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Abduction | A l'ombre du crépuscule (2018)



















Nonobstant ses incontestables qualités aussi bien techniques qu'artistiques, "Une Ombre Régit les Ombres" n'avait pas réussi totalement à emporter l'adhésion, la faute à une inspiration certes généreuse mais pas toujours canalisée, au service de compositions fleuves répondant à un même schéma de construction.

KröniK | Ixion - Return (2017)


Seul dans son coin, à son rythme, Ixion continue de travailler son art. Au départ, arrimé à la chapelle doom, ce dernier glisse peu à peu en dehors de ses murs entre lesquels il a de toute façon été dès le début à l'étroit. La dimension cosmique qui la cimente dicte à cette musique une forme de plus en plus atmosphérique sinon éthérée, évolution qui trouve son aboutissement avec "Return". Du doom astral, parfois pas si éloigné que cela des travaux d'Esoteric en vigueur sur "To The Void", il ne reste plus que de pâles oripeaux que symbolisent de lointaines voix d'outre-tombe ('Hanging In The Sky').
Plus qu'un retour sur terre, cette troisième exploration voit les Bretons larguer ainsi franchement les amarres pour accoster le terrain qui leur était sans doute promis depuis toujours, progressif et électronique. Fruit d'une lente maturation, cette mue impose une partition limpide, presque liquide dans sa manière de s'écouler sans heurts ni tension. On touche là d'ailleurs du doigt la signature du trio qui n'a jamais besoin de souligner à gros traits des ambiances ouatées quasi irréelles voire immatérielles. Chez eux, tout est une question de sensations. Faussement plat, ce matériau est en réalité constellé de multiples touches, à l'image de 'Contact', envoûtante pulsation qui n'est pas sans évoquer Monolithe. Un titre tel que 'World Of Silence', tout en pastel, incarne à son tour parfaitement cette richesse souterraine que les écoutes répétées finissent par araser et mettre à jour. Guitares et claviers tissent une toile diaphane dont l'apparente fragilité cache ainsi une force d'évocation qui dessine un kaléidoscope d'images poétiques d'un romantisme en clair-obscur. De fait, "Return" irradie une beauté solaire et crépusculaire tout ensemble dont les lignes vocales évanescentes forment le pinceau trempé dans une palette de couleurs. Voyage plus terreux qu' "Enfant de la Nuit", "Return" s'aventure à travers des paysages délicats, n'hésitant pas à quitter les chemins d'un doom progressif pour emprunter une sente plus surprenante encore, tendant vers l'ambient, voire le celtique sur le terminal 'The Dive (Fade To Blue Part II)'. Ce faisant, Ixion confirme sa précieuse singularité, groupe à l'identité affirmée et pourtant mouvante, épris d'une liberté qui le guide vers l'inconnu. Mais loin d'être inquiétant, le monde dont ils poussent doucement les portes se révèle rassurant, mystérieux certes ('Out Of The Dark') mais ourlé d'une froideur lumineuse. Elévation céleste, "Return" témoigne à nouveau de cette finesse de touche qui n'appartient qu'à ses créateurs, dont le talent n'a d'égal que la modestie. Le prochain chapitre qu'ils écriront sera passionnant à découvrir. 3.5/5 (26/11/2017)






KröniK | Derealized - Isolation Poetry (2016)


