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KröniK | Overcharger - Origin (2018)


Ramassée et tendue comme un string, cette deuxième enclume dévoile un groupe sûr de son art qui, sans fioritures ni compromis, nous entraîne avec lui à travers des territoires crasseux et menaçants.

Ils n'ont pas l'air commodes, ces Bordelais, avec leur look pileux et les nombreux tatouages qui leur bouffent les bras. Les "Charger" ne sont pas là pour rigoler ou tailler gentiment le bout de gras et leur breuvage épais non plus. Français de sol, ils sont clairement Américains de sang, le dard plongé dans les Bayous. Tétant les mamelles velues des Corrosion Of Conformity, Down et Crowbar, le quatuor braconne donc sur les terres d'un southern metal bourru et testiculeux que nous avions découvert il y a trois ans grâce à un "All That We Had" de bonne mémoire.

Ces dernières années passées à écumer les tripots n'ont pas assagi ces solides gaillards qui reviennent, l'entre-jambe chargé à fond, avec, sous les bras sentant la sueur, une deuxième bûche taillée dans ce bois du Sud des Etats-Unis. D'abord soutenus par Finisterian Dead End, ils ont depuis rejoint les rangs de Overpowered Records (Volker), label qui semblent être fait pour eux et ce "Origin" brûlant comme la braise. Sur le substrat pesant et caillouteux dressé par son prédécesseur avec la fougue poisseuse que l'on sait, ce nouvel album va encore plus loin dans l'intensité couillue, rempli une semence épaisse biberonnée au Jack Daniel's. Si cette Amérique "profonde", celle de Rob Zombie ou du "Délivrance" de John Boorman, lui inspire des ambiances crapoteuses et déglinguées ('The Other Me Is Dead'), Overcharger s'impose plus que jamais comme une redoutable machine de guerre dont le combustible est un mélange de sludge et de thrash. Noircies par le chant bilieux de Seb, des cartouches telles que 'Trust The Horns' ou 'Burning Woods' arrachent sur leur passage, ne faisant aucun prisonnier. En dépit de soli mélodiques et de refrains lumineux ('The Descent'), l'opus s'enfonce tout du long dans des marécages bourbeux. Trapu, chaque titre alterne saillies furieuses et coups de boutoir vicieux à l'image de 'The Bewitched Doll', de 'Southern Floods' ou du survolté 'Origin', distillant des atmosphères aussi visqueuses que rampantes qui explosent lors d'un 'By My Side' terminal et ultra plombé. Ramassée et tendue comme un string, cette deuxième enclume dévoile un groupe sûr de son art qui, sans fioritures ni compromis, nous entraîne avec lui à travers des territoires crasseux et menaçants. (23/04/2018)


KröniK | Pavillon Rouge - Dynasteia Klub (2018)


Alors que le black metal est un art trop souvent sclérosé par les conventions tant dans le fond que dans la forme, il est bon de voir débouler un groupe comme Pavillon Rouge qui ne ressemble à rien, O.M.N.I. né en 2007 de quelques cerveaux malades dont ceux de Hanoi O. (Osirion) et Benjamin Nominet (Sybreed). S'ils ont depuis quitté ses rangs, la formation grenobloise reste fidèle à la muse décomplexée et industrielle qui la guide depuis ses débuts. Avare de sa semence martiale et mécanique, le groupe offre enfin avec "Dynasteia Klub" son troisième effort.  Déjà perceptibles sur "Legio Axis Ka", les velléités electro font cette fois-ci plus qu'affleurer à la surface d'une offrande qui tente plus que jamais l'audacieuse - pour ne pas dire "casse-gueule" - copulation entre metal extrême et  diarrhée synthétique pour dancefloor, le tout pigmenté de lointaines touches new-wave ('Bodhisattva').



Le résultat pourrait être indigeste et malheureux mais, par la grâce de musiciens visionnaires qu'une noirceur apocalyptique n'a pas pour autant désertée, l'ensemble se montre puissamment envoûtant et surtout cohérent. Si on devine qu'il prend un malin plaisir à faire vomir les ayatollahs du genre, ne se prenant absolument pas au sérieux, Pavillon Rouge ne rigole pas vraiment quand il s'agit de martyriser une partition robotique aussi remuante que cosmique. Si son devancier se révélait parfois difficile à pénétrer, "Dynasteia Klub" se veut au contraire plus immédiat, pour l'auditeur ouvert s'entend ! D'emblée, 'L'harmonie et la Force', amorce furieuse et envoûtante, nous projette au centre d'une piste de danse chaotique coincée entre plusieurs dimensions, dans un multivers hypnotique. Mais toujours il y a en filigrane cette énergie obscure et empoisonnée qui confère à cette pulsation cataclysmique ce sel ténébreux. Pulsatif, 'Ô Légions, Ô Triomphes', franchit un pas supplémentaire vers la folie avec ses convulsions electro noircies de vocalises écorchées. Si les machines bourgeonnent de partout sur fond de rythmiques saccadées, les guitares n'en demeurent pas moins volubiles, crachant un torrent mélodique, à l'image de la plage éponyme. De fait, secoué par une force sombre, l'opus irradie toutefois une espèce de lumière aveuglante qui fait de lui la création la plus atmosphérique et stellaire de ses auteurs ('Le Rayonnement du Temple Nouveau'). Associée à des textes inspirés de la philosophie stoïcienne, cette partouze sonore grouille à la fois d'une puissance fiévreuse qui culmine lors de 'Dans l'Ailleurs Absolu' tout en s'élevant toujours un peu plus vers les étoiles avec le terminal et épique 'Ad-Augusta', qui brille d'un éclat fascinant. Explorateur unique, Pavillon Rouge confirme avec "Dynasteia Klub" qu'il est l'inventeur d'un black transgénique, dansant et métaphysique. (11/03/2018)


