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VA Rocks | I Love VA Rocks (2019)



















Si la présence de filles dans le rock et le metal n'étonne plus depuis longtemps, chanteuses souvent, parfois bassistes ou claviéristes, plus rarement guitaristes ou derrière les fûts, les groupes 100% féminins demeurent cependant encore une formule relativement rare même si elle n'est pas récente, que l'on songe à Girlschool ou aux Runaways, pionnières du girlpower.

Clutch | Book Of Bad Decisions (2018)



















Bien que détenteur d'une identité sonore extrêmement forte, Clutch s'est toujours amusé à jongler avec les genres, passant du stoner au funk, du heavy au hardcore, du punk au rock psyché.

Shining | Animal (2018)



















Alors qu'il ne pouvait être confondu avec son homologue suédois au registre suicidaire, les grincheux argueront que Shining pourra au contraire désormais se confondre avec un groupe de pop rock voire, pourquoi pas, avec son compatriote Audrey Horne.

Soon | ÖfÖ Am - Tales From Outerspace : An Octaman's Odyssey (10.12.18)




KröniK | Turbowolf - The Free Life (2018)


Turbowolf est un vrai groupe de Rock avec un grand R, auteur d'une recette unique, à la fois sucrée et décomplexée qui trouve dans "The Free Life" son interprétation la plus aboutie et jubilatoire.

Rock alternatif  ? Punk rock ? Stoner ? On ne sait pas trop quelle étiquette accoler à Turbowolf. Outre le fait que cette difficulté est tout à son honneur, une chose est certaine cependant : les Anglais ne ressemblent à aucun autre groupe, forgeant un style qui n'appartient finalement qu'à eux. Ils partagent certes avec les Eagles Of Death Metal une même énergie cool et crasseuse à la fois, mais leur origine britannique donne à leur rock une espèce de folie décalée, une coloration fuzzy qui les distinguent des Américains.

Toujours aussi peu connus des Français malgré un "Two Hands" de première bourre, les Anglais offrent avec "The Free Life" la chance de remédier à cette lacune. Ceux qui les découvriront avec ce troisième album seront heureux de trouver un groupe à l'inspiration débridée où se mêlent chant acidulé, rythmique vrombissante et guitare tordue ivre de pédale wah-wah sans qu'il soit toujours aisé de distinguer clairement chaque instrument. Faisant honneur à son nom, Turbowolf crache sa sauce joyeuse et survitaminée avec une frénésie diarrhéique, imprimant un groove endiablé à des saillies plus travaillées qu'il n'y paraît. Là réside le principal talent - et la singularité - du quatuor, dans cette spontanéité étudiée qui ne s'interdit pas un pullulement d'idées et d'arrangements. Il en découle des compos très courtes (rarement plus de quatre minutes) qui débordent de toute part. Mais, comparé à son prédécesseur parfois maladroit sinon inabouti, "The Free Life" affiche une inspiration au garde-à-vous qui, cette fois, jamais ne mollit, offrande plus épaisse, plus diversifiée surtout, sonnant tantôt presque pop ('Concluder', 'Halfsecret') mais toujours croustillante ('Domino', 'Last Three Clues'). Emporté par un lourd torrent de fièvre, à l'image des 'Very Bad', 'Blackhole' ou bien encore 'Capital X', il n'y a rien à jeter d'un menu qui transpire l'urgence par tous les pores mais auquel les claviers confèrent une consistance aussi explosive qu'envoûtante. Dès ce 'No No No' sauvage, l'auditeur est ferré par un album qui ne le lâchera plus. Le morceau le plus curieux demeure la longue (pour le groupe s'entend) pièce éponyme que secouent de multiples changements de traits frénétiques et rugueux, pesante et pigmentée d'un refrain popisant. Orgue déglingué et guitare hurlante poussent sa fin de parcours aux confins d'une folie tourbillonnante. S'il devrait (malheureusement) plaire aux bobos avides de sensations canailles, Turbowolf mérite mieux que cela, vrai groupe de Rock avec un grand R, auteur d'une recette unique, à la fois sucrée et décomplexée qui trouve dans "The Free Life" son interprétation la plus aboutie et jubilatoire. (25/04/2018)


KröniK | Varsovie - Coups et blessures (2018)


Erodé par une marée noire de sentiments et de pensées, ce troisième album libère des fragrances entêtantes et poétiques, ouvrant les vannes d'un dark rock douloureux et obsédant.

Déjà, il y a ce nom, Varsovie, dur et froid, évoquant des sonorités sévères et militaires. Il y a ces visuels à l'esthétique très recherchée qu'incarne toujours une trouble beauté féminine. Il y a cette hydre à deux têtes, celles de Grégory Catherina (chant et guitare) et de Arnault Destal (batterie). Il y a enfin cet art crépusculaire qui erre quelque part entre post-punk et dark rock. Evoluant a priori à des années lumière de la musique chère à notre cœur, le duo grenoblois n'est pourtant pas inconnu des amateurs de metal.

