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Une Misère | Sermon (2019)



















Ne vous fiez pas au nom qu'il a choisi de porter, Une Misère n'est pas né dans un coin de l'Hexagone mais dans les glaciales contrées islandaises.

Baroness | Gold & Prey (2019)



















L'air de rien, cela fait pas loin de quatre ans que Baroness n'est pas venu combler nos orifices auditifs avec un nouvel album.

Tigerleech | The Edge Of The End



















S'il accouche avec "The Edge Of The End" de son premier effort longue durée, cela fait déjà six ans que Tigerleech bourlingue, agrégat de quatre musiciens chevronnés venus d'horizons différents.

Nostromo | Narrenschiff (2019)



















Les Suisses de Nostromo ont toujours multiplié les références, qu’elles soient cinématographiques, picturales ou littéraires. On se souvient ainsi que leur nom est emprunté au vaisseau spatial du "Alien" de Ridley Scott. Pour leur nouvel EP, le second depuis leur retour aux affaires après un hiatus de onze années, ils puisent le combustible d'une barbarie qui leur est coutumière dans "La nef des fous" (Das Narrenschiff), ouvrage allemand écrit au XVe siècle par Sébastien Brant qui inspira aussi bien une peinture à Jérôme Bosch que la sculpture qui en illustre la pochette.

KröniK | Wolfpack - Loathe (2018)


Des Wolfpack, on en connait un certain nombre, du teuton, du finlandais, du british, œuvrant dans le gothic metal, le thrash ou le death, mais celui qui nous intéresse présentement est français, de Paname pour être précis. Les gaillards braconnent sur les terres d'un hardcore convulsif dont le manche tendu est profondément planté dans le metal le plus sale et bilieux aux confins d'un sludge ferrugineux. Enervés, ils accouchent avec "Loathe" d'une progéniture aussi agressive qu'incontrôlable que l'on se prend en pleine face comme un violent uppercut. Vomi par des musiciens à l'unisson d'une brutalité épidermique, c'est un missile qui décrasse les orifices en les dilatant comme des cratères béants et ensanglantés.

Il remue les tripes jusqu'à la nausée, viol auditif dont on sort exsangue et sali dans les plus petits recoins de notre âme. Encadré par une intro ('Cursed') et un instrumental éponyme, entre lesquels se glisse une (très) courte pause médiane, l'opus dure moins d'une demi-heure mais il n'en faut pas davantage à ses géniteurs pour racler les chairs à vif, dressant une hampe explosive que gonfle une intensité vindicative. Grenade qui arrache tout sur son passage en moins de trois minutes, 'Oblomov' résume d'emblée ce propos, à la fois puissant et colérique, secoué par un chant qui dégueule et perforé par un break bitumeux aux relents d'une gangrène urbaine. 'Pessimist' est pétri dans la même pâte d'un beatdown hardcore lourd et fielleux. Pour autant, le groupe a le bon goût d'injecter à son matériau une dose de death metal ('Viper Choirs' taillé pour les moshpits) voire de l'aérer par une voix claire salvatrice, celle de Cédric Toufouti (Hangman's Chair) le temps d'un 'Hover Above Me' dont les atours atmosphériques surprennent agréablement. Les dernières mesures de 'Delusion', au son de 'La Bohème' de Charles Aznavour, se révèlent tout aussi étonnantes, tout comme ce 'Doomed', emporté par des rouleaux de batterie qui se fracassent contre les murs rongés par une lèpre sombre. Ce faisant, Wolfpack affine sans toutefois la lisser son identité qu'il affranchit des règles et des codes, pour livrer avec "Loathe" un effort personnel dont la densité sévère renferme maintes nuances dans la brutalité. (18/03/2018)


KröniK | Erdve - Vaitojimas (2018)


Nouvelle signature des têtes chercheuses de Season Of Mist, Erdve crache avec "Vaitojimas" son premier rot. Ce qui ne s'entend absolument pas tant ses qualités semblent être le résultat d'une longue expérience, preuve en est encore une fois du haut niveau que les jeunes pousses étalent désormais effrontément, loin des balbutiements et maladresses de jadis. Cependant, il ne faut pas confondre habileté et inspiration, ce qui n'est pas la même chose. Ainsi nombre d'albums aujourd'hui sont certes très bien faits mais témoignent pourtant d'une imagination en jachère, souffrant d'une fâcheuse carence en idées et en originalité. Or tel n'est pas le cas de ces Lituaniens qui dressent avec une dureté épaisse les couleurs d'une créativité volcanique.



Tout cela est bel et bien mais ne répond pas à une question : c'est quoi Erdve ? A première vue, "Vaitojimas" macère dans le jus du hardcore dont il épouse les caractéristiques rageuses. Biberonné au Destop, le chant déverse un torrent de fiel, les guitares sont corrosives et le tout, robuste et énervé, palpite d'une force intense quasi sismique. Rien de neuf à l'horizon, direz-vous. Oui. Mais c'est en injectant une dose sévère de noirceur charbonneuse ou au contraire en égrenant des instants squelettiques ('Pilnatve'), que Erdve s'élève dans toute son implacable démesure à laquelle procède une architecture meurtrie et tentaculaire, austère et abrasive. De fait, chacune de ces six pulsations, tendue comme le foc d'un navire, serpente à travers une géographie aussi abrupte que sinueuse, creusée par les rouleaux telluriques d'une batterie qui phagocyte l'espace ('Atraja'). Plainte instrumentale aux allures de  respiration (faussement) paisible, 'Apverktis' illustre parfaitement la façon dont le groupe exprime une violence mortifère teintée d'amertume, ouvrant brutalement, après une première partie osseuse et répétitive, les vannes d'une fureur granitique en une fulgurante coulée de lave. Par la puissance sourde qui le secoue, Erdve délivre un matériau à la fois épileptique et abyssal que l'appellation "blackened hardcore" résumerait assez justement cependant que des racines sludge et post metal ('Isnara') entraînent dans les replis ferrugineux d'une inexorabilité morbide. Une espèce de beauté tortueuse suinte de ce bloc d'une incandescence noire, en une semence visqueuse. Charriant un désespoir poisseux, ces riffs massifs nous engloutissent sous une chape maladive. Ils agissent comme un burin taillant la sculpture d'un monde à l'agonie ('Priervarta'). Selon la formule consacrée, Erdve s'impose d'emblée comme un groupe à suivre de près tant on devine, crépitant dans les profondeurs de son âtre, un nihilisme prometteur. (18/02/2018)


