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LR | Poul'Hard de Bresse XI (19.10.2019)



















Pour son cru 2019, le Poul’Hard XI s’est délocalisé à Montrevel-en-Bresse, abandonnant l’espace Salvert d’Attignat pour la halle d’animation de la Plaine Tonique. Une excellente initiative qui a donné un coup de jeune au festival qui fête quand même cette année sa onzième édition !

Fiend | Seeress (2019)



















"Seeress", c'est déjà un magnifique artwork, que signe Adèle Mildred, dont les aplats à la fois sombres et psyché résument plutôt bien ce qu'il y a derrière. Derrière, c'est justement le deuxième effort de Fiend. Nous pourrions mentir et affirmer que nous l'attendions depuis longtemps, depuis 2013 et un  "Onerous" remarqué.

Eidulon | Combustioni (2018)



















Si Francesco Gemelli s’est montré, ces dernières années, particulièrement actif en tant que graphiste, réalisant de nombreux artworks, notamment pour le label I, Voidhanger Records (Midnight Odyssey, Woebegone Obscured, Spectral Lore, etc.), il a en revanche laissé en jachère son activité de musicien dont la dernière trace remonte à onze ans et ce "Idolatriae" qui semblait vouloir être l’unique signe de mort de Eidulon, son jardin secret.

Givoldi Fossa | De marées en oubli (2018)



















Petit agrégat digital de quatre pistes peut-être, De marées en oubli mérite pourtant qu’on s’arrête sur sa bonne vingtaine de minutes de sonorités tristes et glaciales comme une plage en hiver et ce, pour plusieurs raisons.

KröniK | Arnwald - Primal Expurgation (2016)


Des sonorités désincarnées, des ambiances croupissantes, des émanations oppressantes qui se confondent avec des cris pollués et hallucinés. Tel est Primal Expurgation. Tel est Arnwald, organe noir grouillant dans les profondeurs méphitiques d'un boyau pétrifié par un froid humide. De loin, ça semble baigner dans la nasse obscure d'une dark ambient au souffle fantomatique, chemin qu'emprunte la première des onze pistes anonymes qui fissurent ce menu en autant de segments mortifères.
Mais de près, la réalité, terrifiante, se révèle toute autre car très vite, des kystes industriels (II) ou noise et bruitiste (III) viennent perturber une immersion rendue du coup pour le moins ardues, laquelle n'est déjà pas facilitée par une architecture opaque qui oblige à l'appréhender dans sa globalité dissonnante et démentielle. Fiévreusement expérimental, Primal Expurgation a quelque chose d'un laboratoire sonore, théâtre d'accouplements monstrueux de mécaniques aussi malsaines que ferrugineuses. Aux confins d'un rituel chamanique (VI) et pulsatif (VIII), cette création est travaillée par des forces souterraines et martiales qui lui confère un hermétisme sévère et pétrifié quasi militaire (X). De fait, l'oeuvre franchit les frontières dark ambient pour labourer une terre meurtri, champ de bataille apocalyptique (VII), plongé dans une éternelle nuit d'encre que peuple l'âme malade d'un aliéné. Nocif et vicieux, le menu défile, s'étire, vierge de balises sinon de lumière et encore moins d'un quelconque espoir, en une procession qui semble aller nulle part, guidée par la folie. Chaque titre est la marche successive vers l'inconnu, vers un ailleurs, vers un monde autre dont pousser les portes revient à se perdre. Pour toujours. Si un timide éclat jaillit parfois (IX et plus encore ce X aux effluves étonnamment duveteuses malgré cette voix écorchée qui l'enténèbre), il est vite avorté, avalé par cette masse assourdissante qui s'ébat au fond d'un creuset infernal. Affirmer que Putrid Expurgation se vit, se ressent, plus qu'il ne s'écoute tient du pléonasme. Il offre à son solitaire géniteur, l'ancien batteur de Enthroned, une sorte d'exutoire fantasmagorique qui le voit déverser des images rongées par la mort au fond d'un puits de négativité. (2017)






KröniK | Miserist - S/T (2017)