Ceux qui, attirés par la présence (trompeuse) d'une jeune femme derrière le micro, s'attendaient à  picorer dans les entrailles de cet "Isolation Poetry" inaugural un peu de douceur, en seront bien entendu pour leur frais !
Point de tendres et romantiques mélopées ici, mais au contraire une diarrhée bestiale régurgitée par un organe d'outre-tombe dont il faut savoir qu'il est celui d'une chanteuse, la féroce et néanmoins sympathique Myriam Fisher en l'occurrence ! Ce n'est d'ailleurs là pas la seule surprise que nous réserve ce premier méfait de Derealized, jeune horde qui a vu la nuit à Besançon en 2014. Martelant un art noir puissamment sombre, à la fois écartelé par des influences death metal et gonflé d'une sève progressive, le quatuor enfante un magma dont l'évidente complexité ne l'exonère en rien d'une brutalité aussi millimétrée que ténébreuse. S'il témoigne à nouveau que le temps des premiers pas maladroits, ramollis par une prise de son faiblarde, est bel et bien révolu, "Isolation Poetry" fait partie de ces opus que de multiples plongées dans ses ombrageuses arcanes conditionnent une juste et globale appréhension, faute de quoi il est aisé de rester au bord du chemin en n'ayant pas tout compris de cette cascade haineuse et technique.Bref, du haut de ses plus de 50 minutes d'agression tendue et serrée au compteur, cet ambitieux exercice se mérite, ouvrant les vannes d'une noirceur bouillonnante, qui couve dans l'intimité caverneuse de compositions dont les nombreux pans se chevauchent comme des plaques tectoniques. Propulsé par des blasts métronomiques, ces pièces massives taillées dans un bois tranchant serpentent à travers un labyrinthe d'ambiances que fracturent des breaks à foison ('A Late Letter'). Quelques rais de lumière salvateurs que ne renierait pas Opeth ('Hollow') permettent heureusement de reprendre son souffle, maigre respiration, à l'image du court instrumental 'Cover My Eyes', que tapissent toutefois des couleurs crépusculaires, au milieu de ce torrent de violence (presque) ininterrompue qui emporte tout en une épaisse coulée de sang. Tour à tour remparts d'une forteresse cyclopéenne ou pinceaux trempés dans de sourdes mélodies ('Isolation Poetry'), les guitares tissent un maillage d'une redoutable intensité que soulignent les growls échappés des profondeurs d'un gouffre de négativité. Ni approximation ni faiblesse ne viennent miter ce canevas parfaitement équilibré entre arabesques tentaculaires et atmosphères qui bourgeonnent de sentiments écrits avec une encre noire indélébile. Les ayatollahs de l'orthodoxie feront sans doute la gueule. À tort, car cette effrontée virtuosité ne rend le black metal gravé par Derealized que plus foudroyant, comme l'illustrent un 'Devil's Got Green Eyes' tumultueux ou ce 'Torment's Work' aux lourdes racines death metal. De cette architecture alambiquée jaillissent des instants de grâce mortifère, témoin l'immense 'The Opium Den', lequel résume en un peu plus de huit minutes une signature d'une foisonnante richesse. Premier album aux allures de coup de maître, "Isolation Poetry" est l'acte de naissance d'un groupe promis à un très bel avenir. (2016) | Facebook






Abduction | Une ombre régit les ombres (2016)



















Nous aurions tellement aimé ne dire que du bien de "Une Ombre Régit les Ombres",  premier vrai signe de mort d'Abduction, précédé il y a six ans déjà d'une ébauche prometteuse baptisée "Heights' Shivers".

KröniK | Stangala - Klañv (2016)


