AU PIF

Affichage des articles dont le libellé est I Voidhanger. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est I Voidhanger. Afficher tous les articles

KröniK | Woebegone Obscured - Deathstination (2007)


Il y a réédition et réédition. Il y a celles qui croulent sous les bonus et les gadgets au point de phagocyter la valeur du travail d’origine. Et puis il y a celles qui se contente d’offrir une seconde vie à un album, sans rien de plus, si ce n’est au mieux un nouveau visuel, que la musique originelle. Ni remastering ni suppléments. Cette seconde voie est un peu celle retenue par I, Voidhanger Records, sous-division du label ATMF, qui s’est donné pour mission de se pencher au-dessus du berceau de certains disques, généralement des autoproductions, afin de leur apporter une exposition qu’ils n’ont pas forcément eu à l’époque de leur sortie. C’est donc le cas de Deathstination, gravé par Woebegone Obscured en 2007. En cinq plaintes suffocantes qui baignent dans un halo brumeux et opaque, les Danois dessinent un Funeral Black Doom aux contours flous, excavations tellement étouffantes qu’elles paraissent provenir du fin fond même de la terre ou d‘avoir été capturées dans un caisson de résonance en orbite dans l’espace. Et si on ne saurait affirmer que la face du genre aurait été changée sans lui, reconnaissons que cet essai s’enfonce vraiment très loin dans des marécages tourmentés et extrêmement noirs, presque charbonneux, et qu’il eu été dommage de passer à côté, quand bien même à l’heure d’Internet et du téléchargement (illégal ou pas), il paraît de plus en plus difficile pour un groupe d’échapper à une diffusion de son art aussi minime soit-elle. Deathstination semble être recouvert d’une gangue de suie, d’une couche grisâtre empêchant de distinguer avec précision ses formes et son contenu. Prétendre que cette musique est austère relève de l’euphémisme. De la voix d’outre-tombe caverneuse et profonde aux guitares trempées dans la rouille ("A Gust Of Demention") qui ne filent jamais droit ("Coils Of Inane Comatose"), tout contribue ici à conférer à ces longues et autistes déambulations des allures franchement autarciques. C’est lent, effroyable, et on a tout d’abord la désagréable impression que rien ne s’y passe, bloc aride et pétrifié dans un substrat de cendres grises. Puis peu à peu, à force de multiplier les stations sur ce chemin de croix avalé par l’obscurité, des nuances se font jour (ou plutôt nuit). Là quelques voix claires ("Maestitia"), ici une (timide) accélération, ailleurs une poignée d’accords squelettiques ("Stalactites"). Bref, voilà une belle corde à passer autour du coup pour les longues nuits d’hiver. 3/5 (2011)


Mare Cognitum | Phobos Monolith (2014)


On peut toujours faire confiance à I, Voidhanger pour défendre une certaine vision de l'art noir, évolutive et (souvent) passionnante. Mare Cognitum, la dernière signature de cette sous-division d'ATMF ne déroge pas à cette règle immuable, entité palpitant d'une sève aussi progressive que prolifératrice. Ce one-man band californien n'en est pas pour autant à son coup d'essai, déjà auteur de deux précédentes offrandes et d'un split partagé avec Spectral Lore. Ces quelques détails associés à un son superbe visuel, sont les précieux indices quant à la teneur de ce Phobos Monolith tentaculaire. Cosmique et mangeur d'espace, cet opus décolle très haut vers des sphères célestes où l'homme n'a pas sa place, oeuvre démiurgique venu des profondeurs d'un trou noir. Constituée de quatre (très) longues pistes, celle-ci aurait pu paraître difficile d'accès, ardue à pénétrer. Elle aurait aussi pu s'essouffler en cours de route, ce genre de format épique n'étant pas donné à tout le monde. Or il n'en est rien. Mieux et osons le crier très fort, Phobos Monolith se pose d'emblée comme un monument de Black Metal atmosphérique. A son écoute, il est permis de penser un peu à Agalloch, pour la voix du seul maître des lieux, le dénommé Jacob Buczarski, la dimension folklorique et automnale en moins. Ceci dit, une certaine tristesse ourle ces compositions priapiques, notamment 'Noumenon', titre plus posé que le reste du menu galvanisé par une énergie comme venu de la fin des temps. Sa première partie justifie à elle seule sa découverte. L'album s'ouvre en effet sur les 13 minutes de 'Weaving The Thread Of Transcendence', périple fantastique aux multiples aplats. Après une lente et instrumentale entame belle à pleurer qui étend un tapi d'ambiances doucement mélancoliques, le ton se durçit et le titre démarre finalement pour dresser une grandiose érection vers les étoiles. Soulignée par des nappes de claviers aux accents cosmiques, la guitare galope, traçant dans la terre de majestueux sillons. Propulsé par des blasts stroboscopiques, 'Entropic Hallucinations' braconne sur les terres froides et mécaniques des Darkspace et autre Borgne, pour un résultat aussi beau que cataclysmique. Si, du haut de 15 minutes au compteur, le terminal 'Ephemeral Eternities', ceint de touches plus ambient, n'évite sans doute pas quelques longueurs, ce maigre défaut ne grève en rien l'impressionnante réussite de Phobos Monolith tout du long envoûtant dont chaque écoute donne aussitôt envie de remettre le couvert., marque des grands albums s'il en est... (2015)