KröniK | Nesseria - Cette érosion de nous-mêmes (2017)


Il y a des noms qui ne trompent pas. Celui du maître Nick Zampiello qui l'a masterisé, ceux de Deadlight Entertainement et Throneruiner Records qui le publient respectivement en CD et vinyle, assurent déjà à "Cette Erosion de Nous-mêmes" son quota de plomb et une furieuse dose de colère. Les fidèles de ces deux labels savent à quoi s'attendre. Sauf que Nesseria - quinze ans au compteur et trois albums sous le bras, en comptant le petit dernier - prend soin de rapidement brouiller les pistes pour mieux nous égarer.
De fait, si les Orléanais font fi de préliminaires dont nous n’avons de toute façon que faire, en déboulant à la manière d'une bête enragée avec le chant biberonné au Destop de Dez qui hurle comme si demain ne devait plus exister, 'On Prendra l'Habitude' se voit vite perforé par des guitares ferrugineuses dont la glaciale noirceur doit davantage au black metal qu'au hardcore cependant que la fragile lumière qui jaillit de ses entrailles le colore de teintes quasi post rock. Mais en trois minutes, nous sommes déjà à genoux, prêts à offrir notre flanc à la morsure de cette robuste hampe. Exigeant, Nesseria ne cède à aucune facilité, accouchant d'un magma sévère qui doit s'apprivoiser avant de pouvoir en goûter le suc empoisonné. Propulsées par des rouleaux de batterie qui s'écrasent contre des falaises rocailleuses, ces saillies grondent, constamment au bord de la rupture, d'une sourde tension qui les ronge comme une lèpre nocive ('Chasse aux Ecureuils'). S'il file très vite à la vitesse d'un cheval au galop, "Cette Erosion de Nous-mêmes" n'en dégorge pas moins une sève fulgurante car dans la panse obscure de ses titres grouillent des trésors d'écriture. Sur un maillage ultra serré, son menu déroule une stratigraphie tendue et massive qui lui confère une forme de rudesse. Soucieux de s'affranchir des genres, des étiquettes, les Français inoculent à cette pâte survoltée de nouvelles influences (black, post metal...). Si certains seront surpris, voire décontenancés, par le résultat, alors que la signature douloureuse du groupe demeure pourtant inchangée, force est de reconnaître que Nesseria sort métamorphosé sinon grandi de cette mutation vers un art désormais peut-être moins épidermique mais dont l'ambivalence accrue qui l'écartèle, loin de l'exonérer d'une noirceur abrupte, le pousse dans les profondeurs d'un puits abyssal contre les parois desquelles s'accroche une sourde beauté. Mais ne vous y trompez pas, s'il peut afficher par moments des traits plus mélodiques, ce qui contribue à le rendre d'un abord plus avenant ('Les Ruines'), « Cette Erosion de Nous-mêmes » se présente à nous dans toute sa force malsaine. Il suffit d'écouter le squelettique 'A l'Usure', pause osseuse qui suinte un désespoir poisseux, pour prendre la mesure d'une violence tantôt souterraine ('St Petersburg') ou frontale ('Forteresse'). De ces vomissures vocales qui déversent une bile enragée à ces câbles de guitares qui ouvrent des paysages beaux à pleurer couverts toutefois par une brume crépusculaire, témoins 'Dans l'Ombre et Sans Visage' ou la conclusion éponyme chargée d'une amertume funèbre, l'ensemble prend à la gorge, charriant une inexorabilité goudronneuse. Au final, on ne sort pas indemne d'une écoute qui remue l'âme autant que les tripes. 3.5/5 (01/10/2017)






KröniK | Lethvm - This Fall Shall Cease (2017)


