Alors qu'il semblait éternellement lié au légendaire Prophecy Productions, label qui publia il y a douze ans son premier album "Souvenirs d'un autre monde" et au sein duquel il avait toute sa place, c'est avec étonnement que nous retrouvons aujourd'hui Alcest dans l'écurie du puissant Nuclear Blast.
AU PIF
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Nature Morte | NM1 (2018)
Nature Morte, qu'il ne faut pas confondre avec ses obscurs homologues russe et bolivien, est un trio français, basé plus précisément à Paris. S'il coche toutes les cases du (post) black metal moderne, tant dans la forme (musiciens dont les traits sont brouillés ou avalés par une capuche) que dans le fond (un art noir qui s'affranchit des frontières), le groupe mérite mieux que cette vitrine à la mode derrière laquelle est tapi un potentiel aussi évident qu'effronté.
KröniK | Non- - S/T (2017)
Nouvelle découverte du label Distant Voices, Non- est le jardin secret d'une seule âme, celle de Jack Whelan, laquelle offre avec cet EP éponyme son premier signe de mort. En quatre pistes, le misanthrope dévoile un post black metal torrentiel tavelé de discrètes touches atmosphériques voire shoegaze (soit les trois côtés complémentaires d'un même triangle mélancolique), ce qu'illustre Regret qu'éclaire en fin de parcours un chant féminin spectral, celui de Suzanne Yeremyan. Cette dernière n'est pas la seule à seconder le maître des lieux qui a confié pour l'occasion les synthés et les samples à deux autres êtres humains, présence qui confère à l'objet une dimension organique loin de ces créations qui ne peuvent masquer leur approche confinée et individuelle.
Néanmoins dans l'esprit, Non- demeure bien un véhicule solitaire errant à travers un territoire désolé. Dans le fond, qui laboure le même champs à base de solitude et de tristesse, comme dans la forme, avec ce chant hurlé et cette cadence écumeuse, Whelan aligne tous les codes du genre comme des pinces à linge sur un fil (Absent,Yearn). Or c'est quand elle dévie, certes timidement, de la trajectoire tracée que l'oeuvre gagne en intérêt, le temps des deux derniers titres. Le déjà cité Regret, enrichi de nappes de claviers fantomatiques et de mélopées féminines à l'intérieur d'une construction surprenante car pour une bonne moitié instrumentale, puis Love / Loss dont les 11 minutes au compteur, ouvrent un paysage au relief accidenté, fait de vastes plaines à travers lesquelles galope une guitare trempée dans la rouille, de prairies paisibles et des falaises dressées par une batterie pulsative, montrent ainsi le chemin que l'Américain devrait à l'avenir emprunter. Prometteuse, cette carte de visite témoigne d'un potentiel certain qui reste encore à dépuceler, dans une veine post black shoegaze que son géniteur exploite non sans personnalité. 3/5 (15/10/2017)
Néanmoins dans l'esprit, Non- demeure bien un véhicule solitaire errant à travers un territoire désolé. Dans le fond, qui laboure le même champs à base de solitude et de tristesse, comme dans la forme, avec ce chant hurlé et cette cadence écumeuse, Whelan aligne tous les codes du genre comme des pinces à linge sur un fil (Absent,Yearn). Or c'est quand elle dévie, certes timidement, de la trajectoire tracée que l'oeuvre gagne en intérêt, le temps des deux derniers titres. Le déjà cité Regret, enrichi de nappes de claviers fantomatiques et de mélopées féminines à l'intérieur d'une construction surprenante car pour une bonne moitié instrumentale, puis Love / Loss dont les 11 minutes au compteur, ouvrent un paysage au relief accidenté, fait de vastes plaines à travers lesquelles galope une guitare trempée dans la rouille, de prairies paisibles et des falaises dressées par une batterie pulsative, montrent ainsi le chemin que l'Américain devrait à l'avenir emprunter. Prometteuse, cette carte de visite témoigne d'un potentiel certain qui reste encore à dépuceler, dans une veine post black shoegaze que son géniteur exploite non sans personnalité. 3/5 (15/10/2017)
KröniK | Sadness - Tundra (2016)
Après Somewhere Along Our Memory, Rose / Lavender et le Home Find Me de Left Alone, l'un des nombreux projets de Elisa, son unique maître des lieux, Distant Voices poursuit sa collaboration avec Sadness dont il réédite Tundra, agrégat de quatre plaintes capturées en 2015. Si le fruit de cette association n'est pas ce que nous préférons dans le catalogue confidentiel de ce précieux artisan de l'art noir, contrairement aux offrandes de Misery, Aube Grise, Arbre ou Brouillard, reconnaissons que cette somme, par son minimalisme (quasi) instrumental, n'est dénuée ni d'une forme de beauté diaphane ni d'un élan émotionnel qui le rendent attachant.