Miserist, c'est d'abord une démo tape, crachée en février 2016 à seize exemplaires seulement, grâce à laquelle le groupe, qui se nomme alors Headwar, est très vite repéré, contribuant tout comme Abyssal ou de Portal, à fusionner black et death metal en un seul bloc mortifère dont ne sont conservés que les atours les plus noirs, les plus viciés. Comme d'autres également, ces Australiens participent de cette volonté d'effacer les individualités et toute balise à laquelle on serait tenté de se raccrocher. Ni nom ni photo.
Miserist, c'est aujourd'hui un premier EP éponyme, qui meurt de la même manière que son ébauche, en déambulant durant presque dix minutes dans les corridors d'un hôpital psychiatrique qui résonne de cris d'aliénés et de sons inquiétants, errance hallucinée entre ambient et noise qui prend la forme de ce Narinkuntu aussi effrayant que désincarné. Le fait que ce méfait soit expulsé au grand jour (façon de parler) de ce cerveau malade, par l'entremise de Krucyator Productions ne signifie pas seulement qu'il est bon, très bon même, mais surtout qu'il partage avec N.K.V.D et Autokrator, les autres signatures du label mené par Loic F, l'âme de ces deux entités, une vision identique d'un art sonore extrêmement tourmenté, sinistre et autarcique, sévère et élitiste. Le cadre est donc posé, d'une noirceur froide et autoritaire. Mais parler de disque à son propos parait presque absurde tant il se rapproche davantage de la bande-son d'un film horrifique, véritable kaléidoscope d'images insoutenables qui convoque la puissance schizophrénique d'un Gnaw Their Tongues. Le caractère instrumental de la bête procède de cette dimension immersive dont on ne sort pas indemne, plongée sans espoir de retour dans les arcanes oppressantes d'un monde gangrené par une folie contaminatrice. Précédé par une entame compressée aux relents industriels (Skin, Mold & Flame), Miserist resserre très vite cet étau apocalyptique en une violence déchaînée dont les tentacules rampent à travers un labyrinthe abyssal. Avec VIII, une marche vers l'indicible est franchie, emportée par ces guitares tendues en une érection infernale que perforent des breaks reptiliens. Pulsatif, Horrro Infinitum semble quant à lui aller nulle part, fausse et brutale respiration avant le torrentiel Lung Rust dont le premier segment, survolté et étouffant, cède vicieusement la place à une seconde partie, immobile mais toute aussi suffocante, laquelle prépare au dérelict terminal, le déjà cité Narinkuntu, conclusion définitive après laquelle rien ne peut subsister. On peut affirmer sans prendre trop de risques, que la suite s'annonce terrifiante. 3.5/5 (2017) | Facebook


KröniK | Atari Teenage Riot - Reset (2014)


Les Allemands d'Atari Teenage Riot sont comme tout le monde, ils vieillissent. Et cela s'entend. Oh non pas que ces pionniers de la musique industrielle copulant avec le Hardcore, ne fassent plus de bruit mais, désormais assagis, leur art semble davantage tailler pour les dancefloors que pour les aciéries berlinoises.
A l'écoute de "Reset", leur deuxième effort depuis leur reformation en 2010, on ne peut s'empêcher de se demander si les Teutons n'auraient pas été plus inspirés de rester dans leur tombe, ce qui aurait permis de maintenir intacte une légende que les années et des albums de cette trempe risquent d'égratigner. Ceci étant, il serait exagérer d'affirmer que "Reset" est un ratage sinon un disque honteux. Les amateurs du dernier rang qui ne connaissent pas le passé du groupe, seront même sans doute séduits par ces beats dance au mieux entêtants ('J1M1') au pire presque bruitistes ('Transducer'). Les autres aussi trouveront à piquorer dans ce menu très bien fait, qui réussit pourtant, malgré sa courte durée (une quarantaine de minutes), à paraître interminable. Le titre éponyme, au groove hypnotique, 'Modern Liars' ou encore 'Death Machine' se suçotent sans déplaisir, autant de (maigres) bons moments qui doivent souvent tout -ou presque - à la voix acidulée de la toujours si charmante Nic Endo, qu'on aimerait entendre plus souvent. Mais que la violence rageuse des débuts semble loin, sans doute envolée avec la mort de Carl Crack. De l'étendard antinazi anarchiste et révolutionnaire (dans le fond comme dans la forme) originel ne subsiste donc plus qu'un dinosaure qui fait beaucoup de bruit pour rien. Vidé de sa moelle, Atari Teenage Riot s'est mué en un groupe pour boîte de nuit, pas désagréable en soi mais qui n'est plus vraiment lui-même... 2/5 (2015) | Facebook