De fait, des connexions existent entre ces deux pôles moins antinomiques qu'il n'y paraît. Forbidden Site dont il faisait partie, le label Those Opposed Records qui a publié "L'heure et la trajectoire" (2014), alliance grâce à laquelle nous sommes nombreux à l'avoir découvert, le studio Drudenhaus où il enregistre, les noms de Benoit Roux qui avant de produire ce nouvel album, a bossé avec Alcest et celui de Dehn Sora, graphiste (et musicien) réputé, témoignent ainsi de cette passerelle. Cet univers à la fois sombre et décadent, mélancolique et bitumeux  que tissent des lourdes guitares fardées de fer ne peut que séduire ceux qui cherchent à s'abîmer dans les bras d'une musique écrite à l'encre noire du désespoir. Le chant, chargé de déclamer des textes en français nourris de symbolisme, peut dérouter mais il est un puissant vecteur d'émotions. Noir Désir ou Joy Division sont des références qui planent sur les créations du tandem qui a cependant su très vite se forger sa propre identité. "Coups et blessures" se montre particulièrement révélateur de ce style sombrement hypnotique. Partition furieusement rock et paroles expressives se fondent en un art total(itaire) que drape un écrin d'une étrange beauté. Que regarde cette femme, la main posée sur une rampe d'escalier, la silhouette découpée par une faible lumière ? A quoi ou à qui pense-t-elle ? En la suivant, nous pénétrons dans un récit pétri d'images et de symboles duquel toute trace de gaieté sinon d'espoir est éconduite. L'enrobage est dur ('Revers de l'aube'), l'intérieur vrillé de guitares suintant une glaciale urbanité ('Killing Anna, 'Le lac''). Erodé par une marée noire de sentiments et de pensées, ce troisième album libère des fragrances entêtantes et poétiques, ouvrant les vannes d'un dark rock tour à tour croûté de douleurs ('Discipline') mais toujours obsédant, témoin l'instrumental 'Chevaux échappés' et ses lignes déglinguées. Si l'ensemble forme un bloc indivisible, un titre s'en détache, 'Va dire à Sparte' qui étire presque huit minutes d'un périple tranchant et néanmoins embrumé d'un éther atmosphérique dont le tempo s'emballe lors d'une dernière partie plus désespérée encore. Pesant et hanté, "Coups et blessures" inocule son trouble venin, laissant dans la mémoire de sombres et épais sédiments. Ce faisant, il souligne cette signature désenchantée écrite à l'anthracite. (01/04/2018)

3.5/5 | Music Waves

KröniK | Electric Jaguar Baby - Old Songs From Beyond (2018)


Ce qu'il y a - notamment - de chouette avec Electric Jaguar Baby, est qu'on peut y chercher longtemps la moindre prétention, la moindre prise de tête. Aimant les jolies filles aux formes callipyges et la bière, les deux gaillards font ce qu'ils savent (et aiment) faire, à savoir, ce garage rock bandant et crasseux au goût furieux de reviens-y, gorgé d'une généreuse dose de fuzz et biberonné aux sixties. S'il ne s'est toujours pas décidé à accoucher d'un premier long, soit parce qu'il n'est pas prêt ou parce qu'i s'en moque (c'est très bien ainsi), le duo parisien revient nous rendre une petite visite avec un troisième EP répondant au nom de "Old Songs From Beyond". Son artwork, qui fleure bon le triple programme d'un cinéma de quartier, suffit déjà à faire monter la température. 

Il est aussi un signe qui ne trompe pas. Car de toute façon, une rondelle qui exhibe fièrement une Super Vixen échappée d'une pellicule de Russ Meyer, ne peut pas être mauvaise ! Dont acte. Fidèle à un style auquel on commence à s'habituer, Antonio et Frank crachent leur purée riche en feeling et en énergie comme des dynamos vivantes secouées de spasmes furieusement rock'n'roll. Démarrer le tout par une cover du 'Foxy Lady' de qui vous savez, résonne comme une déclaration d'amour en même temps qu'une profession de foi. Il va sans dire que notre cher tandem guitare/batterie revisite avec la décontraction et la vitalité élastique qui sont les siennes cette reprise diabolique. Les quatre pistes suivantes témoignent que EJB n'est pas prisonnier d'un canevas immuable et qu'il peut donc faire évoluer celui-ci. Ce qui est particulièrement vrai avec le sautillant 'The Shrine', lourd et pileux. 'Ghost' surprend également avec son entame soyeuse, son ambiance pesante d'horror movie pour drive-in, son gros son de guitare. D'une manière générale, ces titres paraissent plus charpentés sans pour autant perdre ce qui fait la force et le charme de leurs géniteurs, cette urgence groovy et communicative que résument parfaitement les aguicheurs 'El Diabolo' et 'Can't Stop'. Vintage sans être poussiéreux et surtout sexy en diable, Electric Jaguar Baby poursuit sur son orgasmique lancée. A grands coups de concerts atomiques et de galettes humides, il est en train de se faire un nom : c'est amplement mérité et ce n'est que le début ! Bordel, qu'est-ce que c'est bon ! (29/04/2018)

4/5

KröniK | Lux - Super 8 (2017)


