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KröniK | Wolf Counsel - Age Of Madness / Reign Of Chaos (2017)


Malgré une première bûche sculptée en 2015, ce n'est qu'un an plus tard que Wolf Counsel s'est véritablement offert à nous par l'entremise du prometteur "Ironclad" grâce auquel nous découvrions l'artisan déjà affûté d'un doom sabbathien épais comme une coulée de lave charriant une mélancolie granitique. Dressant avec vigueur les couleurs d'une inspiration fertile, les Suisses en remettent déjà une couche avec "Age Of Madness / Reign Of Chaos" qui mérite mieux que son titre quelconque. Fidèles à une lecture orthodoxe du genre, les Helvètes continuent de prêcher un art d'une belle pureté, forgeant des psaumes taillés dans le béton à l'aide de guitares goudronneuses et d'un chant nasillard de canard pris d'un bon rhume souffrant du syndrome Ozzy Osbourne.
Scotchées au sol, ces pièces sentencieuses avancent à la vitesse d'une limace escaladant une côte par grand vent, même si un 'Semper Occvltvs', que couvre l'ombre du Cathedral le plus groovy avant de s'enfoncer toutefois dans un puits sans fond, témoigne que le quatuor ne rechigne pas, quand il le faut, à enclencher la seconde. Foreuse trapue qui creuse de reptiliennes galeries dans la terre, cette troisième offrande assène une véritable leçon de doom sourd à toute évolution, que ne vient corrompre aucun kyste extérieur, si ce n'est de salvatrices mélopées féminines le temps d'un 'O'Death' majestueux dans son expression plombée. Le résultat enchante et nous faire dire que Wolf Counsel serait plutôt inspiré de reproduire l'expérience. Pourtant, l'ensemble échappe au monolithisme le plus absolu par une science subtile de la progression, à l'image du coup de massue éponyme qui s'étale sur plus de dix minutes pendant lesquelles il gravit un relief massif que les guitares colorent d'une beauté déchirante avant de laisser la batterie s'exprimer avec une volubilité inattendue. Instrumentale, cette seconde partie voit Ralph Hubert briller de mille feux, laissant jaillir de son manche des soli à la fois épiques et rampants. Ses interventions irriguent puissamment "Age Of Darkness / Reign Of Chaos" et lui confèrent une approche dynamique sinon acérée, à laquelle participe également une basse galopante ('Coffin Nails'). Quelques effets sur le chant de Ralf Winzer Garcia saupoudrent de teintes psyché un ensemble robuste que le terminal 'Remembrance' entraîne avec une inexorabilité minérale vers la mort, plainte pétrifiée aux allures de pesant chemin de croix. La vie paraît alors suspendue, le tempo engourdi, témoin de son ensevelissement dans une nasse mortifère jusqu'à ses dernières mesures, frappées du sceau d'un désespoir infini, qui résonnent comme d'ultimes battements de cœur. Dans la lignée de ses prédécesseurs, ce troisième opus confirme Wolf Counsel parmi les dauphins les plus solides d'un doom éternel. 3/5 (28/11/2017)






KröniK | Wolf Counsel - Ironclad (2016)


Avant tout réputée pour son (post) hardcore aussi tellurique que viscéral, la Suisse peut toutefois compter sur Wolf Counsel pour honorer comme elles le méritent les courbes callipyges de la déesse Doom.
S'il n'affiche que deux ans au compteur, le combo ne saurait se confondre avec une bande de puceaux qui croient encore que "13" est le premier album de Black Sabbath, composé qu'il est de vétérans de la scène helvétique, tous issus de Punish, formation forgeant un death très technique, à part Ralf Winzer Garcia, chanteur ou bassiste, quand ce n'est pas les deux à la fois, dans une palanquée de petits groupes (Requiem, Uppercut...) fleurant bon, eux aussi, le sang coagulé et la tripaille. Sans doute désireux d'épancher sa soif de riffs plombés et de reliefs massifs, le bonhomme fonde ainsi Wolf Counsel, avec le concours du guitariste Tom Kuzmic, autre musicien promenant depuis longtemps ses guêtres au sein de l'underground suisse, qui a depuis quitté le navire, dans le but avoué de braconner sur les terres des Cathedral, Saint Vitus et autres The Gates Of Slumber. Précédé d'une première enclume éponyme, "Ironclad" sculpte de fait la roche abrupte d'un doom traditionnel qu'aucune scorie ne vient jamais polluer. Prêtre d'un culte séculaire, le groupe récite le credo avec application et une science du forage abyssal qui ne peut susciter la moindre réserve. Sa sincérité non plus, ce qui est important dans un genre qui reste avant tout une question de foi plus que de raison. Certes ses racines font plus qu'affleurer à la surface. Difficile en effet de ne pas penser à tous les héritiers du Sabbat Noir, Lee Dorrian en tête, à l'écoute de ce menu râblé, comme en témoigne un 'When Steel Rains' dont le solo pourrait sans peine couler du manche de Gaz Jennings (Cathedral), mais toujours sensibles aux ondes sismiques, nous ne pouvons qu'être emportés par cette coulée rugueuse que déversent des compositions solidement ancrées dans le sol. "Ironclad" a quelque chose d'un golem dont chaque pas fait trembler les murs, écrasant tout sur son sillage. Accordées plus bas que terre, guitares et basse creusent des tranchées au fond desquelles infuse un désespoir sentencieux que vidange le chant ozziesque (quoi d'autre ?) de Ralf Winzer Garcia. C'est lent, c'est pesant, ça n'enclenche jamais la seconde mais les Suisses ont suffisamment de métier pour éviter de sombrer dans la monotonie léthargique, en faisant jaillir des câbles à haute tension sabbathiens ('Days Like Lost Dogs'), qui permettent d'affoler l'érectomètre. Sans chercher à renouveler le genre, Wolf Counsel enfante un deuxième opus imparable que tout amateur éclairé de doom ne peut que goûter à sa juste valeur. 3.5/5 (2016)