Les têtes chercheuses de Deadlight Enternainement, ne cessant de tamiser les terres du doom le plus apocalyptique, le plus mazouté, ne pouvaient que jeter leur dévolu sur Lethvm, quatuor belge dont la carte de visite, baptisée "Affable Erosion" lui a suffi pour se tailler très vite un nom au sein de la Sainte Chapelle doloriste. Plus que dans tout autre genre, le doom reste marqué par un déterminisme géographique prégnant. Ainsi, le fait qu'il s'enracine dans les paysages froids et abrups du Plat Pays commande à ce matériau aussi funèbre que colérique une sévérité minérale.
Refusant d'être inféodé à quelque (sous-)courant que ce soit, le groupe maltraite aussi bien le sludge que le post metal auxquels il inocule une sourde dose de black metal, notamment pour cette noirceur négative et certaines lignes de chant maladives et hurlées comme celles achevant 'Winter's Journey'. De ce sol détrempé se dresse un vit noir strié de nervures épaisses desquelles suinte un pus désespéré. Contre cette roche glaciale grattent des guitares ferrugineuses qui sécrètent une mélancolie poisseuse que des vocalises nourries au Destop soulignent au burin. Une tension rentrée secoue ces pulsations fiévreuses d'une densité extrême. Entre leurs murs se serre une architecture tortueuse qui les plonge dans un puits de contrastes. Pesant et aéré, hystérique et apaisé, charbonneux et émotionnel, "This Fall Shall Cease" l'est tour à tour, ce qui le rend aussi passionnant qu'insaisissable. Pulsatif, chaque titre est une marche supplémentaire dans l'intimité ténébreuse d'un bunker dont le coeur est atteint lors d'un 'Encounter With The Sun' qui voit ses auteurs sculpter un maillage tendu à l'extrême, constamment au bord de la rupture. Plus l'écoute progresse, plus l'opus étire vicieusement ses tentacules, jouant sur les silences et les temps morts pour mieux cracher sa semence nihiliste en un torrent de désespoir, témoin le terminal 'Ejla' qui résonne comme un ultime râle poissé de sang. Avec une puissance terreuse, Lethvm décrasse les orifices, laissant dans son sillage un tapis de cendres. (14/10/2017)






KröniK | Lux - Super 8 (2017)


Votre serviteur ne pensait pas pouvoir un jour caser le nom des Rita Mitsouko dans une de ses chroniques. Celle de "Super 8", premier LP du tandem baptisé Lux, lui en offre pourtant l'occasion puisque derrière ce nom étrange se planque Sylvain Laforges qui a su remplacer sur scène la guitare (mais pas l'âme) de Fred Chichin aux côtés de Catherine Ringer. La parenté avec les auteurs de 'Marcia Baïla' s'arrête toutefois là même si la forme de ce nouveau projet, axé autour du duo que composent le guitariste avec la chanteuse Angela Randall pourrait laisser croire que la filiation ne se limite pas à une question de ressources humaines.
Mais l'Américaine n'est pas celle qui a commencé sa carrière dans un certain cinéma, sous la houlette de Burd Tranbaree et de Lasse Braun et Lux ne s'enracine pas dans le même terreau. Celui-ci se veut moins déglingué, plus tranquille, plus folk, quoique lui aussi très new-yorkais dans l'esprit.  Epaulé par le bassiste Julien Boisseau et le batteur Franck Ballier, le couple livre un premier album enchanteur, bien qu'une certaine amertume teinte des chansons telles que 'Hijack' ou 'Island', dont le pinceau est la voix profonde et poétique de la belle, que drape un voile suave. Elle guide cette partition paisible dont le pouls est un folk rock hypnotique (‘Horse’) qu'irrigue discrètement la six-cordes bitumeuse de son compagnon avec lequel la complicité saute aux oreilles. "Super 8" pourrait être la bande-son d’un road movie désenchanté des années 70 où des héros fatigués traversent les Etats-Unis en un voyage initiatique dont Angela serait la narratrice, tantôt onctueuse (‘Super 8’), sensuelle (‘Damaged’) ou bucolique (‘Rough Translation’). A la fois tranquilles et graves, ces chansons distillent une émotion fragile à fleur de peau, réceptacle de ce chant délicat et solaire dont le phrasé entêtant est rythmé par les accords électriques de cette guitare crasseuse. Ils sont comme seuls au monde, ouverts pourtant sur ce qui les entoure.  Mais lorsque, derrière le micro, la belle cède sa place à son comparse (sans jamais être très loin toutefois), la magie s’évapore tout à coup, le charme se trouve quelque peu brisé (‘Liquid And Fire’), même si la qualité demeure (‘While Waiting’). Toujours. Lux est une belle rencontre, livrant un recueil paisible et plein d'une fraîcheur salvatrice cependant ourlé d’un profond désenchantement. 3.5/5 (16/09/2017)






KröniK | Viridanse - Hansel, Gretel e la Strega Cannibale (2017)


