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KröniK | Y&T - Best Of '81 To '85 (1990)


Comme son nom l’indique, cette compilation rassemble les meilleurs chansons composées par le groupe américain entre 1981 et 1985, autrement dit, durant son apogée ; publiée à un moment où le succès l’a depuis longtemps quitté et qu’il ne retrouvera d’ailleurs jamais. L’histoire de Y & T se trouve donc résumé en 16  titres, dont la qualité nous fait regretter que le groupe soit aujourd’hui tombé dans un quasi anonymat, contrairement à certains de rivaux de la même époque.
Question de timing, le groupe a craché ses meilleures munitions au moment où le hard US n’en était encore qu’à ses balbutiements. C’est pourquoi la bande à Dave Meniketti diffère en bien des points de tous les combos glam californiens des années 80. Leurs chansons possèdent un côté heavy très prononcé (« Open Fire », « Black Tiger » et l’immense « Forever » bien sûr), sans pour autant être dépourvues de feeling et d’émotion (« Rescue Me », « I Believe In You »), ce qu’elles doivent beaucoup à la voix puissante et chaude de Meniketti. Earthsaker (1981), Black Tiger (1982) et Mean Streak (1983), enregistrés avec le line-up classique du groupe (Dave Meniketti, chant et guitare ; Joey Alves, guitare ; Leonard Haze, Batterie ; Phil Kennemore, basse et chant) sont trois bombes que tout amateur de bon hard rock ricain se doit de posséder. Si ce n’est pas le cas, cette compilation peut faire office d’honnête palliatif. 3/5 (2006)


                                   

KröniK | Y&T - Down For The Count (1985)


Septième album (le huitième si l’on compte le live Open Fire gravé la même année) de Y&T, Down For The Count marque un double tournant dans la carrière du groupe. Il s’agit déjà de celui qui le voit adoucir sa musique et la rendre nettement plus commerciale, avec notamment des sons de synthétiseurs sirupeux ("Anytime At All") et des refrains bateaux repris en chœur, évolution cependant déjà sensible sur son prédécesseur, In Rock We Trust.
Corolaire de ce glissement vers un terrain moins Hard où l'influence Bluesy se fait (malheureusement) plus discrète, les compositions écrites par les Américains commencent à perdre en qualité, surtout eu égard à celles figurant sur la triplette Earthshaker / Black Tiger / Mean Streak. Alors bien sûr, le disque se laisse écouter sans déplaisir ; le chant de Dave Meniketti s’avère toujours divin et le spectre du grand Y&T plane encore sur une poignée de chansons : l’efficace "In The Name Of Rock", qui placé en ouverture, fait illusion durant ses 5 minutes 30, le speed "Anything For Money" et son solo de gratte ravageur, et surtout le lent et épique "Hands Of Time", sans doute le plus intéressant du lot, n'ont rien à envier à certaines de leur aînées cependant que d'autres, plus quelconques, affichent une certaine efficacité. Toutefois, Down For The Count n’a pas été épargné par l’usure du temps et d’autres titres ont très mal vieilli et se révèlent quasiment insupportables aujourd’hui ("Summertime Girls" certes devenu un tube mais trop affadit par des claviers qui dégoulinent, ou bien encore "All American Boy"), contrairement, ce qui est un comble, à leurs classiques du débuts des années 80 qui eux demeurent intemporels. Un disque assez mineur donc, mais qui rencontrera néanmoins un réel succès qui ouvrira au groupe les portes du label Geffen Records (Aerosmith). C'est aussi le dernier album défendu par le line-up historique et (forcément) préféré des fans puisque le batteur Leonard Haze sera remplacé à partir de l'année suivante par le mercenaire Jimmy DeGrasso, alors ex Mama's Boys et surtout futur beaucoup de choses (Alice Cooper, Megadeth, Suicidal Tendencies...). La fin d'une époque en quelque sorte... 3/5 (2010)


                                   

KröniK | Y&T - In Rock We Trust (1984)


