Si son titre et le visuel qui l'habille, très beau au demeurant, ne respirent pas l'originalité, au moins permettent-ils de planter le décor de "True North", celui d'un black metal alimenté aux eaux glaciales de fjords majestueux.
AU PIF
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KröniK | Voices - Frightened (2018)
Froid et cérébral, "Frigthened" est à l'image de ses auteurs, musiciens chevronnés, réunis en un laboratoire sonore sombre et progressif
Voices fait partie de ces formations au style difficile à cerner. Si le fait que les trois-quarts de ses membres soient issus des rangs d'Akercocke nous éclaire quant à la nature sombre et évolutive de son art, cela ne rend pas pour autant facile son identification. Des racines black metal de ces musiciens qui par ailleurs ont tous promené leurs guêtres aussi bien du côté de My Dying Bride (le batteur David Gray) que de Pantheist (le chanteur et guitariste Peter Benjamin), on ne décèle quasiment rien, si ce n'est quelques blasts et de parcimonieuses vocalises abyssales ou écorchées ('Dead Feelings'). Le ton est noir néanmoins, presque déprimant.
On devine à l'écoute de "Frightened", troisième exploration des Britanniques, que gaieté et lumière ont été éconduites d'un menu ancré dans une urbanité froide et aliénante. Parler d'extrême progressif serait donc plus juste pour qualifier une partition virtuose et alambiquée tavelée de touches darkwave - témoin la superbe amorce 'Unknown' - voire presque electro ('Evaporated'). Le Paradise Lost le plus décrié et expérimental rôde parfois à l'horizon même si les structures se révèlent ici bien plus labyrinthiques. D'une fulgurante richesse, le successeur de "London" (2014) semble s'éparpiller, partir dans toutes les directions, à l'image de ce curieux 'IWSYA', au demeurant très réussi, qui commence comme une plainte grave aux arrangements squelettiques avant de voir son rythme s'emballer brusquement et s'achever tout aussi soudainement. Comme sur tout le reste de l'album, le chant est tantôt clair ou hurlé, d'une tessiture gothique parfois mais toujours profond. Emporté par des rouleaux de batterie furieux ou hypnotiques, vrillé par des guitares tordues, "Frightened" ne file jamais droit, rongé qu'il est par une lèpre sournoise, un peu à la façon de Code et de tout un pan de la scène extrême norvégienne, avec en sus cette mélancolie pluvieuse très anglaise dans l'âme. Construit sur un maillage particulièrement dense et ramassé, chaque titre grouille de détails, empilant les strates en une géologie compliquée. Arpèges dépouillés ('Fascinator'), claviers brumeux ('Funeral Day'), riffs déglingués ou basse jazzy ('Home Movies') jalonnent un opus aux allures de dédale sinueux englué dans une noirceur âpre et funèbre où des ambiances douces-amères ('Sequences') côtoient une dureté de traits ('Manipulator'). Une espèce de beauté glaciale suinte tout du long de cette surface grise et austère que lézarde une folie rampante. Froid et cérébral, "Frigthened" se révèle donc à l'image de ses auteurs, difficile à cerner, autant capable de séduire que de déstabiliser, œuvre de musiciens chevronnés, réunis en un laboratoire sonore sombre et progressif. (22/04/2018)
Voices fait partie de ces formations au style difficile à cerner. Si le fait que les trois-quarts de ses membres soient issus des rangs d'Akercocke nous éclaire quant à la nature sombre et évolutive de son art, cela ne rend pas pour autant facile son identification. Des racines black metal de ces musiciens qui par ailleurs ont tous promené leurs guêtres aussi bien du côté de My Dying Bride (le batteur David Gray) que de Pantheist (le chanteur et guitariste Peter Benjamin), on ne décèle quasiment rien, si ce n'est quelques blasts et de parcimonieuses vocalises abyssales ou écorchées ('Dead Feelings'). Le ton est noir néanmoins, presque déprimant.
