S'il permet à Jean Gabin de tourner pour la deuxième fois sous la houlette de Gilles Grangier après La vierge du Rhin, Gas-oil scelle surtout la collaboration fructueuse entre le comédien et Michel Audiard qui en assure les dialogues et l'adaptation du roman de Georges Bayle, Du raisin dans le gaz-oil. Le résultat est un solide polar de série B même s'il parait un un peu pantouflard. Ca manque de jus et sans être bâclé, l'ensemble laisse une impression d'inachevé à d'un dénouement vite expédié. Mais le film lie le charme rustique d'une France disparue à celui d'un cinéma qui l'est tout autant, avec ces camions d'un autre âge, ces routiers qui sentent le bon graillon et le pinard et ces toutes trognes qu'on aime tant croiser.
AU PIF
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Yves Boisset | Le juge Fayard dit "le Shériff" (1976)
Inspiré de l'affaire du juge Renaud assassiné à Lyon en 1975 et qui fit alors grand bruit, le film d'Yves Boisset fait partie de ce courant des années 70 qui voit le cinéma français se donner pour mission de révéler la corruption politique et auquel participe alors activement le réalisateur. Ces précédents métrages, tels que L'attentat (sur Ben Barka) ou R.A.S. (sur la guerre d'Algérie) en attestent. Oeuvre ouvertement de gauche tournée à Saint-Etienne, Le juge Fayard dit "le shériff", en dépit de certaines critiques lui reprochant - à tort - de sombrer dans la caricature et le manichéisme, s'avère passionnant de bout en bout.
S'appuyant sur une distribution hallucinante (Dewaere, Bouise, Bozzuffi, Auclair, Léotard sans oublier tous ces seconds couteaux qui font le charme du cinéma français d'alors), Yves Boisset livre une mise en scène précise, efficace et bien menée. Toutefois, le film doit beaucoup à son interprète principal qui trouve dans ce personnage sinon un des tout meilleurs de sa carrière, du moins, un héros selon son coeur, politiquement d'extrême-gauche et impulsif. Dewaere, au jeu un peu plus contenu que d'habitude, est fabuleux et attachant (sa mort est un grand moment) dans la peau de ce juge d'instruction qui n'a pas peur d'affronter des ennemis jouissant de nombreux appuis. Ce rôle de "bulldozer" lui sied à merveille et il est certain que sans lui, la bobine de Boisset ne serait pas ce qu'elle est, c'est-à-dire un des polars hexagonaux les plus puissants de la décennie. En outre, Le juge Fayard dessine plutôt bien le contexte de l'époque et notamment ce monde interlope et louche des mercenaires et autres crapules qui gravitent dans le sillage de l'OAS et du SAC.Jack Lee Thompson | Passeur d'hommes (1979)
Entre deux bronsoneries (Le bison blanc, Cabo Blanco), Jack Lee Thompson signe ce Passeur d'hommes dont le rôle principal devait d'ailleurs être tenu par Bronson. L'intérêt premier de ce film de guerre tient dans la composition gourmande de Malcolm McDowell qui s'en donne à coeur joie dans la peau d'un SS à la cruauté délicieuse. A ses côtés, les autres acteurs tentent d'exister entre un Anthony Queen taciturne et un James Mason qui accepte alors tout ce qui passe, traînant alors sans trop se fatiguer sa distinction naturelle dans toutes sortes de productions européennes, sans oublier Christopher Lee, impayable en chef gitan. Peu à l'aise avec l'émotion, le réalisateur sait par contre faire monter une tension paroxysmique lors de séquences de torture ou de viol. Malgré une fin ratée, voilà donc en définitive un spectacle très efficace. | IMDb
Gilles Grangier | Le rouge est mis (1957)
En quelques mots : Vieux de la vieille, Jean Gabin aimait s'entourer des mêmes personnes des deux côtés de la caméra. En cela, Le rouge est mis est très représentatif de sa façon de fonctionner, ce qui a pu agacer les tenants de la Nouvelle Vague pour lesquels un acteur n'avait pas à imposer ses choix. L'acteur confie donc cette adaptation d'Auguste Le Breton (déjà auteur de Razzia sur la chnouf) à au fidèle Gilles Grangier tandis que Michel Audiard assure scénario et dialogue. Lino Ventura (Touchez pas au grisbi), Marcel Bozzuffi (Gas-oil) ou Paul Frankeur ont tous déjà partagé l'affiche avec le patron, cependant que la jeune Annie Girardot le retrouvera dès l'année suivante dans Maigret tend un piège. Cette série noire peut compter sur le métier de chacun d'entre eux, film efficace que sa fin tragique élève au-dessus de la simple histoire de gangsters. Ajoutons à cela les dialogues percutants d'Audiard, taillés sur mesure pour les Gabin et Ventura et la vision d'un Paris à jamais disparu et vous obtenez un classique du polar des années 50 à la française.
Chez Francomac
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