Bien qu'il corresponde encore à la période bénie du groupe, In Rock We Trust ouvre pourtant une nouvelle période dans la carrière de Y&T qui voit ce dernier commencer à la fois à récolter les fruits de son travail sur un plan strictement commercial mais aussi à entamer une courbe descendante en terme d'inspiration, laquelle débouchera en toute logique sur des changements de line-up puis un split inévitable en 1991. Toutefois, en 1984, ce déclin paraît encore loin et les Californiens poursuivent leur trajectoire au rythme d'un album par an, chacun d'entre eux rencontrant plus de succès que son prédécesseur.
Mis en boîte cette fois-ci par Tom Allom, surtout connu pour sa collaboration avec Judas Priest, In Rock We Trustle confirme en atteignant la quarante-sixième place du Billboard, position qui fait de lui le disque le plus vendu de ses auteurs. Sa direction musicale plus lisse et facile explique cette promotion. S'il reste ainsi égal à lui-même et aisément reconnaissable ("Masters And Slaves"), on devine déjà aux détours de certains choeurs ("I'll Keep On Believin'" et surtout "Don't Stop Runnin'") plus appuyés qu'à l'accoutumée et de certaines mélodies éprouvées bien que toujours efficaces et imparables, que le groupe cherche à toucher un public plus large et ce faisant à couler son art et son talent dans un moule plus commercial voire franchement FM. Grâce au métier des musiciens en présence, le résultat est bien entendu honorable et on ne se lasse pas de réécouter un tube tel que "Lipstick And Leather" ou d'autres cartouches plus méconnues à l'instar de "Break Out Tonight !" ou de la ballade "This Time" durant laquelle le feeling de Dave Meniketti fait des merveilles. Comme toujours. Mais In Rock We Trust, qu'habille une pochette assez ridicule, manque tout de même de vrais grands moments et de ces éruptions jouissives auxquelles nous avait habitué le groupe. Du coup, celui-ci semble avoir perdu en inspiration et personnalité ce qu'il a gagné en potentiel commercial. Reste un bon album qui prépare donc le terrain à Down For The Count, oeuvre inégale qui soulignera encore davantage le trait au point d'arrimer Y&T à la scène glam alors en vogue. 3/5 (2010)


                                   

KröniK | Y&T - Mean Streak (1983)


Troisième côté du triangle d'or de la carrière des Américains, Mean Streak noue des liens évidents avec son glorieux prédécesseur, Black Tiger dont il n'emprunte pas seulement un visuel quasi similaire (le serpent remplaçant le tigre) mais aussi et surtout une même inspiration entre Hard Rock US et Heavy avec toujours cette griffe très personnelle qui fait de Y&T ce groupe un peu à part que l'on chérit tant pour cela. Mis en boîte cette fois-ci par Chris Tsangarides, un des grands producteurs des années 80 et 90 (le Painkiller de Judas Priest, c'est lui), Mean Streak n'aligne peut-être pas autant de gemmes légendaires que son aîné d'un an.
En effet, seuls le titre éponyme et le lent et feutré "Midnight In Tokyo", à l'architecture assez inhabituelle pour ses auteurs, peuvent bénéficier de cette flatteuse étiquette. Ceci étant, son menu regorge de pépites méconnues qui méritent amplement le détour. Démonstration. La face A s'ouvre comme le veut la (bonne) tradition sur un hymne immédiat ("Mean Streak") au refrain mémorable. S'enchaînent ensuite le groovy et sexy "Straight Tru The Heart" et le très beau "Lonely Side Of Down" qui brille des interventions au micro de l'incontestable leader, Dave Meniketti. Le déjà cité "Midnight In Tokyo", qui vibre au son de basse généreuse du sous-estimé Phil Kennemore, achève la première partie de l'écoute. Moins marquante, la face B peut cependant compter sur "Hang'em High", piste rapide à la rythmique puissante ou bien encore le Heavy "Breaking Away", théâtre d'une éruption comme le chanteur et guitariste en a le secret et percée par un break atmosphérique séduisant. Citons enfin dans une moindre mesure "Take You To The Limit", qu'illumine une fois encore le jeu flamboyant de Meniketti. Bien qu'agréables, "Sentimental Fool" est déjà porteur des germes plus lisses et glamouzes que les Californiens favoriseront peu après, malgré ces attaques toujours accrocheuses, tandis que "Down And Dirty" ne peut cacher la banalité de sa mélodie. A juste titre, Mean Streak peut donc être envisagé comme une des oeuvres majeures - la dernière peut-être - de Y&T, qui commencera dès l'année suivante avec In Rock We Trust, à amorcer un virage plus commercial mais couronné d'un succès artistique moindre. 3,5/5 (2010)


                                   

KröniK | Y&T - Black Tiger (1982)

