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Luc Béraud | Plein sud (1981)


Alors que, selon son habitude, il s'était énormément investi dans son rôle, Patrick Dewaere fut très déçu par Plein sud. Il ne fut d'ailleurs pas le seul, la critique n'ayant pas épargné, à sa sortie, ce deuxième long métrage de Luc Béraud, plus connu comme scénariste de Claude Miller (La meilleur façon de marcher, L'effrontée...) dont on imagine ce qu'il aurait (peut-être) fait d'un tel sujet. Il s'agit pourtant d'un beau film, délicieusement amoral et mélancolique, souvent cruel qui voit un homme tout lâcher, quitter son confortable quotidien pour vivre la passion brute plus que le grand amour. Qui a vu sa vie bouleversée par une femme manipulatrice ne peut que ressentir de la tendresse, de la compassion pour ce pauvre hère perdu qui cherche en vain à reprendre le contrôle de son destin tout en sachant qu'il se dirige quand même droit dans le mur.
Intimiste et sensuel, Plein sud est une sorte de film d'aventures sans aventures dont le récit se déroule entre une France abstraite au bord du chaos politique et une ville de Barcelone qui, sans être menaçante, ne répond pas un clichés touristiques car peuplée de personnages équivoques (campés par Guy Marchand, Jeanne Moreau ou Pierre Dux) qui semblent tous jouer un double jeu, aux côtés d'un (anti) héros auquel Dewaere apporte sa fragilité et sa détresse. En cela, Serge Laine est de tous ses rôles, celui qui reste l'un des plus proches de ce que fut le comédien dans la vie. Si celui-ci a regretté le peu d'implication de sa partenaire féminine, par sa distance, Clio Goldsmith se confond pourtant avec cette femme-enfant aux allures d'objet sexuel trouble et insaisissable... (Vu le 13/10/2018)














Jean-Jacques Annaud | Coup de tête (1979)


Amusante satire du milieu du foot et des petits clubs possédés par des notables, Coup de tête nous ferait presque regretter que Jean-Jacques Annaud n'est pas poursuivi dans le registre de la comédie à la Weber qui en signe le scénario et les dialogues. Bien sûr, La guerre du feu, Le nom de la rose ou L'ours sont d'une autre ampleur mais il est permis de leur préférer la simplicité de ce deuxième long métrage, galerie de personnages certes un brin caricaturaux mais qui prennent vie grâce à des seconds couteaux comme on les aime (de Jean Bouise à Robert Dalban, de Mario David à Mauricer Barrier, de Paul Le Person à Michel Aumont). Si on peut être étonné de retrouver Patrick Dewaere dans une pure comédie grand public, le François Perrin qu'il incarne, avec sa décontraction et sa force habituelles, s'inscrit dans la lignée des Lefèvre (Adieu poulet), Fayard et Philippe (La clé sur la porte), éternel homme rebelle et en colère en butte contre une société corrompue.
C'est finalement moins les fans de foot que Coup de tête égratigne gentiment (contrairement à A mort l'arbitre) que la collusion entre le sport et les élites qui le pourrissent par l'argent et les magouilles qui vont avec (Vu le 29/09/2018)

















Yves Boisset | Le juge Fayard dit "le Shériff" (1976)


Inspiré de l'affaire du juge Renaud assassiné à Lyon en 1975 et qui fit alors grand bruit, le film d'Yves Boisset fait partie de ce courant des années 70 qui voit le cinéma français se donner pour mission de révéler la corruption politique et auquel participe alors activement le réalisateur. Ces précédents métrages, tels que L'attentat (sur Ben Barka) ou R.A.S. (sur la guerre d'Algérie) en attestent. Oeuvre ouvertement de gauche tournée à Saint-Etienne, Le juge Fayard dit "le shériff", en dépit de certaines critiques lui reprochant - à tort - de sombrer dans la caricature et le manichéisme, s'avère passionnant de bout en bout.
S'appuyant sur une distribution hallucinante (Dewaere, Bouise, Bozzuffi, Auclair, Léotard sans oublier tous ces seconds couteaux qui font le charme du cinéma français d'alors), Yves Boisset livre une mise en scène précise, efficace et bien menée. Toutefois, le film doit beaucoup à son interprète principal qui trouve dans ce personnage sinon un des tout meilleurs de sa carrière, du moins, un héros selon son coeur, politiquement d'extrême-gauche et impulsif. Dewaere, au jeu un peu plus contenu que d'habitude, est fabuleux et attachant (sa mort est un grand moment) dans la peau de ce juge d'instruction qui n'a pas peur d'affronter des ennemis jouissant de nombreux appuis. Ce rôle de "bulldozer" lui sied à merveille et il est certain que sans lui, la bobine de Boisset ne serait pas ce qu'elle est, c'est-à-dire un des polars hexagonaux les plus puissants de la décennie. En outre, Le juge Fayard dessine plutôt bien le contexte de l'époque et notamment ce monde interlope et louche des mercenaires et autres crapules qui gravitent dans le sillage de l'OAS et du SAC.

















Pierre Granier-Deferre | Adieu poulet (1975)


En quelques mots :  S'il s'inspire d'une histoire vraie et aborde le sujet de la corruption politique, "Adieu poulet" tire cependant presque davantage vers la comédie, Francis Veber au scénario oblige, que vers le polar tendu et violent. Granier-Deferre n'est ni Costa-Gavras ni Yves Boisset et son film, tout en s'inscrivant dans une certaine tradition du cinéma engagé des années 70, manque de nerf et de nuances. Pourtant, on ne s'ennuie pas une seule seconde grâce à des dialogues percutants et surtout un casting trois étoiles qu'animent des gueules qui ont fait le charme des bobines françaises de l'époque, de Claude Rich à Victor Lanoux, de Julien Guiomar à Pierre Tornade et tous les autres. Et il y a bien sûr le tandem que composent Lino Ventura et Patrick Dewaere, duo qui fait des étincelles et justifie à lui seul le visionnage du film. D'un côté, le roc, hiératique et vieille école, de l'autre le jeune chien fou qui en fait des tonnes et bouffe l'écran comme le minou d'une fille. Différents et complémentaires, tout semble opposer personnages et comédiens qu'une évidente complicité cimente pourtant. "Adieu poulet" leur doit tout. Lino et Patrick, vous nous manquez et vous manquez au cinéma français qui a la gueule des sales jours...