On devine à l'écoute de "Frightened", troisième exploration des Britanniques, que gaieté et lumière ont été éconduites d'un menu ancré dans une urbanité froide et aliénante. Parler d'extrême progressif serait donc plus juste pour qualifier une partition virtuose et alambiquée tavelée de touches darkwave - témoin la superbe amorce 'Unknown' - voire presque electro ('Evaporated'). Le Paradise Lost le plus décrié et expérimental rôde parfois à l'horizon même si les structures se révèlent ici bien plus labyrinthiques. D'une fulgurante richesse, le successeur de "London" (2014) semble s'éparpiller, partir dans toutes les directions, à l'image de ce curieux 'IWSYA', au demeurant très réussi, qui commence comme une plainte grave aux arrangements squelettiques avant de voir son rythme s'emballer brusquement et s'achever tout aussi soudainement. Comme sur tout le reste de l'album, le chant est tantôt clair ou hurlé, d'une tessiture gothique parfois mais toujours profond. Emporté par des rouleaux de batterie furieux ou hypnotiques, vrillé par des guitares tordues, "Frightened" ne file jamais droit, rongé qu'il est par une lèpre sournoise, un peu à la façon de Code et de tout un pan de la scène extrême norvégienne, avec en sus cette mélancolie pluvieuse très anglaise dans l'âme. Construit sur un maillage particulièrement dense et ramassé, chaque titre grouille de détails, empilant les strates en une géologie compliquée. Arpèges dépouillés ('Fascinator'), claviers brumeux ('Funeral Day'), riffs déglingués ou basse jazzy ('Home Movies') jalonnent un opus aux allures de dédale sinueux englué dans une noirceur âpre et funèbre où des ambiances douces-amères ('Sequences') côtoient une dureté de traits ('Manipulator'). Une espèce de beauté glaciale suinte tout du long de cette surface grise et austère que lézarde une folie rampante. Froid et cérébral, "Frigthened" se révèle donc à l'image de ses auteurs, difficile à cerner, autant capable de séduire que de déstabiliser, œuvre de musiciens chevronnés, réunis en un laboratoire sonore sombre et progressif. (22/04/2018)
A Forest Of Stars | A Shadowplay For Yesterdays (2012)
Entité parmi les plus excitantes que le Black-Metal dans sa définition la plus large nous ait offert depuis (très) longtemps, A Forest Of Stars ne pouvait pas ne pas intéresser un label plus important que le confidentiel Transcendental Creations, qui a édité Opportunistic Thieves Of Spring après l'autoproduction The Corpse Of Rebirth.
In Lingua Mortua | Salon des refusés (2010)
Trondr Nefas est un musicien étonnant. Stakhanoviste effréné qu’un seul groupe ne saurait contenter, il développe avec Urgehal, Vulture Lord ou encore Beastcraft (pour ne citer que quelques uns des projets qui l'occupent), une vision orthodoxe de l’art noir, puissante et primitive. Mais loin de certains Ayatollahs qui estiment que le genre ne doit surtout pas évoluer et donc se contenter de suivre le dogme, il n’a pas peur non plus d’utiliser le Black Metal comme un laboratoire ouvert sur toutes sortes d’expériences et de mariages à priori improbables. Malgré la proximité qu'il noue avec Angst Skvadron, son propre vaisseau spatial vers les étoiles progressives et psychédéliques, In Lingua Mortua, que le musicien habite avec sa guitare et (parfois) son chant râpeux, se présente avant tout comme le joujou de son compère dans Endezzma et Angst Skvadron, le multi-instrumentiste Lars Frederik Frøislie, également boss du label Termo Records qui publie d’ailleurs cette seconde exploration, produite et mixée par ses soins. Trois ans après l’intéressant Bellowing Sea - Racked By Tempest, Salon des refusés repousse encore plus loin les barrières et, ce faisant, brise franchement les carcans qui corsètent encore (bien trop) le genre. A un substrat très Black, fait de voix de gargouilles, de riffs pollués (presque burzumiens lors des premières et ultimes mesures de « Cold Void Messiah », rampante plainte terminale) et d’atmosphères sinistres et froides comme une nuit d’hiver, In Lingua Mortua n’hésite pas à greffer des notes de Mellotron hantées digne du King Crimson des années 70 (« Open the Doors of Janus »), du Mini Moog, de la clarinette (?) voire même du saxophone (comme sur le furieux « Full Fathom Five » notamment). Rien ne fait peur à ces téméraires du son, épris de liberté artistique et qui démontrent avec panache que le Metal noir n’est pas forcément qu’une chapelle figée dans ses propres codes. « Darkness » et « Like the Ocean », pour ne citer que deux exemples, ont ainsi quelque chose de voyages hallucinants d’une démesure baroque qui traversent des territoires à la géographie