Le fait est entendu. Y&T n’a jamais (sa carrière n’est pas terminée, mais bon...) donné naissance à ce que l’on appelle un chef-d’œuvre, si tant est que ce terme signifie réellement quelque chose. Pourtant, il a dans son escarcelle au moins un album qui pourrait presque prétendre à ce titre : Black Tiger. Publié en 1982, soit un an après Earthshaker, il corrige le seul et relatif défaut de ce dernier puisqu'il peut compter sur la production puissante de Max Norman (Ozzy Osbourne, Megadeth, Savatage...), laquelle permet au Hard Rock très personnel des Américains de gagner encore en ampleur.
Après des débuts timides mais non sans charme, on sent bien que le groupe s’inscrit dans une phase ascendante évidente. Les couleurs de l’inspiration dressées bien haut et pouvant donc s’appuyer sur une prise de son enfin à la hauteur de leurs ambitions, Dave Meniketti et sa bande se sont littéralement déchirés avec ce Black Tiger au menu des plus variés qu’aucune baisse de régime, qu’aucun morceau clairement destiné à faire du remplissage ne viennent polluer. De l’intro "From The Moon" (en fait les première mesures de "Forever") à la remarquable power-ballade terminale "Winds Of Change", mètre-étalon du genre alliant force et émotion, c’est du lourd que nous offre les Californiens, lesquels se fendent en sus de plusieurs joyaux de leur honorable répertoire. C’est tout d’abord avec "Open Fire", titre accrocheur parfait pour mettre le feu, qu'ils ouvrent le bal. Vient ensuite l’immense "Forever", probablement la composition la plus mémorable jamais écrite par le groupe, sorte de synthèse de la signature Y&T avec son tempo efficace, son chant puissant et son solo de guitare jouissif et généreux. C'est enfin avec le morceau éponyme rapide et groovy à l’ouverture toute en atmosphère qu'ils clôturent cette suite de tubes. Pour toutes ces raisons, Black Tiger fait figure d’aboutissement dans la carrière de ses géniteurs qui ont alors atteint leur maturité artistique. Pourtant, malgré la belle tenue de route de cette quatrième galette, le succès peine encore à véritablement toucher les Américains, auteurs d’un Hard Rock qui échappe finalement aux classifications et ce faisant, à l’usure du temps. Arrivé trop tard ou trop tôt, c’est selon, et détenteur d’une patte qui n’appartient qu’à eux à la fois heavy, chaleureuse et bluesy, trop dur pour les fans d’AOR ou pas assez pour les amateurs de riffs saignants, Y&T a toujours eu du mal à trouver son public. C’est finalement en ramollissant sa musique sur les opus suivants au détriment de sa singularité que le groupe connaîtra le plus de succès. Nous leur préfèrerons toutefois et sans la moindre hésitation ce Black Tiger de haute volée. De toute façon, ne serait-ce que pour "Forever", il mérite sa place dans toute bonne discothèque qui prétend l’être ! S'il ne devait en rester qu'un... 4/5 (2010)


                                   

KröniK | Y&T - Earthshaker (1981)


Coincé entre la génération des Kiss, Van Halen ou Aerosmith, et celle du Hair Metal, Y & T a toujours occupé une place à part au sein du hard-rock américain des années 80, décennie qui correspond pourtant à son âge d’or. Ni provocateur ni glamouze, même si à partir de l’inégal Down For The Count (1985), ses membres commenceront eux aussi à afficher de belles permanentes à rendre jalouses les gonzesses, le groupe n’a tout simplement pas les mêmes racines que WASP, Ratt et autre Mötley Crüe.
Lorsque sort en 1981 ce qui reste certainement avec Black Tiger, son œuvre la plus célèbre, Y&T a déjà de la bouteille et deux opus dans sa besace, lesquelles, en dépit de réelles qualités et d’un petit charme évident, n’ont pas rencontré le succès attendu. Les trois années de silence séparant Struck Down de Earthshaker, ainsi que la modification du nom (Yesterday And Today se voyant réduit à de simples initiales comme pour épouser celles de sa nouvelle maison de disque), traduisent alors clairement chez les Américains une volonté d’entamer un nouveau départ. Oubliés aujourd’hui, les deux galettes séminales leur auront au moins permis d’être repérés par la puissante major A&M, dont le catalogue est alors riche en réussites Hard FM (Styx…). Fort d’une exposition comme il n’a encore jamais pu en bénéficier, Y&T livre en ce début des années 80 un troisième album du feu de Dieu dont beaucoup croient qu’il s’agit de son premier. Earthshaker, c’est une pelleté de tubes en puissance qui trente ans après leur création n’ont pas pris la moindre ride. Le lourd et poignant "Rescue Me", sorte de power-ballade teintée de désespoir, "Dirty Girl" et sa lente introduction, le heavy "Hurricane", et bien entendu "I Believe In You", longue montée en puissance déchirante de beauté à l’accélération finale irrésistible, forment ainsi une brochette exceptionnelle de titres qui n’ont absolument rien perdu de leur pouvoir de séduction et incarnent toujours des moments incontournables durant les concerts du groupe aujourd’hui. Apogée en même temps que vitrine de Earthshaker, ces hymnes ne doivent par pour autant phagocyter le reste d’un album qui aligne bien d’autres titres, certes moins connus et évidemment en deçà mais non sans qualités, de la mise en bouche "Hungry For Rock" au très rock’n’roll "Squeeze", sans oublier "Knock You Out", chacun d’entre eux étant propulsé par la voix puissante et la six cordes volubile de Dave Meniketti, lequel se fend à chaque fois de soli racés ruisselant d’un feeling bluesy. Néanmoins, malgré le rôle de leader incontestable qu’il a toujours joué, on ne saurait réduire Y&T au seul Meniketti. La section rythmique assurée par la paire Phil Kennemore et Leonard Haze, à laquelle s’ajoute le jeu de Joey Alves à la seconde guitare, abat derrière un travail solide et constitue de fait un rouage essentiel du son des Américains. Avec sa patte à la fois hard, puissante et bluesy, Earthshaker s’impose comme un classique justifié du métal US des années 80 que bien moins de poussière ne recouvre comparé à certains disques d’or de la même époque. On lui préférera toutefois son successeur, le fameux Black Tiger qui fera plus que transformer l’essai. 4/5 (2010)