KröniK | Woebegone Obscured - Marrow Of Dreams (2013)


Le gouffre qui sépare Marrow Of Dreams de son prédécesseur, Deathstination , est un peu à l'image des différences entre leur artwork respectif, le premier étant aussi lumineux que le second était obscur et charbonneux. Du coup, ceux qui s'attendaient tout simplement à reprendre une bonne louche d'un Doom funéraire caverneux en seront pour leur frais. Il serait exagérer d'affirmer que ce n'est quasiment plus le même groupe, évoquer ce point n'est pourtant pas anodin. Comment expliquer une telle évolution ? Le nombre d'années (six ans) qui se sont écoulé entre les deux albums peut être une première raison, long tunnel propice à la maturation d'un style qui n'était encore qu'en gestation en 2007. Le fait que Woebegone Obscured ait peu à peu muté en un véritable groupe quand il n'était autrefois que le terrain vague des seuls D. Woe et K. Woe, celui-ci ayant depuis quitté le navire, explique très certainement ce changement, bénéfique, il faut bien l'avouer, l'identité, sinistre et austère à leurs débuts, des Danois ayant gagné non seulement en puissance organique mais surtout en beauté émotionnelle. S'il ne subsiste de ses origines funéraires guère plus que quelques oripeaux qu'incarnent chant d'outre-tombe et tempo figé dans une lenteur agonisante ainsi qu'un goût intact pour les (très) longs développements, l'opus ne s'abîme pas moins dans les profondeurs d'une noirceur désormais plus triste et atmosphérique que cryptique. Tissant des câbles de désespoir, les guitares n'hésitent pas néanmoins à s'aventurer sur des chemins plus légers, plus étonnants également, témoin ce "Crystal Void" à la mélancolie pointilliste qui voit cet instrument s'élever parfois très haut vers un ciel bleu toutefois vite chargé en sombres nuages. Le terminal "Into The Mindcloud" abrite lui aussi ces lignes squelettiques curieusement presque jazzy ou acoustiques et hispanisantes belles à en pleurer. Mais c'est du côté des parties vocales que le changement se révèle sans doute le plus brutal sinon le plus significatif, le chant clair posant ses notes fragiles durant (presque) chacun des cinq titres de Marrow Of Dreams . Maladroit par moment, celui-ci confère cependant à l'album une espèce de fébrilité touchante, à l'image de "Vacuum Ocean". Tous ces éléments façonnent une ambivalence qui manquait à Deathstination , oeuvre plus monotone durant laquelle rien ne semblait se passer. Faussement immobile, son successeur a quelque chose d'un Janus sonore, tragique mais coloré, interminable mais surprenant, vibrant de vie, une vie toutefois triste et sans espoir. Evitant parfois de peu de sombrer dans de fâcheuses longueurs, Marrow Of Dreams est suffisamment riche pour passionner tout du long, ouvrant de vastes perspectives pour ce projet dont l'aura modeste est inversement proportionnelle à son potentiel. Gageons que cette offrande, d'une richesse limpide, devrait lui permettre de toucher un plus large public. 3.5/5 (2013)


KröniK | Ysengrin - To Endotaton (2012)


