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KröniK | Ixion - Return (2017)


Seul dans son coin, à son rythme, Ixion continue de travailler son art. Au départ, arrimé à la chapelle doom, ce dernier glisse peu à peu en dehors de ses murs entre lesquels il a de toute façon été dès le début à l'étroit. La dimension cosmique qui la cimente dicte à cette musique une forme de plus en plus atmosphérique sinon éthérée, évolution qui trouve son aboutissement avec "Return". Du doom astral, parfois pas si éloigné que cela des travaux d'Esoteric en vigueur sur "To The Void", il ne reste plus que de pâles oripeaux que symbolisent de lointaines voix d'outre-tombe ('Hanging In The Sky').
Plus qu'un retour sur terre, cette troisième exploration voit les Bretons larguer ainsi franchement les amarres pour accoster le terrain qui leur était sans doute promis depuis toujours, progressif et électronique. Fruit d'une lente maturation, cette mue impose une partition limpide, presque liquide dans sa manière de s'écouler sans heurts ni tension. On touche là d'ailleurs du doigt la signature du trio qui n'a jamais besoin de souligner à gros traits des ambiances ouatées quasi irréelles voire immatérielles. Chez eux, tout est une question de sensations. Faussement plat, ce matériau est en réalité constellé de multiples touches, à l'image de 'Contact', envoûtante pulsation qui n'est pas sans évoquer Monolithe. Un titre tel que 'World Of Silence', tout en pastel, incarne à son tour parfaitement cette richesse souterraine que les écoutes répétées finissent par araser et mettre à jour. Guitares et claviers tissent une toile diaphane dont l'apparente fragilité cache ainsi une force d'évocation qui dessine un kaléidoscope d'images poétiques d'un romantisme en clair-obscur. De fait, "Return" irradie une beauté solaire et crépusculaire tout ensemble dont les lignes vocales évanescentes forment le pinceau trempé dans une palette de couleurs. Voyage plus terreux qu' "Enfant de la Nuit", "Return" s'aventure à travers des paysages délicats, n'hésitant pas à quitter les chemins d'un doom progressif pour emprunter une sente plus surprenante encore, tendant vers l'ambient, voire le celtique sur le terminal 'The Dive (Fade To Blue Part II)'. Ce faisant, Ixion confirme sa précieuse singularité, groupe à l'identité affirmée et pourtant mouvante, épris d'une liberté qui le guide vers l'inconnu. Mais loin d'être inquiétant, le monde dont ils poussent doucement les portes se révèle rassurant, mystérieux certes ('Out Of The Dark') mais ourlé d'une froideur lumineuse. Elévation céleste, "Return" témoigne à nouveau de cette finesse de touche qui n'appartient qu'à ses créateurs, dont le talent n'a d'égal que la modestie. Le prochain chapitre qu'ils écriront sera passionnant à découvrir. 3.5/5 (26/11/2017)






Ixion | Enfant de la nuit (2015)


Découvert il y a quatre ans avec l'originel "Into The Void" dont on sentait qu'il n'avait encore qu'à peine défloré son potentiel, Ixion s'avère un groupe réellement à part au sein de la chapelle doom hexagonale (ou non). De fait, si les Bretons, qui comptent dans leurs rangs l'ancien claviériste du trop tôt disparu Cebren-Khal, récitent l'Evangile avec respect, usant aussi bien des voix caverneuses de rigueur que des lignes de guitares minées par une mélancolie sentencieuse, leurs psaumes sont moins nourris par la mort que par une mystique spatiale à laquelle l'omniprésence de claviers vaporeux confère une tessiture atmosphérique. Seconde offrande que nous n'espérions presque plus, "Enfant de la Nuit" illustre bien cette singularité tant par son titre en français que par son (beau) visuel, signé Pierre Roussel, façon BD et rompant avec les pochettes habituelles. Il en va de même du contenu, à  l'image de ce précieux écrin. S'il reste fidèle au concept cosmique qui cimente son art, Ixion n'en pas moins profondément évolué durant ce long silence pendant lequel il a progressé et élaboré cet album d'une ampleur aussi ambitieuse que ténébreuse. Au socle doom death de "Into The Void", son successeur préfère se déployer sur un substrat plus gothique constellé de mélodies d'une froide élégance. Bien que les guitares aiment à tisser un canevas tavelé de tristesse, ce sont surtout le chant, d'une grande variété, souvent abyssal, parfois limpide ou noyé sous les effets ('Children Of The Night'), ainsi que les sons électroniques, lesquels étendent un tapis glacial aux confins d'une ambient stellaire ('Allegiance'), qui structurent des compositions. Celles-ci brillent d'un éclat presque insaisissable, quand bien même, par moment, le ton se pare d'une dureté minérale, témoin l'excellent 'The Shining', point névralgique de l'écoute autant qu'apothéose d'un menu toutefois des plus homogènes dans sa qualité, qui doit s'appréhender comme un récit, filant tranquillement vers une issue grandiose qu'incarne le céleste 'Odyssey'. Plus abordable sans doute que son prédécesseur, réceptacle d'un doom stratosphérique, "Enfant de la nuit" palpite d'une richesse souterraine, qui fait de cet opus une œuvre ambitieuse, pleine d'une finesse séduisante, propulsant Ixion vers une autre dimension. Désormais hébergé chez Finisterian Dead End qui saura certainement mieux le promouvoir que le pourtant culte Avantgarde, le groupe voit donc son horizon s'éclaircir, malgré la sombre beauté de son art... (2015)