KröniK | Soyuz Bear - Black Phlegm (2017)


Vous aimez vous prendre des uppercuts dans la gueule ? Vous cherchez à vous faire ramoner les orifices à la préhistorique ? Bref, seule la violence brute trouve grâce à vos yeux embués de douleur. Alors nous ne saurions trop vous conseiller de poser une oreille (au moins) sur Black Phlegm, premier effort longue durée des Toulousains de Soyuz Bear.Tout ici transpire le suint vicieux, la menace sourde, la brutalité froide et oppressante. Il y a déjà le nom du groupe qui évoque une bête massive, tapie dans l’ombre et prête à déchiqueter sa proie. Il y a aussi celui sous lequel se présente ce méfait séminal, connecté aux ténèbres les plus poisseuses.
Rude et tendue, sa défloration ne fait que confirmer ces premiers indicateurs. La grande force de cette jeune pousse réside dans son expression orthodoxe d’un sludge doom (forcément) colérique, la peau rugueuse, le verbe teinté d’un nihilisme mortifère. Ne cherchant nullement à révolutionner un genre qui de toute façon se mesure avant tout à l’aune d’une agressivité authentique que ne souille aucune afféterie, les Français récitent le credo pétrifié en plongeant dans la marée noire d’une nuit sale, une hampe lourde gonflée de haine.Les invariants sont tous là, bien serrés, ce chant biberonné au Destop, ces guitares rongées par la rouille et ce tempo enlisé dans le mazout, et ça fait mal, très mal même. Bien qu’avare en vaseline, Soyuz Bear préfère cependant aux éruptions frénétiques les pesantes perforations. De fait, rares sont les moments où le rythme s’emballe vraiment, à l’exception de Human Vanity et de SWTVM qui, après une amorce étouffante, se lance au galop à travers un champ de ruines avant d’entamer une inexorable décélération dans les profondeurs d’un vertigineux cratère aux lèvres poissées de sang. Tout du long prisonnier d’une gangue glaireuse, Black Phlegm n’en est pas moins travaillé dans ses entrailles par une tension apocalyptique, comme l’illustre le terminal Swollen qui, du haut de ses dix minutes au jus, se dresse dans toute sa noirceur charbonneuse et définitive. Une urgence palpable gronde sous les coups de pilon de guitares toujours au bord de la rupture (Scrub). Le groupe dans son ensemble se montre à l’unisson de cette puissance rentrée qui couve sous la surface de ces morceaux de rage. Une trentaine de minutes suffisent aux Toulousains pour creuser dans la peau les stigmates d’un doom sludge sévère et abrupt dans la lignée aussi cendreuse que furieuse de Eyehategod. 3.5/5 (15/11/17)






KröniK | Nesseria - Cette érosion de nous-mêmes (2017)


Il y a des noms qui ne trompent pas. Celui du maître Nick Zampiello qui l'a masterisé, ceux de Deadlight Entertainement et Throneruiner Records qui le publient respectivement en CD et vinyle, assurent déjà à "Cette Erosion de Nous-mêmes" son quota de plomb et une furieuse dose de colère. Les fidèles de ces deux labels savent à quoi s'attendre. Sauf que Nesseria - quinze ans au compteur et trois albums sous le bras, en comptant le petit dernier - prend soin de rapidement brouiller les pistes pour mieux nous égarer.
De fait, si les Orléanais font fi de préliminaires dont nous n’avons de toute façon que faire, en déboulant à la manière d'une bête enragée avec le chant biberonné au Destop de Dez qui hurle comme si demain ne devait plus exister, 'On Prendra l'Habitude' se voit vite perforé par des guitares ferrugineuses dont la glaciale noirceur doit davantage au black metal qu'au hardcore cependant que la fragile lumière qui jaillit de ses entrailles le colore de teintes quasi post rock. Mais en trois minutes, nous sommes déjà à genoux, prêts à offrir notre flanc à la morsure de cette robuste hampe. Exigeant, Nesseria ne cède à aucune facilité, accouchant d'un magma sévère qui doit s'apprivoiser avant de pouvoir en goûter le suc empoisonné. Propulsées par des rouleaux de batterie qui s'écrasent contre des falaises rocailleuses, ces saillies grondent, constamment au bord de la rupture, d'une sourde tension qui les ronge comme une lèpre nocive ('Chasse aux Ecureuils'). S'il file très vite à la vitesse d'un cheval au galop, "Cette Erosion de Nous-mêmes" n'en dégorge pas moins une sève fulgurante car dans la panse obscure de ses titres grouillent des trésors d'écriture. Sur un maillage ultra serré, son menu déroule une stratigraphie tendue et massive qui lui confère une forme de rudesse. Soucieux de s'affranchir des genres, des étiquettes, les Français inoculent à cette pâte survoltée de nouvelles influences (black, post metal...). Si certains seront surpris, voire décontenancés, par le résultat, alors que la signature douloureuse du groupe demeure pourtant inchangée, force est de reconnaître que Nesseria sort métamorphosé sinon grandi de cette mutation vers un art désormais peut-être moins épidermique mais dont l'ambivalence accrue qui l'écartèle, loin de l'exonérer d'une noirceur abrupte, le pousse dans les profondeurs d'un puits abyssal contre les parois desquelles s'accroche une sourde beauté. Mais ne vous y trompez pas, s'il peut afficher par moments des traits plus mélodiques, ce qui contribue à le rendre d'un abord plus avenant ('Les Ruines'), « Cette Erosion de Nous-mêmes » se présente à nous dans toute sa force malsaine. Il suffit d'écouter le squelettique 'A l'Usure', pause osseuse qui suinte un désespoir poisseux, pour prendre la mesure d'une violence tantôt souterraine ('St Petersburg') ou frontale ('Forteresse'). De ces vomissures vocales qui déversent une bile enragée à ces câbles de guitares qui ouvrent des paysages beaux à pleurer couverts toutefois par une brume crépusculaire, témoins 'Dans l'Ombre et Sans Visage' ou la conclusion éponyme chargée d'une amertume funèbre, l'ensemble prend à la gorge, charriant une inexorabilité goudronneuse. Au final, on ne sort pas indemne d'une écoute qui remue l'âme autant que les tripes. 3.5/5 (01/10/2017)






