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Reido | Anātman (2019)
Cela faisait longtemps qu'une telle chape de désespoir ne s'était pas abattue sur nous. En nous abîmant dans les vertigineuses arcanes de "Anātman", c'est pourtant ce qui nous est arrivé, les membres engourdis, figés, incapables du moindre mouvement face à une telle vague pétrifiée.
Shades Of Deep Water | Death's Threshold (2019)
Si l’âge d’or du funeral doom finlandais est aujourd’hui révolu, il existe encore des flagellants qui perpétuent cette école de la douleur.
News | Monolithe - Okta Khora
"Okta Khora", le nouvel album de Monolithe (funeral doom), sortira le 31 janvier 2020 chez les Acteurs de l'Ombre Productions.
Astral Silence | Sagittarius A* (2019)
Un mot pour commencer, au sujet de Trancendance, label aussi modeste que précieux dont les offrandes possèdent la noblesse de l'artisanat. Ne cessant de s'enrichir, son catalogue fouille l'immensité obscure et atmosphérique du black metal spatial aux confins de l'ambient.
News | Slow - VI - Dantalion
"VI - Dantalion", le nouvel album de Slow (Funeral doom), sortira le 8 novembre 2019 chez Aural Music/Code666.
Ataraxie | Résignés (2019)
Ataraxie est un groupe qui se mérite. Parce qu’il aime prendre son temps, espaçant chacune de ses processions funéraires de plusieurs interminables années en de longs tunnels qui tendent même à s’étirer de plus en plus. Résultat, les Normands n’ont accouché que de quatre opus (en laissant de côté le "Bethlehems Bastarde" partagé avec Immidain) en vingt ans de carrière ! Bref, pas vraiment des stakhanovistes souffrant de diarrhées créatrices. Ce qui ne les a pas empêchés de fédérer tout un peuple de doomeux qui voient en eux le messie que l’hexagone attendait depuis toujours.
News | Reido - Anātman
"Anātman", le nouvel album de Reido (Funeral Doom), sortira le 18 octobre 2019 chez Aesthetic Death.
News | Esoteric - A Pyrrhic Existence
A Pyrrhic Existence, le nouvel album de Esoteric (Funeral Doom), sortira le 8 novembre 2019 chez Season Of Mist. Voici son tracklisting :
Disc 1 :
1. Descent 27:39
2. Rotting in Dereliction 15:51
3. Antim Yatra 04:40
Disc 2 :
1. Consuming Lies 15:16
2. Culmination 19:03
3. Sick and Tired 15:46
Comatose Vigil A.K. | Evangelium Nihil (2018)
En 2005, Comatose Vigil publiait "Not A Gleam Of Hope" qui, avec les descentes spéléologiques de Tyranny, Until Death Overtakes Me ou Shape Of Despair, enfantées à la même époque, a contribué à fixer les codes du funeral doom seconde génération, la première étant incarnée par le triumvirat finlandais Unholy / Skepticism / Thergothon, auquel s'ajoutent les efforts matriciels des Américains Winter et Evoken.
Grey November | L'autre mort (2018)
Rigor Sardonicus | Ridenti Mortuus (2018)
"Ridenti Mortuus" scelle le retour de Rigor Sardonicus après six ans d'abstinence discographique. Les Américains n'ont cependant pas mis à profit ce long silence pour polir leur son. Bien au contraire, ils demeurent plus que jamais fidèles à cette expression décharnée et primaire d'un funeral death doom aussi granuleux qu'autarcique, ce dont témoigne cet opus résurrectionnel.
Ivan | Memory (2018)
Ivan est un duo australien qui utilise le doom comme un terreau propice aux mélanges et aux expérimentations diverses.
Ennui | End Of The Circle (2018)
Ceux qui sont hermétiques à la beauté du doom dans sa lecture la plus funèbre et doloriste estimeront qu'Ennui porte bien son nom, lui qui s'est imposé en quelques années parmi les mineurs les plus jusqu'auboutistes d'un genre dont il livre une lecture d'une grande pureté… et donc d'un mortel ennui pour environ 99 % de la population mondiale auxquels cette chronique ne s'adresse naturellement pas.