Plus mélancolique que dépressif, plus misérable que négatif, Sadness y tricote un back metal qui n'a de noir que le nom, errance squelettique aux confins du Shoegaze. Bien qu'il faille patienter jusqu'à The Lightly Falling In Our Storm pour entendre des vocalises écorchées, Soâr puis Autumn Wind qu'égrène un piano figé dans un strict dénuement, pleurent davantage, en quelques accords solitaires, un désespoir contrit qui touche au coeur. Fidèle à une écriture dont il ne se départira sans doute jamais, l'Américain rumine son spleen automnal qui trouve en Ensound l'écrin le plus achevé. Du haut de ses vingt-cinq minutes au garrot, cette complainte résume à elle-seule cette démesure grisâtre aux traits répétitifs. Le chant hurlé de notre hôte hachure ce paysage aussi délavé qu'isolé qu'irriguent une guitare paresseuse. La chorale féminine qui le drape tel un suaire, siphonne le peu de noirceur qu'elle exsude mais l'auréole cependant d'une grâce spectrale. Collection d'inédits, Tundra, outre le fait qu'il illustre la diarrhée créatrice de son auteur, montre un Sadness tel qu'en lui-même, peintre d'une tristesse évanescente et intimiste. Ceux qui le suivent au gré de ses (nombreuses) réalisations, puiseront là matière à cultiver leur mélancolie suicidaire. Quant aux autres, ils passeront une fois de plus leur chemin, n'y croisant pas les ténèbres convoitées... (08/10/2017)
Plus mélancolique que dépressif, plus misérable que négatif, Sadness y tricote un back metal qui n'a de noir que le nom, errance squelettique aux confins du Shoegaze. Bien qu'il faille patienter jusqu'à The Lightly Falling In Our Storm pour entendre des vocalises écorchées, Soâr puis Autumn Wind qu'égrène un piano figé dans un strict dénuement, pleurent davantage, en quelques accords solitaires, un désespoir contrit qui touche au coeur. Fidèle à une écriture dont il ne se départira sans doute jamais, l'Américain rumine son spleen automnal qui trouve en Ensound l'écrin le plus achevé. Du haut de ses vingt-cinq minutes au garrot, cette complainte résume à elle-seule cette démesure grisâtre aux traits répétitifs. Le chant hurlé de notre hôte hachure ce paysage aussi délavé qu'isolé qu'irriguent une guitare paresseuse. La chorale féminine qui le drape tel un suaire, siphonne le peu de noirceur qu'elle exsude mais l'auréole cependant d'une grâce spectrale. Collection d'inédits, Tundra, outre le fait qu'il illustre la diarrhée créatrice de son auteur, montre un Sadness tel qu'en lui-même, peintre d'une tristesse évanescente et intimiste. Ceux qui le suivent au gré de ses (nombreuses) réalisations, puiseront là matière à cultiver leur mélancolie suicidaire. Quant aux autres, ils passeront une fois de plus leur chemin, n'y croisant pas les ténèbres convoitées... (08/10/2017)
KröniK | Left Alone... - Home Find Me... (2015)
Après Sadness, Distant Voices poursuit sa collaboration avec Elisa, jeune musicien d'origine mexicaine, âgé de vingt ans, qui enregistre des offrandes comme d'autres vont au cabinet. Souffrant d'une sorte de priapisme musical, associé à un mal-être qui semble infini, cette âme solitaire ne peut conserver sa semence que pour un seul projet, préférant au contraire se démultiplier même si l'humus dans lequel il aime à se repaître reste plus ou moins identique, errant quelque part entre art noir dépressif et black metal enkysté de miasmes shoegaze. Toujours au stade de la démo (six au total pour le moment), Left Alone...Hom est l'une de ses concubines suicidaires qu'il besogne à côté de son principal port d'attache.
