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Code | Mut (2015)


Curieuse – et décevante pour certains – trajectoire que celle de Code, au départ un groupe extraordinaire auteur d’un premier album – « Nouveau Gloaming » –  incarnant à lui seul, le renouveau justement, d’un art noir à la fois évolutif et féroce, ambitieux et crépusculaire mais à l’arrivée, une formation de (quasi) metal progressif vaguement arrimée au Black Metal qui semble avoir perdu en route plus que son fabuleux chanteur, le grand Kvohst, parti baguenauder avec son Hexvessel du côté d’un Dark Folk bucolique mais surtout son âme et ce, nonobstant les qualités intrinsèques de « Augur Nox ». A l’écoute de son successeur, on mesure non pas que ce troisième opus fut un second chapitre comme nous étions alors nombreux à le penser mais une oeuvre charnière, transition entre des débuts sous le sceau du metal noir et une évolution vers une musique plus progressive (ce qu’elle a certes toujours été) sinon atmosphérique. De fait, si son prédécesseur laissait encore affleurer à sa surface les lointaines racines extrêmes de son principal auteur, le guitariste Aort, par ailleurs bassiste chez les doomeux d’Indesinence, « Mut » largue franchement les amarres pour accoster des terres qui, bien qu’encore belles et réussies, se noient dans un notable manque de personnalité. Le chant de Wacian, bien qu’excellent, n’est sans doute pas pour rien dans cette singularité en berne tant ses lignes vocales font parfois plus qu'évoquer celles d’un Daniel Gildenlöw (Pain Of Salvation), comme l’illustre notamment un titre tel que ‘The Bloom In The Blast’. Il y a pire référence, bien entendu, pour autant, alors qu’il forgeait dix auparavant un art qui n’appartenait qu’à lui, Code parait désormais loucher vers ce rock mélancolique, quoique toujours un peu tordu, (trop) à la mode. Ceci dit, « Mut » possède au final presque plus de charme voire de réussite que « Augur Nox », grâce à un menu serré et très bien fait qu’émaillent nombre de perles aux allures de travail d’orfèvre, parmi lesquelles nous pouvons citer le magnifique ‘Dialogue’, puissamment émotionnel, ‘Inland Sea’, le percussif et déglingué ‘Affliction’ sans oublier ‘Undertone’. En outre, comme le laisse deviner le temps anormalement court qui ses deux dernières livraisons, on sent que les Anglais ont trouvé depuis quatre ans et un nouveau line-up désormais parfaitement en place, un second souffle, gagnant en énergie intimiste ce qu’ils ont perdu en personnalité. Et puis tant pis si ce n’est plus vraiment le même groupe et si quelques ayatollahs fans de la première heure font la gueule… 3.5/5 (2015)



Code | Resplendent Grotesque (2009)


Négocier l'après-chef-d'oeuvre est toujours difficile. Et plus encore lorsque le dit chef-d'œuvre fut aussi un premier album. L'attente et les espoirs placés dans ce qui sera son successeur sont alors immenses et s'accompagnent des sempiternelles questions du genre : "pourront/sauront-ils faire mieux la prochaine fois ?. On en est là avec ce Resplendent Grotesque, petit frère que Code aura donc mis quatre ans à donner au fabuleux Nouveau Gloaming qui constitua en 2005 pour beaucoup un second souffle au black metal norvégien, quand bien même le projet accueille aussi en son sein des Anglais. Il avait cela de fascinant qu'il ouvrait de nouvelles portes sans pour autant renier un socle âpre et ferrugineux. Comme souvent lorsqu'un disque est trop attendu, cette seconde offrande peut sembler tout d'abord décevante. Certes on y croise toujours le chant clair, aérien et fragile de Kvohst, capable à lui seul de transcender tout ce qu'il touche, tandis que le groupe à l'architecture à géométrie variable dessine à nouveau cet art noir évolutif dont la négativité abyssale se voit constamment fissurée par une beauté déglinguée bien qu'absolue. Mais l'album est court, trop court sans doute et ne se faufile pas vraiment dans les tunnels creusés par son aînés. Tout d'abord, on le regrette. Puis, les écoutes aidant, on s'en félicite cependant que peu à peu l'ossature de Resplendent Grotesque dévoile ses trésors. Drapés dans une dramaturgie grandiloquente, à laquelle participe la voix minée par une grande fébrilité de Kvohst (l'ahurissant "Jesus Fever"), laquelle se lance le plus souvent dans un dialogue aux accents métaphysiques avec des gargouillis écorchés, ces huit faux-semblants au relief vallonné fendent les eaux troubles d'un océan tumultueux. Plus ramassés, plus vicieusement malsains également que ceux formant la trame de Nouveau Gloaming, ils sont irrigués par ces guitares qui grésillent et labourent les chairs tel des scalpels aussi démoniaques qu'obsédants ("Possession Is The Medicine", "The Rattle Of Black Teeth"). Pour Code, le black metal n'est qu'un substrat, certes parfois fiévreux (l'introduction de "In The Privacy Of Your Own Bones") dans lequel s'enracine un édifice dont chaque partie est un prétexte pour aller prendre à revers l'auditeur. Reptation belle et vénéneuse à la fois, "A Sutra Of Wounds" illustre bien cette faculté que possède le groupe à nous entraîner dans un labyrinthe d'un baroque flamboyant. L'armure est noire mais à l'intérieur sont tapis des atours souvent très mélodiques ("I Hold Your Light" qu'aucun éclair ténébreux ne vient jamais plonger dans l'obscurité). Malgré tout et avec intelligence qui la caractérise, cette dreamteam de l'extrême ne fait aucun pas, ne serait-ce que timide, vers le pèlerin. Une gemme charbonneuse telle que "Smother The Crones" (peut-être l'Everest de cet album) pourrait dans un premier temps le faire croire. Toutefois, une analyse plus poussée de cette superbe entame infirme en fait cette impression trompeuse. Resplendent Grotesque est une œuvre difficile à suivre, tout comme l'était déjà Nouveau Gloaming mais d'une manière autre. Et s'il ne parvient pas à l'égaler, ce second essai surnage bien au-dessus du tout venant de l'engeance noire. 3.5/5 (2009)