KröniK | Red Harvest - HyBreed (1996)


Comme le nom de son label en témoigne, Damien Luce voue une grande admiration à Red Harvest. Rien de surprenant alors qu'il ait profité du vingtième anniversaire de leur deuxième opus pour rendre hommage aux Norvégiens. Chef-d'oeuvre (terme souvent galvaudé qui s'impose pourtant ici) trop méconnu, "HyBreed" renaît aujourd'hui de ses cendres sous la forme d'une noble cassette, habillée par le maître Dehn Sora. L'occasion est donc trop belle de (re)découvrir ce joyau aux allures d'ovni dont prétendre qu'il était en avance sur son temps tient du doux euphémisme. Vingt ans plus tard, il n'a toujours pas été égalé et même pas par le groupe lui-même qui ne parviendra jamais vraiment à reproduire cette réussite majeure. Maladroitement rattaché à une chapelle black metal alors en pleine effervescence et avec laquelle il ne partage guère plus que certains de ses membres, actuels ou passés (dont son ancien batteur Cato Bekkevold parti depuis cogner chez Enslaved),  Red Harvest  a toujours été à part, pionnier aussi insaisissable qu'incompris. Publié à l'origine par Voices Of Wonder, "HyBreed" est à son image. Indus, darkwave, ambient, l'œuvre dépasse en réalité ces étiquettes pour façonner un art unique à la fois atmosphérique et caverneux, sombre et glacial, massif et hypnotique, qui se doit d'être appréhendé dans sa vertigineuse globalité, bloc de matière en fusion qui se dresse dans l'obscurité opaque d'une usine désaffectée. Long de près d'une heure et vingt minutes, l'album vibre sous les coups de boutoir d'une machine infernale dont les pistons en mouvement résonnent comme des plaques tectoniques qui s'accouplent en une orgie mécanique. Bien que zébré d'éclairs de beauté ('In Deep') qui jaillissent de ces guitares parfois presque aériennes et d'un chant puissamment émotionnel ('On Sacred Ground'), l'ensemble forme pourtant un magma crépusculaire, qui bouillonne dans les entrailles brûlantes d'une planète prisonnière d'une gangue gelée. Véritable Janus sonore, "HyBreed" se veut l'alliance du feu et de la glace, alliage tentaculaire et incandescent de nappes électroniques qui se répandent telle une brume organique, de six-cordes vrombissantes et de rythmiques aussi martiales que saccadées. Léché par un souffle apocalyptique comme échappé du chaos originel ('The Burning Wheel'), "HyBreed" n'a pas pris une ride, n'a rien perdu de sa force d'évocation. Mieux, il gronde d'une modernité incroyable, donnant quasiment l'impression d'avoir été enfanté il y a peu, ce qui confirme non seulement sa dimension visionnaire mais surtout son caractère éternel. 4/5 (2016)


Karjalan Sissit | ... Want You Dead (2015)

Chaque nouveau signe de vie, ou de mort, c'est selon, de Peter Bjärgö, est toujours attendu avec une grande impatience mêlée de curiosité. Mais certains le sont encore plus que d'autres. Tel est ainsi le cas de "...Want You Dead". A cela, au moins deux raisons peuvent être avancées. Parce que cet opus scelle le retour de Karjalan Sissit après six années d'absence, temps anormalement long pour une entité qui nous avait jusqu'alors habitué à cracher sa semence tous les deux ou trois ans. La seconde tient dans la valeur même de ce projet, figure quintessentielle des musiques industrielles et martiales, dont le Suédois n'est d'ailleurs pas le cerveau, laissant ce rôle au chanteur Markus Pesonen. A l'écoute de cette sixième rumination, on mesure combien l'abstinence a eu du bon pour le trio accouchant non seulement d'un très bon disque mais surtout de son œuvre la plus oppressante, la plus agressive de sa carrière. Jamais sans doute son art n'avait sonné avec une telle intensité corrosive. Edité par Cyclic Law comme désormais tous les travaux que signe Bjärgö, "...Want You Dead" , dont le titre résonne comme une déclaration, gronde d'une force obscure et autoritaire qui (re)donne tout son sens et sa puissance de feu à cette ambient martiale aussi unique qu'inégalée. Son substrat épouse la forme abrasive d'un magma assourdissant où bouillonnent martèlements sévères comme les pas d'un défilé d'hommes armés et désincarnées sonorités électroniques. De ce socle inquiétant jaillissent les psalmodies écorchées du maître des lieux qui vomit des paroles à la manière totalitaire  d'un orateur haineux, à l'image du strident 'Totaalinen Kaaos  '. Ses textes sont le réceptacle de sa vision du monde, chaotique et crépusculaire, peinture d'une (in)humanité plongée dans les ténèbres. S'abîmer dans les arcanes mortifères de cet opus, c'est s'enfoncer dans un paysage en ruines, ravagé par le sang et la mort. Chargé des guitares et de la programmation, Peter Bjärgö répand des sons pollués, rongés par une distorsion apocalyptique, en un flot qui prolifère telle une gangrène ('.  Palpitant d'une puissance souterraine, "...Want You Dead" trouve son équilibre entre pulsations au bord de l'hystérie ('Läpi  Elämän Helvetin') et vibrations indus orageuses ('Sairaus, Katkeruus, Kuolema', 'Suga En Kalja O Somna In') qui portent l'incontestable griffe du leader d'Arcana et de Sophia, il remue non seulement les tripes et les chairs à vif mais surtout l'âme, oeuvre cathartique vomie de la tombe, empreinte d'un nihilisme aussi absolu que définitif. Revenu des limbes, Karjalan Sissit réussit un retour aux accents funèbres comme un ultime râle avant le chaos... 4/5 (2016)