Omination | Followers Of The Apocalypse (2018)
Bloc massif qui se doit d'être appréhendé dans sa luxuriante globalité, Followers Of The Apocalypse s'impose comme une belle offrande de Funeral Doom empreinte d'une beauté enveloppante, qui s'offre aux pèlerins dans sa majesté immersive.
Si loin, si proche. Alors que seule la mer Méditerranée nous sépare du Maghreb, les groupes qui en sont originaires semblent venir des antipodes tant une frontière tant géographique que culturelle leur barre le passage, les empêchant de se développer et de s'exporter comme il le mériterait. Dans le sillage des révolutions du Printemps arabe, les temps auraient pu changer, or il n'en est rien.
Pis, la situation économique d'un pays comme la Tunisie s'est au contraire dégradée. Raison de plus pour soutenir les rares projets qui nous parviennent de là-bas et ce, d'autant plus lorsqu'ils oeuvrent dans un style qui nous est cher, le doom, au cas particulier. Tel est ainsi le cas de Omination, one-man band dont le caractère artisanal et fait maison – son maître des lieux se charge de tout, de la réalisation à la promotion - ne rime ni avec anémie sonore et encore moins avec une ambition en jachère. Cette économie de moyens lui confère en fait cette authenticité à laquelle le genre reste fièrement attaché. Celui-ci est aussi régit par un déterminisme géographique prégnant qui explique que des prêtres venus du Sud ne sonneront jamais aussi noir, ne seront jamais autant englués dans une purée mélancolique que leurs homologues figés dans les terres froides du nord de l'Europe. Il y a des exceptions cependant et ce projet entre les mains d'un certain Fedor Kovalevsky, est l'une d'entre elles, tant le fait qu'il ait vu la nuit dans un pays écrasé par le soleil ne s'entend absolument pas. Les travaux de Eye Of Solitude ou du quintessentiel Esoteric comme combustible, son art s'infiltre dans les arcanes ténébreuses d'un funeral doom aussi tellurique que baroque dont la grandiloquence bourgeonnante lui confère des allures de pandémonium cyclopéen. Son format numérique ne lui imposant aucune contrainte de durée, Followers Of The Apocalypse s'étale sur une heure et demie pendant laquelle l'homme peut ouvrir avec largesse les vannes d'une inspiration généreuse. Nous aurions pu craindre que cette diarrhée créatrice ne se transforme en une interminable marée qui, une fois retirée, ne laisserait rien dans nos mémoires vite endormies par ce ressac infini. Mais il n'en est pourtant rien quand bien même cette première procession se mérite, testant sa dévotion chez celui qui la suit. Car, c'est quasiment à un chemin de croix battu par le souffle de la fin du monde, auquel nous convie Omination. Oscillant pour une majorité d'entre eux, entre neuf et vingt minutes au compteur, ces psaumes ont quelque chose de labyrinthes qui peu à peu s'enfoncent dans la noirceur souterraine de l'indicible. Si, omniprésents, les claviers aux dimensions liturgiques drape l'ensemble dans une religiosité obscure (Crossing the Frozen Wasteland), qui n'est pas sans évoquer Pantheist et Kostas Panagiotou, cependant que le chant abyssal se charge d'hachurer l'horizon d'un épais nuage de cendres, les guitares, presque progressives (The Temple Of The End Of Time), ouvrent un espace étroit pour laisser une pale luminosité colorer d'un espoir fragile ces compostions aux allures de tertres monumentaux. Bien que de fugaces accélérations viennent en secouer les arcs-boutants, l'édifice est engourdi par une lenteur paroxysmique qui culmine lors d'un ... Whose Name Is Worthlessness qui semble ne jamais vouloir mourir, long râle de douleur qui confine à une forme de transe mortuaire. Bloc massif qui se doit d'être appréhendé dans sa luxuriante globalité, Followers Of The Apocalypse s'impose comme une belle offrande de Funeral Doom empreinte d'une beauté enveloppante, qui s'offre aux pèlerins dans sa majesté immersive. (02/06/2018)
Si loin, si proche. Alors que seule la mer Méditerranée nous sépare du Maghreb, les groupes qui en sont originaires semblent venir des antipodes tant une frontière tant géographique que culturelle leur barre le passage, les empêchant de se développer et de s'exporter comme il le mériterait. Dans le sillage des révolutions du Printemps arabe, les temps auraient pu changer, or il n'en est rien.
