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Cy Endfield | Train d'enfer (1957)


Sous ses dehors de film noir où des camionneurs s'affrontent dans une compétition effrénée et meurtrière, Train d'enfer témoigne de la mutation, à l'instar des Criminels (Joseph Losey - 1960) ou de Amant et fils (Jack Cardiff - 1960), que connait alors le cinéma britannique qui, tout en respectant certaines conventions se nourrit de plus en plus d'un naturalisme social, annonçant la nouvelle vague anglaise des Karel Reisz et autre Tony Richardson. Ancré dans une Angleterre boueuse et sinistre, le film illustre la condition difficile de ces chauffeurs chargés de transporter du ballast selon un incessant et quotidien va-et-vient parfois au péril de leur vie. Aliénés, ils forment néanmoins une communauté qu'un élément étranger va venir perturber. Interprété par Stanley Baker avec ce mélange de virilité rugueuse et de sensibilité qui lui est propre, on ne sait pas grand chose de ce dernier si ce n'est qu'il sort de prison.
Si la première partie du récit nous le montre en train de dompter une de ces mécaniques infernales et de pénétrer cet univers clos et masculin où les femmes sont réduites à une discrète fille de salle et une beauté qui cherche à s'élever de sa condition en séduisant les hommes, très vite Hell Drivers s'articule autour de sa rivalité paroxysmique avec Red, le chef de la bande. Si on peut regretter une critique sociale encore timide et certains personnages et situation caricaturaux, le résultat s'avère brutal et puissant, conduit par Cy Enfield (Zoulou) avec toute la sèche efficacité nécessaire. Il convient enfin de souligner une brillante distribution que peuplent nombre de jeunes comédiens promis à devenir célèbre, de Patrick MacGoohan à Sean Connery en passant par David MacCallum, aux côté d'Herbert Lom et de Peggy Cummins, blonde épicée et sexuelle, immortalisée par Le démon des armes (Joseph H. Lewis - 1950). (Vu le 19/03/2018 / Source : DVD)





















David Cronenberg | Scanners (1981)


Scanners s'inscrit dans la trajectoire horrifique entamée avec Frissons en 1974 qui s'achèvera avec Faux-semblants en 1988.  Cette série de films très personnels va imposer David Cronenberg comme un des maître de l'épouvante, une épouvante froide, malsaine et clinique qui ne repose pas - c'est là toute son originalité - sur de banals vampires  et autres morts-vivant mais sur la mutation des corps, des chairs, qui deviennent ainsi sources de terreur. Proche de Chromosome 3 de part son atmosphère, Scanners annonce également son successeur Videodrome qui ira encore beaucoup plus loin dans la folie développée par ce paradigme, ne serait-ce que par la menace incarnée par un groupe invisible au pouvoir occulte et tentaculaire.
S'il bénéficie de la présence de comédiens reconnus (comme c'était du reste le cas pour Chromosome 3), tels que Patrick McGoohan, qui doit sa célébrité à la télé (les séries Destination Danger et bien évidemment Le prisonnier) mais qui alors multiplie les apparitions sur le grand écran (on pense notamment à son rôle dans L'évadé d'Alcatraz), ainsi que la sublime Jennifer O'Neill et  cette gueule de Michael Ironside, le film suinte néanmoins toujours le fluide de l'underground. Avec une grande économie de moyens,  le Canadien dessine un climat étrange et dérangeant. La froideur de décors quotidiens participe aussi grandement de l'instauration de ces ambiances glauques et désincarnées. Certains estiment - à raison - que Cronenberg ne fera jamais mieux que ces petits longs-métrages au budget modeste. Enfin, il permet donc à son auteur de creuser encore davantage ses thèmes de prédilections, à commencer par la prolifération d'un mal insidieux tapi à l'intérieur du corps humains. Ces mutants sont une variation des psychoprotoplasmes de Chromosome 3 ou des greffes fortement sexuelles de Rage. Scanners confirme de fait le talent singulier de Cronenberg.















Don Siegel | L'évadé d'Alcatraz (1979)



En quelques mots : Dernière des cinq collaborations entre Clint Eastwood et le réalisateur Don Siegel, après une interruption de huit ans qui a vu l’acteur devenir une star et un metteur en scène expérimenté, L’évadé d’Alcatraz s’inspire d’une histoire réelle, survenue en 1962 et qui entraîna la fermeture du célèbre pénitencier ayant accueilli, entre autres, Al Capone et Robert Stroud, dont Burt Lancaster a joué le propre rôle dans Le prisonnier d’Alcatraz de John Frankenheimer (1962). Siegel cherche donc à coller au plus près à la réalité. Ce souci d’authenticité, coutumier chez lui, se perçoit à divers niveaux : tournage sur les lieux mêmes de l’action, comédiens peu connus (hormis la vedette bien sûr !), refus de scènes visant le sensationnel, rythme lent mais néanmoins nerveux, climat froid et austère, plus proche du documentaire que de l’œuvre de fiction. Ainsi l’ambiance carcérale est parfaitement rendue. Siegel, d’ailleurs, avait déjà admirablement traduit cet univers cloisonné et étouffant dans Les révoltés de la cellule 11 (1954) avec Neville Brand et Lee Marvin notamment. Le film constitue un modèle de classicisme, de simplicité, où chaque scène a sa raison d’être, évitant ainsi tout superflu. On cite souvent à ce propos la scène de la rencontre entre Frank Morris et l’impitoyable directeur de la prison (joué par Patrick McGoohan) : en quelques plans, la situation géographique est présentée et les deux principaux protagonistes de l’histoire, définis dans leur personnalité. La réalisation est dépouillée à l’extrême. Le jeu minéral de Clint Eastwood est à l’image de la technique épurée employée par Don Siegel. Plus laconique et monolithique que jamais, l’acteur délivre une composition remarquable, trouvant son équilibre dans la maîtrise de gestes quotidiens, répétés continuellement, tel un rite mécanique. Clint est au sommet de son art et son affrontement avec McGoohan, rendu célèbre, par la série Le prisonnier (qui se retrouve ironiquement de l’autre côté de la barrière), est mémorable. L’évadé d’Alcatraz demeure donc une œuvre captivante de bout en bout et représente, après l’efficace Un espion de trop (1977) avec Charles Bronson et Lee Remick, le dernier film majeur de Don Siegel.