Si vous ne surprendrez jamais certains groupes en flagrants délits d'évolution, tel n'est pas le cas de Oldd Wvrms qui n'est jamais là où on l'attend vraiment sans pour autant déserter les rivages occultes du doom rituel qu'il arpente depuis cinq ans. Les Belges aiment changer de peau à chaque nouvel effort, polissant de plus en plus un art tout d'abord marécageux, plus élaboré sinon sophistiqué (tout est relatif) désormais.
AU PIF
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Interview | Oldd Wvrms (Janvier 2017)
Entretien avec Oldd Wvrms réalisé pour la Horde Noire.
Malgré son jeune âge, le groupe semble déjà en pleine possession de ses moyens. Quel fut votre parcours avant de former Oldd Wvrms ?
Nous avons tous évolué dans plusieurs formations, aussi diverses que variées, du rock au death...
De fait nous avons tous une expérience de groupe et un certain bagage en tant que musicien.
De fait nous avons tous une expérience de groupe et un certain bagage en tant que musicien.
Quel était votre but lorsque vous avez monté le groupe ?
Le but principal était de monter un projet à l'atmosphère poisseuse, avec comme seules lignes directrices, la lenteur et la sorcellerie.
La sorcellerie et l'imagerie qui l'entoure, font partie intégrante de votre identité. Je trouve que vous parvenez, mieux que d'autres, à capter cette ambiance de rituel obscur et millénaire....
Merci, c'est vrai qu'il est facile de tomber rapidement dans certains clichés, nous essayons d'aborder le thème le plus sobrement possible, en laissant de la place à l'imagination de l'auditeur. Nous posons le décor, à lui de partir dans la direction qui lui plait.
Pouvez-vous nous en dire plus concernant votre rapport à l'occultisme ?
La récurrence de nos thèmes tourne autour de la persecution des femmes qui préféraient vénérer la nature en lieu et place des religions. Ces femmes qui sortaient des sentiers battus, dictés par des maîtres de la bien-pensance auto-proclamés... Un thème encore très actuel... En gros, nous avons un rapport très "nature" à l'occultisme, apprendre à gérer la part de lumière et de ténèbres que nous avons en chacun de nous, introspection et mysticisme.
Le cinéma et la littérature vous inspirent-ils à ce sujet ? De quelle manière ? Pouvez-vous citer quelques ouvrages ou films qui vous ont influencé ?
Enormément, voici une liste de films assez clichés que nous assumons : Mark of the witch, Season of the witch, Suspiria, Häxan, Blair witch project, The conjuring, The vvitch, etc... Pour la littérature, les classiques tels que le Malleus Maleficarum et les contes de Salem, mais aussi les vieilles légendes de nos contrées et les bandes dessinées de Servais.
Votre nouvel opus se nomme Ignobilis. Il est très différent de ses prédécesseurs, plus ritualistique encore. Peut-on dire que vous avez trouvé ce que vous souhaitiez vraiment faire ?
Parfaitement, le mot qui revient le plus souvent dans les chroniques et retours est "hypnotique", c'est exactement ce qui nous souhaitions que l'auditeur ressente, les ambiances sont là et l'osmose des répètes se ressent vraiment au travers des morceaux.
On peut donc penser que vous allez continuer dans cette voie...
Absolument, la suite sera plus sombre et rituelle, le concept de base est posé et ce sera définitivement dans la continuité de celui-ci.
Au départ, votre style est plus survolté, agressif, presque sludge. A l'arrivée, Oldd Wvrms sonne plus crapoteux encore, lent et hypnotique quoique toujours bourbeux et méphitique...
Certes, nous avons rapidement sentis que nous tournerions vite en rond avec des chanteurs agressifs, et que nous voulions poser dans ambiances plus atmosphériques et utiliser moins de voix pour apporter un côté presque liturgique aux passages qui le nécessitent vraiment... Ne trouvant pas de chanteur dans cet esprit, je m'y suis collé et le résultat semble fonctionner...
Sur scène, qu'est-ce que ça donne ? Conservez vous cet urgence cradingue ou bien cherchez-vous à retranscrire des atmosphères de cérémonies impies ?
Nous travaillons avec "A Thousand Lost Civilizations" pour la projection vidéo sur l'intégralité du show. Ces projections amènent un côté sale et rituel, pour répondre à ta question, d'après les échos, c'est un peu des deux...une cérémonie poisseuse, auditive et visuelle.
Stéphane Azam fait une apparition sur l'album. Pourquoi avoir fait appel à lui ? Est-ce un pote ? CROWN, son principal projet, parait en effet assez éloigné de votre univers... Comment s'est déroulée cette collaboration ?