                                   

KröniK | Doro - Machine II Machine (1995)


Savez-vous à quoi reconnaît-on le talent ? Sans doute (entre autre) à la capacité précieuse de sauver sa peau quoiqu’il arrive. Démonstration avec le Machine II Machine de Doro. Après s’être imposée comme une des rares femmes à pouvoir rivaliser avec les hommes au sein de la chapelle Heavy durant les années 80, puis prouver qu’elle pouvait exister par elle-même grâce à ses premières aventures en solitaire, la chanteuse allemande surprend tout le monde en gravant en 1995 ce cinquième opus aux traits volontairement modernes, lourds et indus. Cet alliage curieux aurait pu aboutir à une réussite, pourquoi pas ? Ce n'est pas tout à fait le cas.
Est-ce à dire que Machine II Machine est honteux ? Que nenni ! Inégal, trop long et maladroit, en revanche, oui. Prolongeant, après Angels Never Die, sa collaboration avec le producteur Jack Ponti, Doro fait aussi appel à Kevin Shirley (Dream Theater, Iron Maiden), tandis que le bassiste Greg Smith, qui participe la même année au Stranger In Us All d’un Rainbow reformé, la seconde pour l’écriture sur la majorité des titres. Si certaines chansons dégagent une puissance incontestable, citons par exemple les premières salves ("Tear It Up", l’hypnotique "Ceremony", probablement l’une des meilleures du lot, "Are They Coming For Me", dont les accents arabisant et la mélodie rappelleront le "Kashmir" de Led Zeppelin), cependant que "Don’t Mistake For Love" honore le pur Hard-Rock auquel la belle nous a habitué, d’autres, par contre, sont moins heureuses, tels que les lourdingues "Machine To Machine", "Love Is The Thrill" ou le remix technoïde de "Ceremony" par ses compatriotes de Die Krupps, avec lesquels elle enregistre le complément de cet album, Machine II Machine : Electric Club Mix, EP publié quelques mois plus tard qui, comme son nom l'indique, la voit tâter franchement du bidouillage industriel. Au moins, reconnaissons à Doro une liberté mêlée d’une vraie sincérité dans sa démarche au moment où certaines de ses concurrentes rentrent leurs griffes soit en suivant les modes (Lita Ford avec Black), soit en se noyant dans la soupe (Lee Aaron, Robin Beck). Peut-être est-ce pour cette raison que, malgré la réussite pour le moins mitigée de cette cuvée, la chanteuse conserve un charme et un talent intactes, à l’aise aussi bien dans le registre agressif ("Like Whiskey Straight") que dans celui de la ballade ("In Freiheit Stirbt mein Here"). Disque aujourd’hui oublié, comme le démontre son absence depuis longtemps lors des concerts de la Teutonne, Machine II Machine n’est pas totalement mauvais mais déçoit et ouvre une période moins glorieuse tant d’un point de vue artistique que commercial pour sa génitrice, baisse de régime et d'inspiration que confirmera Love Me In Black trois ans plus tard. 2.5/5 (2010) | Facebook