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Arthur Lubin | Ali Baba et les quarante voleurs (1944)


Durant sa modeste carrière longue de près de quarante années, Arthur Lubin a touché à de nombreux genres avec plus (horreur, thriller, polar) ou moins (la comédie) de bonheur. Alors artisan docile et chevronné du studio Universal, il se fend en 1944 d'une adaptation de Ali Baba et les quarante voleurs. S'il se voit sans déplaisir, offrant un Orient chatoyant de pacotille, ce divertissement souffre d'une distribution assez terne (Maria Montez et surtout Jon Hall manquent de charisme sinon de charme), dépourvue qui plus est de ces seconds couteaux habituels qui piment ce genre de productions cependant que la mise en scène est habile mais sans la fougue qu'on peut trouver dans le travail d'un Richard Thorpe ou d'un Raoul Walsh par exemple.
Il va sans dire qu'on lui préfère le Jacques Becker avec Fernandel qui, s'il n'est pas non plus une inoubliable réussite, a au moins le mérite de faire rire. Bref, une petite série B dans l'écrin d'un beau livre d'images. (Vu le 05/07/2018)






Edward Ludwig | Alerte aux marines (1944)


Pendant la Seconde Guerre mondiale, le cinéma de propagande américain fonctionne à plein régime. Si le volet antinazi a pu donner naissance à de très grands films lorsqu'ils dépassaient le cadre du simple produit militariste et manichéen (Casablanca, The Mortal Storm, Espions sur la Tamise, La cinquième colonne etc...), du côté du Pacifique, le résultat fut moins heureux, à l'exception notable de Aventures en Birmanie. S'il nous éclaire sur les Fighting Seabees, unité du génie militaire peu connu, Alerte aux marines se révèle peu enthousiasmant, ne nous épargnant aucune convention aucun cliché sur le sadique ennemi japonais ou la bravoure américaine. John Wayne ne semble pas très concerné. On ne croit pas davantage au triangle amoureux quasi obligé auquel il participe avec Susan Hayward et un Dennis O'Keefe plus à l'aise dans les polars d'Anthony Mann (Marché de brutes, La brigade du suicide).
Les truculents rôles secondaires généralement de mise sont qui plus est absent de ce film emballé sans personnalité par Edward Ludwig qui retrouvera le Duke dans le fameux - quoique surestimé - Réveil de la sorcière rouge, artisan auquel l'aventure sied davatage, comme en témoigneront Le trésor des Caraïbes ou L'appel de l'or, de même que le western (La ville sous le joug) ou la SF (le scorpion noir). Bref, pur objet de propagande belliciste et sans nuances, Alerte aux marines est un film très moyen voire médiocre. (Vu le 18/03/2018)










Mitchell Leisen | L'aventure vient de la mer (1944)


Avant d'être un metteur en scène oublié aujourd'hui, Mitchell Leisen est surtout un décorateur et un designer. Cette maîtrise artistique est particulièrement évidente sur un film tel que L'aventure vient de la mer que l'on retient surtout pour son usage chatoyant du technicolor et pour ses superbes décors d'intérieur et de la nature anglais. Quand bien même il s'en sort avec les honneurs, on sent bien que la mise en scène intéresse moins Leisen que la composition plastique. Adapté d'une oeuvre de Daphné Du Maurier, L'aventure vient de la mer se divise en deux temps. A une première partie, parfois un peu trop bavarde qui installe l'histoire et se concentre sur la rencontre entre l'épouse malheureuse et le pirate français (?) au grand coeur, succède une seconde plus mouvementée, dramatique et donc plus intéressante.
Reposant sur une bonne interprétation de Joan Fontaine, au sommet de sa beauté et de Basil Rathbone, le film illustre bien le désarroi de cette femme cherchant à s'évader de son quotidien, la liberté étant incarnée par la mer et ses promesses d'aventure. On mesure combien le texte de Daphné Du Maurier pouvait être moderne et plutôt osé pour l'époque. L'aventure vient de la mer est un beau film dont le seul défaut réside peut-être dans son principal acteur masculin, Arturo de Cordova au manque de charme évident et ressemblant assez peu à un Français. | IMDb








Edward Dmytryk | Adieu, ma belle (1944)


En quelques mots : Classique du film noir américain et adaptation plutôt de Chandler, Adieu, ma belle n'est pourtant pas une réussite. Bien que supérieur à la version réalisée plus tard par Dick Richards, le métrage de Dmytryk souffre d'un casting peu flamboyant, entre un Dick Powell sans charisme et un Claire Trevor sans charme et sans trop âgée pour le rôle. Embrouillé, comme toujours avec Chandler, le récit peine à captiver car trop avare en tension sinon en mystère. Mais, habillé d'une belle photo en noir et blanc qui découpe dans le cadre d'inquiétantes silhouettes, le film bénéficie d'une mise en scène soignée et flirtant même parfois avec le surréalisme, comme lors de cette scène onirique où des portes se démultiplient à l'infini comme dans un tableau. Un peu surestimé, Adieu, ma belle ne possède donc pas la force du Grand sommeil mais conserve ce charme du cinéma US des années 40.