Votre serviteur ne pensait pas pouvoir un jour caser le nom des Rita Mitsouko dans une de ses chroniques. Celle de "Super 8", premier LP du tandem baptisé Lux, lui en offre pourtant l'occasion puisque derrière ce nom étrange se planque Sylvain Laforges qui a su remplacer sur scène la guitare (mais pas l'âme) de Fred Chichin aux côtés de Catherine Ringer. La parenté avec les auteurs de 'Marcia Baïla' s'arrête toutefois là même si la forme de ce nouveau projet, axé autour du duo que composent le guitariste avec la chanteuse Angela Randall pourrait laisser croire que la filiation ne se limite pas à une question de ressources humaines.
Mais l'Américaine n'est pas celle qui a commencé sa carrière dans un certain cinéma, sous la houlette de Burd Tranbaree et de Lasse Braun et Lux ne s'enracine pas dans le même terreau. Celui-ci se veut moins déglingué, plus tranquille, plus folk, quoique lui aussi très new-yorkais dans l'esprit.  Epaulé par le bassiste Julien Boisseau et le batteur Franck Ballier, le couple livre un premier album enchanteur, bien qu'une certaine amertume teinte des chansons telles que 'Hijack' ou 'Island', dont le pinceau est la voix profonde et poétique de la belle, que drape un voile suave. Elle guide cette partition paisible dont le pouls est un folk rock hypnotique (‘Horse’) qu'irrigue discrètement la six-cordes bitumeuse de son compagnon avec lequel la complicité saute aux oreilles. "Super 8" pourrait être la bande-son d’un road movie désenchanté des années 70 où des héros fatigués traversent les Etats-Unis en un voyage initiatique dont Angela serait la narratrice, tantôt onctueuse (‘Super 8’), sensuelle (‘Damaged’) ou bucolique (‘Rough Translation’). A la fois tranquilles et graves, ces chansons distillent une émotion fragile à fleur de peau, réceptacle de ce chant délicat et solaire dont le phrasé entêtant est rythmé par les accords électriques de cette guitare crasseuse. Ils sont comme seuls au monde, ouverts pourtant sur ce qui les entoure.  Mais lorsque, derrière le micro, la belle cède sa place à son comparse (sans jamais être très loin toutefois), la magie s’évapore tout à coup, le charme se trouve quelque peu brisé (‘Liquid And Fire’), même si la qualité demeure (‘While Waiting’). Toujours. Lux est une belle rencontre, livrant un recueil paisible et plein d'une fraîcheur salvatrice cependant ourlé d’un profond désenchantement. 3.5/5 (16/09/2017)






KröniK | Eagles Of Death Metal - Heart On (2008)


Comme le bon vin, les Eagles Of Death Metal se bonifient avec le temps, chacune de leurs rondelles étant supérieure à sa devancière. Ainsi "Death By Sexy" faisait mieux que transformer l'essai après un "Peace, Love, Death Metal" sympathique mais sans grande ambition. Et "Heart On" ne déroge pas à cette règle immuable. Pourtant, de loin, ce troisième effort ressemble à s'y méprendre à ses aînés, brochette décontractée et sexy de cartouches dont le dard crache un rock désertique qui trempe dans l'huile de vidange, la peau mordue par les vents de Santa Ana.
Le breuvage est connu, distillé par un crooner licencieux dont les lignes vocales exsudent le stupre par toutes les notes. Crasseuse et lascive, sa guitare miaule, ondule, sort les griffes sur fond de rythmique chaloupée. Enracinée dans le sol de l'Amérique profonde, celle des routes caillouteuses et des clubs enfumés et imbibés, cette musique n'en reste pas moins universelle dans sa simplicité épidermique. On la tète comme une bonne bière, sans se prendre la tête même loin de ce cadre sauvage. Les saillies défilent, efficaces et sans bavure, comme un bon disque de rock. "Heart On" pourrait n'être que cela, ce qui ne serait déjà pas si mal. Mais de près, il est bien plus que cela. Peut-être désireux d'échapper au statut de simple enfant bâtard des Desert Sessions, Hughes dresse avec une insolente fermeté une inspiration plus vigoureuse que jamais, comme s'il avait sucé du Viagra par boîte de douze, toujours flanqué de son faux frère jumeau Josh Homme, sans lequel il est certain que Eagles Of Death Metal n'aurait pas bénéficié de la même attention (à tort d'ailleurs). Directes et sans fioritures, fidèles en cela aux calibres du groupe, ces roquettes possèdent toutefois plus d'épaisseur que leurs devancières, petits bijoux d'écriture dont les ravages surgissent après d'infatigables préliminaires ('Now I'm Fool'). Multipliant les positions, nos lascars se montrent les plus sensuels lorsqu'ils remuent le bas-ventre, les membres prisonniers d'une lourde couche terreuse, témoins ces 'High Voltage', '(I Used To Couldn't Dance) Tight Pants' et autre 'I'm Torpedo', reptiliens en diable. Déglingué, le manche du maître de cérémonie se faufile à travers les rochers, décochant ces riffs tordus dont il a le secret, lesquels vrillent ces compos dont même les plus (faussement) basiques cachent au fond de leur intimité une semence vicieuse ('Anything 'Cept The Truth' et 'Wannabe In L.A.'). Resté longtemps dans l'ombre de Queens Of The Stone Age et de son charismatique leader, Eagles Of Death Metal gagne avec "Heart On" son statut de (vrai) groupe à part entière. 3/5 (2017) | Facebock







KröniK | Eagles Of Death Metal - Death By Sexy... (2006)