Pis, la situation économique d'un pays comme la Tunisie s'est au contraire dégradée. Raison de plus pour soutenir les rares projets qui nous parviennent de là-bas et ce, d'autant plus lorsqu'ils oeuvrent dans un style qui nous est cher, le doom, au cas particulier. Tel est ainsi le cas de Omination, one-man band dont le caractère artisanal et fait maison – son maître des lieux se charge de tout, de la réalisation à la promotion - ne rime ni avec anémie sonore et encore moins avec une ambition en jachère. Cette économie de moyens lui confère en fait cette authenticité à laquelle le genre reste fièrement attaché. Celui-ci est aussi régit par un déterminisme géographique prégnant qui explique que des prêtres venus du Sud ne sonneront jamais aussi noir, ne seront jamais autant englués dans une purée mélancolique que leurs homologues figés dans les terres froides du nord de l'Europe. Il y a des exceptions cependant et ce projet entre les mains d'un certain Fedor Kovalevsky, est l'une d'entre elles, tant le fait qu'il ait vu la nuit dans un pays écrasé par le soleil ne s'entend absolument pas. Les travaux de Eye Of Solitude ou du quintessentiel Esoteric comme combustible, son art s'infiltre dans les arcanes ténébreuses d'un funeral doom aussi tellurique que baroque dont la grandiloquence bourgeonnante lui confère des allures de pandémonium cyclopéen. Son format numérique ne lui imposant aucune contrainte de durée, Followers Of The Apocalypse s'étale sur une heure et demie pendant laquelle l'homme peut ouvrir avec largesse les vannes d'une inspiration généreuse. Nous aurions pu craindre que cette diarrhée créatrice ne se transforme en une interminable marée qui, une fois retirée, ne laisserait rien dans nos mémoires vite endormies par ce ressac infini. Mais il n'en est pourtant rien quand bien même cette première procession se mérite, testant sa dévotion chez celui qui la suit. Car, c'est quasiment à un chemin de croix battu par le souffle de la fin du monde, auquel nous convie Omination. Oscillant pour une majorité d'entre eux, entre neuf et vingt minutes au compteur, ces psaumes ont quelque chose de labyrinthes qui peu à peu s'enfoncent dans la noirceur souterraine de l'indicible. Si, omniprésents, les claviers aux dimensions liturgiques drape l'ensemble dans une religiosité obscure (Crossing the Frozen Wasteland), qui n'est pas sans évoquer Pantheist et Kostas Panagiotou, cependant que le chant abyssal se charge d'hachurer l'horizon d'un épais nuage de cendres, les guitares, presque progressives (The Temple Of The End Of Time), ouvrent un espace étroit pour laisser une pale luminosité colorer d'un espoir fragile ces compostions aux allures de tertres monumentaux. Bien que de fugaces accélérations viennent en secouer les arcs-boutants, l'édifice est engourdi par une lenteur paroxysmique qui culmine lors d'un ... Whose Name Is Worthlessness qui semble ne jamais vouloir mourir, long râle de douleur qui confine à une forme de transe mortuaire. Bloc massif qui se doit d'être appréhendé dans sa luxuriante globalité, Followers Of The Apocalypse s'impose comme une belle offrande de Funeral Doom empreinte d'une beauté enveloppante, qui s'offre aux pèlerins dans sa majesté immersive. (02/06/2018)
KröniK | Adversvm - Aion Sitra Ahra (2018)
Si son identité demande encore à être affinée sinon affirmée, Adversvm n'en demeure pas moins une découverte effrayante.
