur lesquelles nous reviendrons, combien aurions-nous aimé que ce sixième album de Pombagira subisse quelques coupes salvatrices, ce qui aurait facilité sa défloration. Mais ce couple britannique (Pete au chant et à la guitare, Carolyn derrière les fûts) est comme ça, habitué des courses de fond, comme l'ont illustré par le passé "Baron Citadel" ou "The Crooked Path", autres disques-fleuve d'une discographie déjà touffue qui ne cesse de s'enrichir depuis 2008. Heureusement, la poignée de pavés de "Flesh Throne Press" est aérée par de courtes pistes qui le rendent plus digeste que prévu, le groupe rompant ainsi avec son (autre) habitude, celle de n'enfanter que des monolithes dont certains n'hésitent pas à tutoyer la demi-heure ! En outre, le doom forgé par les Anglais, s'il se veut toujours extrêmement riche en plomb, se pare cette fois-ci de couleurs plus Stoner que jamais, plus psyché également, à l'image de 'Sorcerous Cry'. Pour ces deux raisons, la pénétration de ce double-album se révèle au final (un peu) moins douloureuse, quand bien même arriver au bout tient presque de la gageure. Bref, "Flesh Throne Press" se mérite, agonie hallucinée qui semble ne jamais vouloir mourir. Le premier disque est encadré par deux sentinelles aux dimensions épiques. Il s'agit tout d'abord de 'The Way', pièce massive aux ambiances cotonneuses et aux lignes hypnotiques. Plus pétrifié est en revanche le titre éponyme qui ferme la rondelle, inexorable excavation dans d'indicibles abîmes. Ni accélération ni lumière ne viennent à aucun moment dévier cette lente descente tellurique. Guitare et batterie libèrent de véritables secousses sismiques dont les ondes se répandent durant de longues minutes figées dans la terre. Entre ces deux monuments, quatre morceaux s'enchaînent, certains simples interludes ('Soul Seeker'), d'autres au format ramassé ('Gather') ou étiré ('Sorcerous Cry'). Le second disque s'ouvre sur 'In The Silence', et ses 15 minutes au jus, saillie aux multiples coups de boutoir, tour à tour pachydermique ou presque aérienne, même si le duo ne décolle jamais vraiment du sol, englué qu'il est dans une épaisse couche de mazout. Le menu continue ensuite sa course tranquillement mais finit par lasser quelque peu avec des pistes moins abouties ('Blessed Are the Dead', 'I Curse I Pray'), confirmant que des coups de ciseaux n'auraient pas été superflus. Seul 'Cold Descent' marque réellement les esprits lors de cette fin de parcours qui traîne en longueur. Un peu à l'image de cette double ration qui peine à captiver, la faute à un déficit de nuances et de variété mais que sauvent toutefois quelques très grands moments de doom stoner terreux et boisé. 3/5 (2015)
De fait, nonobstant ses incontestables qualités, sur lesquelles nous reviendrons, combien aurions-nous aimé que ce sixième album de Pombagira subisse quelques coupes salvatrices, ce qui aurait facilité sa défloration. Mais ce couple britannique (Pete au chant et à la guitare, Carolyn derrière les fûts) est comme ça, habitué des courses de fond, comme l'ont illustré par le passé "Baron Citadel" ou "The Crooked Path", autres disques-fleuve d'une discographie déjà touffue qui ne cesse de s'enrichir depuis 2008. Heureusement, la poignée de pavés de "Flesh Throne Press" est aérée par de courtes pistes qui le rendent plus digeste que prévu, le groupe rompant ainsi avec son (autre) habitude, celle de n'enfanter que des monolithes dont certains n'hésitent pas à tutoyer la demi-heure ! En outre, le doom forgé par les Anglais, s'il se veut toujours extrêmement riche en plomb, se pare cette fois-ci de couleurs plus Stoner que jamais, plus psyché également, à l'image de 'Sorcerous Cry'. Pour ces deux raisons, la pénétration de ce double-album se révèle au final (un peu) moins douloureuse, quand bien même arriver au bout tient presque de la gageure. Bref, "Flesh Throne Press" se mérite, agonie hallucinée qui semble ne jamais vouloir mourir. Le premier disque est encadré par deux sentinelles aux dimensions épiques. Il s'agit tout d'abord de 'The Way', pièce massive aux ambiances cotonneuses et aux lignes hypnotiques. Plus pétrifié est en revanche le titre éponyme qui ferme la rondelle, inexorable excavation dans d'indicibles abîmes. Ni accélération ni lumière ne viennent à aucun moment dévier cette lente descente tellurique. Guitare et batterie libèrent de véritables secousses sismiques dont les ondes se répandent durant de longues minutes figées dans la terre. Entre ces deux monuments, quatre morceaux s'enchaînent, certains simples interludes ('Soul Seeker'), d'autres au format ramassé ('Gather') ou étiré ('Sorcerous Cry'). Le second disque s'ouvre sur 'In The Silence', et ses 15 minutes au jus, saillie aux multiples coups de boutoir, tour à tour pachydermique ou presque aérienne, même si le duo ne décolle jamais vraiment du sol, englué qu'il est dans une épaisse couche de mazout. Le menu continue ensuite sa course tranquillement mais finit par lasser quelque peu avec des pistes moins abouties ('Blessed Are the Dead', 'I Curse I Pray'), confirmant que des coups de ciseaux n'auraient pas été superflus. Seul 'Cold Descent' marque réellement les esprits lors de cette fin de parcours qui traîne en longueur. Un peu à l'image de cette double ration qui peine à captiver, la faute à un déficit de nuances et de variété mais que sauvent toutefois quelques très grands moments de doom stoner terreux et boisé. 3/5 (2015)