KröniK | Comity - A Long, Eternal Fall (2017)


Comity est un groupe culte, de la scène hardcore / noise / grind / crust (appelez cela comme vous voulez) et ses créations attendues comme des messies doloristes, d'autant plus qu'elles se font de plus en plus rares. La semence aussi hargneuse que mortifère que crachent les Français se mérite, et nombreux sont ceux qui trouveront que celle-ci n'a que le goût du chaos. Ce qui n'est pas tout à fait faux.
Mais comme le (bon) vin, elle doit rester longtemps en bouche pour que ses arômes puissent se dévoiler, comme le confirme à nouveau "A Long, Eternal Fall". Si son titre ne laisse planer aucun doute quant à la négativité de sa teneur, sa noirceur goudronneuse se démultiplie à l'infini en un dédale vertigineux dont l'issue demeure inconnue, faisant de lui plus qu'un simple coup de massue dans la figure. Là réside, depuis toujours, la force des Parisiens dont la violence épileptique, enrobée dans un fuselage le plus authentique possible, est mise au service d'une complexité abyssale. A l'instar de son aîné, "The Journey Is Over Now", cet opus enchaîne des pistes anonymes (seul un numéro les identifie), huit au total, ce qui ne facilite pas, loin s'en faut, sa pénétration. Et après, une entame instrumentale que vrille un riff corrosif qui tourne et se répète avant de lancer la bête rugissante, les titres se succèdent en un magma bouillonnant de haine dont les limites semblent incertaines. De fait, on ne retient tout d'abord pas grand-chose de cette brutalité qui déferle avec une puissance torrentielle, si ce n'est une tension dont le pouls est constamment au bord de la rupture. L'extrême densité de ces pulsations aux allures de plaques tectoniques qui se chevauchent, s'affrontent, s'accouplent en une stratigraphie compliquée, achève de faire de leur défloration un viol sévère et traumatisant dont on ne sort pas indemne, les muqueuses en sang, lacérées, déchirées, écartelées. Et grande est alors la tentation d'abandonner, de tout laisser tomber. Mais fidèles de cet hardcore tuméfié, nous savons qu'il faut persévérer pour venir à bout de ce bloc de matière brute dont la richesse se niche dans les profondeurs obscures d'une intimité ferrugineuse à laquelle mène un tunnel labyrinthique. Et peu à peu, "A Long, Eternal Fall" commence à s'ouvrir, à écarter ses lèvres, entre ce chant atrabilaire et cette rythmique convulsive, grâce à ces guitares dissonantes et polluées, tendues comme un string, qui dressent leur dard chargés d'un nihilisme poisseux brillant d'un éclat malsain. Exigeant et définitif, cet album creuse de purulents stigmates dans la peau. Vouloir le décrire par le menu semble terriblement vain car il doit être vécu dans sa globalité survoltée et pourtant riche de nuances souterraines. Ce faisant, Comity franchit un palier supplémentaire dans la démesure d'une violence millimétrée qui débouche les orifices avec l'efficacité de la chaux vive. Les habitués seront comblés, déjà prêts à tendre l'autre joue, les autres peuvent passer leur chemin, nous ne les retiendrons pas... 3/5 (2017) | Facebook






KröniK | Raptor King - Dinocalypse (2017)


Ceux qui pensaient - à tort forcément ! - que Raptor King ne serait qu'une farce sans lendemain, en seront, une fois de plus, pour leurs frais. La queue qui frétille, dressée avec une isolante fermeté, notre dinosaure préféré est donc (déjà) de retour, bien décidé à tout faire péter. En se payant, par la même occasion, une bonne tranche de rigolade. Car le trait de génie de ce reptile échappé de "Dinocroc" est de ne pas se prendre au sérieux tout en abattant le petit bois, d'avoir trouvé de suite le ton juste, méchamment goguenard, accouplé à un metal lourd comme un cassoulet toulousain, décapant et effréné, jouissif et décomplexé.
Comme les étiquettes, Raptor V et sa bande n'aiment pas trop ça, les mecs bouffent aussi bien du hardcore que du sludge mais pas que, comme en témoigne ce "Dinocalypse" qui, en faisant feu de tout bois, ne pourra que forcer les irréductibles mauvaises langues à fermer leur claque-merde. Derrière le masque de la plaisanterie, il y a un groupe, un vrai, avec une personnalité et des idées dedans, qui avec cette seconde saillie, fait preuve d'une verve créatrice surprenante. Et d'une maturité qui ne l'est pas moins. Démonstration. Malgré sa pochette digne d'un album de thrash des années 80 avec le bon vieil avertissement « Parental Advisory Explicit Content » sur le coin de la gueule, ce nouvel étron se révèle furieusement moderne, les griffes acérées prêtes à déchiqueter nos cerveaux imbibés, comme ceux du Roi Raptor et ses deux joyeux compagnons de jeu, Nightsmoke et Don Coco, réveillés de leur court sommeil éthylique par la menace apocalyptique que fait peser sur le monde une vicieuse créature pelleteuse nommée Pelletor (ça ne s'invente pas !). EP testiculeux, "Dinocalypse" conte cette titanesque querelle. D'emblée, le groupe sort son gourdin qu'il a monstrueux avec le titre éponyme qui, après une entame hollywoodienne, martèle du gros son, énervé et sauvage, au gré d'une cavale que brisent de nombreux breaks. Survient ensuite 'The Witch', qui voit tout d'abord le trio serrer le frein à main tandis que le chanteur va au charbon, avant de batifoler dans des sables mouvants, mêlant accélérations fiévreuses et pause sournoise, le tout nimbé de chœurs féminins en une orgie débridée. Nouvelle rupture avec 'The Long Way...', à la fois mélodique et bourru. où nombre d'influences (heavy, death) sont passées à la moulinette entre les grosses pattes d'un groupe qui n'a peur de rien. Après un 'Fight 'n'roll' qui ne ressemble à rien (dans le bon sens du terme, s'entend), fruit de l'accouplement improbable entre un groove catchy et de combatives coulées de haine, surgit le morceau le plus curieux du lot, ce 'Lonesome Raptor' qui permet au brailleur en chef de démontrer toute la versatilité de son organe, crooner de temps sombres, accompagné par une guitare qui distille un blues frelaté, jusqu'à ce changement de ton annonciateur d'une fin abrupte. La lumière s'éteint, le rideau est en berne sur un monde dévasté et Raptor King vient de prouver qu'il faudra définitivement compter sur lui, créature plus intéressante qu'il n'y paraît. Bien supérieur à son devancier, "Dinocalypse" est gonflé d'une inspiration sans limites, second jalon d'une carrière dont on attend désormais un véritable album car plus c'est long, plus c'est bon ! 3.5/5 (2017) | Facebook