C'est une connaissance, pour l'avoir rencontré une fois et étant fan de CROWN, nous lui avons simplement demandé de chanter sur un titre, il a accepté, il a enregistré chez lui et nous a envoyé les pistes, c'est aussi simple que ça. Nous sommes ravis du résultat, encore merci à lui.
J'apprécie beaucoup vos visuels, en particulier celui de Luciana Nedelea qui, je trouve, colle parfaitement à votre univers...
Oui, en plus d'être une artiste talentueuse, elle est réellement à l'écoute des musiciens, son univers graphique colle parfaitement avec notre musique. Nous travaillerons très certainement avec elle pour la prochaine sortie.
L'année 2016 fut donc bien remplie pour vous. Quels sont vos projets pour 2017 ?
Nous allons jouer un peu moins, histoire de commencer l'écriture de Manifest, notre premier véritable album, nous avons une bonne ligne directrice pour ce projet que nous voulons ambitieux... Donc cette année sera résolument calme pour revenir probablement début 2018 avec notre nouvel effort.
KröniK | Oldd Wvrms - Ignobilis (2016)
Nous avions découvert Oldd Wvrms en 2015 grâce à Nøt deuxième EP où forniquaient un Sludge doom bestial avec un black metal aussi épileptique que rocailleux, sous la brume épaisse d'un occultisme frelaté. Le tout suintait un malaise palpable et sentait le foutre sale craché par un prêtre possédé par le grand bouc.
Nous en étions restés là avec ces Belges venimeux. Qu'elle ne fut donc pas notre surprise en déflorant Ignobilis, nouveau méfait longue durée qui succède (déjà) à Ritae, premier LP enfanté il y a quelques mois à peine, de découvrir un groupe, de prime abord, bien différent ! De fait, si son titre comme son visuel aux remugles de sorcellerie fétide, semblent arrimer cet opus à ses devanciers, son architecture faite de plaintes au format démesuré (entre 8 et 12 en moyenne !) ainsi que sa lenteur pétrifiée contribuent à l'éloigner de ce socle originel. Une écoute attentive confirme pourtant que Oldd Wvrms n'a pas vraiment mis de l'eau dans son vin (de messe), puisant au contraire dans ces modelés à la fois pesants et atmosphériques une noirceur plus mortifère encore. Faussement posé, son art bouillonne en réalité plus que jamais d'une négativité obscure, sève ferrugineuse et impie qui coule tel un pus sur la surface granitique de compositions dont la durée leur confère des allures de rituels séculaires. Ignobilis écarte ses lèvres avec Délétère, pulsation presque immobile dont la dimension hypnotique égrenée par des percussions chamaniques est soulignée par un chant profond aux allures de psalmodies empoisonnées et des guitares polluées qui raclent la terre. A cette entame intrigante s'enchaîne le non moins surprenant Amongst The Pines, véritable messe noire où s'accouplent lignes de basse déglinguées, incantations féminines, riffs vicieusement épais et nappes ambient en une lente rumination. Puis survient Scorn, supplique lancinante que tissent des instruments prisonniers d'une gangue de plomb. On y retrouve ce chant masculin, sombre et sentencieux tandis que les guitares aux griffes thrashy l'entraînent vers la mort avant que Hear Them Sing While They Burn ne plante le dernier clou, conclusion étouffante que vient enténébrer la voix caverneuse de Stéphane Azam (Crown). Si à mi-parcours, les traits se font plus pointillistes, distillant alors une tristesse déchirante, très vite, l'horizon se noircit de hachures, plongeant l'écoute dans un abîme vertigineux qu'aucune lumière ne peut atteindre. Les vocalises écorchées accompagnent, tels d'ultimes râles de douleur, cette inexorable marche funéraire après laquelle rien ne peut subsister. Bloc de matière noire, Ignobilis épouse la forme d'un long rituel d'une sourde intensité dont le venin sinistre s'infiltre peu à peu, sournoisement, dans notre âme qu'il infecte pour toujours... 3.5/5 (2016)