"Hansel, Gretel E La Strega Cannibale" ressemble à une relique enfouie dans le sol italien depuis les années 80 et qui serait déterrée aujourd’hui par un tamiseur comme Black Widow dont le catalogue regorge de ces vestiges oubliés. Pourtant Dooweet, qui l’expose à la face du monde, n’est pas archéologue mais découvreur de talents souvent singuliers, toujours prometteurs. Cette confusion s’explique par le fait que Viridanse, son géniteur, a en réalité déjà de nombreux kilomètres au compteur.
Au départ en 1983, on trouve Flavio Gemma et Paolo Boveri, tous les deux issus des rangs de Blaue Reither. Deux courtes offrandes plus tard, "Benvenuto Cellini" puis "Mediterranea", l’équipage plonge dans un sommeil dont il ne se réveille que vingt-cinq ans après. Entouré de nouveaux musiciens, le groupe accouche enfin d’un premier véritable album longue durée en 2015 suivi de ce deuxième opus qui nous intéresse présentement dont une analyse au carbone 14 pourrait presque en garantir un enregistrement il y a trois décennies. Si le style a changé, plus psyché moins darkwave quoique toujours rongé par une folie sournoise, les racines eighties n’ont pas été gommées, ce qui confère à ce rock déjanté cette patine un peu datée. Le chant reste ainsi très typé coldwave, les claviers brumeux n’échappent pas à la poussière (‘Alle Montagne  Della Follia’) et même l’enrobage sonore, pourtant concocté par Lorenzo Stecconi (Ufomammut), possède un cachet vintage bien que non dénué d’une certaine énergie (noire). C’est néanmoins dans ce substrat quasi antédiluvien que bourgeonne le charme empoisonné de Viridanse qui ne ressemble à rien, entraînant l’auditeur de Charybde en Scylla au gré d’une partition tordue aux allures de dédale aussi vicié que vicieux, aussi baroque que bariolé. Les paroles en italien achèvent d’en faire un omni, objet musical non identifié. La durée de ces pistes noueuses qui flirtent parfois avec les dix minutes au jus n’aide pas à la défloration de cet album qui puise dans les contes de fées d’autrefois sa démence et sa part d’ombre, errant tout du long au bord du fantastique à la manière d’une bande-son horrifique. Indescriptible ou indigeste, "Hansel, Gretel E La Strega Cannibale" n’est pas cependant pas sans fasciner celui qui s’immerge dans les profondeurs de son intimité brûlante. Des sirènes venimeuses telles que ‘Aria’ ou ‘Scomunica’ envoûtent avec leurs attributs déroutants et rouillés par une lèpre sourde, avant de vous entraîner par une danse pulsative et hypnotique dans les méandres nocifs d’un monde au bord du chaos. Est-ce génial ou au contraire abominable ? Chacun se fera son opinion. Mais il n’est pas interdit de déceler dans la chair de cet album qui ne peut laisser indifférent une espèce de beauté malsaine. 2.5/5 (2017) | Facebock






KröniK | Deliverance - Chrst (2017)


Malgré ce que son nom pourrait peut-être laisser croire, Deliverance n'est pas un énième clone de Opeth mais l'explorateur des abîmes les plus effrayants de l'âme humaine. S'il ne partage bien entendu rien avec les Suédois, ce simple mot qui sert à l'identifier pose déjà un cadre, qu'on devine noir et torturé, il suggère un univers inquiétant. Forcément inquiétant. Son premier signe de mort longue durée, préparé il y a presque quatre ans par "Doomsday, Please", opuscule dont la noirceur suffocante avait déjà laissé des traces dans la peau des flagellants que nous sommes, est baptisé "Chrst".
Son orthographe suffit elle aussi à perturber une immersion riche en promesses mortifères. Oubliez le pedigree rassurant de ses principaux créateurs, Aqme pour Etienne Sarthou et Memories Of A Dead Men pour Pierre Duneau, assurance d'une force visionnaire et d'une exigence technique mais rien de plus, car cette entité encore mystérieuse balaie à grands coups de riffs glacials comme la roche en hiver des références qui paraissent bien lisses en comparaison de l'apocalypse qui couve dans la panse ténébreuse de cet opus tentaculaire aux allures de dédale humide, jonché d'images maladives, secoué par les spasmes d'une négativité qui prolifère par grappes morbides se répandant dans ces corridors tortueux, laissant derrière elles une traînée malsaine. Inoculant leur poison avec une macabre lancinance, ces pulsations reptiliennes raclent la chair à la manière d'un scalpel trempé dans une rouille lépreuse. Mais Deliverance, qu'est-ce que c'est exactement, peuvent s'interroger ceux qui ne le connaissent pas encore ? Vouloir le rattacher à un genre en particulier ne présente pas un grand intérêt car son art franchit les frontières et serpente le long d'un terrain ravagé où se chevauchent nombre de couches sonores. S'il est commode sinon tentant de simplement l'arrimer au black metal dans lequel il puise certes sa froideur abyssale (ac)couplée à une décrépitude morbide, on perçoit cependant très vite que la créature lime le genre pour en extraire le suc malfaisant auquel elle injecte les miasmes d'un sludge apocalyptique et d'un death corrosif. Comme frotté avec du papier de verre, le chant a quelque chose d'un égout crachant une écume bouillonnant de haine venant poisser les parois tranchantes de ces pièces engluées par un souffle désincarné ('The Discrucified'). D'une durée conséquente, celles-ci vibrent sous les coups de boutoir de guitares aux allures de burin dissonant ('Out Of The Saddening Blank'), taillées dans les fjords norvégiens ('Across Gehenna'). Avec un plaisir vicieux, le groupe joue sur une multitude de temporalités. Aux côtés de ces angles morts et de ces instants comme suspendus dans le temps au-dessus d'un abîme indicible se découpent dans l'obscurité des images fiévreuses, témoin ce 'Hung Be The Heavens With…', aussi rampant que malsain. Passant rarement la seconde, sauf le temps de 'A Bone Shall Not Be Broken' que perforent toutefois de vertigineuses cavités, Deliverance préfère serrer le frein à main pour s'enfoncer corps et (surtout) âme dans les replis tortueux laissant échapper un suint sinistre et néanmoins fascinant. Immersif et convulsif, "Chrst" est une gemme noire qui vous hante longtemps après que son écoute se soit achevée. 3.5/5 (2017) | Facebock