Deux ans après s'être fait remarquer avec un "Peace, Love, Death Metal" aux allures de profession de foi, l'enfant bâtard issu des Desert Sessions de Josh Homme (Queens Of The Stone Ages, mais est-il encore besoin de le rappeler ?), est de retour avec une deuxième rondelle sous le bras qui sent bon la sueur et le stupre. Le programme est quasi identique, à base de boogie rock trempé dans l'huile de vidange mais cette fois la paire Hughes/Homme a décidé de tout faire à quatre mains et de resserrer quelque peu un menu qui enfile "seulement" treize petites pistes, que complète une poignée de bonus dont une reprise (forcément) personnelle du 'High Voltage' de nos kangourous préférés.
Du coup et malgré toutefois la présence de quelques collaborateurs externes, tels que le batteur Joey Castillo sur quatre titres ou le copain Troy Van Leeuwen (QOTSA) au piano sur un chaloupé 'I Like To Move In The Night', "Death By Sexy" s'éparpille moins que son prédécesseur, le manche fermement tenu par les deux frères d'armes. Et si le propos, pourtant délicieusement décalé et licencieux, tourne vite en rond ('Chase The Devil', 'Shasta Beast'...), ce qui était d'ailleurs déjà le cas de "Peace, Love, Death Metal",  cette cuvée 2006 possède finalement plus de charme que sa devancière. La présence cette fois-ci plus marquée du géant rouquin n'est pas étrangère à cette réussite accrue. Plus bluesy, l'album regorge de brûlots distillés avec un dynamisme communicatif, à l'image des 'Keep You Head Up', 'I Got A Feelin' dont les riffs ne dépareilleraient pas sur une galette des Queens, de même que ceux qui irriguent 'Don't Speak (I Came To Make A Bang !)' ou bien 'Cherry Cola'. Le poil velu, le duo surprend en moulinant des rythmiques de bûcheron, les pieds enfoncés dans le bitume chauffé au soleil cependant que l'inénarrable Jesse Hughes n'est jamais en reste. L'homme roucoule à la façon d'un Elvis shooté à la Marijuana, bad boy dont le timbre imbibé de Jack Daniels suinte le sexe par toutes les notes, promenant sa poésie canaille à travers des routes désertiques. Comme son aîné, "Death By Sexy" n'est pas un disque indispensable mais en captant l'énergie brute et joyeusement décomplexée du Rock avec un grand R, il atteint son but, faire du bien sans se prendre la tête et avec toujours cette espèce de classe qui distinguera toujours ses auteurs d'un banal combo de garage rock. 3/5 (2017) | Facebook






KröniK | Eagles Of Death Metal - Peace Love Death Metal (2004)


Il y a une éternité, il était cool d'écouter les Eagles Of Death Metal, une époque où les bobos aimaient s'encanailler au son de ce garage rock qui sent bon le sable chaud du désert américain. Mais ça, c'était avant, quand Jesse Hughes, leur patron, n'était pas encore persona non grata depuis qu'il a osé tenir des propos controversés après la barbarie du 13 novembre 2015 dans l'enceinte du Bataclan qui accueillait alors le groupe.
Qu'on adhère ou pas à ses opinions, reconnaissons que le moustachu a au moins le mérite de trancher au milieu de cette meute d'artistes aseptisés et inodores que les médias, installés bien au chaud, nous servent jusqu'à l'indigestion. L'homme renoue en cela avec les bad boys qui ont fait le rock, le vrai, avec un grand R, celui qui coule dans les veines de "Peace Love Death Metal", première cartouche gravée en 2003 et publié en mars 2004, que beaucoup attendent alors, attirés par la présence excitante de Josh Homme aux côtés de celui qui est un ami d'enfance, collaboration scellée par les "Desert Sessions III & IV" où figurait le titre 'The Gosso King Of Crater Lake'. Toutefois ceux qui espéraient une sorte de Queens Of The Stone Age bis en seront bien entendu pour leurs frais, la musique vidangée par Eagles Of Death Metal ne nouant au final que très peu de liens avec celles de son aîné. Tout au plus partagent-ils ce même feeling désertique et crasseux, cette ambiance de rades enfumés perdus dans l'Amérique profonde (ce n'est pas péjoratif) ainsi que ce parfum d'interdit aux relents des substances illicites. A la place du stoner rock orgasmique de QOTSA se déhanche une espèce de croisement fiévreux entre un rock poissé de cambouis et un bluegrass ivre de Jack Daniels. L'opus dégaine tranquillement quinze titres dont la plupart ne franchissent même pas la barre des trois minutes. Si les invités sont nombreux, citons le bassiste Nick Oliveri sur 'Already Died' et 'San Berdoo Sunburn' ou bien encore Alain Johannes et son piano bastringue sur 'English Girl', ces chansons n'en demeurent pas moins extrêmement dépouillées, réduites à leur plus simple expression, celle d'un rock presque primitif dans son accroche où guitares et percussions se taillent la part du lion. Ce qui n'empêche pas Jesse Hughes de diversifier, de moduler ses lignes vocales, tour à tour roucoulant comme Elvis ou usant d'un registre plus appuyé sinon plus metal. Sans prétention et décomplexé, émaillé de nombreuses pépites, telles que 'Miss Alissa', 'I Only Want You' ou le désormais tristement célèbre 'Kiss The Devil', pendant l'interprétation duquel les terroristes ont choisi d'ouvrir le feu dans la salle de concert parisienne, l'album défile très vite, à la fois anachronique et intemporel et dont l'identité ancrée dans le sol américain ne le rend pas moins universel. 3/5 (2016) | Facebook






KröniK | Deap Vally - Femejism (2016)