Publiée à l'origine par Depressive Illusions Records, l'hostie a droit aujourd'hui à une seconde peau grâce à notre précieux artisan qui la réédite, habillé d'un nouvel artwork réalisé par l'artiste maison Anna M.(Aube Grise). Le bonhomme y récite trois psaumes qui étirent soixante minutes d'une désolation misérable, fidèle en cela à des standards dont il ne se départira sans doute jamais. Petite soeur de Sadness, cette entité rumine toutefois un black plus doloriste encore. Ce faisant, Left Alone... trempe ses pinceaux dans une palette plus noire que son aîné, quand bien même les premières mesures de So Cold..., pleurées par un piano pétrie de contrition, macèrent davantage dans le sirop que dans le mazout, impression confirmée par le reste de la complainte qui se traîne inutilement sans jamais vraiment s'enfoncer dans les abysses, contrairement à l'éponyme Left Alone qui voit le flagellant marcher sur les pas sinistres d'un Woods Of Desolation. De fait et même s'il ne pourra jamais fouiller les ténèbres avec la négativité requise, on préfère Elisa dans ce registre plus crépusculaire qu'ombrageux. Avec peu, il parvient à trancher les veines d'où s'écoule le flot d'une tristesse sans fin (Einsam). Quelques accords et un timbre écorché lui suffisent pour appuyer sur l'interrupteur et plonger la chambre dans une obscurité que peuple tout un cortège de regrets et de souvenirs désenchantés. 3/5 (18/06/2017)
Publiée à l'origine par Depressive Illusions Records, l'hostie a droit aujourd'hui à une seconde peau grâce à notre précieux artisan qui la réédite, habillé d'un nouvel artwork réalisé par l'artiste maison Anna M.(Aube Grise). Le bonhomme y récite trois psaumes qui étirent soixante minutes d'une désolation misérable, fidèle en cela à des standards dont il ne se départira sans doute jamais. Petite soeur de Sadness, cette entité rumine toutefois un black plus doloriste encore. Ce faisant, Left Alone... trempe ses pinceaux dans une palette plus noire que son aîné, quand bien même les premières mesures de So Cold..., pleurées par un piano pétrie de contrition, macèrent davantage dans le sirop que dans le mazout, impression confirmée par le reste de la complainte qui se traîne inutilement sans jamais vraiment s'enfoncer dans les abysses, contrairement à l'éponyme Left Alone qui voit le flagellant marcher sur les pas sinistres d'un Woods Of Desolation. De fait et même s'il ne pourra jamais fouiller les ténèbres avec la négativité requise, on préfère Elisa dans ce registre plus crépusculaire qu'ombrageux. Avec peu, il parvient à trancher les veines d'où s'écoule le flot d'une tristesse sans fin (Einsam). Quelques accords et un timbre écorché lui suffisent pour appuyer sur l'interrupteur et plonger la chambre dans une obscurité que peuple tout un cortège de regrets et de souvenirs désenchantés. 3/5 (18/06/2017)
KröniK | Sadness - Somewhere Along Our Memory (2016)
Né à Mexico en 1997 mais installé désormais dans l'Illinois, Elisa (mais Damián Antón Ojeda pour l'Etat civil) fait partie de ces musiciens dont le stakhanovisme force le respect, même si certains grincheux ne manqueront pas d'affirmer que ce black metal d'obédience (vaguement) dépressive que le jeune homme rumine, facilite de part sa nature répétitive et onanique ce genre de diarrhée créatrice. Pas faux.
