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Alvaro Mancori | Hercule l'invincible (1964)


En 1964, le péplum italien vit ses derniers feux, bientôt détrôné par le western dans les salles obscures. Résultat, les budgets se tarissent et les metteurs en scène les plus réputés (Freda, Ferroni...) finissent par déserter le genre, remplacés par des artisans plus modestes. Hercule l'invincible s'inscrit dans ce contexte de fin de règne. Peu de moyens à l'écran, comme le démontre le recours à des stock-shots et des décors peu impressionnants. Pourtant, emballée par Alvaro Mancori, ancien directeur de la photo dont il s'agit de la seule expérience comme réalisateur, cette nouvelle aventure d'Hercule (rebaptisé Ursus en français !) se situe plutôt dans la bonne moyenne grâce à des effets spéciaux réussis (la rivière de lave) et des matte paintings dont on dit qu'il pourrait être l'oeuvre de Mario Bava, qualité qui rachète la pauvreté d'un scénario qui sillonne un chemin bien lessivé. L'action constante permet de ne jamais s'ennuyer tandis que pointe un zeste de burlesque. Et il est amusant de retrouver Dan Vadis, futur membre de la troupe de Clint Eastwood (dans Bronco Billy notamment), dans la peau d'un colosse de foire. (vu le 05.01.2019)









Bruno Mattei et Claudio Fragasso | Les 7 gladiateurs (1983)


Si on peut au moins reconnaître à Bruno Mattei la volonté sympathique, quoique plus mercantile qu'artistique, de maintenir en vie le cinéma de genre italien à un moment, les années 80, où ce type de série B ne fait plus recette, force est aussi d'admettre qu'il lui aura surtout donné le coup de grâce, à l'image de ces 7 gladiateurs qui pille sans vergogne dans le western fameux de John Sturges et dans Excalibur. Toujours flanqué de son scénariste Claudio Fragasso dont la mise en scène lui est également attribuée, Mattei tente ici de surfer sur le modeste revival du péplum dans le sillage du Hercule de Luigi Cozzi dont il reprend une bonne partie du casting !
C'est mal joué, mal filmé et la course de char trahit avant tout le manque de moyen et plus encore l'absence de talent du lascar. Même si Lou Ferrigno est aussi expressif qu'un bout de rocher et que Dan Vadis en fait des tonnes, ce nanar est donc l'occasion de réunir quelques malabars du péplum italien tel que Brad Harris, secondés par l'indispensable Salvatore Borgese et Sybil Danning, caution charme de cette série Z qui se laisse voir sans déplaisir mais d'un oeil distrait quand même !







Buddy Van Horn | Ca va cogner (1980)


En quelques mots : Deux ans après le carton (surprise) au box-office de Doux, dur et dingue, Eastwood et sa joyeuse bande remettent le couvert pour une seconde et dernière aventure, manière pour le comédien de compenser l'échec commercial de Bronco Billy avec ce simple véhicule. Comme il a l'habitude de le faire, il confie la réalisation à un de ses collaborateurs, en l'occurrence le fidèle Buddy Van Horn, lequel en tournera deux autres et pas les meilleurs, La dernière cible (1988) et surtout Pink cadillac (1989). Au moins celui-ci n'a d'autre prétention que d'assurer le minimum syndical, emballant un pur produit de (grande) consommation. Si le premier volet signé James Fargo n'était pas sans qualités, Ca va cogner sombre constamment dans la vulgarité et l'humour (?) au niveau du slip. Le portrait de la mafia est aussi caricaturale que celui de la police et des motards dans l'épisode précédent, cependant que le personnage joué par Sondra Locke s'est mystérieusement métamorphosé en héroïne douce et positive. Restent heureusement la musique, dont la chanson du générique chantée par Ray Charles et Clint lui-même, l'interminable bagarre entre la star et le sympathique William Smith, clin d'oeil évident à L'homme tranquille de John Ford et bien sûr le charisme inoxydable d'Eastwood. C'est peu mais cela suffit à notre bonheur !

Clint Eastwood | Bronco Billy (1980)