Girl Power. Les deux femelles, la blonde Lindsey Troy (chant et guitare) et la brune Julie Edwards (le reste), sont (enfin) de retour après un "Sistrionix" qui en 2013 les a propulsées sur le devant de la scène, faisant d'elles un des groupes les plus prometteurs et excitants d'une mouvance garage rock à la mode, qui sent l'huile de vidange et le blues.
Un deuxième album constitue toujours une étape délicate à gérer, a fortiori lorsque son prédécesseur a cartonné. Il ne faut ni décevoir ni se répéter tout en affirmant une personnalité encore en gestation. En cela, "Femejism" se révèle être une exemplaire réussite en ce sens où il séduira les amoureux du duo californien qui aimeront retrouver dans cet opus plein de fraîcheur ce qui fit leur bonheur il y a déjà trois ans, à savoir ces courbes énergiques chauffées au soleil et cette gratte à la fois féline et nerveuse, sans pour autant se contenter de reproduire une formule à succès. Ces années passées sur la route ont été profitables aux demoiselles, lesquelles ont eu tout le loisir de peaufiner leur signature. Du coup, il en résulte une rondelle qui noue des liens naturels avec sa devancière mais qui sait être subtilement différente. Ce format chant/guitare/batterie commande une expression extrêmement dépouillée, presque primitive, laquelle ne s'encombre d'aucune fioriture. Est-ce à dire pour autant que Deap Vally ne cherche pas à se casser la tête, appuyant tout du long sur le champignon ? Bien au contraire car les jeunes femmes savent varier les positions, tour à tour survoltées ('Julian'), nostalgiques des années 80 ('Gonnawanna') ou plus rampantes telles une panthère à l'affût ('Turn It Off'), quoique toujours humides d'une sensualité sauvage. Dans cet équilibre entre frénésie Lo-fi et feeling psyché réside la grande force - et une bonne part du charme - de cette partition gourmande, biberonnée au desert rock terreux voire au stoner le plus pulsatif ('Post Punk'), sur laquelle plane parfois l'ombre des Eagles Of Death Metal ('Two Seat Bike'). Reste que, grâce à la voix habitée et aux riffs aussi  épais qu'ondulants de Lindsey Troy, il y a cette espèce de suavité qui poisse l'ensemble, permettant à nos pussy riots de s'extraire de la masse et de souligner leur différence. Brochette de treize brûlots incandescents, "Femejism" a quelque chose d'un concentré de pulpe sexy et rageuse que l'on tète avec un plaisir communicatif. 3.5/5 (2016) | Facebook






Phantogram




KröniK | Phantogram - Three (2016)


Pour être totalement franc avec vous, nous n'avions encore jamais entendu parler de Phantogram, duo américain pourtant né en 2007 et déjà auteur de trois offrandes longue durée et d'une pléthore de Ep et autres singles. Jusqu'au jour où la photo de sa chanteuse (flanqué de son compagnon), toute de noir vêtue, les jambes habillées de bottes en cuir, nous est parvenue. Les oreilles comme souvent placées au niveau de l'entre-jambe, nous avons donc mystérieusement eu envie de nous frotter à la musique tricotée par le tandem. Bien nous en a pris car, entre dreampop, electro et trip hop, cette partition puissamment sensuelle mérite (encore) mieux que sa vitrine dont le côté sexy est certes affriolant mais peut tout aussi faire craindre un déficit en inspiration sinon en personnalité. Il n'est rien, bien au contraire, comme vient l'illustrer de la plus séduisante des manières ce "Three" qui fait plus que flirter tout du long avec le septième ciel. Bien qu'ensorcelant les sens grâce à son goût suave, le chant de sirène de Sarah Bartel, qui parfois s'accouple avec l'organe du guitariste Joshua Carter ('You're Mine)', se mêle à des effluves pulsatives, alchimie qui aboutit à une délicieuse sucrerie pop tendrement mélancolique. Composé de dix pistes au format calibré, comprendre entre trois et quatre minutes au jus en moyenne, cet opus affiche des traits riches de nuances, que peignent boucles électro et six-cordes aux lourdes courbes emportées par un pouls hypnotique. La première partie se veut la plus trippante. La plus orgasmique surtout, entre un 'Funeral Pyre' dont les lignes moelleuses exsudent un suc torride, un 'Same Old Blues', dont les multiples aplats, tour à tour cuivrés ou électriques tandis que la belle nous susurre à l'oreille, ne cessent de nous surprendre. Point G de l'écoute, 'You Don't Get Me High Anymore' déroule une trame entêtante, porté par les lignes vocales de Sarah, à la fois satinées et mordantes, auxquelles 'Cruel World, respiration aux arrangements envoûtants, offre également un doucereux écrin. Si la seconde moitié se révèle moins marquante peut-être parce qu'elle laisse davantage Joshua s'exprimer ('Answer'), l'aérien 'Destroyer' et 'Run Run Blood' éclairent toutefois cette fin de parcours de couleurs aussi obsédantes que moirées, baisse de régime au final toute relative qui ne grève en rien l'incontestable réussite de cet album dont le souffle qui confine à la transe vous hante longtemps après que l'écoute se soit achevée. Une découverte. 4/5 (2016)


                                   

KröniK | Eagles Of Death Metal - Zipper Down (2015)