Mais cela n'enlève rien à l'inspiration de cette âme solitaire déjà auteur en l'espace de deux années à peine et sous la seule bannière d'un Sadness qui n'est que l'un de ses nombreux jouets, d'une palanquée d'albums, onze au total, à ce jour et sans compter toutes les miettes habituelles (démos, split, EP) dans lesquelles aiment se repaître ces artistes reclus. Somewhere Along Our Memory... a connu un long chemin avant de débarquer dans le catalogue de Distant Voices, voyant d'abord la nuit en janvier 2016 sur la page Bandcamp du bonhomme alors uniquement disponible en téléchargement, puis édité le mois suivant en cassette par Depressive Illusions Records, avant de bénéficier de cette sortie en CD, agrémenté d'un nouvel artwork et enrichi d'une piste supplémentaire, The Way She Smiles, aboutissant à un résultat long de plus d'une heure au compteur ! Nous aurions pu craindre que cette durée généreuse quoique excessive rende difficile sinon ennuyeuse la défloration de ce menu pantagruélique, d'autant plus que les six titres seulement qui l'habitent, déroulent chacun une trame pour le moins dilatée, When The First Snow Fell... culminant même à presque 20 minutes au garrot. Il n'en est pourtant rien tant sa progression conserve une fluidité éthérée. Seul à la barre, le maître des lieux étire un tapis plus mélancolique que véritablement suicidaire, en évitant parfois de peu de sombrer dans un maniérisme misérable lorsque des envolées shoegaze ourlent ces compositions minées par la componction (D'un ciel de nuit). Le plus souvent hurlé, le chant se met toutefois en retrait au profit d'un canevas instrumental que tricotent guitare stratosphérique et piano intimiste. L'écoute de Somewhere Along Our Memory... nous évoque de tristes rêveries, à travers la solitude de paysages désolés quoique lumineux (Kiss In October). De fait et bien qu'il soit corseté par des regrets et des fautes qui ne peuvent être effacées, l'album ne charrie aucune négativité, irradiant au contraire la force positive de se battre, d'affronter les épreuves d'une vie bordée de malheur. Proche du Alcest contemporain, le génie visionnaire et douloureusement émotionnel de Neige en moins cependant, Sadness délivre avec cet opus la bande-son introspective d'une existence teintée d'amertume. 2.5/5 (2017) | Facebook
Mais cela n'enlève rien à l'inspiration de cette âme solitaire déjà auteur en l'espace de deux années à peine et sous la seule bannière d'un Sadness qui n'est que l'un de ses nombreux jouets, d'une palanquée d'albums, onze au total, à ce jour et sans compter toutes les miettes habituelles (démos, split, EP) dans lesquelles aiment se repaître ces artistes reclus. Somewhere Along Our Memory... a connu un long chemin avant de débarquer dans le catalogue de Distant Voices, voyant d'abord la nuit en janvier 2016 sur la page Bandcamp du bonhomme alors uniquement disponible en téléchargement, puis édité le mois suivant en cassette par Depressive Illusions Records, avant de bénéficier de cette sortie en CD, agrémenté d'un nouvel artwork et enrichi d'une piste supplémentaire, The Way She Smiles, aboutissant à un résultat long de plus d'une heure au compteur ! Nous aurions pu craindre que cette durée généreuse quoique excessive rende difficile sinon ennuyeuse la défloration de ce menu pantagruélique, d'autant plus que les six titres seulement qui l'habitent, déroulent chacun une trame pour le moins dilatée, When The First Snow Fell... culminant même à presque 20 minutes au garrot. Il n'en est pourtant rien tant sa progression conserve une fluidité éthérée. Seul à la barre, le maître des lieux étire un tapis plus mélancolique que véritablement suicidaire, en évitant parfois de peu de sombrer dans un maniérisme misérable lorsque des envolées shoegaze ourlent ces compositions minées par la componction (D'un ciel de nuit). Le plus souvent hurlé, le chant se met toutefois en retrait au profit d'un canevas instrumental que tricotent guitare stratosphérique et piano intimiste. L'écoute de Somewhere Along Our Memory... nous évoque de tristes rêveries, à travers la solitude de paysages désolés quoique lumineux (Kiss In October). De fait et bien qu'il soit corseté par des regrets et des fautes qui ne peuvent être effacées, l'album ne charrie aucune négativité, irradiant au contraire la force positive de se battre, d'affronter les épreuves d'une vie bordée de malheur. Proche du Alcest contemporain, le génie visionnaire et douloureusement émotionnel de Neige en moins cependant, Sadness délivre avec cet opus la bande-son introspective d'une existence teintée d'amertume. 2.5/5 (2017) | Facebook
KröniK | Alcest - Kodama (2016)
Qu'il semble loin le temps de la démo "Tristesse Hivernale" où Alcest avait alors pleinement sa place au sein de la chapelle noire, au milieu des autres groupes du label Drakkar Productions. S'il y aura bien encore quelques (rares) ayatollahs pour regretter cette époque, force est de reconnaître que le groupe a su évoluer avec intelligence et délicatesse, larguant en fait très vite les amarres pour accoster des rivages de plus en plus aériens, plus personnels également, au point de devenir à son tour une référence, son écriture unique entre black évanescent et post rock désenchanté aux confins d'un shoegaze plus déchirant que misérable, désormais pillée mais (forcément) jamais égalée.