KröniK | Raptor King - Dinocalypse (2017)


Ceux qui pensaient - à tort forcément ! - que Raptor King ne serait qu'une farce sans lendemain, en seront, une fois de plus, pour leurs frais. La queue qui frétille, dressée avec une isolante fermeté, notre dinosaure préféré est donc (déjà) de retour, bien décidé à tout faire péter. En se payant, par la même occasion, une bonne tranche de rigolade. Car le trait de génie de ce reptile échappé de "Dinocroc" est de ne pas se prendre au sérieux tout en abattant le petit bois, d'avoir trouvé de suite le ton juste, méchamment goguenard, accouplé à un metal lourd comme un cassoulet toulousain, décapant et effréné, jouissif et décomplexé.
Comme les étiquettes, Raptor V et sa bande n'aiment pas trop ça, les mecs bouffent aussi bien du hardcore que du sludge mais pas que, comme en témoigne ce "Dinocalypse" qui, en faisant feu de tout bois, ne pourra que forcer les irréductibles mauvaises langues à fermer leur claque-merde. Derrière le masque de la plaisanterie, il y a un groupe, un vrai, avec une personnalité et des idées dedans, qui avec cette seconde saillie, fait preuve d'une verve créatrice surprenante. Et d'une maturité qui ne l'est pas moins. Démonstration. Malgré sa pochette digne d'un album de thrash des années 80 avec le bon vieil avertissement « Parental Advisory Explicit Content » sur le coin de la gueule, ce nouvel étron se révèle furieusement moderne, les griffes acérées prêtes à déchiqueter nos cerveaux imbibés, comme ceux du Roi Raptor et ses deux joyeux compagnons de jeu, Nightsmoke et Don Coco, réveillés de leur court sommeil éthylique par la menace apocalyptique que fait peser sur le monde une vicieuse créature pelleteuse nommée Pelletor (ça ne s'invente pas !). EP testiculeux, "Dinocalypse" conte cette titanesque querelle. D'emblée, le groupe sort son gourdin qu'il a monstrueux avec le titre éponyme qui, après une entame hollywoodienne, martèle du gros son, énervé et sauvage, au gré d'une cavale que brisent de nombreux breaks. Survient ensuite 'The Witch', qui voit tout d'abord le trio serrer le frein à main tandis que le chanteur va au charbon, avant de batifoler dans des sables mouvants, mêlant accélérations fiévreuses et pause sournoise, le tout nimbé de chœurs féminins en une orgie débridée. Nouvelle rupture avec 'The Long Way...', à la fois mélodique et bourru. où nombre d'influences (heavy, death) sont passées à la moulinette entre les grosses pattes d'un groupe qui n'a peur de rien. Après un 'Fight 'n'roll' qui ne ressemble à rien (dans le bon sens du terme, s'entend), fruit de l'accouplement improbable entre un groove catchy et de combatives coulées de haine, surgit le morceau le plus curieux du lot, ce 'Lonesome Raptor' qui permet au brailleur en chef de démontrer toute la versatilité de son organe, crooner de temps sombres, accompagné par une guitare qui distille un blues frelaté, jusqu'à ce changement de ton annonciateur d'une fin abrupte. La lumière s'éteint, le rideau est en berne sur un monde dévasté et Raptor King vient de prouver qu'il faudra définitivement compter sur lui, créature plus intéressante qu'il n'y paraît. Bien supérieur à son devancier, "Dinocalypse" est gonflé d'une inspiration sans limites, second jalon d'une carrière dont on attend désormais un véritable album car plus c'est long, plus c'est bon ! 3.5/5 (2017) | Facebook






KröniK | Ethmebb - La quête du Saint Grind (2017)


