Quand deux des plus sinistres (dans le bon sens du terme) émissaires du black suicidaire décident d'unir leurs forces, ils accouchent d'un split des bois s'enfonçant dans les profondeurs de la dépression la plus indicible. Sept titres, quatre pour Nortt (dont une intro et une outro) et trois pour Xasthur ; deux one man bands, mais une même vision d'un black ultra lent et douloureux bien que leur façon de le forger diffère quelque peu. Avec Hedengang, monument de tristesse et de désolation gravé en 2001, Nortt déverse comme à l'accoutumée son funeral black doom aussi rapide qu'un escargot filmé au ralenti et qui érige le caractère répétitif des morceaux comme un art. Ces longues plages forment un bastion imprenable bâti sur des nappes de claviers funéraires et des guitares grésillantes (un peu à la manière de Until Death Overtakes Me), sur lesquelles est plaqué un chant caverneux et que fissurent par moment des notes de piano désincarnées. Quant à Malefic, l'âme sombre de Xasthur, il profite de cette expérience du split qu'il affectionne particulièrement, comme la plupart des combos de l'extrême d'ailleurs, pour expérimenter, timidement il est vrai. Pas de révolution du côté de l'Américain, pas de surprise non plus, mais une tentative instrumentale logique et cohérente lorsque l'on connaît son style où les vocaux, de toute façon inaudibles résonnent toujours comme un écho lointain. Sa contribution s'inscrit donc parfaitement dans la lignée de ses autres méfaits. Plus black et (un peu) plus rapide que Nortt, Xasthur nous régale de ses complaintes hypnotiques qui confinent à la transe, conduites par des rush de guitares polluées. Une très bonne pioche donc, à laquelle on peut néanmoins préférer le split réunissant Xasthur et Leviathan, énorme synthèse de ce qu'est le vrai black américain underground. 3.5/5 (2007)
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KröniK | Xasthur - To Violate The Oblivious (2004)
L’amélioration des techniques d’enregistrement a permis ces dernières années l’émergence d’un nouveau type de groupe : le one man band, lequel, comme son l’indique, n’est constitué que d’un seul musicien qui telle une pieuvre, se charge de tous les instruments, calfeutré dans un home studio. Pas de concerts mais une boulimie créatrice rendue possible par la facilité désormais de pondre des disques à la chaîne. Le black metal pullule de ce genre de formation. Xasthur, nouveau messie d’une scène black américaine jusque là stérile et sans intérêt, est l’un d’entre eux, ce qui explique pourquoi il peut multiplier depuis 5 ans albums, split (avec Leviathan, Nortt…) et collaborations diverses (Twilight, Sunn O)))). Aussi bien inspirée du doom que de Burzum, la musique vomie par Malefic reste inchangée depuis les débuts du groupe ; elle se déploie sous la forme de longues et morbides complaintes hypnotiques et suicidaires, à l’architecture parfois entièrement instrumentale, d’une lenteur maladive (même si le tempo sait de temps à autre se faire plus rapide, comme sur “ Reflecting Hateful Energy ”, déjà présent sur The Funeral Of Being dans une version différente), portées par un chant hurlé inaudible et une production crado garantie 100 % nécro. Bien sûr, les morceaux ont l’air de tous se ressembler plus ou moins ; mais loin du true black sans imagination régurgités par des opportunistes grimés comme des pandas et prenant la pose dans une forêt enneigée, le caractère répétitif des riffs et des titres finit par créer une sorte de transe qui vous envoûte autant qu’elle vous engourdis. Les terribles “ Xasthur Wihin ”, “ Screaming At Forgotten Fears ” et “ A Gate Through Bloodstained Mirrors ” et ses 12 minutes d’agonie, sont comme un venin qui s’insinue en vous et vous entraîne dans des limbes obscures sans espoir de retour. Xasthur prouve à nouveau que l’on a toujours pas fait le tour de ce courant musical qui, tant qu’il sera défendu par des esprits intègres et talentueux, aura encore maintes richesses à nous offrir. 4/5 (2006)
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