Bien que fondé en 2015, peu d'informations ont filtré depuis au sujet de Adversvm qui semble être le projet d'un seul individu, un certain S.B., dont l'isolement est toutefois brisé par la présence de musiciens de session enrôlés pour l'aider à matérialiser les émotions noires qui hantent son âme. Si elle ne surprend pas, cette volonté de se cacher derrière une enveloppe mystérieuse participe pourtant de cet opacité spectrale qui, par essence, caractérise le funeral doom que creuse cette entité venue de nulle part sinon des limbes elles-mêmes.
A l'instar du black metal avec lequel il lui arrive de partager une noirceur morbide similaire, le doom dans sa définition la plus funèbre est imprégné d'un fort déterminisme géographique. Ainsi, le fait qu'il soit Allemand commande à Adversvm une expression du genre plus caverneuse qu'élégiaque, plus granitique qu'éthérée, à des années-lumière en cela de la chapelle finlandaise par exemple. C'est un art doloriste qui n'oublie pas d'où il vient, ne gommant jamais ses racines death ('Ps. XIII Maledictvm'). Voyant la nuit grâce à Iron Bonehead Productions, "Aion Sitra Ahra" a quelque chose d'une procession lente et engourdie serpentant à travers de sinistres boyaux. A son écoute, guidés par une faible flamme, nous nous enfonçons peu à peu dans les profondeurs d'un abîme insondable que jonchent voix d'outre-tombe, rythmique engluée dans la terre froide et guitares grêles aux allures de foreuses. La durée le plus souvent dilatée de ces plaintes leur confère une force extrêmement massive, blocs pétrifiés aux fondations tentaculaires. Si le fond reste vierge de surprises, récitant ce credo funéraire avec respect et sincérité qu'il auréole toutefois d'un suaire occulte ('Anti-Stellar Gnosis To The Acausal Nexus'), la forme qu'épouse ce galop d'essai étonne davantage. Alors qu'il agglomère ses compositions les plus longues lors d'une première partie compacte et souffreteuse, "Aion Sitra Ahra" s'achève d'une bien curieuse manière. 'Est In Fatis' fardé de déclamations étranges sur un socle mortifié puis 'Current 218' aux atours dark ambient ferment la marche en suscitant plus de questions qu'ils n'en résolvent quant à la signature de ce projet finalement moins orthodoxe qu'il n'y paraît, charbonneux et néanmoins fantomatique et qui, tout en ouvrant un accès aux enfers ne s'interdit pas quelques pales éclairs mélodiques. Si son identité demande encore à être affinée sinon affirmée, Adversvm n'en demeure pas moins une découverte effrayante. (06/11/2018)
Bien que fondé en 2015, peu d'informations ont filtré depuis au sujet de Adversvm qui semble être le projet d'un seul individu, un certain S.B., dont l'isolement est toutefois brisé par la présence de musiciens de session enrôlés pour l'aider à matérialiser les émotions noires qui hantent son âme. Si elle ne surprend pas, cette volonté de se cacher derrière une enveloppe mystérieuse participe pourtant de cet opacité spectrale qui, par essence, caractérise le funeral doom que creuse cette entité venue de nulle part sinon des limbes elles-mêmes.