KröniK | Trees Of Eternity - Hour Of The Nightingale (2016)
Certains ne se contentent pas de jouer du doom, ils vivent le genre jusqu'au bout, bien malgré eux, en croisant la mort sur leur chemin. Tel est le cas de Trees Of Eternity, entité marquée du sceau de la fatalité et de la tragédie. Le projet nait en 2009 du désir du patron de Swallow The Sun, le guitariste Juha Raivio, associé à la chanteuse d'origine sud-africaine, Aleah Stanbridge, de poursuivre leur collaboration après que celle-ci ait participé à la chanson 'Lights On The Lake' sur « New Moon », quatrième opus des maîtres du death doom finlandais. Rapidement quelques titres commencent à circuler sur la toile, esquisses prometteuses d'un art délicat englué dans une mélancolie blafarde. Alors que la belle prête sa voix à Amorphis à l'occasion de « Under The Red Cloud », sans pour autant quitter le giron maternel (« Emerald Forest And The Blackbird »), le duo devient un groupe en recrutant les anciens Katatonia, Fredrik et Mattias Norman, qui tiennent respectivement la seconde guitare et la basse, ainsi que le batteur Kai Hahto (Wintersun) et un album est mis en boîte en 2014. Mais avant que « Hour Of The Nightingale » ne voit finalement le jour, Aleah perd son combat contre le crabe, s'éteignant à l'âge de trente-neuf ans, le 18 avril 2016. Cette œuvre posthume se veut donc le testament d'un ange dont nous étions nombreux à attendre l'envol. S'il ne pourra incarné la rampe de lancement espéré, pour la défunte vocaliste autour de laquelle il est tout entier bâti, l'opus n'en demeure pas moins habité par son âme et sa personnalité, à l'image du superbe artwork qui lui sert d'écrin, que Fursy Teyssier (Les Discrets) a réalisé après avoir longuement échangé avec Juha à propos de cette fée trop tôt disparue. De fait, il paraît bien difficile d'occulter ce funèbre destin en s'abîmant dans les limbes vaporeuses de cette prière que la mort imprègne en profondeur. Comment ne pas être ému en écoutant le prémonitoire 'My Requiem' comme si Aleah savait déjà sa fin proche. Caresse fantomatique, son chant éthéré participe de l'aura funéraire de ces complaintes qui baignent dans une grâce spectrale. Quoique secondée par deux invités de choix, Mick Moss (Antimatter) sur 'A Million Tears' et surtout Nick Holmes (Paradise Lost) sur un 'Gallows Bird' au traits granitiques, ce pinceau vocal se révèle être la principale clé de voûte de cette cathédrale de tristesse que nimbent des nappes de claviers brumeuses et derrière lequel s'effacent, comme avalées par la nuit, des guitares tour à tour encroûtées par la mélancolie ('Eye Of Night') ou squelettiques ('Hour Of The Nightingale'). Entre Swallow The Sun et le gothic doom à la suédoise façon Draconian et consorts, en moins lourd et plus évanescent toutefois, Trees Of Eternity signe un album ciselé avec amour et sincérité, qui est à l'image de ses deux fondateurs, dont on retrouve ces lignes mélodiques engluées par l'hiver pour l'un et la magie vaporeuse de vocalises touchées par la grâce, pour l'autre. Pétries de douleur mais irradiant néanmoins une pale lumière, les chansons s'égrènent comme suspendu dans le temps, à tout jamais, contrites et intimistes ('Sinking Ships'), écrites à l'encre noire du désespoir ('Black Ocean'), plus rarement plombées ('Eye Of Night') sans pour autant se montrer avares en riffs d'airain ('Broken Ocean'). Miraculeux et tout du long ourlé d'émotions, « Hour Of The Nightingale » n'en laisse pas moins un goût étrange teinté d'amertume, guidé par cette voix venue des limbes qui résonne comme un ultime appel... 3.5/5 (2016)
KröniK | Garden Of Worm - Idle Stones (2015)