Entre les attentats du 13 novembre 2015 qui ont, notamment, ensanglanté la salle du Bataclan dans laquelle il se produisait et la personnalité de son leader, Jesse Hughes, que certains découvrent de plus en plus controversée alors qu'il a en réalité toujours été cet espèce de redneck, à la fois chrétien convaincu et grand amateur de porno (entre autres), il paraît du coup désormais difficile d'aborder Eagles Of Death Metal avec quiétude et sous le seul angle strictement musical. Son rock, qui n'appartient qu'à lui, se révèle pourtant plus fort que tout cela. Car, si de loin la musique des Américains peut sembler simple voire simpliste, d'aucuns n'hésitant pas ainsi à la juger carrément surfaite, et qu'il est acquis que sans la présence de Josh Homme (Queens Of The Stone Age et surtout ex Kyuss) dans ses rangs à géométrie variable, nous ne nous serions sans doute pas autant intéressés à lui, force est de reconnaître que le groupe possède une touche aussi inimitable que savoureuse qui lui permet au final d'être bien plus que le banal garage band aux discrets relents stoner que ses détracteurs se bornent à voir. "Zipper Down", sa première rondelle depuis sept ans en est la plus éclatante démonstration. Une si longue abstinence, à laquelle le combo ne nous avait jusqu'à présent pas habitués, explique l'excitation suscitée alors par ce retour aux affaires, lequel se dévoile tout d'abord par l''entremise d'une pochette sexy en diable qui donne furieusement envie d'en goûter le fruit juteux. En guère plus de trente minutes, (trop) courte durée qui suffit pourtant à nous rassasier, le successeur de "Heart On" se déhanche au rythme d'un rock cool et énergique, dont les courbes généreuses qui exsudent une chaude sensualité sont comme les promesses d'un orgasme sonore. Avec cette décontraction goguenarde qui en fait tout le sel, Jesse Hughes et sa bande crachent d'emblée la sauce avec ce 'Complexity' débridé auquel moins de trois minutes suffisent à étaler tout ce qui les séparera toujours des gentils rockeurs, à savoir cette sorte de classe décomplexée un peu folle et surtout ce sens de l'accroche qui fait mouche, le tout saupoudré de petits détails (chœurs féminins sur 'Silverlake', 'I Love You All The Time' et ses couleurs country, etc.) qui font de ces compos de savants bijoux d'écriture. Même 'Save A Prayer', reprise de Duran Duran, se trouve métamorphosé en hymne déglingué que berce un doux ressac electro. Si tout du long, la patte de Josh Homme se révèle aisément identifiable ('Skin Tight Boogie'), Hughes se taille la part du lion, emballant l'auditoire avec sa voix gorgée d'un feeling licencieux, taillée pour les clubs poussiéreux de l'Amérique profonde. Il faut être de mauvaise foi pour ne pas lui reconnaître un charisme certain et un talent de compositeur hors pair. Fun et sexy mais avec juste ce qu'il faut de finauderies, "Zipper Down" fait son trou et très vite on se surprend à en fredonner les nombreuses mélodies, marque des grands disques et des grands groupes, ce qu'Eagles Of Death Metal est assurément. 3/5 (2016)


                                   

Eagles | On The Border (1974)


On aurait tort, à l'instar de ses détracteurs qui n'ont jamais cherché à voir en lui autre chose que l'archétype du groupe de rock pour surfeurs californiens, de réduire les Eagles à une usine à tubes, car derrière cette vitrine commerciale se cachent une finesse de touche et un talent hors-pair pour la composition ciselée à la manière d'un travail d'orfèvre. Une écriture qui a su évoluer au fil des années, se bonifier et se fixer à partir de "Hotel California" (1976), aboutissement mais aussi (quasi) testament d'une carrière fulgurante, puisque ne lui succédera qu'un seul album, l'épitaphe "The Long Run" trois ans plus tard. Coincé entre le deuxième album, "Desperado" et "One Of These Nights", "On The Border" se présente comme une œuvre charnière dans la discographie du combo de Los Angeles, en ce sens où il tente de gommer les accents country qui le recouvrent néanmoins toujours d'un vernis chaleureux, afin d'entamer une mue vers cette musique aux traits sinon (un peu) plus durs, au moins plus rock qui fera le succès des Eagles. Le fait que celui-ci ait préféré à Glyn Johns le producteur Bill Szymczyk, qui a travaillé avec (entre beaucoup d'autres) The James Gang et Joe Walsh, qui ne tardera d'ailleurs pas à remplacer le guitariste Bernie Leadon, témoigne chez le groupe de sa volonté d'araser ce socle historique. Pourtant le résultat se révèle mitigé car il ne possède ni la verve caillouteuse de son aîné ni la force accrocheuse de son successeur. De fait, "On The Border", qui marque l'arrivée de Don Felder, lequel se fend de lignes de guitare sur 'Already Gone' et de slide sur 'Good Day In Hell', semble hésiter entre deux directions, country d'un côté et rock de l'autre, ce qui ne l'a pas empêché de glisser dans les charts trois singles dont un 'James Dean' à l'entame du feu de dieu et la respiration terminale 'The Best Of My Love', ballade doucereuse qui illustre encore une fois, avec le poignant 'Ol' 55', un 'My Man' plein d'une tendresse chaloupée et plus encore un 'You Never Cry Like A Lover' puissamment émotionnel, combien le groupe brille dans ce registre délicat.L'entraînant 'Midnight Flyer', le paisible 'Is It True' ou la chanson éponyme éponyme gorgée d'un feeling rhythm 'n' blues et coloré de chœurs soyeux, complètent une rondelle bien faite quoique sans génie et probablement la plus faible des Eagles. 3/5 (2016)


                                   

KröniK | Kate Bush - Lionheart (1978)