Autrefois fantasme d'une poignée d'explorateurs, essentiellement issus du moule progressif, cela fait bien longtemps maintenant que graver un album composé d'un seul titre ne fait plus peur à personne et surtout pas aux modestes artisans de l'underground. Après tout, il n'est pas plus difficile d'écrire une (très) longue compo qu'un hymne où tout est résumé en 4 minutes chrono en main. Non, par contre, écrire un BON titre l'est bien davantage. On pourrait penser qu'il faut tout de même en avoir des grosses pour tenter le relever un défi synonyme, même lorsqu'il est atteint, de suicide commercial. Mais Ysengrin, encore peu connu malgré déjà sept ans d'existence, deux opuscules et deux splits, dont le dernier partagé avec Aorlhac, Darkenhöld et Ossuaire, n'a pas ce problème là. Bénéficiant d'une totale liberté que lui confère la confidentialité de sa renommée et de l'appui de ATMF via sa sous division I, Voidhanger, qu'il a préféré à De Profundis qui était pourtant fait pour lui, le groupe, formé de musiciens qui traînent depuis quelques années déjà au sein de la chapelle noire hexagonale, se lance donc tranquillement et non sans une certaine réussite dans cet exercice ô combien casse-gueule. Le résultat est ce To Endotaton , piste de 40 minutes de prime abord pas toujours aisée à cerner en cela que sur un socle plutôt Doom seventies s'érige un tertre aux arcanes Black Metal. Le rythme est lent, envoûtant parfois, ce qui n'empêche pas le morceau d'être traversé par de nombreux passages, certains (relativement) plus rapides. Ambiances gothiques à l'italienne (façon Death SS), tapissées par des claviers d'un sombre liturgie, chant caverneux ou plus solennel, guitares rugueuses où suinte les racines ténébreuses d'Ysengrin et lignes de basse véloces se conjuguent sans jamais ennuyer, quand bien même la seconde partie se révèle plus intéressante, le groupe parvenant à échapper au piège fâcheux de l'assemblage maladroit de segments mis bout à bout pour atteindre la durée requise. On passe de soli mélodiques à des arpèges acoustiques, de lourdes reptations à l'accélération finale très Black et tout n'y est pas maîtrisé, notamment la prise de son un peu rêche, cependant que fait défaut à cette néanmoins ambitieuse composition davantage de liant, ce qui lui aurait permis de gommer ses atours abruptes. Mais les Français s'en sortent avec les honneurs et non pas à rougir de la comparaison avec d'autres plus connus qu'eux qui se sont également aventuré sur ce chemin le temps d'un album, comme cela fut le cas de Impiety par exemple qu'on n'imaginait pourtant pas à cette sauce. To Endotaton leur offrira-t-ils le sésame vers une reconnaissance accrue et méritée ? L'avenir nous le dira... (2012)

KröniK | Midnight Odyssey - Firmament (2009)


Saluons pour commencer l'heureuse initiative de Atmf via sa sous division I, Voidhanger Records qui a récupéré dans son giron ce Firmament, seconde offrande de Midnight Odyssey jusqu'à présent seulement disponible sous la forme d'un modeste cd-r. Heureuse initiative car il aurait vraiment été dommage de passer à côté de cette pépite qui a vu la nuit l'an passé, expulsée d'un sol australien décidément aussi riche qu'actif en matière de black métal. Avec des entités de l'acabit de Naxzul, Drowning The Light et bien évidemment Austere, pour n'en citer que quelques unes, cette terre des antipodes est en passe de devenir l'épicentre principal du séisme noir. On se s'en plaindra pas.
Jouet d'une seule créature de la nuit qui telle une pieuvre s'est chargée de tous les instruments hormis la batterie, Midnight Odyssey accouche avec Firmament d'un grand disque de black métal aux traits à la fois mélodiques et épiques. Les cris aiguës comme vomis du fin fond de la Moria pourra évoquer ceux qu'affectionne Austere. De même, les nombreuses surfaces ambient que remplit le bonhomme, soit par le biais des plages instrumentales qui balisent le menu soit sous la forme de prémices ("From Forest to Firmament") permettent de déceler des emprunts à burzum.  Pour autant, Midnight Odyssey façonne un art noir assez personnel. Cette signature, il la doit à une façon d'envahir l'espace qu'il tapisse de nappes de claviers bourgeonnantes d'une belle luxuriance. Sur un substrat de guitares polluées, ce sont de très longues compositions qui avalent les minutes en étendant leurs ramifications ténébreuses. Chacune d'entre elles est une porte ouverte sur un monde crépusculaire aux accents tragiques à limage de "As Dark and Ominous as Stormclouds" par exemple, que les lignes grésillantes strient tel un voile brumeux et que transperce un chant de gargouille possédée. Citons  aussi "Storms of Fire and Ice" qui ne prend son lourd envol qu'après une lente mise en bouche, lancinante dérive d'ambiances mortuaires et quasi instrumentales. Une découverte. 3/5 (2010) | Facebock