A l'instar du black metal avec lequel il lui arrive de partager une noirceur morbide similaire, le doom dans sa définition la plus funèbre est imprégné d'un fort déterminisme géographique. Ainsi, le fait qu'il soit Allemand commande à Adversvm une expression du genre plus caverneuse qu'élégiaque, plus granitique qu'éthérée, à des années-lumière en cela de la chapelle finlandaise par exemple. C'est un art doloriste qui n'oublie pas d'où il vient, ne gommant jamais ses racines death ('Ps. XIII Maledictvm'). Voyant la nuit grâce à Iron Bonehead Productions, "Aion Sitra Ahra" a quelque chose d'une procession lente et engourdie serpentant à travers de sinistres boyaux. A son écoute, guidés par une faible flamme, nous nous enfonçons peu à peu dans les profondeurs d'un abîme insondable que jonchent voix d'outre-tombe, rythmique engluée dans la terre froide et guitares grêles aux allures de foreuses. La durée le plus souvent dilatée de ces plaintes leur confère une force extrêmement massive, blocs pétrifiés aux fondations tentaculaires. Si le fond reste vierge de surprises, récitant ce credo funéraire avec respect et sincérité qu'il auréole toutefois d'un suaire occulte ('Anti-Stellar Gnosis To The Acausal Nexus'), la forme qu'épouse ce galop d'essai étonne davantage. Alors qu'il agglomère ses compositions les plus longues lors d'une première partie compacte et souffreteuse, "Aion Sitra Ahra" s'achève d'une bien curieuse manière. 'Est In Fatis' fardé de déclamations étranges sur un socle mortifié puis 'Current 218' aux atours dark ambient ferment la marche en suscitant plus de questions qu'ils n'en résolvent quant à la signature de ce projet finalement moins orthodoxe qu'il n'y paraît, charbonneux et néanmoins fantomatique et qui, tout en ouvrant un accès aux enfers ne s'interdit pas quelques pales éclairs mélodiques. Si son identité demande encore à être affinée sinon affirmée, Adversvm n'en demeure pas moins une découverte effrayante. (06/11/2018)
KröniK | Nortt - Endeligt (2017)
Son origine géographique - il vient du Danemark - explique peut-être pourquoi Nortt a toujours été un projet à part au sein de la chapelle noire d'obédience dépressive, ruminant son mal-être à travers des paysages glaciaux et morbides. S'il se montre proche du funeral doom, témoignant en cela de la frontière poreuse qui sépare ce genre du black metal, la manière dont il exprime sa solitude et sa décrépitude se révèle très personnelle, à la fois putride et spectrale, mortuaire et sépulcrale cependant que son minimalisme désincarné le rapproche de l'ambient. Comme souvent, Nortt se confond avec son unique maître de cérémonie qui lui a donné son nom. Cette créature de la nuit se charge de tout. D'où cette impression de profond isolement et cette froide épure qui caractérisent ces sinistres et terreuses ruminations.
Après trois processions funéraires gravées entre 2003 ("Gudsforladt") et 2007 ("Galgenfrist"), sans compter le split qui l'unissait à Xasthur, l'homme avait disparu depuis dix ans, enfermé dans un caveau dont on croyait qu'il ne s'échapperait pas. Alors qu'on ne l'espérait donc plus, le Danois effectue un retour fortement attendu par tous les suicidaires que nous sommes, toujours en quête d'une nouvelle corde à glisser autour du cou. Exhalé de limbes brumeuses, "Endeligt" ne devrait pas surprendre et encore moins décevoir les fidèles de cette silhouette aussi culte que mystérieuse. On y puise à nouveau ce funeral black doom livide qui se répand comme un linceul poissé d'une boue gelée. L'écouter revient à se laisser engourdir, happé par un halo fantomatique dont l'opacité le rend presque immatériel, insaisissable. Il a quelque chose d'une dérive funèbre et presque hypnotique tracée dans le sol marbré d'un