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Romano Ferrara | Gungala, la vierge de la jungle (1967)


Avec La vierge de la jungle, Artus inaugure une nouvelle collection dédiée aux filles de la jungle, du cinéma alternatif pur jus comme on l'aime. Après le succès de Liane la sauvageonne (1957), les Italiens s'engouffrent dans la fente et mettent en branle les aventures de Samoa, Tarzana (ça ne s'invente pas) ou de Jungala donc. Comme souvent, ils accentuent la nudité inhérente à ce genre d'héroïnes, gratifiant la rétine de nombreuses scènes topless. C'est d'ailleurs le seul intérêt de cette modeste production sans doute tournée dans un bois autour de Cinecitta. Réalisateur du Monstre aux yeux verts avec Michel Lemoine, Romano Ferrara n'a aucun talent et met en scène platement un scénario qui tourne à vide, simple prétexte dévoiler la beauté dénudée de Kitty Swan. Seule sa présence - et celle de Linda Veras, qu'on aimerait davantage voir à poil - maintiennent vaguement le spectateur en éveil, lequel n'attend qu'une chose : admirer la superbe plastique de la Danoise qui n'a rien à dire et se contente de courir ou de se baigner sans aucune raison du reste ! Quoique mineur, ce Jungala connaîtra un certain succès, qui inspira à la fois le fumetti Jungla et une suite, La panthère nue, nettement plus enthousiasmante car avec beaucoup plus de cinéma dedans. Il faut dire que c'est Ruggero Deodato, futur auteur de Cannibal Holocaust, qui sera aux manettes... (vu le 30/12/2018)











Michael Reeves | La créature invisible (1967)


D'abord assistant, sur Les Drakkars de Jack Cardiff (1964) et Le château des morts-vivants de Warren Kiefer (1964), Michael Reeves a connu une carrière éclair, mourant prématurément en 1969 à la suite d'une overdose de barbituriques, après avoir réalisé trois longs métrages dont le plus célèbre et le plus abouti aussi, reste Le grand inquisiteur en 1968 avec Vincent Price. Un an avant, il signe La créature invisible pour la Tigon, société de production éphémère qui, sans égaler la Hammer ou la Amicus, s'est spécialisée dans les films d'horreur à petit budget. Le vampire a soif, La chair du diable, Doomwatch, La nuit des maléfices ou Le monstres des oubliettes remplissent un catalogue mineur mais non dénué d'une identité certaine, souvent morbide. Ces moyens faméliques, s'ils se remarquent à la vision de The Sorcerers, participent pourtant d'une atmosphère un peu austère, presque sordide (l'appartement des Montserrat), laquelle se marie à un psychédélisme diffus.
Le film joue  de fait sur la rencontre de deux mondes, celui des vieux, froid mais gourmand, contre celui des jeunes, coloré mais morne. Avec peu, Reeves maintient habilement l'intérêt grâce notamment à ce couple qui, en manipulant par hypnose, un jeune homme, vivent par procuration toutes sortes de sensations, avec une jouissance obscène. Malgré la présence de Boris Karloff, interprète légendaire de tout un bestiaire horrifique, l'âme damnée est incarnée par Catherine Lacey qui, grisée par l'expérience, finit par utiliser Mike Roscoe comme un robot. Bon scénario avec une fin superbe (les corps  calcinés) et un casting féminin sexy qu'animent la Française Elisabeth Ercy et Susan George. (vu le 07/11/2018)

















Yves Robert | Alexandre le bienheureux (1967)


A partir d'un sujet des plus minces (un bonhomme décide de passer ses journées au plumard), Yves Robert accouche d'une comédie pleine de fantaisie et gentiment anarchiste. Eloge de la paresse, Alexandre le bienheureux est un aussi un appel à la révolte, face au travail aliénant mais aussi contre les femmes présentées sous un jour pour le moins négatif, épouse despotique (Françoise Brion), jeune fille paresseuse et vénale (Marlène Jobert) ou vieille commère (Tsilla Chelton). Tourné en 1967, le film porte cet esprit libertaire qui guidera bientôt Mai 68. Beaucoup de seconds rôles qui ne le resteront plus longtemps (Pierre Richard, Jean Carmet), un Philippe Noiret formidable en colosse poupin que l'on a forcément envie d'imiter et un humour qui flirte avec l'absurde (le chien au centre de la réunion municipale) sont à mettre à l'actif de cette fable bucolique et épicurienne qui invite à goûter le moment présent et à savourer la vie pour ses plaisirs simples.
(Vu le 05/05/2018 / Source : enregistré en 2005)


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Julien Duvivier | Diaboliquement vôtre (1967)
























Dernier long métrage de Julien Duvivier, Diaboliquement votre fait partie de ces films qui, sans être ratés, n'en sont pas pour autant de franches réussites.

Jean-Louis Roy | L'inconnu de Shandigor (1967)


Est-ce son origine géographique - la Suisse - mais L'inconnu de Shandigor est une oeuvre au climat étrange qui mélange les genres, à la fois récit d'espionnage, film de science-fiction, le tout baignant dans une ambiance parfois proche de la parodie. Drapé dans un beau noir et blanc qui lui permet d'étendre un voile expressionniste (on pense à Fritz Lang), L'inconnu de Shandigor doit en fait davantage à sa galerie de personnages aussi hallucinés qu'hallucinants que campent avec une présence ad-hoc de vraies gueules de cinéma telles que Daniel Emilfork, Serge Gainsbourg (?), Jacques Dufilho et Howard Vernon, qu'à son histoire nébuleuse. En effet, très vite, le canevas perd son intérêt, ce qui n'empêche pas le spectateur d'être envoûté par cet espèce de ballet surréaliste qui voit plusieurs camps s'affronter atour d'un chercheur et de son improbable invention.
Tournée en partie à Barcelone, dont on identifie certaines créations dues à Gaudi, il s'agit d'une oeuvre très méconnue, plastiquement très réussie, parfois prétentieuse dans sa volonté esthétisante, maladroite (les scènes romantiques avec la fille du professeur) mais porteuse d'une vraie poésie singulière et obscure. Une fois l'avoir vue, on n'est pas prêt d'oublier de si vite ces hommes au crâne chauve commandés par Gainsbourg ni le jeu pincé de Daniel Emilfork ou démentiel de Dufilho qui semble tout droit échappé d'un épisode de Chapeau melon et bottes de cuir ! A (re)découvrir d'urgence...