Premier contact avec un album, certaines pochettes accrochent toutefois plus que d'autres la mémoire. Telle est le cas de celle de "Lionheart", où l'on est tout étonné de découvrir la chanteuse sous le déguisement d'un lion, à quatre pattes sur une caisse en bois, en une posture qui pourrait être ridicule mais qui réussit pourtant à exsuder une sorte de naïveté érotique qui résume à merveille le charme unique de celle qui est alors encore une jeune femme, dont les lignes vocales de petite fille sous lesquelles couve cependant une mélancolie diffuse, sont autant capables de séduire que de repousser. Enfanté quelques mois à peine après "The Kick Inside", offrande qui a révélé son talent pour le moins singulier, ce deuxième album se voit généralement oublié au profit de son prédécesseur, alors qu'en réalité les dix pièces qui l'animent ont été écrites, comme leurs devancières, longtemps avant, lorsque l'Anglaise n'était encore qu'une adolescente, fraîchement repérée par David Gilmour. De fait, contrairement à ce que l'on pourrait craindre, "Lionheart" n'a pas été composé dans l'urgence afin de capitaliser sur le succès de son aîné, quand bien même on peut penser que EMI a dû presser la chanteuse pour qu'elle accouche au plus vite d'un nouvel opus. Capturé par la même équipe (ou presque), dont le claviériste et producteur Andrew Powell, il se rapproche naturellement de "The Kick Inside" sans pour autant n'en être qu'une pâle ou simple resucée. Au contraire, et nonobstant d'évidentes similarités, à commencer par l'identité déjà affirmée de son auteur, il possède un charme qui lui est propre, à la fois moins évolutif mais tout aussi magique dans ses ambiances (faussement) légères, à l'image d'un 'In Search Of Peter Pan', de loin assez proche du matriciel 'Wurthering Heights' mais habité de nuances enchanteresses. En dépit de ses mélodies d'une simplicité trompeuse ('Symphony In Blue'), "Lionheart" recèle en réalité des trésors d'écriture où les atmosphères sont reines, comme l'illustrent l'étonnant 'Don't Push Your Foot On The Heartbrake' dont les traits, tour à tour délicats ou plus durs, ne cessent de changer ,ou ce 'Wow' plus intéressant que ce que son titre laisse croire. Corollaire de cette richesse mélodique, l'œuvre témoigne que, si la voix acidulée, quoique parfois plus appuyée, de la maîtresse des lieux est l'incontestable fil d'Ariane d'une trame ciselée avec pureté ('In The Warm Room', 'Kashka From Baghdad'), les (autres) instruments ne sont pas en reste. Le piano, d'une suavité baroque, se taille bien entendu la part du lion ('Fullhouse') mais n'étouffe jamais les nombreux musiciens qui l'accompagnent, témoin ce 'Hammer Horror', hommage à la firme cinématographique spécialisée dans l'épouvante, que propulse une partition haute en couleurs. Faux-frère jumeau de "The Kick Inside", "Lionheart" se révèle être une irrésistible sucrerie enrobée de cette naïveté que teinte une gravité aérienne, qui n'appartient définitivement qu'à cette fascinante déesse pour laquelle nous aurons toujours une tendresse particulière. (2016)


                                   

KröniK | Eagles - The Last Run (1979)


Après avoir maintenu une belle régularité, publiant chaque année depuis 1971 un nouvel opus, les Américains mettent trois ans à offrir un successeur à "Hotel California" (1976), long tunnel étonnant à une époque où la plupart des groupes font preuve d'une grande productivité. En réalité, les musiciens n'ont pas chômé pour savourer le triomphal succès de leur cinquième offrande. Au contraire, dès 1977, ils s'enferment en studio mais il leur faudra presque deux ans pour venir à bout du bien nommé "The Long Run", initialement envisagé comme un double album, réduit à l'arrivée à un simple menu d'une durée traditionnelle de quarante minutes environ. Entre ce projet avorté et une réception tant critique que commerciale en deçà des attentes, ses auteurs sortiront déçus de cet épisode, qui conduira à un sabordage venu trop tôt, dès l'année suivante. Souvent occulté par son légendaire devancier, ce qui est alors le testament des Eagles n'a pourtant pas à rougir de la comparaison avec son aîné dont il poursuit l'évolution vers un rock (légèrement) plus dur, moins sudiste que sur "Desperado"  mais toujours aussi sophistiqué. Si Timothy B. Schmidt vient remplacer Randy Meisner à la basse, le batteur Don Hendley assoit son hégémonie sur le groupe, co-signant l'ensemble des compositions, écrin délicat pour sa voix fragile plus que jamais mise en avant et que la chanson éponyme du disque précédent a fortement contribué à immortaliser. Quand bien même son programme n'est émaillé d'aucun hymne à la hauteur de 'Hotel California', "The Long Run" donne néanmoins naissance à trois singles qui se glissent alors dans les charts. Etonnamment, ni le morceau-titre, ni 'In The City', écrit pour la bande originale des "Guerriers de la Nuit" de Walter Hill, ni 'Heartache Tonight', délicieux bijou d'écriture au demeurant, n'incarnent toutefois l'apogée d'une écoute qu'aucun temps mort  ne vient grever. Ainsi, on leur préférera la lenteur chaloupée d'un 'King Of Hollywood', long de plus de six minutes, les lignes de guitares noyées sous les effets d'un 'Those Shoes', à la rythmique par ailleurs appuyée et portée par le chant émotionnel de Hendley, la tristesse diffuse de la ballade terminale 'Sad Café' ou bien encore les modelés moelleux d'un 'I Can't Tell You Why'. De fait, parfaitement équilibré et homogène, "The Long Run" ne voit aucun de ses titres en étouffer un autre, expliquant pourquoi il est permis de le considérer comme l'album le plus abouti du groupe. Indispensable ! 4/5 (2016)


