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Scott Michell | Témoin innocent (1996)
On aurait aimé trouver dans ce film les germes du cinéma à venir de Matthew Vaughan, qui l'a produit, maître du néo polar british heavy et désinvolte. Las, Témoin innocent n'est qu'un morne thriller à l'image terne, tourné comme un téléfilm pour dimanche pluvieux, sans tension ni émotion. Semble-t-il inspirée d'un fait divers, l'histoire n'est pas inintéressante et un bon casting que domine Michael Gambon, aurait pu faire de lui une honnête cartouche... Ce qu'il n'est pas. On comprend pourquoi son réalisateur, Scott Michell a ensuite disparu des écrans radars... Bref aussitôt vu aussitôt oublié ! (vu le 04/11/2018)
Kevin Spacey | Albino Alligator (1996)
Associé à deux des meilleurs polars tortueux des années 90, Usuals Suspects et Seven, on aurait pu croire que, pour sa première - et dernière ? - incursion derrière la caméra, Kevin Spacey suivrait cette voie avec Albino Alligator, ce que son titre énigmatique et son sujet laissaient d'ailleurs espérer. En réalité ce galop d'essai confond huis-clos venimeux et théâtre filmé. La tension promise est vite diluée dans un affrontement sans nerfs, circonscris à l'intérieur d'un bar auquel on ne croit guère. Mais le film est sauvé par une belle galerie de gueules comme on les aime, celles de Gary Sinise et de William Fichtner. Et on est ému de retrouver Faye Dunaway, vieillie mais toujours magnétique. Loin d'un coup de maître, ce coup d'essai n'a rien e honteux pour Kevin Spacey qui s'en sort honorablement même si Albino Alligator manque de personnalité...
Christopher Hampton | L'agent Secret (1996)
L'agent secret est le type même de film qui, à trop vouloir faire oeuvre respectable, finit par décevoir. Une reconstitution historique soignée (mais académique), des acteurs de premiers plans (Patricia Arquette, Robin Williams et même notre Gérard Depardieu !), un rôle difficile pour le jeune et déjà talentueux Christian Bale, la caution "intellectuelle" apportée par Joseph Conrad en font alors un candidat sérieux pour les festivals et les récompenses. Mais c'est aussi une de ces productions qui, derrière sa vitrine clinquante, masque mal sa totale absence de point de vue. Même en mode mineur, Hitchcock, soixante ans plus tôt, faisait montre de bien plus d'audace et d'ironie que Christopher Hampton, ancien scénariste pour Stephen Frears (Les liaisons dangereuses, Mary Reilly), passé derrière la caméra avec le prometteur Carrington mais qui se prend ici trop au sérieux, appliqué à livrer un spectacle où pas un poils ne dépasse.
Malgré un doublage français calamiteux, The Secret Agent se laisse toutefois regarder sans déplaisir, grâce à une convaincante reconstitution de l'époque tandis que Bob Hoskins compose un Verlok plus nuancé que Oksar Homolka dans la version antérieure de 1936. | IMDb
KröniK | Amorphis - Elegy (1996)
Fort du succès rencontré par "Tales From The Thousand Lakes", il aurait pu continuer dans cette voie d'un death doom (déjà) tavelé de teintes progressives et folkloriques mais, à l'instar de beaucoup de groupes de sa génération, tels que Tiamat, The Gathering ou Anathema pour n'en citer que trois, Amorphis a toujours préféré à la stagnation rassurante et confortable l'évolution, certes plus risquée, mais surtout plus satisfaisante en termes artistiques.
De fait et nonobstant un socle rocailleux qui affleure encore à la surface, la musique que les Finlandais nous offrent deux ans plus tard avec "Elegy" affiche des traits plus mélodiques encore, confirmant en cela la mutation esquissée par son mythique prédécesseur. Le principal levier de ce glissement naturel réside dans le chant clair qui, pour la première fois, remplit l'espace, à égalité avec les éructations caverneuses, lesquelles disparaîtront, au moins pour un temps, à compter de "Tuonela". Elles ne resurgiront vraiment qu'à partir de "Eclipse" avec l'arrivée de Tomi Joutsen derrière le micro, remplaçant Pasi Koskinen (Ajatarra, Shape Of Despair) dont "Elegy" marque le début de la collaboration avec le combo de Helsinki. Dès l'album suivant, il en deviendra l'unique chanteur. Pour l'heure, s'il y partage donc les lignes vocales avec l'organe d'outre-tombe du guitariste rythmique Tomi Koivusaari, son arrivée contribue grandement à faire de cette troisième offrande une création charnière, entre le death metal originel avec lequel elle coupe le cordon et le metal atmosphérique voire franchement évolutif ("Far From The Sun") à venir, cependant que