Nous connaissions le nautic doom de Ahab ou le Celtic Pagan doom de Mael Mordha, il faudra désormais compter avec le bigoudoom de Stangala. Cette étiquette peut prêter à sourire pourtant, outre le fait qu'il n'est pas né de la dernière pluie, comme en attestent ses dix années au compteur, le groupe ne rigole pas vraiment. A cela, rien de surprenant quand on sait que derrière ce nom énigmatique se planquent en réalité des musiciens chevronnés, rompus notamment à l'exercice du black metal qu'il soit épique (Taliandörögd pour le batteur Thomas Coïc) ou plus dépressif (Netra pour le guitariste et chanteur Steven Le Moan), pour ne citer que deux exemples d'un pedigree plus ou moins obscur. Bref, les Bretons ont de la bouteille, ont roulé leur bosse et cela s'entend. Ayant rejoint le jeune label qui monte, Finisterian Dead End, au sein duquel on le devine nettement plus à son aise que chez Solitude Productions qui avait publié "Boued tousek hag traoù mat all", premier effort déjà bien barré, Stangala est (enfin) de retour avec "Klañv", une rondelle pour le moins étonnante qui ne ressemble en réalité à rien de connu. En un joyeux bordel, le groupe mixe, selon sa propre appellation, doom et éléments empruntés au folklore celtique, mais pas seulement car, dans ce socle plombé, viennent autant se greffer des kystes plus extrêmes voire même quasi progressifs ! Cela pourrait aboutir à un machin informe et abscons mais réussi au contraire à être tout du long cohérent, tenu d'une main ferme par es artistes qui ont conscience de leur art et savent en cela parfaitement où ils vont et où ils veulent nous conduire, nous égarer dans les méandres aliénés d'un corridor dont chaque porte ouvre sur pièce plus déjantée encore. De ce magma infuse une noirceur aussi vicieuse que sautillante, loin de la gigue à laquelle certains s'attendaient peut-être et que semblent promettre du reste les premières mesures de l'introductif 'Bigoudened an Diaoul : Orinoù' avec bombarde et pipeau. Sauf que très vite, celui-ci dévie de sa trajectoire, largue les amarres pour dériver lors d'une seconde partie instrumentale et démentielle quelque part du côté du King Crimson le plus azimuté, glissant peu à peu dans les abysses.  Dès lors, l'auditeur tombe de Charybde en Scylla, entre un 'Hent Loar' qui s'enfonce dans les replis d'un black suicidaire, malgré ce soli de guitare venu de nulle part et ce délirant 'Lutuned an Noz' où copulent grognements écorchés et bombarde festive. Bien qu'emporté dans un tourbillon de notes celtiques, " Klañv" puise dans ces racines une sève sombre et païenne qui lui confère des allures de rituels séculaires, de cérémonies incantatoires en hommage à des divinités oubliées et inquiétantes. L'opus envoûte aussi par la richesse de sa partition qui voit des instruments traditionnels enlacer des guitares telluriques et une rythmique ad hoc en une sarabande infernale témoin les longues pièces terminales  que sont ' Marv int ar martoloded' et ' An Ankoù hag ar vor'. Une triste beauté n'est jamais absente de ces morceaux travaillés à la manière d'orfèvres obscurs, témoin ' N'eus ket dremmwel hiviz', véritable bijou d'émotion capable de vous hanter longtemps après l'écoute achevée. Plus noir et surtout plus maîtrisé encore de son aîné, " Klañv" nous entraîne dans un voyage halluciné, accouplant avec habileté et folie, doom, black metal et folklore breton en une potion aussi délicieuse que venimeuse. 4/5 (2016)


KröniK | The Slayerking - Sanatana Dharma (2016)


Fondé en 2010, The Slayerking dévoile enfin ses atours par l'entremise de "Sanatana Dharma", (tardive) première offrande dont le bel écrin visuel se révèle riche de promesses, celles d'un doom rock nourri aux années 70 et coloré de pigments psychédéliques, à la mode peut-être mais cependant toujours synonymes de sensations aussi pesantes que jouissives. A la barre de ce navire venu de Grèce, on reconnaît le chanteur de Nightfall, Efthimis K., flanqué à la guitare d'un de ses anciens compères, Kostas K. et d'une certaine, Anna E., derrière les fûts, présence féminine qui n'est pas la seule curiosité d'un groupe qui n'emprunte pas (tout à fait) le chemin que certains, peut-être séduits par cette pochette à l'inspiration stoner, pensaient le voir prendre. Un son lourd voire terreux et une voix sombrement rugueuse trahissent ainsi des racines extrêmes que ni certaines lignes de guitares humides d'un feeling seventies, ni quelques nappes de claviers antédiluviens ne réussissent vraiment à étouffer. De fait, en dépit de parcimonieuses touches aux traits soyeux, comme sur l'inaugural 'She Is My Lazarus' par exemple, l'opus s'enfonce surtout dans les méandres rocailleux d'une musique sombre aux arêtes tranchantes et sévères qui n'est pas sans évoquer les débuts de Paradise Lost et d'une manière générale toute cette scène de la première moitié des années 90 qui ont vu le doom embrasser les ténèbres. L'intro de 'We Are The End', que tisse une guitare d'une froideur minérale, illustre cette évidente filiation, même si par la suite le titre suit un chemin étrange entre respiration tranquille et descente dans les profondeurs d'une mine que seuls de fugaces rais de lumière parviennent à éclairer.  Et si au départ, le projet pouvait sembler fort distant du terrain de chasse habituel de ses auteurs, une écoute attentive témoigne que The Slayerking n'en est finalement pas si éloigné que cela. Œuvre en clair obscur, "Sanathana Dharma" est un peu à l'image de sa pochette, constamment écartelé entre beauté et dureté, entre vie et mort, entre lumière et ténèbres. Riffs plombés dressant un mur dans la nuit ou lignes plus délicates, chant clair ou franchement ombrageux se côtoient, se chevauchent, donnant naissance à un art insaisissable qui gronde d'une sourde colère, d'une tension qui se répand comme un ressac vengeur, ce qu'illustre un 'Southern Gate Of The Sun', plainte terminale dont les atmosphères chamarrées sont meurtries par des traits pesants. Le métier de ces vieux briscards de la scène extrême hellénique explique la très bonne tenue de cette première offrande qu'il semble bien difficile de prendre en défaut. Ecriture impeccable, technique ad hoc et déjà une identité marquée au burin font de The Slayerking  le démiurge d'un gothic doom à la fois évolutif et sinistre. 3/5 (2016)