accidentée. Si les Norvégiens ne sont pas les premiers à tenter de (re)travailler le genre, de le sculpter comme une roche malléable, de lui injecter des influences progressives seventies (on pense notamment à Enslaved), eux réussissent la gageure de ne jamais mettre leur brutalité en jachère, à l‘image de la saillie rustre et courte "Into the Mincer". Bien au contraire, leurs compositions, empilements très denses de strates multiples, sont irriguées par un fluide vicieux qui leur confère une décrépitude obscure et infinie. Animé par une poignée d’invités de luxe dont les chanteurs Kvarforth (Shining) et Thebon (Keep Of Kalessin), Salon des Refusés déroule un menu extrêmement riche, que balisent deux pistes instrumentales (le foisonnant « Catharsis » et « Electrocution », aux teintes sombres et orchestrales), capable autant de rebuter ceux qui préfèrent davantage de simplicité que de séduire au contraire les amateurs de figures progressives que n’effraient ni les bouillons de culture ni la violence de modelés saignants. Les intégristes se pinceront le nez mais les Norvégiens pourraient bien toucher un public plus large. (2010)
KröniK | Enslaved - Vertebrae (2008)
Plus les années passent plus Enslaved, groupe majeur de la scène black metal norvégienne à laquelle il est toujours associé, largue à chaque nouvelle sortie d’album un peu plus les amarres de celle-ci. La voix hargneuse de Grutle demeure désormais le dernier oripeaux de son passé extrême… et encore, le chant clair du bassiste, combiné bien souvent à celui du claviériste Herbrand Larsen, tend à manger de plus en plus d’espace au détriment du premier. Preuve en est donné avec Vertebrae dont le titre d’ouverture, le majestueux “ Clouds ”, où les lignes vocales black ne surviennent qu’au bout de deux minutes environ, ne noue donc que peu d’attaches avec l’Art Noir. Ce dixième opuscule poursuit le chemin creusé par son acclamé prédécesseur, Ruun, qui a clairement marqué un tournant sinon une évolution essentielle dans le style du groupe lequel, a maintenant atteint une maturité évidente en terme de composition. D’une grande densité, tendus comme des verges turgescentes, les titres sont plus ramassés qu’autrefois et oscillent tous entre cinq et sept minutes (hormis pour “ The Watcher ”). Les longues épopées épiques qui émaillaient les furieux Below The Light ou Isa ont de fait disparu, tout comme les accélérations frénétiques pour laisser la place à de petites merveilles d’équilibre et d’écriture au tempo souvent envoûtant. Mais ce qui frappe d’entrée de jeu, c’est ce son massif et minéral qui érige un mur de granite, ainsi que cette capacité que déploie Enslaved à faire tourner à chaque fois l’entame des morceaux durant de longues minutes, comme en témoigne le superbe “ Reflection ”, néanmoins un des plus violents du lot. Sans être un concept-album, il n’en demeure pas moins que Vertebrae doit être appréhendé non pas comme une brochette de chansons mais comme un bloc brut, compact et homogène avec un début et une fin, chacun des huit titres ne pouvant être interverti. Un peu à la manière de ce qui se faisait durant les années 70, période bénie qui sert plus que jamais de combustible pour nourrir l’inspiration d’Ivar Bjornsson, principal compositeur de l’entité et qui prouve encore une fois son amour pour le rock progressif antédiluvien. Comment à ce titre, ne pas penser à King Crimson dès que des nappes d’orgue répandent leurs atmosphères brumeuses ? Comment ne pas évoquer Pink Floyd et David Gilmour à l’écoute de ces lignes de guitares aériennes qui parviennent à se frayer un chemin au sein d’une musique pourtant des plus massives ? Le fait d’avoir recruté le mythique George Marino pour assurer le mastering de l’album n’est du reste pas anodin tant Enslaved souhaitait habiller son travail d’une patte vintage sans pour autant paraître désuet. Bien au contraire, proches dans l’esprit, plus que dans la lettre, de formations ambitieuses et novatrices telles que Opeth, Neurosis (on y pense également beaucoup), Tool (dont ils partagent le producteur depuis Ruun) ou toute la scène post rock qu’admire particulièrement le Viking, les Norvégiens façonnent un art évolutif qui s’affranchit, depuis le matriciel Monumension en 2001, des modes et des genres. Encore un chef-d’œuvre qui, vous le constaterez, ne révèle sa foisonnante richesse qu’à force de multiples aller-retour dans cet édifice de pierre taillé avec puissance et finesse. 4/5 (2008)
A Forest Of Stars | Opportunistic Thieves Of Spring (2010)
Certains groupes sont tellement singuliers qu’ils échappent totalement à une quelconque tentative de classification.