En quelques mots : A première vue, cette septième réalisation de Clint Eastwood semble très proche de la série des Doux, dur et dingue et Ca va cogner : même équipe de comédiens, l’Amérique provinciale, bagarres dans les bars et musique country. Ce rapprochement n’est pas tout à fait exact, tant Bronco Billy s’avère beaucoup plus adulte et intéressant. D’une certaine manière, le film s’inscrit dans la tradition de la comédie américaine avec son couple qui d’abord ne cesse de s’affronter avant de tomber amoureux. Ainsi, Billy et Antoinette ne sont pas si éloignés des héros de New York – Miami de Frank Capra par exemple. Mais le cœur de l’histoire s’articule avant tout autour de Bronco Billy, personnage attachant qui révèle peut-être plus qu’aucun autre rôle le vrai Clint. Comme souvent chez le cinéaste, ce (anti) héros est un marginal, dirigeant un Far West ambulant, sorte de Buffalo Bill moderne (l’acteur n’est d’ailleurs pas s’en évoquer Joel McCrea dans le western éponyme de William Wellman, un de ses maîtres). C’est un homme tendre, naïf parfois mais toujours généreux qui n’hésite pas à se faire humilier afin de faire sortir de prison un de ses compagnons. Avec son cirque de seconde zone, loin de la flamboyance et du triomphalisme chers à Cecil B. DeMille dans Sous le plus grand chapiteau du monde, Bronco Billy McCoy est un perdant, mais un perdant magnifique qui cherche à aller jusqu’au bout de son rêve. Deux de ses répliques résument le film et le personnage : « Je suis l’homme que je veux être » et « On a qu’une seule existence. Il ne faut pas en faire une corvée ». Tout Eastwood se trouve dans ces quelques mots. Autour de lui gravitent une équipe de bras cassés comme lui, ayant tous plus ou moins fait un séjour derrière les barreaux à un moment ou à un autre de leur vie. Tous ensemble, ils forment une petite famille parcourant cette Amérique profonde que le metteur en scène aime tant filmer. Il y a toujours chez Eastwood cette opposition entre la famille naturelle que l’on subit et celle, plus heureuse, qu'on reconstitue et dont le ciment se trouve dans l’amitié ou dans l’amour. Œuvre très personnelle dans la carrière du cinéaste, Bronco Billyprésente de nombreuses analogie avec un autre de ses films majeurs : Million Dollar Baby. Bien sûr, le premier est une comédie et l’autre, pas. Mais au delà de cette différence, on ne peut que noter la proximité entre Billy, patron d’un cirque miteux entouré d’un petit groupe de gens haut en couleur, et Frankie Dunn, propriétaire d'une modeste salle de boxe de quartier que peuplent de jeunes sportifs en marge de la société. Leonard le déserteur, victime d’une enfance brisée, que Billy a recueilli et a formé au point de devenir pour lui presque un fils, nourrit aussi de nombreux points communs avec la boxeuse Maggie Fitzgerald, jeune femme qui retrouve le père qui lui manque à travers son entraîneur. Dans les deux cas, il s’agit de personnages hantés par leur passé et qui cherchent à vivre leur rêve. Eloge de l’Amérique traditionnelle et des valeurs qui l’ont façonné (comme le montre le chapiteau constitué d’une centaine de Bannières étoilées), Bronco Billy est une œuvre totalement à contre courant du cinéma contemporain, ce qui lui confère une valeur supplémentaire. En le regardant, on pense beaucoup à Frank Capra, dont le film est un des plus beaux hommages de ces dernières décennies. Comme chez l’auteur de L’extravagant Mr Deeds, il y a cette opposition entre les gens simples et généreux (Billy et sa petite famille) et de l’autre, les requins obsédés par l’argent (la famille de Antoinette Lily qui désire mettre la main sur sa fortune). De même, le triomphe des bons sentiments et la confiance dans le rêve américain forment un terreau commun à l’œuvre de Capra et au film de Eastwood. Quand il sort sur les écrans, Bronco Billy est alors la plus grande réussite du cinéaste depuis Josey Wales hors-la-loi en 1976 et une des œuvres qui lui est le plus cher. Mais il n’a pas rencontré le succès escompté, le public s’attendant peut-être à une nouvelle aventure à la Doux, dur et dingueet non pas à cette comédie d’un autre temps et d’une simplicité exemplaire...


James Fargo | Doux, dur et dingue (1978)


En quelques mots : Avec Bronco Billy et Ca va cogner, Doux, dur et dingue s’inscrit, malgré les combats qui le jalonnent, dans la veine non violente de Clint Eastwood qui souhaite alors montrer un aspect plus tendre de sa personnalité. L’histoire est construite autour de ces deux concepts : Clint partageant la vedette avec un singe pour la comédie et pratiquant la boxe pour le côté action. Le cinéaste évoque déjà, quoique de façon moins grave, le noble art, qui sera plus tard la toile de fond de son chef-d’œuvre Million Dollar Baby. Bien que peu personnel, le film démontre déjà la tendresse de Clint Eastwood pour une certaine Amérique, l’Amérique provinciale et celle des bars de country. On retrouve aussi son attirance pour ceux qui vivent en marge de la société et se rassemblent pour former une sorte de petite famille, à l’image de cette troupe de comédiens qui apparaît à cette époque dans la plupart de ses œuvres, des gueules telles que Geoffrey Lewis, Bill McKinney, John Quade, William O’Connell, Dan Vadis ou Gregory Walcott. Un peu à la manière de John Ford, il aime à s’entourer d’une même équipe d’acteurs et de techniciens. Comédie d’action, Doux, dur et dingue s’avère très drôle, bien qu’il s’agisse d’un humour pas toujours du meilleur goût et reposant essentiellement sur Clyde qui boit de la bière, pète et fait des doigts d’honneur, sur une grand-mère au langage ordurier et sur le gang des Veuves Noires, motards pathétiques que même Mémé parvient à ridiculiser. Il faut noter aussi un rapide et savoureux clin d’œil au Bon, la brute et le truand. Doux, dur et dingue demeure un film sympathique et sans prétention, et un de ses plus gros succès. Succès que la Warner n’avait pas du tout prévu, pensant que ce type de projet eut davantage convenu à Burt Reynolds qui vient alors de triompher grâce à Cours après moi shérif. Une suite sera tournée en 1980, Ca va cogner, dirigée par Buddy Van Horn. Ajoutons qu’il s’agit de la dernière collaboration de Eastwood avec James Fargo, suite à des différents survenus sur le plateau.