"Sarcophagus In The Sky", le nouvel opus de Heavydeath (swedish death doom), sera disponible le 17 novembre 2017 via Aftermath Music.
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KröniK | Heavydeath - In Circles We Die (2016)
Après avoir besogné derrière les fûts du côté d'un Necrocurse où son talent paraissait pour le moins sous-employé, suite au sabordage, en 2007, de son Runemagick dont il donnait l'impression d'avoir pressé tout le jus, Nicklas Rudolfsson semble depuis deux ans vouloir rattraper le temps perdu, retrouvant avec Heavydeath l'envie de forger ce death doom qui n'appartient qu'à lui. L'inspiration au garde-à-vous, rien, dès lors, ne peut plus l'arrêter. Résultat, le Suédois ne cesse de cracher avec frénésie sa semence granitique sous forme de démos et de EP (plus d'une quinzaine au totale depuis 2014, excusez du peu !), autant de brouillons qui ont préparé le terrain à « Eternal Sleepwalker », premier album longue durée qui fut, l'an passé, à la hauteur des attentes suscitées par cette myriade d'ébauches. D'autres, un peu moins nombreuses toutefois (on n'en compte que cinq !), ont depuis coulé sous le pont jusqu'à ce « In Circles We Die » qui le voit quitter le giron du finlandais Svart Records pour celui, tout aussi respectable, de l'allemand Iron Bonehead. S'il ne surprend pas vraiment, irrigué qu'il est par cette sève goudronneuse reconnaissable entre mille, et témoigne encore une fois que Heavydeath ne remplacera définitivement jamais Runemagick dont on a fait depuis longtemps le deuil, ce deuxième véritable effort continue, pour notre plus grand plaisir, de graver, dans la roche froide cet art d'une inexorabilité sentencieuse. Sans surprise peut-être pour qui est un fidèle du père Rudolfsson, cet opus ne se contente pourtant pas de creuser un sillon identique à « Eternal Sleepwalker » dont il reste cependant assez proche. Car, comme il savait si bien le faire avec son ancien port d'attache, Nicklas possède toujours cette faculté rare de forer à la manière d'une sinistre excavatrice une même matière, robuste et crépusculaire, au fil de ses offrandes, sans jamais se répéter. Cette façon masochiste de tournoyer au-dessus d'un gouffre sans fin ('Into Death's Black Void'), de libérer des riffs aux allures d'ondes sismiques qui se répandent ('Slumbering Monolith'), également intacte, l'homme aime prendre son temps, tricotant une toile qui palpite d'une force noire hypnotique. Dès 'As We Foretold', entame aussi massive que corrosive, nous sommes autant en terrain conquis que connu mais les chœurs telluriques qui l'enténèbrent lui confèrent des allures inédites de rituel caverneux. De fait, s'il ne se départit ni de son sens de l'écriture pétrifiée ('Bleak Future') ni de cette rythmique rocailleuse et encore moins de cette prise de son rêche, qui claque comme un coup de trique, le Suédois plonge cette fois-ci encore davantage dans des abîmes insondables grâce à sa voix plus terrifiante et souterraine que jamais, capable de siphonner la moindre trace de lumière, le plus petit souffle de vie. Tentaculaire et extrêmement personnel dans son expression d'une noirceur ascétique, « In Circles We Die » a quelque chose d'un bloc de matière brute dont chaque titre forme une marche supplémentaire, qui descendent dans les arcanes opaques de la terre. Sous l'entremise de son principal architecte, Heavydeath poursuit inlassablement l'érection d'un art séculaire et autarcique. 4/5 (2016)
Heavydeath | Eternal Sleepwalker (2015)
Quand bien même il ne s'était pas vraiment retiré, continuant à faire parler (un peu) de lui via The Funeral Orchestra et, dans une moindre mesure, Necrocurse, le fait est que depuis la mise en sommeil (mais pas en bière) en 2007 de Runemagick, la carrière de Nicklas Rudolfsson nous captivait toutefois moins qu'avant. Cet avant où il forgeait dans le marbre chaque année une nouvelle ode à la gloire d'un Doom death aussi sec que minéral. C'est pourquoi, depuis l'an passé, son retour aux (vraies) affaires a pris des allures résurrectionnelles. Et s'il n'a malheureusement pas encore décidé d'extraire Runemagick de sa gangue de glace, c'est en réalité (presque) tout comme, puisque Heavydeath, son nouveau projet, ressemble à si méprendre à son faux-frère jumeau. Alors que les aficionados ont été aguichés par des palettes entières de démos - huit au total ! - usinées de manière quasi frénétique durant ces derniers mois, à l'image des dernières en date, "Solus In Mortem" et "Futility & Death", le caractère interminable de l'attente de ce séminal opus tient du doux euphémisme. Les brouillons qui l'ont préparé et aujourd'hui ce "Eternal Sleepwalker" démontrent déjà une chose : combien Nicklas et cette façon de creuser les ombres d'un doom abrupt qui n'appartient qu'à lui, nous ont manqué durant toutes ces années, vide désormais enfin comblé. Ils témoignent surtout du talent intact du Suédois, accompagné de deux fidèles, le batteur Daniel Moilanen et le bassiste Johan Bäckman. Avec une signature aisément identifiable, ce vétéran de la scène death suédoise n'a donc perdu ni ce sens du riffing granuleux et répétitif, qui entraîne parfois les compos jusqu'au bord de la rupture lors de longs et pétrifiés développements ('Road To The Fire', 'Bow Down') ni cette croûte sonore extrêmement brute et volontairement dépouillée. Telluriques, les instruments semblent tous libérer des ondes venues des abîmes de la terre elle-même. Preuve de cette inspiration retrouvée, alors que le groupe aurait pu se contenter de puiser dans ses démos, "Eternal Sleepwalker" ne partage aucun titre avec celles-ci, ne proposant que du matériel inédit. Et quel matériel ! Du gigantesque 'Ascending' en guise d'amorce rampante qu'achève une dernière partie orgasmique, jusqu'au au rituel terminal (mais uniquement en bonus sur la version CD) 'Beyond The Riphean Mountains', étouffante plongée en apnée dont les coups de boutoir résonnent comme les ultimes battements de cœur d'un mourant, l'album a quelque chose d'une marche funèbre que mine une inexorabilité absolue. Aurait-il pu être le successeur de "Dawn Of The End", à ce jour, dernier signe de mort de Runemagick ? Oui et non. Oui, pour les caractères que nous venons d'évoquer mais non parce que le death doom que sculpte Heavydeath s'avère moins suffocant, moins monolithique quoique toujours prisonnier d'une lenteur funèbre que rien ne vient jamais vraiment rompre. Bref, "Eternal Sleepwalker" est le disque que nous n'attendions plus de la part d'un Nicklas Rudolfsson enfin de retour dans le caveau du doom. 4/5 (2015)
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