espace perdu entre la vie et la mort. Lointains et informes, les gargouillis confèrent comme toujours à cette œuvre une dimension instrumentale dont les contours sont égrenés par ces lignes de guitares osseuses et les notes grêles d'un piano hanté. Prétendre que "Endeligt" s'embourbe dans une lenteur catatonique tient du doux euphémisme tant le rythme y brille par son absence. Tout ici est une question d'atmosphères, de ressenti. De fait, plus que jamais cet art pétrifié erre quelque part aux confins d'un (dark) ambient post mortem et néanmoins éthéré qui le drape d'un éclat désolé. Du coup Nortt a gagné en beauté étouffée ce qu'il a quelque peu perdu en mortification insalubre. Détailler par le menu cette offrande macabre paraît vain tant ces plaintes funestes aux limites floues se fondent les unes dans les autres en un brouillard grésillant. Plus brumeux et certainement moins funèbre que ses devanciers, "Endeligt" ouvre-t-il un nouveau chapitre pour le Danois ou bien est-il l'ultime râle d'un corps abandonné à la mort ? (20/03/2018)
Après trois processions funéraires gravées entre 2003 ("Gudsforladt") et 2007 ("Galgenfrist"), sans compter le split qui l'unissait à Xasthur, l'homme avait disparu depuis dix ans, enfermé dans un caveau dont on croyait qu'il ne s'échapperait pas. Alors qu'on ne l'espérait donc plus, le Danois effectue un retour fortement attendu par tous les suicidaires que nous sommes, toujours en quête d'une nouvelle corde à glisser autour du cou. Exhalé de limbes brumeuses, "Endeligt" ne devrait pas surprendre et encore moins décevoir les fidèles de cette silhouette aussi culte que mystérieuse. On y puise à nouveau ce funeral black doom livide qui se répand comme un linceul poissé d'une boue gelée. L'écouter revient à se laisser engourdir, happé par un halo fantomatique dont l'opacité le rend presque immatériel, insaisissable. Il a quelque chose d'une dérive funèbre et presque hypnotique tracée dans le sol marbré d'un espace perdu entre la vie et la mort. Lointains et informes, les gargouillis confèrent comme toujours à cette œuvre une dimension instrumentale dont les contours sont égrenés par ces lignes de guitares osseuses et les notes grêles d'un piano hanté. Prétendre que "Endeligt" s'embourbe dans une lenteur catatonique tient du doux euphémisme tant le rythme y brille par son absence. Tout ici est une question d'atmosphères, de ressenti. De fait, plus que jamais cet art pétrifié erre quelque part aux confins d'un (dark) ambient post mortem et néanmoins éthéré qui le drape d'un éclat désolé. Du coup Nortt a gagné en beauté étouffée ce qu'il a quelque peu perdu en mortification insalubre. Détailler par le menu cette offrande macabre paraît vain tant ces plaintes funestes aux limites floues se fondent les unes dans les autres en un brouillard grésillant. Plus brumeux et certainement moins funèbre que ses devanciers, "Endeligt" ouvre-t-il un nouveau chapitre pour le Danois ou bien est-il l'ultime râle d'un corps abandonné à la mort ? (20/03/2018)
3.5/5 | Music Waves
KröniK | Monads - IVIIV (2017)
La chapelle doom et black du Plat Pays connaît depuis quelques années une belle effervescence. Cult Of Erynies, Lethvm, Odd Wvrms, pour n'en citer qu'une petite poignée, participent à l'érection d'un tertre sévère et exigeant, enraciné dans un humus froid propice à la mélancolie. Animé par des musiciens particulièrement actifs au sein de cette scène, Monads en fait partie. L'offrande qu'il livre aujourd'hui devrait même très vite inscrire son patronyme dans le marbre parmi les flagellants les plus talentueux. Le groupe ne nous est toutefois pas inconnu, déjà repéré il y a six ans par une démo baptisée "Intellectus Ludicat Veritatem", prometteuse mais restée sans lendemain.