KröniK | Ludicra - The Tenant (2010)
Davantage que les néanmoins excellents Hollow Psalms (2002) et Another Great Love Song (2004), c’est surtout Fex Urbis Lex Orbis qui a imposé le nom de Ludicra parmi les hordes noires américaines les plus passionnantes. Point de convergence avec Amber Asylum d’une bonne (à tous les sens du terme) partie de la scène metal californienne (Hammers Of Misfortune, Gwar et Slough Feg pour le guitariste John Cobbett, Wolves in the Throne Room et Ghoul pour le bassiste Ross Sewage…), le groupe se veut le chantre d’un black metal évolutif pour ne pas dire progressif, étiquette à même de faire fuir les extrêmeux et pourtant évidente à l’écoute d’une architecture souvent complexe et des plus élaborées.
Après quatre ans d’une attente insupportable, Ludicra offre enfin avec The Tenant sa quatrième offrande. Si de part le recours aux growls féminins, ceux de Laurie Sue Shanaman, et cette manière de percer des contrées épiques propices à un riffing beau et nerveux à la fois, le propos des Américains pourra évoquer Saros, autre formation connecté à la même scène, son black metal possède une dimension plus monumentale encore. Basées sur le travail remarquable tricoté par chacun des membres du groupe, et notamment Aesop Dekker (Agalloch), batteur puissant et intuitif dont le jeu dévore l’espace (l‘intro du magistral "Stagnant Pond"), ces longues compositions sont comme de vastes plaines où galopent des mélodies flamboyantes mariées à des motifs abruptes et ravageurs (« In Stable »). Tour à tour lente (« The Undercastle) ou plus véloce (« A Larger Silence »), remarquablement agencées, elles sont le théâtre d’une partition où tout peut survenir, la rage, la beauté que tissent des guitares alimentées au grand Heavy Metal (« Clean White Void »), une mélancolie solaire (le par ailleurs furieux « Truth Won’t set You Free » et ses sublimes premières et ultimes mesures), toute une palette de sentiments, d’émotions et d’image. Ludicra se déleste encore une fois d’un très grand disque, dense et touffu et néanmoins fluide et d’une vraie cohésion. Il illustre en outre que la violence peut se conjuguer à une recherche de la dynamique et de l’évolution. Une leçon et un groupe qui continue d’avancer loin devant tous les autres. A part. 3.5/5 (2010) | Facebock
Après quatre ans d’une attente insupportable, Ludicra offre enfin avec The Tenant sa quatrième offrande. Si de part le recours aux growls féminins, ceux de Laurie Sue Shanaman, et cette manière de percer des contrées épiques propices à un riffing beau et nerveux à la fois, le propos des Américains pourra évoquer Saros, autre formation connecté à la même scène, son black metal possède une dimension plus monumentale encore. Basées sur le travail remarquable tricoté par chacun des membres du groupe, et notamment Aesop Dekker (Agalloch), batteur puissant et intuitif dont le jeu dévore l’espace (l‘intro du magistral "Stagnant Pond"), ces longues compositions sont comme de vastes plaines où galopent des mélodies flamboyantes mariées à des motifs abruptes et ravageurs (« In Stable »). Tour à tour lente (« The Undercastle) ou plus véloce (« A Larger Silence »), remarquablement agencées, elles sont le théâtre d’une partition où tout peut survenir, la rage, la beauté que tissent des guitares alimentées au grand Heavy Metal (« Clean White Void »), une mélancolie solaire (le par ailleurs furieux « Truth Won’t set You Free » et ses sublimes premières et ultimes mesures), toute une palette de sentiments, d’émotions et d’image. Ludicra se déleste encore une fois d’un très grand disque, dense et touffu et néanmoins fluide et d’une vraie cohésion. Il illustre en outre que la violence peut se conjuguer à une recherche de la dynamique et de l’évolution. Une leçon et un groupe qui continue d’avancer loin devant tous les autres. A part. 3.5/5 (2010) | Facebock
Saros | Acrid Plains (2009)
Etonnant. Oui étonnant cette façon dont le metal extrême s'abreuve aujourd'hui de plus en plus à la source d'un rock progressif qu'on ne cesse de (re)découvrir. Alors que cette chapelle semble à première vue très éloignée du dogme progressif (maillage instrumental chiadé, virtuosité...), le black metal notamment y puise un combustible qui finalement se mélange avec réussite à son essence.
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