Neige, son créateur, a su au fil des années et des offrandes, peaufiner son art sans gommer son âme ni copier telle formation à la mode - quoique certaines références soient décelables, lesquelles affleurent plus qu'elles ne le façonnent - pour au bout du compte, fixer sa signature reconnaissable entre mille, autant grâce à son chant clair d'une fragilité vespérale qu'à ses lignes de guitare dont la cosse de noirceur qui les corsète ne les empêche pas de s'envoler très haut vers des sphères inconnues. Si chacun de ses opus se révèlent dans leurs différences, ceux-ci n'en forment pas moins, pierre par pierre, un ensemble homogène, tertre nimbé d'un voile de brume dont on distingue peu à peu les contours. Ainsi, à l'irradiant "Shelter" succède en ce début d'automne 2016 le très attendu "Kodama", ni resucée de son prédécesseur ni regard plus loin en arrière vers "Ecailles de Lune" ou "Les Voyages de l'âme" et ce, en dépit du retour affirmé du chant black et de l'érection de modelés aux traits appuyés. Comme le suggère son nom, qui peut signifier l'esprit de l'arbre ou écho, ainsi que son visuel, ce cinquième album puise dans la culture japonaise à la fois certaines de ses couleurs et surtout une forme de spiritualité fantomatique. Cette inspiration détermine les accents lumineux, néanmoins conjugués à une force ténébreuse d'une œuvre toute en clair-obscur, tout du long écartelée entre ombre et lumière, entre rage et sérénité. Si la batterie pulsative du fidèle Winterhalter ('Oiseaux de proie') et ces éruptions de six-cordes ferrugineuses combinées à ces saillies vocales hurlées ('Eclosion') diffusent une obscurité volatile, la voix claire et les lignes de guitare pointillistes du maître des lieux sont les faisceaux d'une douce clarté que souligne sur le titre éponyme la présence spectrale de Sylvaine avec laquelle Neige a d'ailleurs collaboré sur "Wistful". A ce titre, il nous faut insister sur cette tessiture vocale d'une belle variété, qui a certes toujours été soignée mais qui atteint dans le cas présent une dimension quasi divine. Alternant longues pièces, écrins de trésors nichés dans les replis de leur intimité, à l'image de la démentielle ouverture éponyme ou de 'Je suis d'ailleurs', et respirations plus courtes ('Untouched', 'Onyx'), "Kodama" a quelque chose d'un voyage dont la durée resserrée ne le rend que plus intense, vibrant d'une émotion volcanique et néanmoins presque insaisissable. Là réside toute l'ambivalence plus que jamais affirmée d'une écriture qui constamment nous échappe au moment où l'on croit la cerner... Là réside aussi son caractère finalement unique qui laissera toujours Alcest planer très haut au-dessus du bataillon de ses suiveurs de plus en plus nombreux. Miraculeux, cet opus ouvre encore de nouveaux horizons pour ses auteurs qui continuent d'avancer, de progresser, les entraînant le long d'un chemin passionnant à suivre. (2016) ⍖⍖⍖