                                   

Ixion | Enfant de la nuit (2015)


Découvert il y a quatre ans avec l'originel "Into The Void" dont on sentait qu'il n'avait encore qu'à peine défloré son potentiel, Ixion s'avère un groupe réellement à part au sein de la chapelle doom hexagonale (ou non). De fait, si les Bretons, qui comptent dans leurs rangs l'ancien claviériste du trop tôt disparu Cebren-Khal, récitent l'Evangile avec respect, usant aussi bien des voix caverneuses de rigueur que des lignes de guitares minées par une mélancolie sentencieuse, leurs psaumes sont moins nourris par la mort que par une mystique spatiale à laquelle l'omniprésence de claviers vaporeux confère une tessiture atmosphérique. Seconde offrande que nous n'espérions presque plus, "Enfant de la Nuit" illustre bien cette singularité tant par son titre en français que par son (beau) visuel, signé Pierre Roussel, façon BD et rompant avec les pochettes habituelles. Il en va de même du contenu, à  l'image de ce précieux écrin. S'il reste fidèle au concept cosmique qui cimente son art, Ixion n'en pas moins profondément évolué durant ce long silence pendant lequel il a progressé et élaboré cet album d'une ampleur aussi ambitieuse que ténébreuse. Au socle doom death de "Into The Void", son successeur préfère se déployer sur un substrat plus gothique constellé de mélodies d'une froide élégance. Bien que les guitares aiment à tisser un canevas tavelé de tristesse, ce sont surtout le chant, d'une grande variété, souvent abyssal, parfois limpide ou noyé sous les effets ('Children Of The Night'), ainsi que les sons électroniques, lesquels étendent un tapis glacial aux confins d'une ambient stellaire ('Allegiance'), qui structurent des compositions. Celles-ci brillent d'un éclat presque insaisissable, quand bien même, par moment, le ton se pare d'une dureté minérale, témoin l'excellent 'The Shining', point névralgique de l'écoute autant qu'apothéose d'un menu toutefois des plus homogènes dans sa qualité, qui doit s'appréhender comme un récit, filant tranquillement vers une issue grandiose qu'incarne le céleste 'Odyssey'. Plus abordable sans doute que son prédécesseur, réceptacle d'un doom stratosphérique, "Enfant de la nuit" palpite d'une richesse souterraine, qui fait de cet opus une œuvre ambitieuse, pleine d'une finesse séduisante, propulsant Ixion vers une autre dimension. Désormais hébergé chez Finisterian Dead End qui saura certainement mieux le promouvoir que le pourtant culte Avantgarde, le groupe voit donc son horizon s'éclaircir, malgré la sombre beauté de son art... (2015)