KröniK | Cowards - Still (2016)


Ses membres l'avaient annoncé dans nos pages, Cowards est donc retour avec, sous les bras, un EP, en attendant le véritable successeur de "Rise To Infamy". Format serré oblige, "Still" va droit à l'essentiel, lacérant les muqueuses sans jamais reprendre son souffle. Ça va vite, très vite même, laissant non pas un goût d'inachevé mais de trop peu, quand bien même on ressort de sa défloration - comme c'était déjà le cas de ses aînés - lessivés, assommés par cette décharge ininterrompue d'une brutalité poisseuse.
Si les saillies qui le composent, d'une férocité épileptique, ne sont néanmoins pas vierges de lourdes et rampantes perforations, elles trouvent dans ces instants comme suspendus au-dessus d'un gouffre sans fond la matière à dégueuler plus encore cette négativité aussi agressive que mortifère dont ses géniteurs sont coutumiers. Ancré dans une urbanité gangréneuse, ce crachat d'une vingtaine de minutes au jus ne saurait être considéré comme l'agrégat trapu de quelques fonds de tiroir, issus des sessions de "Rise To Infamy" même si les deux covers, sur lesquelles nous reviendrons, ont en effet été capturées durant l'enregistrement du disque précédent. D'une part parce que les trois compos personnelles et inédites qui s'enchaînent les unes aux autres et remplissent la première partie du menu, dressent avec férocité les couleurs sombres d'une inspiration explosive, pulsations déchaînées, à l'image de 'Like Us' que vient violenter encore davantage Matthias Jungbluth de Fange, qui se hissent sans mal à la hauteur de leurs devancières. D'autre part parce que 'Still (Paris Most Nothing)' ou 'Let Go' dévoilent un groupe en mouvement perpétuel  qui continue de façonner son identité et, par là même, de l'affirmer, s'enfonçant toujours un peu plus dans les replis marécageux d'un sludge doom abyssal bouillonnant de haine, jusqu'à l'os d'un black metal primitif, ce dont témoigne la reprise hallucinée et pour le moins personnelle du 'Every Breath You Take' de The Police . Celle de The Horrorist, 'One Night In Any City' ne confirme pas seulement, quant à elle, ce glissement vers les ténèbres les plus reptiliennes, elle incarne le point G venimeux de ce court méfait qui, plus qu'un complément de "Rise To Infamy", se pose comme un jalon essentiel d'une discographie qui ne cesse de nous surprendre.3/5 (2016) | Facebook






KröniK | Atari Teenage Riot - Reset (2014)


Les Allemands d'Atari Teenage Riot sont comme tout le monde, ils vieillissent. Et cela s'entend. Oh non pas que ces pionniers de la musique industrielle copulant avec le Hardcore, ne fassent plus de bruit mais, désormais assagis, leur art semble davantage tailler pour les dancefloors que pour les aciéries berlinoises.
A l'écoute de "Reset", leur deuxième effort depuis leur reformation en 2010, on ne peut s'empêcher de se demander si les Teutons n'auraient pas été plus inspirés de rester dans leur tombe, ce qui aurait permis de maintenir intacte une légende que les années et des albums de cette trempe risquent d'égratigner. Ceci étant, il serait exagérer d'affirmer que "Reset" est un ratage sinon un disque honteux. Les amateurs du dernier rang qui ne connaissent pas le passé du groupe, seront même sans doute séduits par ces beats dance au mieux entêtants ('J1M1') au pire presque bruitistes ('Transducer'). Les autres aussi trouveront à piquorer dans ce menu très bien fait, qui réussit pourtant, malgré sa courte durée (une quarantaine de minutes), à paraître interminable. Le titre éponyme, au groove hypnotique, 'Modern Liars' ou encore 'Death Machine' se suçotent sans déplaisir, autant de (maigres) bons moments qui doivent souvent tout -ou presque - à la voix acidulée de la toujours si charmante Nic Endo, qu'on aimerait entendre plus souvent. Mais que la violence rageuse des débuts semble loin, sans doute envolée avec la mort de Carl Crack. De l'étendard antinazi anarchiste et révolutionnaire (dans le fond comme dans la forme) originel ne subsiste donc plus qu'un dinosaure qui fait beaucoup de bruit pour rien. Vidé de sa moelle, Atari Teenage Riot s'est mué en un groupe pour boîte de nuit, pas désagréable en soi mais qui n'est plus vraiment lui-même... 2/5 (2015) | Facebook






Interview | Feral (Octobre 2016)


Interview de Feral, réalisée pour la Horde Noire.

Vous êtes tous déjà impliqués dans d'autres formations, pourquoi alors avoir formé Feral ? Est-ce une envie de jouer ensemble, une question d'amitié qui vous ont motivé ?
Avec Fred on se connaissait un peu mais je l’avais vu jouer live plusieurs fois et j’aimais bien son jeu et son style…alors on a joué…et créé FERAL. On connaissait suffisamment de potes musiciens pour compléter le line-up. La base rythmique est solide.On a beaucoup de chance d’avoir les 2 fréros avec nous. On s’entend très bien.