Nous en étions restés là avec ces Belges venimeux. Qu'elle ne fut donc pas notre surprise en déflorant Ignobilis, nouveau méfait longue durée qui succède (déjà) à Ritae, premier LP enfanté il y a quelques mois à peine, de découvrir un groupe, de prime abord, bien différent ! De fait, si son titre comme son visuel aux remugles de sorcellerie fétide, semblent arrimer cet opus à ses devanciers, son architecture faite de plaintes au format démesuré (entre 8 et 12 en moyenne !) ainsi que sa lenteur pétrifiée contribuent à l'éloigner de ce socle originel. Une écoute attentive confirme pourtant que Oldd Wvrms n'a pas vraiment mis de l'eau dans son vin (de messe), puisant au contraire dans ces modelés à la fois pesants et atmosphériques une noirceur plus mortifère encore. Faussement posé, son art bouillonne en réalité plus que jamais d'une négativité obscure, sève ferrugineuse et impie qui coule tel un pus sur la surface granitique de compositions dont la durée leur confère des allures de rituels séculaires. Ignobilis écarte ses lèvres avec Délétère, pulsation presque immobile dont la dimension hypnotique égrenée par des percussions chamaniques est soulignée par un chant profond aux allures de psalmodies empoisonnées et des guitares polluées qui raclent la terre. A cette entame intrigante s'enchaîne le non moins surprenant Amongst The Pines, véritable messe noire où s'accouplent lignes de basse déglinguées, incantations féminines, riffs vicieusement épais et nappes ambient en une lente rumination. Puis survient Scorn, supplique lancinante que tissent des instruments prisonniers d'une gangue de plomb. On y retrouve ce chant masculin, sombre et sentencieux tandis que les guitares aux griffes thrashy l'entraînent vers la mort avant que Hear Them Sing While They Burn ne plante le dernier clou, conclusion étouffante que vient enténébrer la voix caverneuse de Stéphane Azam (Crown). Si à mi-parcours, les traits se font plus pointillistes, distillant alors une tristesse déchirante, très vite, l'horizon se noircit de hachures, plongeant l'écoute dans un abîme vertigineux qu'aucune lumière ne peut atteindre. Les vocalises écorchées accompagnent, tels d'ultimes râles de douleur, cette inexorable marche funéraire après laquelle rien ne peut subsister. Bloc de matière noire, Ignobilis épouse la forme d'un long rituel d'une sourde intensité dont le venin sinistre s'infiltre peu à peu, sournoisement, dans notre âme qu'il infecte pour toujours... 3.5/5 (2016)
Olddwvrms | NØT (2015)
Il y a quelque chose de pourri, de malsain, dans le royaume de Olddwvrms. Nombreux sont ceux à annoncer fièrement la couleur (noire), à affirmer être plus lourds que le voisin, plus méchants, plus evil. Plus dégueulasses aussi. Mais peu le sont vraiment. Ces Belges, si. La simple vision de la pochette de NØT, leur second méfait édité au format de la bonne vieille cassette, suffit déjà à distiller un malaise, à poser un cadre qu'on devine étouffant, vicié. En un mot comme en cent : occulte. Là encore, la sorcellerie est à la mode mais on sent que le groupe ne feint pas, trempant son dard qu'il a pesant et épais, dans une obscurité crasseuse. Dans le sillage d'un Grey Widow, dont il se distingue toutefois par des traits plus granitiques, Olddwvrms fait copuler le Sludge le plus bestial avec un Black Metal viscéral. Le fruit de ces monstrueux ébats se présente sous la forme d'une créature malfaisante qui macère dans des immondices aux remugles fétides. Avec en sus cette froideur austère qu'arborent souvent les serviteurs de la crypte belge. Certes vendu comme un EP quatre titres, NØT du haut de ses 27 minutes au jus n'en reste pas moins terrifiant. Tout est mis en œuvre pour ouvrir les vannes d'une noirceur aussi intense qu'explosive, entre un chanteur qui vomit ses tripes à chaque parole prononcée et une rythmique coulée dans le ciment. Tendues comme verge gonflée d'un stupre corrosif, ces quatre rituels charrient une haine boueuse et un mal-être d'une sournoise âpreté. Et quand les gars serrent le frein à main et appuient sur l'interrupteur, redoublant alors d'une sourde brutalité, ce sont les abysses qui écartent leurs lèvres pour aspirer toute trace de vie et de lumière. Pourtant, une espèce de beauté vicieuse suinte de ses saillies aux allures de corridors creusés dans un asile d'aliénés, grâce à de fugaces et salvateurs éclairs. Les guitares ferrugineuses sont ainsi le réceptacle d'un désespoir profond ('Crawling Things') cependant que de fragiles voix claires viennent quelque peu diluer cette violence cauchemardesque et insondable. Dommage que l'écoute vienne mourir sur une piste instrumentale aux portes de l'ambient aussi longue qu'inutile, quand bien même 'Erath', par ses atours fantomatiques colle parfaitement à l'atmosphère déglinguée d'un opus qui aime graviter au bord d'un gouffre sans fin. Rongé par une sève survoltée, NØT, quoique mineur, est comme un viol de tous les sens dont on ne sort pas indemne. (2016)
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