En réalité, les Belges ont étalé l'accouchement de "IVIIV" sur une longue période. Enregistrée en juillet 2015 sous la houlette de Déhà, la musique a été enrichie de pistes vocales en janvier 2016. Le tout n'a finalement vu la nuit qu'en décembre 2017 par l'entremise du label culte Aesthetic Death. Derrière ce nom mystérieux se cache un bloc taillé dans le funeral doom death le plus pur. Le plus beau surtout, vibrant d'une émotion douloureuse sécrétée dans ces guitares charbonneuses et ces vocalises caverneuses étranglées par le plus absolu désespoir. L'addition d'artistes chevronnés aux différentes étapes de conception, auxquels on peut rajouter Greg Chandler (Esoteric), toujours prêt à donner un coup de main, garantit autant une habileté naturelle qui ne saurait être contestée qu'une sincérité indispensable à tout grand disque de doom. Car et au risque de se répéter, le genre est avant tout une question de foi, de ressenti, qui s'apprécie à l'aune de la tristesse qui enserre (ou non) le pèlerin qui l'écoute. Il faut avoir souffert pour goûter toute la puissance émotionnelle qui palpite dans la panse d'une œuvre comme celle-ci. De fait, comment alors ne pas être touché au plus profond de sa chair et de son âme par le terminal 'The Despair Of A Aeon' qui étire un inexorable quart d'heure de souffrance et de regrets, même si une fragile lumière nimbe cette partition engourdie sans pour autant en altérer la noirceur minérale. "IVIIV" s'arc-boute autour de quatre pistes d'une durée conséquente, ce qui permet à ses auteurs de prendre leur temps pour graver dans les arcanes de cette crypte obscure une fresque aussi lancinante que reptilienne. Il en résulte des compositions aux allures de labyrinthe qui, loin d'être immobiles, épousent un tracé accidenté, fait d'accélérations ('Leviathan As My Lament') ou d'instants squelettiques suspendus au-dessus d'un puits sans fond ('Your Wounds Were My Temple'). 'To The Bloodstained Shore' synthétise admirablement cet art douloureux dont le caractère pétrifié ne l'empêche pas de progresser au gré de multiples reliefs tour à tour abyssaux ou déchirants de beauté jusqu'à cette longue conclusion toute en arpèges osseux. Avec ce premier opus, Monads nous convie à une véritable leçon de doom, funèbre et caverneux, vibrant d'une force souterraine. (04/03/2018)
En réalité, les Belges ont étalé l'accouchement de "IVIIV" sur une longue période. Enregistrée en juillet 2015 sous la houlette de Déhà, la musique a été enrichie de pistes vocales en janvier 2016. Le tout n'a finalement vu la nuit qu'en décembre 2017 par l'entremise du label culte Aesthetic Death. Derrière ce nom mystérieux se cache un bloc taillé dans le funeral doom death le plus pur. Le plus beau surtout, vibrant d'une émotion douloureuse sécrétée dans ces guitares charbonneuses et ces vocalises caverneuses étranglées par le plus absolu désespoir. L'addition d'artistes chevronnés aux différentes étapes de conception, auxquels on peut rajouter Greg Chandler (Esoteric), toujours prêt à donner un coup de main, garantit autant une habileté naturelle qui ne saurait être contestée qu'une sincérité indispensable à tout grand disque de doom. Car et au risque de se répéter, le genre est avant tout une question de foi, de ressenti, qui s'apprécie à l'aune de la tristesse qui enserre (ou non) le pèlerin qui l'écoute. Il faut avoir souffert pour goûter toute la puissance émotionnelle qui palpite dans la panse d'une œuvre comme celle-ci. De fait, comment alors ne pas être touché au plus profond de sa chair et de son âme par le terminal 'The Despair Of A Aeon' qui étire un inexorable quart d'heure de souffrance et de regrets, même si une fragile lumière nimbe cette partition engourdie sans pour autant en altérer la noirceur minérale. "IVIIV" s'arc-boute autour de quatre pistes d'une durée conséquente, ce qui permet à ses auteurs de prendre leur temps pour graver dans les arcanes de cette crypte obscure une fresque aussi lancinante que reptilienne. Il en résulte des compositions aux allures de labyrinthe qui, loin d'être immobiles, épousent un tracé accidenté, fait d'accélérations ('Leviathan As My Lament') ou d'instants squelettiques suspendus au-dessus d'un puits sans fond ('Your Wounds Were My Temple'). 'To The Bloodstained Shore' synthétise admirablement cet art douloureux dont le caractère pétrifié ne l'empêche pas de progresser au gré de multiples reliefs tour à tour abyssaux ou déchirants de beauté jusqu'à cette longue conclusion toute en arpèges osseux. Avec ce premier opus, Monads nous convie à une véritable leçon de doom, funèbre et caverneux, vibrant d'une force souterraine. (04/03/2018)
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