                                   

KröniK | Ophite - Basic Mistakes (2015)


A peine seize minutes au compteur, c'est la durée de "Basic Mistakes", EP séminal du quatuor parisien Ophite. C'est peu. Evidemment. Si elle ne saurait suffire à épancher notre soif de ce rock grungy, cette (trop) courte ration suffit en revanche pour dévoiler un potentiel qu'on devine à peine défloré. En effet, le groupe y esquisse déjà une empreinte curieuse, à la fois suave et énergique, ambivalence qui doit beaucoup à la présence de sa chanteuse Marie, panthère qui sort les griffes ou ronronne avec la même aisance magnétique. Derrière elle, ses trois comparses vont à l'essentiel, combinaison guitare-basse-batterie qui ne s'encombre d'aucun artifice. Simple et directe, la musique du combo dégorge d'une intensité très Rock qui rend ses compos taillées pour le live, domaine où il a d'ailleurs déjà acquis une belle et solide expérience. Dépouillés peut-être, pauvres certainement pas, ces morceaux cachent au contraire une écriture finement ciselée, riche d'idées et détails plein d'une fraîcheur revigorante. De fait, on ne se lasse pas d'écouter ces cinq titres dont la courte durée - entre deux et quatre minutes, pas plus - ne les exonère pas d'une richesse de touches et de traits. Ophite s'est souvenu que les meilleures chansons sont souvent les plus courtes et, bâties autour d'une mélodie forte, de celles qui s'accrochent à la mémoire. Ce qui est donc le cas de cette brochette d'hymnes qui tapent dans le mille. A une première partie, qu'incarne l'amorce éponyme joliment chaloupée puis l'électrique 'The Catacombs Of Happiness',  bondissante et suintant l'urgence par tous les pores, succède une seconde plus mouvante, plus intéressante surtout. Le groupe serre le frein à main, égrenant un art parfois hypnotique ('The One In My Head'), un peu jazzy ('Somebody Take Me Suffering'), toujours divin. Chaque nouvelle écoute apporte son lot de surprises, mettant à jour, ici un riff, là une ligne de basse, qui nous avaient jusque là échappés, témoignant d'une architecture plus élaborée qu'il n'y parait de prime abord. D'album direct, "Basic Mistakes" mute peu à peu en une création truffée de trésors, carte de visite prometteuse pour une formation à suivre de très très près et à laquelle on peut prédire sans trop se tromper, un avenir placé sous les meilleurs augures. 3/5 (2015)


                                   

KröniK | Turbowolf - Two Hands (2015)


Turbowolf, qu'est-ce que c'est ? C'est un quatuor anglais qui, en l'espace de quelques années, s'est imposé dans son pays (entre autres) comme l'une des jeunes pousses les plus prometteuses du moment, alors qu'il reste totalement méconnu en France. "Two Hands", sa nouvelle galette, la deuxième comme son nom le laisse deviner, corrigera-t-il cette lacune ? Concentré d'énergie, cet album en possède suffisamment dans le pantalon pour cela, véritable dynamo à tubes qui avalent les minutes à un rythme qui jamais ne débande, hormis le temps de 'MK Ultra', du reste le titre le plus faible du lot, ceci expliquant sans doute cela. Fonçant pied au plancher, Turbowolf forge un rock survitaminé qui a absorbé de l'EPO par boîte de douze, brassant toutes sortes d'influences, punk, stoner, heavy, en un bouillon de culture qui vous donne la gaule des grands jours. Si le look très (trop ?) étudié de ses géniteurs laisse supposer qu'elle n'est pas si spontanée que cela, il n'en demeure pas moins que cette mixture atteint son but, décrassant les cages à miel avec une urgence épidermique. Et si certains titres se révèlent moins notables que d'autres, leur courte durée permet de vite oublier ces (rares et relatives) baisses de régime, quand bien même il faut reconnaître que le groupe tire ses meilleures cartouches en début de parcours. 'Invisible Hands', dont l'intro n'est pas sans - vaguement - rappeler Beck, époque "Mellow Gold", le déjanté 'Solid Gold', 'Good Hand' sont tous des hymnes en puissance, de ceux qui laissent de durables résidus dans la mémoire et dont on imagine sans peine les ravages qu'ils devraient occasionner sur une scène enfiévrée face à un public sautillant de toutes parts. Nonobstant le lent 'Pale Horse', aux motifs envoûtants, le format court sied davantage aux Anglais que les canevas étirés, témoin ce 'Rich Gift' long de presque sept minutes qui vont dans tous les sens sans qu'on sache pourquoi. Mais les musiciens sont bons, très bons même, notamment Chris Georgiadis, chanteur au faux-airs de Frank Zappa et maître des grandes orgues. Plus que la simple brochette de titres rapides qui font mouche, "Two Hands" affirme un talent plus ambitieux, plus recherché qu'il n'y parait, trop peut-être pour totalement emporter l'adhésion, réserve néanmoins gommée par la jouissance immédiate que procure son écoute qui dégueule de feeling. 3,5/5 (2015)