Votre style est une sorte de mixture entre hardcore, crust et sludge : êtes-vous d'accord avec cette définition ?
Oui et non, pour moi c’est du Metal ou du Hardcore point.Chacun y met ses influences.

La scène hardcore est assez encombrée. Que pensez-vous apporter de plus ?
On verra, notre personnalité, notre dévouement, et avec le temps une identité j’espère !

Feral est-il un groupe fait pour durer ?
Je pense que oui.

Au moment où tu vas répondre à ces questions, vous aurez partagé l'affiche avec Napalm Death. Qu'est-ce que cela fait de jouer avec un tel monstre ? 
Personellement c’est un grand plaisir, car ils m’ont beaucoup influencé et j’aime les écouter. C’est aussi l’occasion de jouer devant un public plus large avec des gens qui viennent jamais nous voir…

Montpellier semble abriter une scène hardcore en pleine effervescence. Comment l'expliquer ?
Au contraire l’effervescence est passée et il y a aujourd’hui une vrai scène. Une scène Hardcore ancrée, solide et active dans la culture de Montpellier. C’est lié au développement important de la ville ces dernières années. C’est une ville attractive et moderne.

De part son urgence, on a l'impression que Doomwalk n'est qu'un prétexte pour faire des concerts où vous devez tout casser...
Il y a de ça c’est vrai…on aime faire des concerts. Mais c’est aussi la manière de composer qui donne ce résultat, on ne réfléchi pas trop, on a joué et composé surtout à l’instinct.

Comment se sont déroulés la conception et l'enregistrement de cet album ? Qu'aviez-vous en tête ?
La composition est un mélange de nos idées interprétées avec nos capacités, notre feeling. Chacun de nous participe à son niveau. Tout ce fait dans la bonne humeur, comme l’enregistrement d’ailleurs au Chicken Coop studio.On a travaillé sans pression dans l’unique but de faire quelque chose de bien.

Vous avez confié le mastering à Nick Zampiello, pourquoi ce choix ? Parce qu'il est incontournable ?
Je connaissais son travail grâce à STUNTMAN et avec Ole qui a mixé et enregistré l’album on savait ou on allait. Il avait aussi déjà travaillé avec lui, c’était donc naturel et plus simple. On est satisfait du résultat.



Je trouve vos compos très dynamiques, à la fois rageuses et en même temps ultra heavy, tout en étant très techniques. Es-tu d'accord ?
Je suis d’accord pour la rage,le coté heavy ,pour la dynamique aussi… c’est d’ailleurs l’orientation qu’on à prise dans la production au niveau du son, on voulait quelque chose de chaleureux. Par contre je trouve la musique pas si technique et relativement directe, voir simple. Mais la technique  c’est toujours subjectif et relatif à quelque chose dont on parle précisément. Je veux dire que globalement FERAL n’est pas technique mais certains passages le sont.

Je ne me suis pas penché sur vos textes. De quoi parlent-t-ils ?  Qui les a composés ? 
C’est moi qui écrit les textes et cet album évoque notre époque sans foi ni loi, de manipulation, belliqueuse  et violente. On va droit vers moins de liberté et plus de soumission. Cet album est très contemporain et donc pessimiste.

Quels sont vos projets ?
Dans les mois qui viennent on va tourner et défendre Doomwalk. A commencer par une tournée européenne avec nos amis lyonnais de Plèvre du 20 au 30 octobre et nous poursuivrons en Russie du 1er au 16 avril 2017.


Europe tour 2016 w/ Plèvre

21/10/2016 - La Chaux de Fonds - Le bikini test (Ch)

22/10/2016 - Braine l'alleud – Le prisme (Be)

23/10/2016 - Off

24/10/2016 - Warsztat - Krakow (Pol)

25/10/2016 - Secret place - Leipzig (De)

26/10/2016 – Amsterdam - Tba (Nl)

27/10/2016 - Le diamant d'or - Strasbourg (Fr)

28/10/2016 - AK44 - Giessen (De)

29/10/2016 - Le cirque électrique - Paris (Fr)


KröniK | Unhold - Towering (2015)


L'étiquette (post) Hardcore suisse que l'on est tentée de coller sur Unhold est révélatrice sans pourtant l'être véritablement. Explication. L'origine géographique de son art l'arrime donc de facto, dans notre inconscient, à quelque chose de tendu, lourd et douloureux, sans doute non dénué d'une forme de beauté sèche et certainement d'une grande qualité, autant d'attributs souvent de mise chez les groupes venant de ce petit pays coincé au cœur de l'Europe.
De fait, Unhold est un peu tout cela à la fois. Mais il est surtout plus que cela justement, témoin ce nouveau pavé, le premier depuis six ans, long tunnel de silence qui peut expliquer pourquoi le collectif reste plus confidentiel que certains de ses compatriotes alors qu'il est là, actif depuis plus de vingt ans. Du haut de sa soixantaine de minutes aussi belles que torturées, faites de longues pulsations dont la durée n'en étouffe pourtant pas la tension qui gronde en elles, c'est peu dire que "Towering" se mérite, Golgotha pétrifié dont l'ascension sinueuse réserve bien des (bonnes) surprises, brouillant les pistes et les cartes pour mieux nous égarer. Face à un tel bloc faussement disparate mais d'une difficulté d'accès certaine, il serait alors tentant de vouloir abandonner et de laisser le groupe à ses expérimentations. Ce serait une erreur. En effet, étonnamment, plus l'écoute progresse, plus nous voilà pris au piège de cet album dont on ne se lasse pas de forer l'intimité pour goûter ses obscures sécrétions. Plus le disque avance, plus il se pare d'apparats déroutants, égrenant son spleen entre respirations posées ('Death Dying', 'Voice Within') et saillies plus rugueuses et cependant évolutives ('Hydra', 'I Belong'). La grande force de Unhold réside dans sa capacité à constamment parasiter les invariants propres au Hardcore (tempos lourds et crasseux, voix rageuses...) pour mieux les passer à la moulinette. Notes de piano, mélopées féminines, lignes de chant clair, arrangements atmosphériques participent ainsi d'une expression sonore aussi bouillonnante que sourde, puissance tranquille qui pulse sous la surface de compositions riches de nuances car écartelées entre ombre et lumière, entre fluidité et tension ramassée bien que toujours peintes aux couleurs sombres d'un monde en perdition. Se dévoilant peu à peu par petites touches pointillistes, "Towering" est un opus dont la richesse incroyable possède la capacité rare de vous hanter longtemps après son écoute achevée... 3.5/5 (2015) | Facebook






Interview | Remote (janvier 2017)


Entretien réalisé par mail avec Remote, auteur d'un "Resilient", bien rude, qui fait saigner les muqueuses.

