Etonnant de voir comment le Stoner, genre à priori très américain par essence, sentant bon le bitume écrasé par la chaleur, a essaimé à travers toute la planète (ou presque) en conservant toujours ses traits désertiques. Prenez par exemple Soundcrawler, rien chez lui n'évoque le Périgord dont il est pourtant originaire, donnant l'impression à son écoute d'avoir à faire à un combo venu du fin fond du pays de l'Oncle Sam. C'est d'ailleurs tout à l'honneur du groupe dont les compatriotes sont parfois moqués pour une incapacité chronique à gommer leurs racines. Rien de tout ça donc chez ce quintet qui n'a vu le jour qu'en 2011. On touche là un autre point positif à mettre à son actif, à savoir cette jeunesse qui ne s'entend pas, n'est jamais trahie par une quelconque approximation. La maîtrise du combo est totale, son professionnalisme également, témoin "The Dead-End Host" qui fait plus qu'enfoncer le clou planté par son prédécesseur, le séminal "The Sandcrawler", concept-album dans le sillage duquel il se glisse. Voilà le cadre posé, alléchant à tout le moins. les Frenchies pourraient n'être qu'une formation de plus de Stoner à la sauce Desert Rock, ce qui serait déjà très bien, sauf qu'ils ne sont pas que. Il émane déjà de leur musique une espèce de force souterraine, trapue et poussiéreuse, comme si celle-ci restait éternellement figée dans une terre caillouteuse. Du coup, les gars n'enclenchent jamais vraiment la seconde. Même quand le tempo semble vouloir s'emballer, comme sur l'inaugural 'Raiders', une masse invisible le retient, écrasant telle une enclume toute velléité d'échappée sauvage. C'est très particulier et indéfinissable. Certes beaucoup de groupes se veulent plus lourds que le voisin mais Soundcrawler l'est d'une manière qui n'appartient finalement qu'à lui, un peu déglinguée ('Burning Scales'). De fait, c'est peu dire que le compteur Geiger s'affole tout du long de cet album, aussi généreux en plomb qu'en beauté ensoleillée, laquelle jaillit notamment de ce 'And All The Second Left' miraculeux, conclusion instrumentale squelettique égrenant notes acoustiques et nappes de claviers fantomatiques aux teintes westerniennes et crépusculaires. N'oublions pas également de signaler le chant de Rémy Pocquet, dont la tessiture sale et râpeuse lui permet de se fondre à merveille dans ce rock trapu à la peau tannée. Afin de boucler ce tour d'horizon, nous pourrions enfin citer les grands moments qui émaillent cet impeccable menu, ce que nous ne ferons pas tant cet opus possède une forte unité qui rend vain son effeuillage. Tendu et ramassé, chaud et organique, "The Dead-End Host" progresse à la manière d'un récit, sans temps morts, l'inspiration dressée avec une insolente dureté. 3/5 (2015)
AU PIF
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Kaets | Human Machine (2015)
"Human Machine", premier méfait de Kaets, est aussi la dernière livraison en date de Klonosphere. D'une certaine manière, cette chronique pourrait s'arrêter là. Pourquoi ? Parce que citer le nom de ce label en dit plus long que bien des discours quant à la valeur et au contenu de cette production. Moderne et intense, celle-ci sera. Forcément. De qualité, également. Mais comme nous ne pouvons pas nous en tenir à cela, tâchons d'en dire davantage de ce groupe et de cet album testiculeux. Sur Kaets, peu d'informations circulent, si ce n'est qu'il est basé en France, à Châtellerault pour être précis. Mais qu'importe. Sur "Human Machine", il y a beaucoup de choses à dire en revanche. Comme son nom et son visuel le suggèrent, il épouse la forme d'un concept-album contant l'histoire d'un homme devenu un être hybride, prisonnier de ses hallucinations pour sombrer peu à peu dans la folie et la décadence, aventure ambitieuse tentée d'ordinaire par des groupes chevronnés. Pour son galop d'essai, Kaets n'a pas opté pour la facilité, ce dont on ne peut que le féliciter. Corollaire de ce récit aux confins de la science-fiction, la musique remplissant cette quarantaine de minutes affiche des traits d'une sombre froideur, qu'aucune lumière ne vient jamais vraiment réchauffer, quand bien même quelques lignes mélodiques surgissent parfois, à l'image des premières mesure de 'My Creation' ou de 'The Last Dance'. D'une densité rampante, l'opus concentre dix titres râblés, bombes à retardement prêtes à exploser à tout moment. Bulldozer, il progresse à travers une géographie ravagée, s'abîmant dans les replis vicieux de la chair. Musicalement, le groupe brasse plusieurs influences. Au death moderne et groovy ('Full Destruction Of Time') qu'alimentent riffs épais, rythmique musculeuse et gorges profondes, viennent se greffer des touches plus old school et thrashy, témoin un pruneau de l'acabit de 'Over That Game'. Loin de se contenter d'abattre le petit bois, ces compos serpentent dans un dédale truffés de pièges et de trésors. La fin du très justement nommé 'Death', caverneux comme une fosse profonde, la décélération finale de 'Fucking Rain' ou encore 'Lies' que zèbrent des lignes de guitares gonflées de désespoir, illustrent la richesse d'une écriture dynamique. En définitive, Kaets se fend d'une carte de visite aussi ambitieuse que redoutable entre death surpuissant et thrash des familles. On a connu pires débuts ... Gageons que le groupe ne devrait pas en rester là ! (2015)
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