La pochette de "Idle Stones" aurait déjà dû nous alerter, quant à la teneur étrange sinon singulière du contenu dont elle est l'écrin. En effet, si prendre la pose devant une croix n'a rien de très original depuis longtemps, il y a chez les Finlandais une volonté de se mettre en scène d'une façon à la fois bucolique et colorée qui tranche avec les visuels sinistres en noir et blanc de coutume. Loin du Doom traditionnel auquel on pouvait s'attendre et qu'un vieux split partagé en 2009 avec Mirror Of Deception laissait également deviner, Garden Of Worm baguenaude à travers des terres certes pesantes mais aussi quasi progressives. Cinq ans après avoir livré un premier effort plutôt curieux, le groupe, qui compte dans ses rangs un des membres de Seremonia, franchit ainsi une étape supplémentaire avec "Idle Stones", qui le voit larguer les amarres vers un monde plus étonnant encore, moins lourd, plus Rock peut-être, presque irréel assurément. Une espèce de quiétude, de puissance tranquille suinte de cet opus dont le style n'appartient qu'à ses auteurs. Quatre pistes le composent, certaines assez courtes (tout est relatif), d'autres beaucoup moins, la dernière d'entre elles tutoyant même les vingt minutes au jus ! Remplissant presque à lui seul la moitié de l'album, 'The Sleeper Including Being Is More Than Life', n'est pas uniquement le gros morceau du lot (par sa taille) mais surtout l'illustration que Garden Of Worm n'est vraiment pas un groupe de Doom comme les autres. Il s'agit d'une longue pièce essentiellement instrumentale aux nombreuses et déglinguées ramifications, plus proche en cela du progressif que de l'enclume. Son nom trahit évidemment l'amour des Finlandais pour King Crimson, influence qui se lit tout au long de ce périple dont on ne saisit toutefois pas toujours bien le sens, en dépit des fulgurances qui le traversent et que nous vous invitons à découvrir plutôt que de les détailler par le menu. On lui préfère donc ses compagnons au format plus ramassé, tels que 'Fleeting Are The Days Of Man', amorce lancinante au goût de psychédélisme forestier et 'Desertshore', curieuse pulsation aux allures de montée en puissance hallucinée que fissurent des guitares trempées dans la rouille. En définitive, l'impression générale se révèle mitigée sans pour autant altérer le pouvoir d'envoûtement d'un album franchement à part, à l'image de Garden Of Worm qui affirme peu à peu une personnalité unique entre doom pastoral et progressif léthargique. 3.5/5 (2015)
KröniK | Seremonia - Pahuuden Äänet (2016)
Fait désormais assez rare pour être noté à une époque où règne plus que jamais le conformisme, Seremonia possède depuis toujours une place résolument à part au sein de cette nébuleuse mêlant chant de prêtresse et effluves psychédéliques. Sans doute son origine géographique, le pays des mille lacs, n'est-elle pas étrangère à cette singularité, les textes en finnois ainsi que cette sensibilité forestière teintée d'une poésie froide, participant d'une personnalité aussi unique qu'attachante qui doit beaucoup de son charme, enfin, à la voix étrange de sa vestale Noora Federley, qui résonne comme un écho lointain. Trois offrandes ont déjà coulé sous les ponts depuis 2012, esquissant un univers de plus en plus évolutif dans son expression d'un rock coloré aux pigments des seventies. Toujours aussi productif, le groupe revient cet automne avec « Pahuuden Äänet » dont le nom, qui signifie en anglais « voices of evil », souligne à nouveau la douce noirceur de cette partition dont les trais certes bien marqués ne l'empêchent pas de se renouveler à chaque fois, par petites touches pointillistes. Alors que son prédécesseur, « Kristalliarkki » laissait entrevoir des velléités franchement progressives, à l'image de son diptyque éponyme dont le premier segment voisinait avec le quart d'heure de musique, on serait tenté au départ de rapprocher ce quatrième opus d'un « Ihminen » (2013) plus direct, seuls deux de ses pistes franchissant la barre des cinq minutes. En réalité, il suit à son tour, son propre chemin au tracé sinueux, certes confortable pour le fidèle quoique toujours perturbé par une folie sourde, tapie dans les replis de sa chair intime. Ecartant d'ordinaire les lèvres avec un titre très court, Seremonia lance cette fois-ci l'écoute avec un 'Orjat', qui compte parmi les compos les plus longues – et les plus jouissives - du menu, lente plainte avalée par une brume spatiale qui l'entraîne aux confins d'un trou noir. Après cette entame du feu de dieu, des pulsations plus accrocheuses ('Sielun Kuolema', 'Me Kutsumme Sitaä') bien que toujours rongées par l'acide ('Uusi Aamu Sarastaa' et son orgue tordu), en côtoient d'autres (bien) plus expérimentales, de 'Riivatut' que berce une houle psychédélique à 'Ne Ovat Jo Täällä', pourvue d'une curieuse amorce un peu jazzy et tout du long secouée par des coups de boutoir fiévreux et cosmiques, sans oublier ce 'Riudut Ja Kuolet' où s'accouplent flûte sombrement boisée et vocalises sentencieuses d'une poésie obscure avant de décoller vers les étoiles avec un solo lumineux. Les Finlandais continuent de travailleur leur art et se fendent avec « Pahuuden Äänet » d'un album délicieux, glacial et généreux tout ensemble, aventureux et toujours détenteur de cette identité aussi unique que précieuse. 3.5/5 (2016)
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