Remote, qu'est-ce que c'est ? Qui compose le groupe ?
Remote c’est un quartet parisien  (batterie: mathieu, guitare: thomas, basse: pierre, chant: alain)  qui existe depuis un moment et dont le line up s’est stabilisé en 2010.

Vous êtes basés en région parisienne. Vous sentez-vous faire partie d'une famille de musiciens ou à tout le moins, d'une scène en particulier ?
Se sentir comme faisant partie d’une scène je ne sais pas. On est potes avec pas mal de groupes sur Paris, de là à dire qu’on fait partie d’une même scène je ne pense pas. Les premiers qui me viendraient à l’esprit avec lesquels on se sent proches à la fois musicalement et humainement ce serait Comity et Warsaw was Raw mais y en a plein d’autres. On est aussi potes avec des assoc’ qui ont des programmations super hétéroclites, on se sent aussi, et surtout, proche de ça. Je ne pense pas qu’on appartienne à une scène en particulier sinon on serait estampillé tel label et ce n’est pas le cas. Et finalement ça ne t’enferme dans rien donc c’est tant mieux.

Peut-on dire de vous que vous recherchez à repousser certaines limites, celle d'une violence totalement chaotique ?
Pas consciemment en tout cas. Je pense qu’il y a toujours des groupes plus extrêmes que toi et globalement ce n’est pas notre propos, ce n’est pas une course. On cherche avant tout à fouiller nos compos et à aboutir à quelque chose qu’on kiffe vraiment jouer, qui ne ressemble pas à un autre morceau. Le fait est que ça peut sonner violent mais c’est vraiment le fruit d’un processus qui est devenu naturel avec le temps, entre nous, et on n’y pense pas. On se concentre plus sur l’intention qu’on met dans chaque riff, son impact, les nuances d’atmosphère que ça peut apporter. Après, si ça te fait saigner du nez et remuer le bide à la fois c’est qu’on s’est pas trop planté ahah...

N'y a-t-il pas une forme de nihilisme qui suinte du matériau rageur que vous forgez ?
Oui, c’est une partie du carburant. Remote est aussi une catharsis pour nous, le moyen de vider ce trop-plein de négativité (plutôt que nihilisme, qui suppose une certaine posture idéologique) pour continuer à avancer. Faut juste savoir en faire un truc intelligent et ne pas t’y empêtrer, t’en servir pour ton son et surtout le laisser dedans pour t’en débarrasser.

Le genre auquel on est tenté de vous rattacher parait assez encombré. D'après vous, qu'est-ce qui vous distingue de vos confrères de douleur ? Peut-être une forme de radicalité ?
Ca dépend, de quel genre tu parles exactement ? On est assez mal placé pour savoir ce qui nous différencie d’autres groupes auxquels on pourrait être apparenté. Je pense que t’es le mieux placé pour répondre en fait, on ne saurait être objectifs sur la question. On nous met une étiquette différente par chronique. On ne cherche pas à appartenir à un genre ou une scène en particulier.
“Radicalité” peut-être, on a certainement des partis pris qui sont extrêmes. On aime réfléchir à ce qui pourrait surprendre l’auditeur à tel ou tel moment. C’est un peu un jeu de créer la surprise, sans pour autant en faire un leitmotiv.




"Resilient", votre nouvel opus arrive presque trois ans après le premier. Comment expliquer ce délai ? Vos occupations respectives ? L'envie de prendre votre temps, sans pression particulière ?
Oui il s’est passé 2 ans et demi entre les 2 albums... Après la sortie de "Starving", on a eu du mettre Remote entre parenthèses pendant 1 an pour des raisons personnelles. Ensuite on s’est mis sur la composition de "Resilient". On aime prendre notre temps pour composer, il faut qu’on soit satisfait de tous les morceaux à 200% presque au détail près des fois… Cette année Éric nous a rejoint et nous aide beaucoup. Il est en grande partie responsable de la sortie de "Resilient" en LP, ainsi que Guillaume/El Mariachi. Il nous a accompagné en tournée en mai/juin 2016, il s’occupe de tout au niveau booking, promo, etc… Ça nous aide beaucoup, et nous permet de nous concentrer beaucoup plus sur la création, ça fait du bien !

Avez-vous procédé de la manière pour élaborer ces deux albums ?
Globalement les méthodes de compos étaient assez similaires. Sur les 2 albums, Thomas a ramené pas mal de morceaux quasi achevés. La différence c’est que pour Resilient, tout a été beaucoup plus réfléchi, chaque détail a été débattu entre nous. Pour aboutir à un morceau définitif ça a été un vrai travail collectif qui a pris plus de temps en amont.

Vous avez montré par le passé que des titres longs n'étaient - parfois -  pas pour vous déplaire. Les avez-vous totalement abandonnés ?
On a 'The Moment' qui finit “Starving”, et 'Plagues and Rats'qu’on retrouve sur le split avec Barren Womb. Effectivement on ne les joue plus sur scène, ça prend trop de place sur une set list et on préfère enchaîner des morceaux plus énergiques en live. Mais sur "Resilient" on a plein de formats de morceaux différents : Milgram Park par exemple ou la fin de 'Key to Parasite' peuvent remplir ce rôle de ‘respiration’. Peut-être qu’il y en aura un long sur le prochain, qui sait ?