Si les Monty Python, ou du moins ce qu'il en reste, cherchaient une nouvelle bande-son pour leur mythique "Sacré Graal", ils ne pourraient alors trouver plus proche de leur esprit férocement parodique que "La quête du Saint Grind". C'est dire la dimension joyeusement bordélique qui caractérise la musique forgée par Ethmebb. Ajoutons-y une louche d'un Kamelott passé à la moulinette et vous aurez une idée assez juste quant à la teneur de ce metal totalement décomplexé qui galope là où le vent de la folie l'emporte.
Même s'ils ne se prennent pas au sérieux, nos quatre lascars ne plaisantent pas vraiment, forts d'une vigueur technique effrontée et d'une assurance qui ne l'est pas moins. Les apparences étant souvent trompeuses, il n'est point question ici de grind dont on pourrait chercher longtemps les moindres miasmes, mais d'un death metal aussi épique qu'alambiqué, à la fois sombrement folklorique et puissamment acéré, évocateur de temps médiévaux goguenards et néanmoins orageux. Reste que vouloir limiter cette turbulente partition à ce seul genre semble bien réducteur tant le groupe cavale à travers de nombreuses régions (black, doom...), tout du long d'une expédition semée de dangers. Pour cette première épopée, toutefois préparée par une courte escapade ("Lost My Grind" en 2013), les Français ont vu les choses en grand. Généreux, ils n'hésitent pas à livrer une offrande de près d'une heure qui se feuillette comme un récit, divisé en plusieurs chapitres telle une tapisserie comptant de rocambolesques faits d'arme. Suivant le périple du chevalier Thator à la recherche de son précieux Grind, source de son attractivité sexuelle, sans lequel il ne peut donc assouvir ses besoins homériques, l'opus déroule un menu cinématique ('Tathor, l'échalote de ses morts'), biberonné à l'heroic fantasy de série Z, fruit de l'accouplement sauvage entre Rhaspody et Finntroll sous l'œil vicieux de Burgul Torkhain, groupe qui rappellera peut-être quelque chose à certains. Mais au-delà de paroles hilarantes et volontairement égrillardes, ce galop d'essai longue durée impressionne par sa foisonnante inspiration et sa manière de mélanger les genres avec un bonheur gourmand. Il suffit d'écouter ce 'Lost My Grind', entame déchaînée qui concentre en un peu plus de cinq minutes l'essence de ce metal extrême protéiforme où le chant d'outre-tombe ou plus hargneux s'associe à des guitares virtuoses et mélodiques sur fond de croisade échevelée, pour mesurer le niveau de folie qui dicte au groupe cette musique puissamment éruptive. Louchant parfois vers le pompiérisme hollywoodien d'un Nightwish ('Orlango Blum'), le groupe joue à l'équilibriste le long d'une ligne ténue séparant la parodie du ridicule sans toutefois jamais chavirer du côté obscur. Fruit d'un travail de composition acharné, des pièces quasi progressives telles que 'GPS : Gobelin Par Satellite', 'A La recherche de la découverte...' ou l'énorme 'Pirates Of The Cariboo', sans oublier ce 'Bruce Lee mena l'amour' dont les 17 minutes ( !) s'achèvent en délire technoïde, témoignent d'un véritable bourgeonnement créatif dont on se demande quand même comment Ethmebb parviendra à le surpasser, à moins de mettre à nouveau dix ans pour enfanter un deuxième album... Féroce et sautillant, sombre et rigolard, Ethmebb livre un premier album aux allures de (Sacré) Graal sonore, dévoilant un potentiel énorme qu'on suppose toutefois encore à peine défloré. 3/5 (2017) | Facebook





KröniK | Maleficentia - Finis Gloriae Mundi (2015)


Alors qu'il peine depuis ses débuts, il y a plus de quinze ans maintenant, à s'extraire de l'ornière de la série B, Maleficentia n'arrange pas son cas en espaçant toujours un peu plus ses offrandes, ceci expliquant sans doute aussi un peu cela.
Six ans séparent ainsi "Finis Gloriae Mundi" de son prédécesseur, "Revelation From The Ancestral Whisper", troisième opus de bonne mémoire. Le groupe de Sartrouville demeure malgré tout une valeur sûre, ce que confirme ce (tardif) nouvel effort. Il est un de ces solides artisans, peu exposés mais dont les albums riment toujours avec passion et travail bien fait. Si ses longues périodes d'abstinence discographique le privent du succès qu'il mérite pourtant, elles ont au moins le mérite de laisser à Maleficentia le temps de peaufiner son art, de progresser. Ce méfait en constitue la plus belle démonstration, témoignant de la maîtrise à laquelle sont parvenus ses géniteurs, musiciens au savoir-faire éprouvé, plus que jamais fidèles à un Black Symphonique presque anachronique, ce qui n'est pas une critique. Sans prétention mais avec sincérité, le quatuor se moque des modes, privilégiant toujours les mélodies ('Among Wilted Hellebore') aux ambiances mortifères, ce qui n'exonère pas sa redoutable partition d'une ténébreuses noirceur et encore moins d'une tristesse mortuaire, comme l'illustrent les arpèges douloureux achevant 'Let The Vulture Sings My Empire'. Drapé dans les sombres tentures de claviers riches en atmosphères ('Collapsed By Memories'), "Finis Gloriae Mundi" a quelque chose d'un édifice aussi noble que crépusculaire, dressé dans une nuit brumeuse et dont les fondations sont ces guitares acérées et mélodiques à la fois. Son écoute nous replonge, avec un plaisir certain, dans une époque lointaine, celle des Dissection et autre Sacramentum dont cet album épouse le même feeling sinistre. Difficile à prendre en défaut, le groupe enfante une poignée de longues pièces ciselées avec précision, tavelées d'arrangements soignés sans être ostentatoires et qu'il est très agréable d'écouter. C'est un Black Metal à l'ancienne, qui a fait ses preuves, peu novateur - mais là n'est pas le propos - mais qui a pour lui une admirable simplicité, ce qui ne signifie pas qu'il soit pauvre ou basique, bien au contraire. Et s'il est permis de douter que Maleficentia accède grâce à lui à l'étage du dessus, "Finis Gloriae Mundi" ne s'impose pas moins comme son travail le plus abouti à ce jour. 3/5 (2015) | Facebook




