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David Cronenberg | Spider (2002)
























David Cronenberg demeure un metteur en scène majeur, le fait est entendu. Mais il est pourtant permis de regretter ses débuts où, depuis son Canada natal, il développait une horreur organique au ton extrêmement personnel. Frissons, Rage, Chromosome 3, Scanner et Videodrome forment ainsi un corpus de films distillant un effroi viscéral et clinique.

David Cronenberg | Dead Zone (1983)


Remarqué grâce à un corpus de films fantastiques extrêmement singuliers (à l'exception du méconnu Fast Company"), David Cronenberg trouve avec cette adaptation du roman éponyme de Stephen King, son passeport hollywoodien. Et s'il n'est pas encore celui qui va courir les festivals les plus prestigieux dans une quête de respectabilité, le Canadien signe alors là son métrage le plus accessible. Après Vidéodrome, ce n'était du reste pas trop difficile. Pourtant, bien qu'il ne soit pas, pour la première fois, l'auteur du scénario, Dead Zone porte incontestablement sa griffe, de la musique, certes composée par Michael Kamen mais d'une veine très proche de celle de Howard Shore, à ces paysages figés par le froid. Surtout, il puise dans le récit imaginé par l'auteur de Carrie, matière à explorer son thème de prédilection, la mutation du corps humain à travers cet homme qui, après le réveil d'un long coma, se découvre des pouvoirs de médium.
Mais le traitement se révèle moins organique et clinique, plus commercial diront certains. Plus tragique sans aucun doute, aidé en cela par un Christopher Walken mélancolique et presque fantomatique. Johnny est certes revenu du monde des morts mais il est comme en sursis, silhouette fragile qui s'amenuise au fur et à mesure que son "don" grandit, le rongeant de l'intérieur à la manière d'une tumeur. Le  comédien exprime avec sobriété la solitude et les regrets de ce personnage dont la vie va brutalement basculer, moins à cause d'un accident que de la fatalité, tristesse surlignée par une bouleversante partition. En outre, Dead Zone s'inscrit dans un certain courant du cinéma américain, entre politique-fiction et paranoïa. (Vu le 29/04/2018 / Source : DVD)
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David Cronenberg | Scanners (1981)


Scanners s'inscrit dans la trajectoire horrifique entamée avec Frissons en 1974 qui s'achèvera avec Faux-semblants en 1988.  Cette série de films très personnels va imposer David Cronenberg comme un des maître de l'épouvante, une épouvante froide, malsaine et clinique qui ne repose pas - c'est là toute son originalité - sur de banals vampires  et autres morts-vivant mais sur la mutation des corps, des chairs, qui deviennent ainsi sources de terreur. Proche de Chromosome 3 de part son atmosphère, Scanners annonce également son successeur Videodrome qui ira encore beaucoup plus loin dans la folie développée par ce paradigme, ne serait-ce que par la menace incarnée par un groupe invisible au pouvoir occulte et tentaculaire.
S'il bénéficie de la présence de comédiens reconnus (comme c'était du reste le cas pour Chromosome 3), tels que Patrick McGoohan, qui doit sa célébrité à la télé (les séries Destination Danger et bien évidemment Le prisonnier) mais qui alors multiplie les apparitions sur le grand écran (on pense notamment à son rôle dans L'évadé d'Alcatraz), ainsi que la sublime Jennifer O'Neill et  cette gueule de Michael Ironside, le film suinte néanmoins toujours le fluide de l'underground. Avec une grande économie de moyens,  le Canadien dessine un climat étrange et dérangeant. La froideur de décors quotidiens participe aussi grandement de l'instauration de ces ambiances glauques et désincarnées. Certains estiment - à raison - que Cronenberg ne fera jamais mieux que ces petits longs-métrages au budget modeste. Enfin, il permet donc à son auteur de creuser encore davantage ses thèmes de prédilections, à commencer par la prolifération d'un mal insidieux tapi à l'intérieur du corps humains. Ces mutants sont une variation des psychoprotoplasmes de Chromosome 3 ou des greffes fortement sexuelles de Rage. Scanners confirme de fait le talent singulier de Cronenberg.















David Cronenberg | Chromosome 3 (1979)


Chromosome 3 s'inscrit dans un corpus de films grâce auquel David Cronenberg a imposé sa marque, froide et organique, ce qui lui a permis de dresser un pont entre cinéma de genre et films d'auteur. On a coutume de présenter The Brood, titre original que les éditeurs français ont troqué pour un nom qui ne correspond à rien, comme le métrage le plus autobiographique du réalisateur, alors en pleine procédure de divorce, le voyant affronter son ex-femme partie rejoindre une secte, pour la garde de leur fille. De là le caractère extrêmement misogyne de ce film qui poursuit l'exploration d'un fantastique aussi viscéral que cérébral basé sur les mutations du corps humains, ici les psychoprotoplasmes, matérialisation génétique des haines et des frustrations. Le récit repose sur la symétrie, entre la petite Candice et ses êtres mutants nés de la rage de sa mère Nola Carveth, entre celle-ci qui agit comme une reine des abeilles et son mari, passif et accablé, entre la famille et la clinique du docteur Raglan.
Moins malsain que Frissons, Chromosome 3 se montre en revanche brutalement horrifique. Les meurtres sont particulièrement éprouvants, notamment celui de l'institutrice. Et nous ne sommes pas prêts d'oublier ces enfants au visage de monstre qui sautent sur Oliver Reed pour le massacrer ni cetet séquence où Samantha Eggar soulève sa tunique, dévoilant un foetus ensanglanté ainsi que cette conclusion désespérée dont la très belle musique de Howard Shore souligne la glaciale tristesse.