Les deux albums sont accessibles en téléchargement libre sur votre page Bandcamp. Pourquoi une telle démarche ? Par contre, vous êtes attachés au format vinyle...
On a pas mal discuté entre nous et avec d’autres musiciens sur ce sujet et le téléchargement libre nous apparaît comme étant le meilleur outil promo. Et ton album finira toujours par être dispo en téléchargement, que tu le veuilles ou non. Autant que ce soit fait comme on veut et dans une bonne qualité. Dans la scène on a la chance d’avoir des gens qui écoutent beaucoup gratos avant d’acheter mais qui achètent quand même à la fin. Le vinyle reste un plus bel objet et il restitue mieux l’intensité d’une musique. Si tu regardes les chiffres de 2016 tu verras que le vinyle a fait un bond spectaculaire dans les ventes et c’est cool. Bandcamp reste un outil formidable, mais quand je veux un album je l’achète en vinyle pas en digital, on a la chance d’avoir plein de bons disquaires bien fournis à Paris donc il faut continuer à les faire vivre. 

Vous confiez vos artworks à Benjamin Moreau (Huata). Comment collaborez-vous avec lui ?
Je le connais depuis un moment et on aime son travail donc ça s’est fait assez simplement. Il a pigé assez vite vers quelle direction on voulait aller et on lui a laissé carte blanche au début, on lui a filé les morceaux, les textes et quelles idées ils sous-tendent. On est assez contents de ce qui en est ressorti.

Quels sont vos projets pour cette année ?
Faire de la scène, le plus possible, une tournée éventuellement plus tard à l’automne et surtout enregistrer un EP. On a la majorité des morceaux, un thème général et des idées/envies de collaborations donc ce sera à concrétiser dans l’année.


A lire : "Resilient"


KröniK | Remote - Resilient (2016)


Aller toujours loin, s'enfoncer dans les ténèbres intimes jusqu'à l'os. Jusqu'à la mort. Tel semble être le cri de ralliement de toute une génération de hordes énervées qui n'ont de cesse de repousser les limites d'une brutalité aussi viscérale que chaotique. Remote en fait partie. Incontestablement. Affilié à des entités telles que HKY ou Quartier Rouge toutes aussi rageuses, il accouche avec "Resilient" d'un crachat aux allures de punition.
Il y a des noms d'ailleurs qui ne trompent pas, ceux de Nick Zampiello qui l'a masterisé, de Sylvain Biguet qui l'a enregistré ou de Benjamin Moreau qui l'a habillé d'un artwork torturé et (forcément) malsain. Des hommes de qualité, des hommes de goût, révélateurs du contenu bestial qui bouillonne dans les entrailles de cet album qu'irrigue une semence épileptique, nourrie au post hardcore et au sludge le plus goudronneux, bref, les deux faces d'une même pièce rongée par la colère. Douze titres s'enchaînent sans interruption durant à peine plus de trente minutes au compteur, c'est dire si les Parisiens arrachent tout sur leur passage, n'ayant que faire des tendres préliminaires, préférant aux lentes saillies les féroces coups de boutoir. Grenade trapu ne franchissant que rarement la barre des trois minutes, chaque morceau a quelque chose d'une éjaculation furieuse qui vous crache à la gueule une négativité crasseuse. Dès 'Fading Away' qui écarte les lèvres de ce gouffre vertigineux et jusqu'au terminal 'Key To Parasite', jamais la tension ne dessert ses crocs. Explosif le plus souvent, quasi punk dans l'âme, témoin le radical 'Citizen Nausea' et dans cette façon de stopper brutalement certains titres ('Nootropics Of Cancer'), le groupe n'aime pourtant rien moins que s'abîmer dans les profondeurs d'une cavité charbonneuse. De fait, quand il se lance dans l'érection d'instants pétrifiés (les terrifiants 'Astral Urge' et Migram Park' pour n'en citer que deux parmi les plus visqueux), son art de la douleur se fait plus noir et définitif encore, ouvrant les vannes d'une violence aussi viciée qu'hallucinée. Fort d'une maîtrise gangrenée par une rouille mortifère, tous les musiciens sont à l'unisson d'une fureur déglinguée et ferrugineuse ('Light Lapse'), creusant à la surface de ces compositions des cratères au fond desquels infuse un nihilisme poisseux. Bien que travaillé de l'intérieur par de multiplies forces qui l'écartèlent et lui confère une densité suffocante, « Resilient » file très vite mais sa courte durée, loin d'être un frein à son intensité se révèle amplement suffisante en ce sens que son écoute nous vide de notre sang. On termine à genoux, exsangue et pourtant prêt à tendre déjà l'autre joue... (2016)






KröniK | Holding Sand - A Life Worth Memoirs (2015)


Holding Sand, ce nom ne vous dira peut-être pas (encore) grand-chose. Après quelques préliminaires de rigueur, un premier album enfanté en 2012, "Some Things Are Better Left Unsaid", et des performances remarquées aux côtés de Mass Hysteria, Buckowski, Aqme ou Ultra Vomit, gageons que "A Life Worth Memoirs" devrait rapidement changer la donne et graver dans la roche du Post-Hardcore la signature de ce quintet venu de Tours. Qu'est-ce que cette seconde offrande a de plus que sa devancière qui pourrait ouvrir à ses auteurs le sésame vers une renommée accrue et méritée ? Beaucoup de choses en fait. Passons sur l'emballage tant sonore (confié à Francis Caste) que visuel, parfaits tous les deux, pour nous concentrer sur un contenu aussi ambitieux qu'inspiré. Sa nature de concept-album racontant la vie, la maladie puis la mort d'un personnage, détermine la forme et le ton de cette oeuvre divisée en trois chapitres de quatre titres chacun, retable massif déployant des ambiances de plus en plus désespérées, douloureuses parfois, rageuses souvent, sombres toujours. Pulsant d'une énergie rentrée, chaque composition dégorge une richesse puissamment mélodique qu'honorent de très beaux arrangements, comme en témoignent par exemple 'Whimpers And Scream' ou 'Merry-Go-Round', d'une grande beauté instrumentale qui est à l'image de tous les autres morceaux, autant de bijoux d'orfèvrerie brillant d'un éclat d'airain. Si tous les musiciens méritent des éloges, notamment cette section rythmique du feu de dieu ('Worn Out'), force est de reconnaître que le chant de Clément se taille la part du lion, clef de voûte versatile de cet édifice aux fondations écrasantes, tour à tour explosif ou plus posé. Conférant à l'ensemble une force épidermique, il illustre à lui seul la vaste palette dans laquelle puise Holding Sand dont  le matériau s'affranchit clairement du Post-Hardcore et de ses invariants pour aller butiner ailleurs et au-delà. De fait, "A Life Worth Memoirs" possède la capacité de brasser un large public amateur de sensations électriques, ouvrant donc pour Holding Sand un vaste horizon et des perspectives artistiques qui le sont tout autant.  3/5 (2015)