Neige, son créateur, a su au fil des années et des offrandes, peaufiner son art sans gommer son âme ni copier telle formation à la mode - quoique certaines références soient décelables, lesquelles affleurent plus qu'elles ne le façonnent - pour au bout du compte, fixer sa signature reconnaissable entre mille, autant grâce à son chant clair d'une fragilité vespérale qu'à ses lignes de guitare dont la cosse de noirceur qui les corsète ne les empêche pas de s'envoler très haut vers des sphères inconnues. Si chacun de ses opus se révèlent dans leurs différences, ceux-ci n'en forment pas moins, pierre par pierre, un ensemble homogène, tertre nimbé d'un voile de brume dont on distingue peu à peu les contours. Ainsi, à l'irradiant "Shelter" succède en ce début d'automne 2016 le très attendu "Kodama", ni resucée de son prédécesseur ni regard plus loin en arrière vers "Ecailles de Lune" ou "Les Voyages de l'âme" et ce, en dépit du retour affirmé du chant black et de l'érection de modelés aux traits appuyés. Comme le suggère son nom, qui peut signifier l'esprit de l'arbre ou écho, ainsi que son visuel, ce cinquième album puise dans la culture japonaise à la fois certaines de ses couleurs et surtout une forme de spiritualité fantomatique. Cette inspiration détermine les accents lumineux, néanmoins conjugués à une force ténébreuse d'une œuvre toute en clair-obscur, tout du long écartelée entre ombre et lumière, entre rage et sérénité. Si la batterie pulsative du fidèle Winterhalter ('Oiseaux de proie') et ces éruptions de six-cordes ferrugineuses combinées à ces saillies vocales hurlées ('Eclosion') diffusent une obscurité volatile, la voix claire et les lignes de guitare pointillistes du maître des lieux sont les faisceaux d'une douce clarté que souligne sur le titre éponyme la présence spectrale de Sylvaine avec laquelle Neige a d'ailleurs collaboré sur "Wistful". A ce titre, il nous faut insister sur cette tessiture vocale d'une belle variété, qui a certes toujours été soignée mais qui atteint dans le cas présent une dimension quasi divine. Alternant longues pièces, écrins de trésors nichés dans les replis de leur intimité, à l'image de la démentielle ouverture éponyme ou de 'Je suis d'ailleurs', et respirations plus courtes ('Untouched', 'Onyx'), "Kodama" a quelque chose d'un voyage dont la durée resserrée ne le rend que plus intense, vibrant d'une émotion volcanique et néanmoins presque insaisissable. Là réside toute l'ambivalence plus que jamais affirmée d'une écriture qui constamment nous échappe au moment où l'on croit la cerner... Là réside aussi son caractère finalement unique qui laissera toujours Alcest planer très haut au-dessus du bataillon de ses suiveurs de plus en plus nombreux. Miraculeux, cet opus ouvre encore de nouveaux horizons pour ses auteurs qui continuent d'avancer, de progresser, les entraînant le long d'un chemin passionnant à suivre. (2016) ⍖⍖⍖
KröniK | Alcest - Ecailles de lune (2010)
Etonnant parcours que celui de Neige chanteur émotionnel et guitariste habité. Au départ, du Black metal, celui de Peste Noire dont il a longtemps été un accessoire, de Mortifera et du premier signe de mort de son propre projet Alcest, Tristesse hivernale. A l'arrivée, un metal plus atmosphérique (Le secret, Souvenirs d'un autre monde) qui a su larguer les amarres quand bien même les racines noires font parfois encore plus qu'affleurer à la surface, témoin la participation du musicien au Race Of Cain de Forgotten Woods et au .Neon de Lantlôs. Après le testament de Amesoeurs offert dans une incompréhension regrettable, Neige revient avec ce que l'on peut considérer comme son jardin secret.