KröniK | Berserkers - Lock & Load (2016)


Comme dit le proverbe, c'est dans les vieux pots qu'on fait la meilleure soupe, ce que confirme effrontément Berserkers dont le "Lock & Load" fleure bon les années 70, le (hard) rock authentique, celui de Deep Purple, avec beaucoup d'orgue et de feeling bluesy dedans.
Malgré un premier jet éponyme publié en 2013 et un petit EP ("Hannibal"), gravé deux ans plus tard, et au demeurant de solide facture, rien ne prédisposait vraiment les Bordelais à une telle réussite. Celle-ci n'en est donc que plus éclatante car nous n'attendions pas ces jeunes loups aux dents longues à un tel niveau. Le travail a donc fini par payer. Ni stoner ni nostalgique, la musique vidangée par le quatuor se révèle avant tout intemporelle, puisant aussi bien dans les seventies pour ses fulgurances instrumentales du feu de dieu ('It's Up To You') que dans les années 90, notamment pour le chant du bassiste Julius, au grain légèrement grungy, un peu à la manière de Nick van Delft (Zodiac), plus dans l'esprit que dans la lettre. Si du haut de ses sept minutes au compteur, 'Hangöverhead' ferme l'écoute sur une note sombre et plombée, par ailleurs du plus bel effet, pulsation presque évolutive dans son audacieuse construction, l'essentiel du menu fonce pied au plancher, sans prise de tête ni vaines prétentions, truffé de soli riches d'une verve électrique et de claviers qui galopent avec une belle diversité, progressifs parfois mais le plus souvent d'une volubilité antédiluvienne, à l'image de l'inaugural 'Outlaw' dont les quatre minutes au jus ne l'empêche pas de dégueuler de partout. Propulsé par une prise de son puissante et groovy, "Lock & Load" est chargé de cartouches toutes plus imparables les unes que les autres, directes et rafraîchissantes, que le groupe tire en alternant tempos et ambiances. Ainsi, entre un 'Rock Save The World' furieux à souhait qui donne envie de chevaucher des courbes lascives, le remuant 'Starlight City' ou le déjà nommé 'It's Up To You', se glissent des saillies sinon étonnantes (le bluesy 'Vampire Lady') du moins plus lentes quoique toujours velues, telles que le tranquille 'Blind Taste', 'The Foolish Man' sans oublier 'Heroes Are Back In Town', lesquels dégorgent de ces nappes d'orgue Hammond humides comme on les aime. Sans être un incontournable du genre, ce deuxième opus affiche des couleurs plus que prometteuses de la part d'un quatuor repu d'énergie et de (bonnes) idées. 3/5 (2016)


KröniK | Cowards - Rise To Infamy (2015)


Si, comme dans une cour de récréation, nombreux sont ceux à se vanter d'être plus méchants que le voisin, rares sont ceux pourtant à l'être réellement. Cowards fait partie de cette minorité de fauteurs de troubles qui ne se contentent pas de montrer les dents, molosse agressif contre lequel il ne faut pas se frotter, si on ne veut pas avoir le bas-ventre déchiqueté. Traînant dans le sillage parisien des Eibon et autre Hangman's Chair, ce qui en dit déjà long quant à sa brutalité crasseuse, le groupe régurgite avec "Rise To Infamy" un deuxième méfait (le troisième en comptant le EP "Hoarder") qui fait très mal aux muqueuses. Ni vaseline ni lents préliminaires pour faire monter un désir tendu à espérer de lui. Au contraire, dès 'Shame Along Shame', les gars crachent leur semence nocive avec une force et une rage cataclysmiques, viol sonore dont l'âpreté  vous frappe au visage tel un uppercut. Julien, le hurleur, dégueule ses tripes trempées dans un nihilisme poisseux tandis que ses comparses sont à l'unisson d'une brutalité aussi vicieuse que survoltée. Et lorsque brutalement, ils serrent le frein à main, fossoyant alors avec des guitares corrosives un gouffre béant d'où s'échappent de malsaines exhalaisons, une chape de plomb s'abat pour écraser toute velléité de salut. En six minutes qui paraissent en faire le double, la messe est dite. Entre hardcore tuméfié ('Never To Shine') et sludge grouillant de haine ('Beyond My Hands'), Cowards ouvre les vannes d'une violence dont le caractère hallucinée fait exploser le compteur Geiger du supportable, de l'audible. Quarante minutes durant, "Rise To Infamy" rumine une colère qui jamais n'est larvée, éclaboussant au contraire les parois de ce tunnel sans fin, plongé dans une obscurité ferrugineuse où sont tapies des menaces de meurtres et d'agressions. Les saillies s'enfilent à un rythme déchaîné, dressant un bloc indivisible qu'aucune lumière ni pause salvatrice ne viennent briser, maintenant tout du long une intensité glaçante.  La maîtrise technique des musiciens qui érigent un mur du son inviolable, rend encore plus terrifiant et abominable cet album enraciné dans une réalité urbaine oppressante, terroir de tous les vices. Et si à l'arrivée, nous ne sommes pas sûrs d'avoir tout compris, cela ne nous empêche pas de tendre déjà l'autre joue... 3/5 (2016)