les guitares de Esa Holopainen et les claviers, encore plus présents que sur "Tales From The Thousand Lakes", achèvent les derniers liens qui liaient Amorphis à la chapelle extrême. Pour autant, "Elegy", qui prend sa source dans les poèmes finnois rassemblés dans la "Kantélatar", ne déstabilisera pas tant que cela le fidèle car, à la manière d'un Katatonia, ses auteurs ont toujours évolué par petites touches, sans rompre brutalement avec leurs racines. Ainsi, en dépit d'oripeaux death metal réduits à quelques râles de bêtes en rut, il paraît bien difficile de résister, même pour les plus sauvages d'entre nous, à ce menu racé qu'aucune faiblesse ne vient grever. On ne compte plus les hymnes qui le jonchent, de 'Better Unborn', amorce séduisante et symbolique en cela que les growls tout d'abord proéminents sont peu à peu balayés par la voix claire du nouveau venu, au majestueux 'My Kantele' que nimbe un tapis de synthés aux teintes tour à tour psychédéliques ou progressives, de 'Against Widows' à l'accroche typique d'Amorphis à la longue pièce éponyme délicieusement épique, sans oublier l'instrumental terminal 'Relief'. Quant à 'Cares', il étonne avec ses kystes electro mais n'en reste pas moins envoûtant. Bien que moins fort que son aîné de deux ans, le fait est que "Elegy" demeure un disque important pour les Finlandais, matrice du rock délicat et tout en atmosphères que tricoteront ses successeurs. 3.5/5 (2016) | Facebook
De fait et nonobstant un socle rocailleux qui affleure encore à la surface, la musique que les Finlandais nous offrent deux ans plus tard avec "Elegy" affiche des traits plus mélodiques encore, confirmant en cela la mutation esquissée par son mythique prédécesseur. Le principal levier de ce glissement naturel réside dans le chant clair qui, pour la première fois, remplit l'espace, à égalité avec les éructations caverneuses, lesquelles disparaîtront, au moins pour un temps, à compter de "Tuonela". Elles ne resurgiront vraiment qu'à partir de "Eclipse" avec l'arrivée de Tomi Joutsen derrière le micro, remplaçant Pasi Koskinen (Ajatarra, Shape Of Despair) dont "Elegy" marque le début de la collaboration avec le combo de Helsinki. Dès l'album suivant, il en deviendra l'unique chanteur. Pour l'heure, s'il y partage donc les lignes vocales avec l'organe d'outre-tombe du guitariste rythmique Tomi Koivusaari, son arrivée contribue grandement à faire de cette troisième offrande une création charnière, entre le death metal originel avec lequel elle coupe le cordon et le metal atmosphérique voire franchement évolutif ("Far From The Sun") à venir, cependant que les guitares de Esa Holopainen et les claviers, encore plus présents que sur "Tales From The Thousand Lakes", achèvent les derniers liens qui liaient Amorphis à la chapelle extrême. Pour autant, "Elegy", qui prend sa source dans les poèmes finnois rassemblés dans la "Kantélatar", ne déstabilisera pas tant que cela le fidèle car, à la manière d'un Katatonia, ses auteurs ont toujours évolué par petites touches, sans rompre brutalement avec leurs racines. Ainsi, en dépit d'oripeaux death metal réduits à quelques râles de bêtes en rut, il paraît bien difficile de résister, même pour les plus sauvages d'entre nous, à ce menu racé qu'aucune faiblesse ne vient grever. On ne compte plus les hymnes qui le jonchent, de 'Better Unborn', amorce séduisante et symbolique en cela que les growls tout d'abord proéminents sont peu à peu balayés par la voix claire du nouveau venu, au majestueux 'My Kantele' que nimbe un tapis de synthés aux teintes tour à tour psychédéliques ou progressives, de 'Against Widows' à l'accroche typique d'Amorphis à la longue pièce éponyme délicieusement épique, sans oublier l'instrumental terminal 'Relief'. Quant à 'Cares', il étonne avec ses kystes electro mais n'en reste pas moins envoûtant. Bien que moins fort que son aîné de deux ans, le fait est que "Elegy" demeure un disque important pour les Finlandais, matrice du rock délicat et tout en atmosphères que tricoteront ses successeurs. 3.5/5 (2016) | Facebook
Clint Eastwood | Les pleins pouvoirs (1996)
Après le triomphe de Sur la route de Madison (1995), Les pleins pouvoirs marque pour Clint Eastwood un brillant retour au thriller, genre qui, avec le western, a fait sa gloire. S’appuyant sur un scénario du vétéran William Goldman, le film s’ouvre sur une longue scène d’anthologie illustrant le cambriolage d’une riche demeure, le meurtre d’une jeune femme et enfin l’évasion du voleur, Luther Withney, interprété par Clint.