Ecailles de Lune, que précédait un split précieux avec Les Discrets, le groupe de son ancien compère Fursy Teyssier, marque un retour vers des atours parfois franchement Black. Alcest est détenteur d'une identité qui n'appartient qu'à lui. Un son granuleux, une voix fragile qui semble souvent être à deux doigts de se briser et ce dosage entre un rock intimiste et une ambiance héritée du Black metal déterminent notamment cette signature singulière. Ce deuxième opus marque le retour des compositions qui se déploient sur des durées assez longues (trois des six pistes dépassent les huit minutes), format propice à l'installation d'atmosphères stratosphériques et d'une douce mélancolie. Ecailles de Lune s'ouvre sur le diptyque éponyme. Aérienne, la première partie tricote des effluves presque post rock. Aidé de sa guitare qui décolle très haut vers un ciel cependant chargé de nuages, Neige pose son chant insaisissable sur cette trame que mine un désenchantement profond. L'accélération finale qui s'enfoncent dans un substrat très Black est des plus jouissives cependant que le second volet le voit renouer avec un registre écorché qui lui sied tout autant. Très sombre, cette partie progresse néanmoins peu à peu vers une lumière grise, celle du début, ce qui contribue à conférer à "Ecailles de lune" des allures cycliques. Enténébré par le chant hurlé du Français, "Percées de lumière" réussit la synthèse parfaite entre metal noir grésillant et envolée post rock. L'homme y tisse un canevas écrit à l'encre d'une émotion à fleur de peau. Après le court instrumental "Abysses", l'album entame sa dernière ligne droite avec tout d'abord le diaphane "Solar Song" qui irradie une chaleur lumineuse, perle blanche d'une beauté vaporeuse. Puis, en un murmure contemplatif, "Sur l'océan couleur de fer" entraîne Ecailles de Lune, de longues minutes durant, vers une mort lente et légère comme une bulle, rêverie d'une poésie fantomatique. Alcest semble alors complètement échapper au monde du physique. On voudrait l'attraper qu'il nous échapperait à tout jamais. Presque quatre ans après Souvenirs d'un autre monde, Neige signe une oeuvre très belle, une épure qui s'impose (pour l'instant) comme l'apogée de sa carrière sous cette bannière. (10/03/2010) ⍖⍖⍖
Ecailles de Lune, que précédait un split précieux avec Les Discrets, le groupe de son ancien compère Fursy Teyssier, marque un retour vers des atours parfois franchement Black. Alcest est détenteur d'une identité qui n'appartient qu'à lui. Un son granuleux, une voix fragile qui semble souvent être à deux doigts de se briser et ce dosage entre un rock intimiste et une ambiance héritée du Black metal déterminent notamment cette signature singulière. Ce deuxième opus marque le retour des compositions qui se déploient sur des durées assez longues (trois des six pistes dépassent les huit minutes), format propice à l'installation d'atmosphères stratosphériques et d'une douce mélancolie. Ecailles de Lune s'ouvre sur le diptyque éponyme. Aérienne, la première partie tricote des effluves presque post rock. Aidé de sa guitare qui décolle très haut vers un ciel cependant chargé de nuages, Neige pose son chant insaisissable sur cette trame que mine un désenchantement profond. L'accélération finale qui s'enfoncent dans un substrat très Black est des plus jouissives cependant que le second volet le voit renouer avec un registre écorché qui lui sied tout autant. Très sombre, cette partie progresse néanmoins peu à peu vers une lumière grise, celle du début, ce qui contribue à conférer à "Ecailles de lune" des allures cycliques. Enténébré par le chant hurlé du Français, "Percées de lumière" réussit la synthèse parfaite entre metal noir grésillant et envolée post rock. L'homme y tisse un canevas écrit à l'encre d'une émotion à fleur de peau. Après le court instrumental "Abysses", l'album entame sa dernière ligne droite avec tout d'abord le diaphane "Solar Song" qui irradie une chaleur lumineuse, perle blanche d'une beauté vaporeuse. Puis, en un murmure contemplatif, "Sur l'océan couleur de fer" entraîne Ecailles de Lune, de longues minutes durant, vers une mort lente et légère comme une bulle, rêverie d'une poésie fantomatique. Alcest semble alors complètement échapper au monde du physique. On voudrait l'attraper qu'il nous échapperait à tout jamais. Presque quatre ans après Souvenirs d'un autre monde, Neige signe une oeuvre très belle, une épure qui s'impose (pour l'instant) comme l'apogée de sa carrière sous cette bannière. (10/03/2010) ⍖⍖⍖
KröniK | Arctic Plateau - On A Sad Sunny Day (2009)
Arctic Plateau, késako ? Il s'agit du jardin secret d'un seul artiste, le romain Gianluca Divirgilio, toutefois accompagné de quelques autres musiciens. C'est ensuite une musique à la mélancolie chevillée au corps, qui déambule le long d'une ligne floue séparant Post rock, Shoegaze et new wave. C'est enfin un premier essai, dont l'écrin visuel - original et réussi - a été conçu par Fursy Teyssier (ex-Amesoeurs, Les Discrets). Son titre, On A Sad Sunny Day, résume avec beaucoup de justesse son contenu.
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