Lutece | From Glory Towards Void (2016)


Ceux qui espéraient trouver en Lutece le héraut d'un pagan black metal que son nom semble promettre en seront pour leurs frais. De fait, et si cette horde a pu à ses débuts être arrimée à cette chapelle païenne, influence dont il reste quelque chose dans ses textes toujours nourris au sang du passé, c'est un art noir aussi épique qu'abrasif  que nous donne en pâture "From Glory Towards Void". Depuis l'opus précédent, ce "... Our Ashes Blown Away" déjà de bon aloi, les Français ont mûri, progressé, se forgeant une identité, évolution que cristallise ce troisième album tout du long furieux, confirmant que ses auteurs ne sont pas là pour danser la gigue car, bien au contraire, ils ne rigolent pas, érigeant un tertre crépusculaire d'une massive noblesse. Toujours irrigué par des guitares affûtées aux allures de couperet, trempées dans une terre ancestrale ('The Venom Within'), leur black metal n'a pas seulement gagné en puissance de feu mais surtout en ampleur, déployant une architecture extrêmement élaborée dont la ténébreuse intimité abrite des trésors d'écriture. Directes et intenses, ces compositions sillonnent un champ de bataille escarpé, jonché de corps meurtris, à l'image des fielleux 'Melted Flesh' et autre 'Living Funeral' qui, s'ils tabassent sévère, n'en sont pas moins écartelés par des fulgurances mélodiques si ce n'est pesantes, qui leur confèrent une dimension aussi dynamique que torrentielle. Préférant toujours les courbes vicieuses à la ligne droite frontale, Lutece a le bon goût de miner sa course en avant de pièges, perforant ses compositions tendues comme une obscure turgescence, de terrifiantes morsures ('The Dance Of Rolling Heads') voire de fugaces et pâles éclairs d'une triste lumière ('The Last Standing Flag'). Galopant le plus souvent à vive allure, le groupe sait néanmoins serrer le frein à main, plongeant alors corps et âme dans des tranchées funèbres, témoins 'Labyrinth Of Souls' ou l'énorme titre éponyme, aux allures de corridors reptiliens suintant une mortifère semence. Dix ans après avoir vu la nuit, Lutece enfante le monstre qui devrait définitivement asseoir sa supériorité au sein de la scène black hexagonale. Impérial et conquérant, "From Glory Towards Void" sécrète un panel de nuances, tour à tour agressives et émotionnelles qui font de lui la réussite que nous étions nombreux à guetter. (2016)


                                     

Raptor King | Dinocracy (2015)


Des dinosaures, partout. Dans le nom du groupe, dans celui de son premier signe de vie et même sur le visage de son chanteur baptisé Raptor V (ça ne s'invente pas), affublé d'un masque représentant une de ces grosses bêtes. Cette bien étrange fixette développée par Raptor King peut prêter à sourire mais au moins est-elle déjà l'assurance que le trio ne se prend pas au sérieux, ce qui n'est jamais une mauvaise chose. En outre, cela crée un univers, qui nous change de l'éternel occultisme et des histoires de zombies de série Z. Surtout, cette imagerie, évocatrice d'une lourdeur puissante conjuguée à une agressivité féroce, a le mérite de coller exactement à un contenu dont prétendre qu'il est pesant et heavy tient du doux euphémisme ! Entre Sludge Doom couillu pour ces saillies rocailleuses et Hardcore velu pour cette énergie vicieuse, les Français enfoncent leurs grosses pattes dans un sol rugueux et mité par d'insondables cratères. Simple EP d'une vingtaine de minutes au garrot peut-être, « Dinocracy » n'est pourtant pas à négliger, concentré de matière brute et explosive dont la (trop) courte durée lui suffit néanmoins à dévoiler un potentiel qu'on devine encore à peine défloré. Cinq titres sont serrés dans un menu direct et sans fioritures. Trapus et nerveux, bâtis sur un maillage très dense, ils s'enchaînent à un rythme tendu, ramonant les orifices sans la moindre pause. Ni temps morts. 'Da Fuck Where I Just Lend' ouvre l'écoute, propulsé par un chant éraillé et versatile, parfois posé, hurlé le plus souvent et qu'on croisera tout du long. Plus survolté encore se veut 'The Campaign (Raptor King'), miné par une rythmique digne d'un rouleau-compresseur lancé à toute allure. Quant à 'Jugular' et 'Acolytes', ce sont deux perforations d'une force torrentielle, qui raclent les chairs à vif pour y laisser de purulents stigmates, en dépit de (fugaces) éclairs mélodiques. Enfin, le bien nommé 'In Your Face' achève (déjà) le menu en nous laissant à genoux, prêts à tendre l'autre joue, illustration parfaite du style forgé par Raptor King, d'une brutalité goguenarde. En cinq titres, le trio jette les bases prometteuses d'un style à la fois trépidant et agressif, testiculeux et décomplexé. A surveiller de prêt ! (2016)