Par sa virtuosité et par le voyeurisme qu’implique la cachette de Withney durant le crime (il se trouve derrière un miroir sans tain), on pense beaucoup à un autre remarquable cinéaste, Brian De Palma, sans doute à tort, Eastwood ne se laissant jamais influencer par ses contemporains. Mais la comparaison s’arrête à cette séquence. A la technique éblouissante et démonstrative de De Palma, Clint préfère une mise en scène élégante et discrète, mais néanmoins efficace. Les pleins pouvoirs prend la forme d’un thriller politique, développant une réflexion sur le pouvoir et ses dérives. Mais comme dans Jugé coupable, sorti en 1999 et qui évoque la peine de mort et les erreurs judiciaires, à l’intrigue principale se greffe une intrigue parallèle et plus personnelle, traitée avec beaucoup de sensibilité et de justesse. Luther, père absent (du moins en apparence) de par sa singulière profession, entretient des relations tendues avec sa fille. Les rapports parfois difficiles que l’acteur a pu avoir avec sa propre fille Alison (qui fait une courte apparition au début du récit) teinte le film d’une touche autobiographique intéressante, d’autant plus que Laura Linney qui joue la fille de Withney présente une petite ressemblance avec Alison Eastwood. Il s’agit visiblement d’un thème cher au réalisateur car Jugé coupable et son chef-d’œuvre Million Dollar Baby (2004) l’abordent également. la vision du film on se rend compte que Eastwood a raison de ne plus faire appel à des yes-men, pour tourner ses œuvres les plus commerciales. Les pleins pouvoirs et d’une manière générale tous les thrillers signés par le maître s’avèrent largement supérieurs à ceux troussés, certes honnêtement, par James Fargo (exception faite peut-être de L’inspecteur ne renonce jamais) ou Buddy Van Horn. Il est vrai aussi que depuis Impitoyable (1992), Clint Eastwood sait de mieux en mieux s’entourer. A ses côtés, on trouve en effet une des plus solides distributions de sa carrière : Gene Hackman en président des Etats-Unis peu recommandable (déjà un beau salaud dans Impitoyable), Ed Harris, sympathique (la rencontre entre Withney et Seth Frank son personnage, est des plus savoureuses), Laura Linney (qui sera plus tard a l’affiche de Mystic River et de Sully), Judy Davis, Scott Glenn (qui retrouve Ed Harris, son complice de L’étoffe des héros), Dennis Haysbert et surtout, pour sa dernière apparition à l’écran, E. G. Marshall, remarquable troisième couteau des années 50 et 60 (Douze hommes en colère notamment). Comme pour John McIntire dans Honkytonk Man (1982), on éprouve un grand plaisir à admirer un comédien issu de l’époque glorieuse de Hollywood. Présenté en clôture du festival de Cannes en 1997, Les pleins pouvoirs, même s’il n’est pas le film le plus ambitieux ni le plus fameux de Clint Eastwood, demeure un spectacle de grande qualité, parfaitement mis en scène et interprété.
KröniK | Red Harvest - HyBreed (1996)
Comme le nom de son label en témoigne, Damien Luce voue une grande admiration à Red Harvest. Rien de surprenant alors qu'il ait profité du vingtième anniversaire de leur deuxième opus pour rendre hommage aux Norvégiens. Chef-d'oeuvre (terme souvent galvaudé qui s'impose pourtant ici) trop méconnu, "HyBreed" renaît aujourd'hui de ses cendres sous la forme d'une noble cassette, habillée par le maître Dehn Sora. L'occasion est donc trop belle de (re)découvrir ce joyau aux allures d'ovni dont prétendre qu'il était en avance sur son temps tient du doux euphémisme. Vingt ans plus tard, il n'a toujours pas été égalé et même pas par le groupe lui-même qui ne parviendra jamais vraiment à reproduire cette réussite majeure. Maladroitement rattaché à une chapelle black metal alors en pleine effervescence et avec laquelle il ne partage guère plus que certains de ses membres, actuels ou passés (dont son ancien batteur Cato Bekkevold parti depuis cogner chez Enslaved), Red Harvest a toujours été à part, pionnier aussi insaisissable qu'incompris. Publié à l'origine par Voices Of Wonder, "HyBreed" est à son image. Indus, darkwave, ambient, l'œuvre dépasse en réalité ces étiquettes pour façonner un art unique à la fois atmosphérique et caverneux, sombre et glacial, massif et hypnotique, qui se doit d'être appréhendé dans sa vertigineuse globalité, bloc de matière en fusion qui se dresse dans l'obscurité opaque d'une usine désaffectée. Long de près d'une heure et vingt minutes, l'album vibre sous les coups de boutoir d'une machine infernale dont les pistons en mouvement résonnent comme des plaques tectoniques qui s'accouplent en une orgie mécanique. Bien que zébré d'éclairs de beauté ('In Deep') qui jaillissent de ces guitares parfois presque aériennes et d'un chant puissamment émotionnel ('On Sacred Ground'), l'ensemble forme pourtant un magma crépusculaire, qui bouillonne dans les entrailles brûlantes d'une planète prisonnière d'une gangue gelée. Véritable Janus sonore, "HyBreed" se veut l'alliance du feu et de la glace, alliage tentaculaire et incandescent de nappes électroniques qui se répandent telle une brume organique, de six-cordes vrombissantes et de rythmiques aussi martiales que saccadées. Léché par un souffle apocalyptique comme échappé du chaos originel ('The Burning Wheel'), "HyBreed" n'a pas pris une ride, n'a rien perdu de sa force d'évocation. Mieux, il gronde d'une modernité incroyable, donnant quasiment l'impression d'avoir été enfanté il y a peu, ce qui confirme non seulement sa dimension visionnaire mais surtout son caractère éternel. 4/5 (2016)
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