KröniK | Feral - Doomwalk (2016)

Ca hurle, ça saigne, ça dégueule, ça tabasse mais une telle décharge de brutalité fait du bien. Véritable viol auditif, on sort de la pénétration de ce Doomwalk supersonique, lessivés, épuisés et pourtant déjà prêts à tendre l'autre joue, à se mettre à genou pour la béquée, la bouche grande ouverte pour avaler ce foutre au goût épais de sludge épileptique et de hardcore fielleux. Premier uppercut, masterisé par le maître Zampiello, de ces Montpelliérains qui sont loin d'être des novices en matière de violence épidermique puisque que leur arbre généalogique mentionne des énervés du son tels que Burne, Morse, Morgue et Stuntman, cet album racle des boyaux certes déjà bien rongés par d'autres avant lui mais il a pour lui, outre l'évidente maîtrise techniques de ses géniteurs, une sauvagerie exaltée, une intensité rude qui irritent les muqueuses et impriment de profondes lacérations dans la peau. Vous l'aurez donc compris, Feral ne rigole pas, en dépit d'une apparente décontraction, celles de musiciens qui possèdent l'assurance tranquille de lascars au savoir-faire chevronné. Dressant une turgescence implacable, ils crachent dix cartouches en moins de trente de minutes avec la fureur d'un crust nourri au grind le plus féroce, mais savent éviter la monotonie d'une agression sans vaseline par une science déchaînée de la perforation douloureuse. De fait, le groupe alterne saillies véloces (Doomwalk) et coups de boutoir vicieux (Wishers And Woulders), souvent même à l'intérieur d'un même morceau. Low Life, Bloodset ou War Monument voient ainsi leur brutalité rapide comme un torrent en crue, freinée par des barrages vertigineux qui, loin d'en sucer l'intensité survoltée les rend au contraire plus meurtriers et abrasifs encore. L'urgence et une tension digne d'un étau qui se resserre, imprègnent tout du long un menu qui file sur les chapeaux de roue, propulsé par le chant explosif d'un vocaliste qui régurgite ses tripes à chaque parole vomie. Et si au final, on n'est pas bien sûr d'avoir tout compris, l'impression de s'être pris une raclée sévère, une mémorable claque dans la gueule, s'impose, marquée dans nos chairs tuméfiées. Il est bien sûr encore trop tôt pour lui prédire un avenir triomphant mais gageons que Feral ne devrait pas tarder à se faire un nom au sein d'une scène pourtant aussi saturée qu'une rame de métro parisienne aux heures de pointe. Petit par la taille peut-être, Doomwalk n'en fait donc pas moins beaucoup de dégâts ! 3/5 (2016)


KröniK | Rorcal - Creon (2016)


Rorcal ne pouvait trouver concept plus adapté à son univers suffocant et apocalyptique que Créon, roi de Thèbes, dépeint comme un despote tyrannique aussi bien chez Sophocle, Euripide que Jean Anouilh dans son "Antigone", pour ne citer que quelques auteurs qui l'ont représenté. En s'emparant de ce personnage, les Suisses confirment encore une fois leur penchant pour des sujets difficiles sinon hermétiques, quitte à être soupçonnés d'une prétention certaine par certaines mauvaises langues toujours promptes à cracher leur venin. D'aucuns ne manqueront d'ailleurs pas d'étriller le groupe, jugeant ce quatrième effort (sans compter toutes les autres miettes) aussi vain que raté. Jouissant d'une aura culte que justifie cet âpre alliage de sludge, de black et de hardcore qu'ont contribué à façonner "Heliogabalus" en 2010 et "Világvége" trois ans plus tard, Rorcal ne peut-il pas, à l'instar de bien d'autres entités dont chaque nouvelle offrande est attendue comme le messie, se planter dans les grandes largueurs ? Son statut doit-il nous rendre aveugle ? Pourtant et contre toute attente, ce n'est pas encore cette fois-ci que les Helvètes seront pris en défaut. Alors certes, "Creon", pas plus que ses devanciers d'ailleurs, n'est pas, loin s'en faut, un album facile à déflorer, bloc de plus de cinquante minutes qui, en quatre pistes, épouse les actes successifs d'une tragédie grecque. Force est donc de reconnaître qu'on n'en retient tout d'abord pas grand-chose sinon l'impression d'avoir à faire à une espèce de mur (du son) que meurtrissent des fissures gonflées d'un suint colérique. Avec leurs noms imprononçables, ces robustes morceaux semblent se confondre en un ensemble autarcique aux contours flous, masse assommante qui gronde d'une force apocalyptique. Seules les éructations de Yonni Chapatte paraissent vouloir de prime abord s'extraire de cette geôle compacte, fil d'Ariane douloureux nous guidant à travers les épisodes de ce récit funeste. Mais les écoutes aidant, on finit par pénétrer profondément cette œuvre qui se mérite, jusqu'à son intimité poissée de sang. On mesure alors que, malgré leur unité de temps et de traits, ces quatre côtés d'un même édifice aux dimensions hallucinées arborent chacun un visage plus nuancé qu'il n'y parait, 'Πολυνείκης' pour moitié instrumental, granitique et pétrifié avec ses lancinants préliminaires, 'Ἀντιγόνη", survolté mais perforé en son centre par un gouffre ténébreux, 'Αἵμων' que secouent les coups de pilon de guitares saturées rongées par la semence venimeuse d'un black metal corrosif et 'Εὐρυδίκη' qui achève l'histoire dans la cendre.Capturé en trois jours dans des conditions live et mixé par le maître suédois Daniel Bergstrand, "Creon" forme un agrégat indivisible brutal et sévère, massif et tendu comme la corde d'un arc. 3/5 (2016)